Valentine Goby – Un paquebot dans les arbres ***

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Editeur : Actes Sud – Date de parution : août 2016 – 272 pages

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Mathilde Blanc erre en lisière de l’ancien sanatorium où son père fut interné il y a une cinquantaine d’années. Lentement, elle remonte le fil du passé, se souvient de son enfance à La Roche Guyon, avec ses parents, sa sœur Annie, et son frère Jacques. Nous sommes dans les années 50, Mathilde a neuf ans ; ses parents tiennent un bar, Le Balto, où chaque samedi soir son père organise un bal qui fait sensation dans toute la ville. Au milieu de la foule, Paulot fait danser et chanter, son harmonica rivé aux lèvres. Tout prend fin le jour où il se retrouve atteint de pleurésie. Dès lors, les mauvaises langues se délient et tout le monde évite la famille Blanc, par peur de la contagion. Les dettes s’accumulent, les séjours au sanatorium et les soins coûtent cher lorsqu’on n’a pas la sécurité sociale… La famille quitte le Balto, puis La Roche. Paulot devient méconnaissable. Lorsque les deux parents sont diagnostiqués tuberculeux, Mathilde et son frère se retrouvent placés en famille d’accueil.

Mathilde est une héroïne terriblement attachante, au caractère fougueux. C’est un vrai garçon manqué ; elle n’en loupe pas une pour impressionner son père. Elle est « la fille en short jaune prête à se rompre le cou pour arracher un regard à Paulot, qui marche en funambule sur les murs du donjon, fait craquer la glace de la Seine, peut mourir pour lui. » Inlassablement, à travers les risques qu’elle prend, Mathilde cherche l’amour de ce père qui aurait tant désiré un fils. Envers et contre tout, elle aime ce père qui l’appelle « mon p’tit gars ».

Ce roman m’a rappelé par moments Profession du père de Chalandon, pour l’époque – guerre d’Algérie – et l’amour sans concession d’un enfant pour son père. Un roman terriblement marquant et émouvant, dominé par le spectre de la tuberculose et par une figure paternelle que je ne suis pas prête d’oublier.

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« Elle accompagne le mouvement du soleil de minute en minute, une invisible migration vers l’ouest. C’est le plus grand amour, cet amour-là, elle se répète. Oui, le plus grand amour. »

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Sorj Chalandon – Profession du père ***

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Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : août 2016 – 281 pages

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Emile assiste à l’enterrement de son père. C’est pour lui l’occasion de se souvenir de ce père autoritaire, mythomane, violent, cruel et extrême dans ses émotions & ses attitudes, obsédé par la guerre et l’Algérie. Emile remonte le temps, se retrouve petit garçon de neuf ans, dans les années 60, sous le régime du Général de Gaulle, dans un climat singulier.

On découvre un père hanté les fantômes de la guerre d’Algérie, l’OAS… Un père espion, mais aussi Compagnon de la Chanson, professeur de judo, parachutiste à la guerre, footballeur professionnel, pasteur américain, conseiller du Général…

La figure du père mise sur un piédestal, ce grand affabulateur, qui bat femme et enfant, qui fait croire qu’il est agent secret et parvient à embrigader son fils. Ce fils qui fait confiance à la figure paternelle complètement folle et qui, même une fois adulte, veut encore y croire. Croire à cette vie de fiction démesurée que son père s’est inventée. La personnalité du père est à la fois fascinante et dangereuse. Un roman poignant, terrible, porté par une très belle plume.

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« Il m’appellerait au secours. Moi, le rebelle, le petit Frenchie, le prisonnier de son placard. Je serais triste et seul. Infiniment seul. Je serais malheureux. Tout chagrin de lui. Et je m’en voudrais tellement de toujours l’aimer. »