Julia Leigh – Avalanche, une histoire d’amour ***

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Éditeur : Christian Bourgois – Date de parution : avril 2017 – 131 pages

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De Julia Leigh, j’avais beaucoup aimé ses romans Le Chasseur et Ailleurs. J’étais donc très tentée par la lecture de ce récit autobiographique, sachant qu’elle serait très différente de ce que j’avais lu de l’auteure.

Dans ce récit, la romancière australienne raconte dans le moindre détail le processus de procréation médicalement assistée qu’elle choisit d’entreprendre, à l’âge de trente-huit ans. Elle nous livre son irrépressible désir d’enfant, sa décision mûrement réfléchie de se lancer dans une FIV et les examens qui s’ensuivent, les traitements essayés, les innombrables piqûres, les tentatives, les échecs, les espoirs déçus puis sans cesse renouvelés. C’est un véritable parcours du combattant, semé d’embûches. Une épreuve pour le corps et l’esprit – entre tentation du désespoir et espérance toujours vivace.

Un témoignage poignant, sans fard, porté par une écriture sobre et sincère qui m’a beaucoup touchée.

Un grand merci aux éditions Christian Bourgois pour l’envoi de ce roman !

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« Je ne désirais plus n’avoir que moi pour unique charge, je désirais être intimement impliquée dans la responsabilité d’un autre être. »

« J’aurais pioché dans ma malle aux trésors pour accrocher au mur, au-dessus du berceau, une tenture brodée d’animaux de toutes les couleurs. Suspendre des guirlandes en papier en forme de papillons et d’hirondelles. Courir aussi vite que je pouvais hors de l’incertitude. »

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Markus Zusak – La Voleuse de livres ****

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Éditeur : Pocket – Date de parution : 2008 – 633 pages

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La Voleuse de livres est un roman au ton bien singulier et tout à fait original : en effet, la narratrice n’est autre que la Mort en personne… La Mort, personnifiée et dotée d’émotions, nous raconte comment elle s’empare des âmes.

Un jour, elle se fascine pour une fillette, Liesel Meminger. Une fillette dont elle emporte le frère dans un train, en plein cœur de l’hiver. La Mort croisera la route de Liesel à trois reprises, éprouvant à chaque fois beaucoup de curiosité à son égard. Une curiosité telle qu’elle décide de nous raconter l’histoire de cette enfant. Une histoire touchée par l’abandon, en plein cœur de l’Allemagne nazie, à la fin des années 30.

Après la mort de son frère, Liesel est recueillie par les Huberman, Hans et Rosa. La femme ressemble a une petite armoire, elle est dure mais aimante. L’homme au regard d’argent qui joue de l’accordéon, lui apprend à lire et écrire, ensemble ils lisent dans le sous-sol. Ils habitent au 33 de la rue Himmel, une des rues les plus pauvres de Molching, à Munich.

Les personnages sont terriblement attachants. Il y a Rudy Steiner, l’enfant des voisins, le meilleur ami de Liesel, qui l’accompagne dans ses nombreuses frasques. Il y a la femme du maire, chez qui Liesel découvrira une bibliothèque immense qui consolidera son amour des livres. Et puis un matin, Max, un boxeur juif, vient frapper à leur porte… Il a des cheveux comme des plumes et, dans leur sous-sol, il va se mettre à peindre les pages de Mein Kampf, le livre qui lui a sauvé la vie, pour y inscrire sa propre histoire.

Je ne vous en dirai pas plus… Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce petit pavé, qui m’a accompagnée durant ma première semaine en Égypte… Je me suis attachée aux personnages. À cette histoire d’enfant amoureuse des livres, qui au lieu de voler de la nourriture préfère voler un livre.

C’est un roman empreint d’humanité et de nostalgie. J’ai aimé sa forme, les libertés narratives prises par la Mort. Les listes qu’elle dresse, les commentaires qu’elle se permet. J’ai aimé cet amour des mots  et des livres qui s’empare de Liesel. Ce besoin irrépressible qu’elle a de les voler.

Le texte délivre une petite musique qui m’est vite devenue chère. Le roman se déroule tout doucement et prend de plus en plus d’ampleur au fil des pages. C’est un livre qui aurait pu être déjà écrit, verser dans le cliché, il y en a tellement sur ce sujet. Et pourtant…

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« Même la musique de Papa avait la couleur des ténèbres. Même la musique de Papa. Le plus bizarre, c’est que cette idée, au lieu de l’angoisser, la réconfortait plutôt. L’obscurité, la lumière. Quelle différence ? Dans l’une et dans l’autre, les cauchemars s’étaient renforcés au fur et à mesure que la voleuse de livres comprenait comment les choses se passaient et comment elles se passeraient toujours. »

« Parfois, ça me tue, la façon dont les gens meurent. »

« Bientôt, elle fut entourée de mille morceaux de mots. Les mots. Pourquoi fallait-il qu’ils existent ? Sans eux, il n’y aurait rien de tout cela. Sans les mots, le Führer ne serait rien. A quoi bon des mots ? »

« J’ai détesté les mots et je les ai aimés, et j’espère en avoir fait bon usage. »

 

 

Fiona McFarlane – L’invité du soir ***

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Éditeur : Points – Date de parution :juin 2015 – 304 pages

4ème de couverture : « Une australienne dévorée par un tigre dans sa propre maison. » Voilà qui serait extravagant, se dit Ruth. L’âge venant, ses pensées ne sont plus très claires, seulement la vieille dame en est persuadée : la nuit, un tigre rôde dans son salon. Est-elle en train de perdre la tête ? Ou est-ce une manigance de Frida, l’aide-ménagère depuis peu à son service ?

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Ruth a 75 ans. Elle est veuve et vit avec ses chats dans une maison isolée au bord de la mer, en Australie. Une nuit, elle se réveille et croit percevoir la présence d’un tigre dans son salon : « Ruth s’est réveillée à quatre heures du matin et son cerveau endormi lui a murmuré : « Tigre » ».

Et nous embarquons pour une lecture pour le moins surréaliste… C’est un roman tout en surprises : à la fois cruel et tendre, l’intrigue se donne des airs de thriller : qui est cette femme aide-ménagère qui se dit envoyée par le gouvernement et qui se présente un soir à la porte de Ruth ? et cette présence fauve dans son salon, en pleine nuit ?

Le mystère plane et le fil du récit se déroule tandis que la mémoire et les souvenirs de Ruth vont et viennent, son enfance aux Fidji, ses émois adolescents pour Richard…. Sa perception de la réalité rythme la narration : entre rêve, souvenirs du passé, divagation et pertes de mémoire passagères.

Ce joli roman australien nous laisse avec le cœur serré et une impression douce-amère.

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« La banquette arrière était désormais pleine d’avocats, mais l’ananas était assis tout seul devant ; Ruth a failli lui passer la ceinture de sécurité. Quand elle s’est éloignée, l’adolescent, libéré, lui a fait au revoir de la main. L’ananas oscillait un peu dans les virages, il avait quelque chose qui donnait à Ruth envie de partir en vacances – ses mouvements ronds, sa lourde odeur dorée et son absurde coiffure de piquants verts. Qui lui donnait envie de poursuivre plus loin sans s’arrêter, pour ne jamais revenir. Mais, s’est-elle alors demandé, comment peut-on prendre des vacances quand on est déjà en vacances ? Et à l’instant même où elle posait cette question, elle est arrivée chez elle. »