Paolo Cognetti – Le garçon sauvage **

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : août 2017 – 144 pages

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Tourner le dos à la civilisation. Après un hiver difficile et un avenir qui se dessine de façon incertaine, le narrateur en a un ardent désir. Les livres lui tombent des mains et il ne parvient plus à écrire ; il se sent comme une coquille vide. Il décide alors de se retirer dans la montagne, pour lui symbole de liberté absolue. Il se trouve une baita dans les Alpes, à l’écart du monde, en pleine nature ; des pâturages à perte de vue. Il emporte de quoi lire et écrire. Sa solitude se peuple d’insomnies, d’angoisses, d’illusions, d’euphories. Lui qui désirait tant cette solitude sauvage, se met à saisir la moindre rencontre pour nouer des liens avec ses voisins.

Les mots de Thoreau, Muir, Primo Levi, Rigoni Stern et la poésie d’Antonia Pozzi lui tiennent compagnie et l’inspirent, lui offrant matière à réfléchir sur la nature, son besoin de solitude.

Le narrateur ne semble pas savoir lui-même pourquoi il a besoin de se retrouver en pleine nature. Cherche-t-il à changer, à faire peau neuve, à devenir un autre?

Une lecture que j’ai trouvée trop brève ; je n’ai pas eu le temps de m’imprégner vraiment de l’atmosphère de ce récit, j’en attendais davantage. Un livre qui m’a filé entre les doigts et m’a laissée sur ma faim, malgré la beauté des citations et des paysages.

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Luca Di Fulvio – Les Enfants de Venise ***

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : mai 2017 – 736 pages

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Avec Les Enfants de Venise, Luca Di Fulvio nous offre une belle fresque historique ; nous nous retrouvons plongé au cœur du XVIème siècle, en pleine Renaissance italienne. Nous sommes en 1515 – à cette époque, les Juifs sont considérés comme des suppôts de Satan, ils ont la réputation terrible d’apporter le malheur. Dans toute l’Italie, la loi les oblige à porter un bonnet jaune, ce qui leur permet d’être identifiés par les autorités.

Dans ce roman foisonnant de presque 800 pages, nous suivons un petit groupe de personnages saisissants et attachants, qui vont tous se retrouver dans la même ville, celle de Venise – interdite d’accès aux étrangers en temps de guerre…

***Il y a Isacco – médecin juif sans diplôme et ex-arnaqueur – et sa fille Giudetta, en quête d’une nouvelle vie qu’ils désirent possible à Venise ; sur leur chemin, ils rencontrent une troupe de soldats de retour de la bataille de Marignan.

*******Il y a Mercurio, Benedetta et Zolfo, ces enfants perdus, orphelins, voleurs, vivant dans les égouts de Rome et obligés de fuir à la suite d’une mauvaise rencontre.

***********Et il y a Shimon Baruch, ce juif épris de vengeance – blessé à la gorge par Mercurio et laissé pour mort – qui part sur leurs traces.

Ce roman m’a fasciné, de la première à la dernière page… On dévore à la fois une histoire d’amour entre deux enfants que tout sépare – l’un Chrétien, l’autre Juive, un roman historique et un roman d’aventure. Luca Di Fulvio dépeint à merveille cette époque de l’histoire italienne, son climat social, ses mœurs, ses excès – fanatisme, chasse aux sorcières, conflits entre Juifs et Chrétiens – mais aussi ses couleurs et ses odeurs…! Page après page, on s’y croit vraiment.

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture.

 

Valentina D’Urbano – Acquanera ***

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Éditeur : Points – Date de parution : février 2017 – 405 pages

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Après dix années d’absence, Fortuna revient à Roccachiara, petit village perdu dans les montagnes. Elle avait pourtant juré ne plus jamais y mettre les pieds. Mais des ossements ont été retrouvés dans les bois ; peut-être s’agit-il de ceux de Luce, son amie d’enfance qui a disparu le jour de ses vingt et un ans.

Valentina d’Urbano met en scène trois générations de femmes, Elsa, Onda, Fortuna. « Je suis née dans une famille étrange, une famille de femmes. » Elsa, la grand-mère, avait la réputation d’être une sorcière – elle faisait des rêves prémonitoires, annonçant les catastrophes et les morts. Quant à sa mère Onda, née le jour où le lac s’est déversé dans la vallée, elle a le don de voir les morts – les disparus viennent la visiter et lui parler. Cette figure odieuse de mère qui n’a jamais voulu l’être m’a secouée – haïr à ce point son propre enfant. Et Fortuna, élevée par sa grand-mère, à qui l’on souhaite de n’avoir aucun don. En Luce elle trouvera une alliée précieuse.

Ce roman m’a rappelé l’univers de Véronique Ovaldé – ces générations de femmes qui accouchent de filles – mais également Le Cœur des louves. C’est une belle lecture, dont l’atmosphère surnaturelle et mystique m’a beaucoup plu. Mais une lecture également terrible sur l’amour, la filiation & la mort. La plume de Valentina d’Urbano donne vie à des personnalités fortes et flamboyantes.

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« Maintenant tu auras, toi aussi, quelqu’un. Quelqu’un qui te restera, que tu porteras pour toujours en toi, y compris quand je ne serai plus là. Ton enfant te rappelleras qui tu es. »

« A qui ressemblais-je ? Qui étais-je ? On n’est jamais ce que l’on prétend être. »

« L’amour d’un enfant est le sentiment le plus obstiné qui soit. Il dure une éternité, il va à l’encontre de tout. Il est bête et incorruptible. »

Elena Ferrante – Le nouveau nom ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : novembre 2016 – 622 pages

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C’est avec énormément de plaisir que j’ai retrouvé la plume d’Elena Ferrante et les aventures de ses deux héroïnes, Elena et Lila. Le premier tome m’avait vraiment marquée… Je me suis délicieusement replongée dans cette saga, renouant avec les deux jeunes filles comme si je les avais quittées hier, alors qu’un an sépare mes deux lectures. Au bal de son mariage, Lila découvre les chaussures qu’elle a confectionnées aux pieds de Marcello Solara, son pire ennemi.

Ce deuxième tome nous raconte la jeunesse d’Elena et Lila, quittant l’adolescence pour devenir des jeunes femmes. Elena poursuit ses études avec plus ou moins d’assiduité, tandis que Lila découvre la vie d’épouse… Leur amitié, atypique, fusionnelle et intransigeante se poursuit au fil des années, avec leur bande d’amis napolitains.

C’est toujours aussi bien raconté, la plume d’Elena Ferrante est littéralement géniale, et les descriptions psychologiques sont fabuleuses. La romancière, à travers la voix d’Elena, creuse savamment la profondeur des sentiments, détaille et analyse les émotions avec une précision et une justesse incroyable. Il y a dans ces mots une douce folie… Ce deuxième tome se dévore avec avidité !

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« Qu’est-ce qui me poussait à me conduire ainsi ? Avais-je tendance à étouffer mes propres sentiments parce que j’étais effrayée par la violence avec laquelle, au plus profond de moi, je désirais les choses, les personnes, les louanges et les victoires ? »

« Je ne possédais pas cette puissance émotionnelle qui avait poussé Lila à tout faire pour profiter de cette journée et de cette nuit. Je demeurais en retrait, en attente. Alors qu’elle, elle s’emparait des choses, elle les voulait vraiment, se passionnait, jouait le tout pour le tout sans crainte des railleries, du mépris, des crachats et des coups. »

Chiara Moscardelli – Quand on s’y attend le moins ***

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Éditeur : Belfond – Date de parution : février 2017 – 336 pages

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Penelope approche dangereusement de la quarantaine et sa vie amoureuse est toujours aussi désertique. Un peu folle, ne se fiant qu’aux conseils de sa grand-mère Berta qui ne jure que par ses cartes de tarot, elle est également extrêmement maladroite – avec quelques rondeurs en trop et une mémoire exceptionnelle qui ne lui sert à rien. Après des études de lettres et de journalisme, Penelope se retrouve à travailler chez Pimpax, une entreprise de serviettes hygiéniques. De temps a autres, elle est également rédactrice de tests pour un magazine féminin.

Un soir, alors qu’elle est légèrement éméchée, Penelope renverse à vélo un homme au doux nom d’Alberto Ristori, et lui brise la jambe. Elle est convaincue que c’est l’autre moitié de sa pomme, l’homme de sa vie. Mais quand elle le voit débarquer à son travail, chargé de sauver l’entreprise de la faillite, elle croit défaillir : il se fait appeler Ricardo Galanti et semble ne pas la reconnaître… ou fait semblant ? Le mystère s’installe et Penelope se met à enquêter sur cet homme énigmatique duquel elle est malheureusement tombée amoureuse

En débutant cette lecture, j’avais peur de retrouver les clichés chers à ce genre littéraire… Je ne suis en effet absolument pas friande de cette littérature « romance » – et si je n’avais pas trouvé ce roman grâce à la chasse aux trésors de la St Valentin organisée par Belfond, je ne l’aurais certainement jamais lu. Et ça aurait été dommage car ce roman est un joli plaisir de lecture, sans prise de tête. J’ai eu le sourire aux lèvres du début à la fin.

Grâce à son humour et à son caractère farfelue, Penelope est une héroïne drôle et attachante, qui m’a fait penser à la Joséphine de Pénélope Bagieu – je me suis surprise à rire et sourire au fil des pages. Un roman italien parsemé de références littéraires et cinématographiques, bourré d’humour et d’énergie, qui se déroule  – et se dévore – à un rythme effréné.

Barbara Garlaschelli – Alice dans l’ombre ***

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Éditeur : Rivages / Noir – Date de parution : 2004 – 176 pages

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Dans ce court polar, le texte alterne un présent angoissant – où une jeune femme, Alice, se trouve plongée dans le noir d’une pièce, d’une immense villa italienne, dans laquelle elle a vécu avec « lui ». Une hache à la main, elle déambule dans le labyrinthe des couloirs sans fin, « le » guettant derrière chaque porte… – et un passé où Alice est encore une enfant de neuf ans, abandonnée par un père qu’elle adorait et dont la mère ne cesse de le critiquer. Elle découvre pour la première fois cette villa dont les persiennes ne laissent filtrer qu’un soupçon de soleil, quelque soit le moment de l’année, et fait la connaissance de Sofia, la curieuse amie de sa mère, et de son fils Maxi.

Un thriller terrifiant qui se dévore d’une traite… L’angoisse et la tension montent crescendo, à travers de courts chapitres, qui tiennent parfois en quelques mots, quelques phrases ciselées. Page après page, nous cheminons à toute allure dans ce chassé-croisé entre passé et présent, dans cette chasse en huis clos, jusqu’à la révélation finale, saisissante.

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« Il y a des pensées qui ont des dents. Qui, lorsque tu les as, te font mal. Il y a des pensées que tu t’efforces de ne jamais avoir parce qu’une fois que tu les as eues, rien n’est plus jamais comme avant. Être libre. Être vivante. Pouvoir choisir. Mieux aurait valu que je n’y aie jamais pensé. Il y a des pensées qui ont des dents. Et lorsque tu les as, elles commencent à te manger. »

Italo Calvino – Le sentier des nids d’araignée ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2013 [1978] – 231 pages

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Nous sommes en Italie, en pleine Seconde Guerre mondiale. Pin est un enfant qui passe son temps à chanter et à crier dans les rues du carrugio. Il aime traîner avec les grands, au bar. Il connaît des chansons sur la prison, les femmes, la guerre. Il connaît une foule de choses qui ne sont pas de son âge. Le monde des grands le fascine et le révulse tout à la fois. Pin vit dans un logis miséreux, avec sa grande sœur que l’on appelle la Noireaude du carrugio, car elle couche avec tous les hommes de passage.

Pin aime se balader tout seul dans la campagne, et rêvasser dans cet endroit connu de lui seul et qui est devenu son refuge : le sentier où les araignées font leurs nids. Un soir, il vole le revolver d’un Allemand, et décide de le cacher dans un nid d’araignée. C’est son secret, personne ne pourra le découvrir.

J’ai immédiatement aimé la mélodie des mots et l’atmosphère qui se dégage de ce roman. Pin est un gamin solitaire, qui ne traîne qu’avec les adultes. Les enfants n’ont pas le droit de le fréquenter, il est trop mal élevé, vulgaire… C’est un personnage auquel on s’attache immédiatement.

D’Italo Calvino, je me rappelle avoir adoré Si par une nuit d’hiver un voyageur ; un roman complètement loufoque et indescriptible. Le sentier des nids d’araignée est son premier roman, et le ton est sensiblement différent. L’atmosphère de la guerre, le fascisme et la résistance nous sont racontés à travers le prisme des yeux d’un enfant différent, mais un enfant malgré tout. J’ai aimé la touche d’espoir qui clôt le roman…

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« Pin remonte le carrugio. Il fait déjà presque nuit, et il se sent seul et perdu dans cette histoire de sang et de corps nus qu’est la vie des hommes. »

« Quand il a fait quelque grosse et méchante blague et qu’à force de rire sa poitrine s’est emplie d’une tristesse lourde, Pin se rend, seul, du côté des sentiers du fossé et cherche l’endroit où les araignées font leur nid. »

« C’est triste d’être, comme lui, un enfant dans le monde des adultes, des grands. D’être toujours un gosse qu’ils traitent comme quelque chose d’amusant et d’ennuyeux, de ne pouvoir utiliser ces choses mystérieuses et excitantes qui leur sont propres, les armes et les femmes, et de ne jamais participer à leurs jeux. »