Elena Ferrante – Le nouveau nom ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : novembre 2016 – 622 pages

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C’est avec énormément de plaisir que j’ai retrouvé la plume d’Elena Ferrante et les aventures de ses deux héroïnes, Elena et Lila. Le premier tome m’avait vraiment marquée… Je me suis délicieusement replongée dans cette saga, renouant avec les deux jeunes filles comme si je les avais quittées hier, alors qu’un an sépare mes deux lectures. Au bal de son mariage, Lila découvre les chaussures qu’elle a confectionnées aux pieds de Marcello Solara, son pire ennemi.

Ce deuxième tome nous raconte la jeunesse d’Elena et Lila, quittant l’adolescence pour devenir des jeunes femmes. Elena poursuit ses études avec plus ou moins d’assiduité, tandis que Lila découvre la vie d’épouse… Leur amitié, atypique, fusionnelle et intransigeante se poursuit au fil des années, avec leur bande d’amis napolitains.

C’est toujours aussi bien raconté, la plume d’Elena Ferrante est littéralement géniale, et les descriptions psychologiques sont fabuleuses. La romancière, à travers la voix d’Elena, creuse savamment la profondeur des sentiments, détaille et analyse les émotions avec une précision et une justesse incroyable. Il y a dans ces mots une douce folie… Ce deuxième tome se dévore avec avidité !

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« Qu’est-ce qui me poussait à me conduire ainsi ? Avais-je tendance à étouffer mes propres sentiments parce que j’étais effrayée par la violence avec laquelle, au plus profond de moi, je désirais les choses, les personnes, les louanges et les victoires ? »

« Je ne possédais pas cette puissance émotionnelle qui avait poussé Lila à tout faire pour profiter de cette journée et de cette nuit. Je demeurais en retrait, en attente. Alors qu’elle, elle s’emparait des choses, elle les voulait vraiment, se passionnait, jouait le tout pour le tout sans crainte des railleries, du mépris, des crachats et des coups. »

Chiara Moscardelli – Quand on s’y attend le moins ***

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Éditeur : Belfond – Date de parution : février 2017 – 336 pages

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Penelope approche dangereusement de la quarantaine et sa vie amoureuse est toujours aussi désertique. Un peu folle, ne se fiant qu’aux conseils de sa grand-mère Berta qui ne jure que par ses cartes de tarot, elle est également extrêmement maladroite – avec quelques rondeurs en trop et une mémoire exceptionnelle qui ne lui sert à rien. Après des études de lettres et de journalisme, Penelope se retrouve à travailler chez Pimpax, une entreprise de serviettes hygiéniques. De temps a autres, elle est également rédactrice de tests pour un magazine féminin.

Un soir, alors qu’elle est légèrement éméchée, Penelope renverse à vélo un homme au doux nom d’Alberto Ristori, et lui brise la jambe. Elle est convaincue que c’est l’autre moitié de sa pomme, l’homme de sa vie. Mais quand elle le voit débarquer à son travail, chargé de sauver l’entreprise de la faillite, elle croit défaillir : il se fait appeler Ricardo Galanti et semble ne pas la reconnaître… ou fait semblant ? Le mystère s’installe et Penelope se met à enquêter sur cet homme énigmatique duquel elle est malheureusement tombée amoureuse

En débutant cette lecture, j’avais peur de retrouver les clichés chers à ce genre littéraire… Je ne suis en effet absolument pas friande de cette littérature « romance » – et si je n’avais pas trouvé ce roman grâce à la chasse aux trésors de la St Valentin organisée par Belfond, je ne l’aurais certainement jamais lu. Et ça aurait été dommage car ce roman est un joli plaisir de lecture, sans prise de tête. J’ai eu le sourire aux lèvres du début à la fin.

Grâce à son humour et à son caractère farfelue, Penelope est une héroïne drôle et attachante, qui m’a fait penser à la Joséphine de Pénélope Bagieu – je me suis surprise à rire et sourire au fil des pages. Un roman italien parsemé de références littéraires et cinématographiques, bourré d’humour et d’énergie, qui se déroule  – et se dévore – à un rythme effréné.

Barbara Garlaschelli – Alice dans l’ombre ***

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Éditeur : Rivages / Noir – Date de parution : 2004 – 176 pages

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Dans ce court polar, le texte alterne un présent angoissant – où une jeune femme, Alice, se trouve plongée dans le noir d’une pièce, d’une immense villa italienne, dans laquelle elle a vécu avec « lui ». Une hache à la main, elle déambule dans le labyrinthe des couloirs sans fin, « le » guettant derrière chaque porte… – et un passé où Alice est encore une enfant de neuf ans, abandonnée par un père qu’elle adorait et dont la mère ne cesse de le critiquer. Elle découvre pour la première fois cette villa dont les persiennes ne laissent filtrer qu’un soupçon de soleil, quelque soit le moment de l’année, et fait la connaissance de Sofia, la curieuse amie de sa mère, et de son fils Maxi.

Un thriller terrifiant qui se dévore d’une traite… L’angoisse et la tension montent crescendo, à travers de courts chapitres, qui tiennent parfois en quelques mots, quelques phrases ciselées. Page après page, nous cheminons à toute allure dans ce chassé-croisé entre passé et présent, dans cette chasse en huis clos, jusqu’à la révélation finale, saisissante.

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« Il y a des pensées qui ont des dents. Qui, lorsque tu les as, te font mal. Il y a des pensées que tu t’efforces de ne jamais avoir parce qu’une fois que tu les as eues, rien n’est plus jamais comme avant. Être libre. Être vivante. Pouvoir choisir. Mieux aurait valu que je n’y aie jamais pensé. Il y a des pensées qui ont des dents. Et lorsque tu les as, elles commencent à te manger. »

Italo Calvino – Le sentier des nids d’araignée ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2013 [1978] – 231 pages

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Nous sommes en Italie, en pleine Seconde Guerre mondiale. Pin est un enfant qui passe son temps à chanter et à crier dans les rues du carrugio. Il aime traîner avec les grands, au bar. Il connaît des chansons sur la prison, les femmes, la guerre. Il connaît une foule de choses qui ne sont pas de son âge. Le monde des grands le fascine et le révulse tout à la fois. Pin vit dans un logis miséreux, avec sa grande sœur que l’on appelle la Noireaude du carrugio, car elle couche avec tous les hommes de passage.

Pin aime se balader tout seul dans la campagne, et rêvasser dans cet endroit connu de lui seul et qui est devenu son refuge : le sentier où les araignées font leurs nids. Un soir, il vole le revolver d’un Allemand, et décide de le cacher dans un nid d’araignée. C’est son secret, personne ne pourra le découvrir.

J’ai immédiatement aimé la mélodie des mots et l’atmosphère qui se dégage de ce roman. Pin est un gamin solitaire, qui ne traîne qu’avec les adultes. Les enfants n’ont pas le droit de le fréquenter, il est trop mal élevé, vulgaire… C’est un personnage auquel on s’attache immédiatement.

D’Italo Calvino, je me rappelle avoir adoré Si par une nuit d’hiver un voyageur ; un roman complètement loufoque et indescriptible. Le sentier des nids d’araignée est son premier roman, et le ton est sensiblement différent. L’atmosphère de la guerre, le fascisme et la résistance nous sont racontés à travers le prisme des yeux d’un enfant différent, mais un enfant malgré tout. J’ai aimé la touche d’espoir qui clôt le roman…

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« Pin remonte le carrugio. Il fait déjà presque nuit, et il se sent seul et perdu dans cette histoire de sang et de corps nus qu’est la vie des hommes. »

« Quand il a fait quelque grosse et méchante blague et qu’à force de rire sa poitrine s’est emplie d’une tristesse lourde, Pin se rend, seul, du côté des sentiers du fossé et cherche l’endroit où les araignées font leur nid. »

« C’est triste d’être, comme lui, un enfant dans le monde des adultes, des grands. D’être toujours un gosse qu’ils traitent comme quelque chose d’amusant et d’ennuyeux, de ne pouvoir utiliser ces choses mystérieuses et excitantes qui leur sont propres, les armes et les femmes, et de ne jamais participer à leurs jeux. »

Elena Ferrante – L’amie prodigieuse ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : février 2016 – 429 pages

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Le roman commence par la disparition de Lila. Son fils appelle Elena pour le lui dire. Lui dire qu’elle est partie sans laisser une seule trace d’elle, sans rien dire. Elena, en colère, se rappelle alors leur amitié ; si singulière, pétrie de sentiments contradictoires. Elle entreprend de la raconter en commençant par leur enfance.

Elena est une petite fille qui fait tout pour recevoir l’admiration de ses proches. Réussir en classe est surtout devenu une façon d’impressionner son amie Lila, naturellement douée pour les études, mais qui finira par travailler dans la cordonnerie familiale, sans aller au collège. Nous sommes à la fin des années 50, dans un des quartiers pauvres de Naples.

On découvre une amitié très complexe : faite de jalousie, de compétition scolaire ou amoureuse, de non-ditsLeur relation est infiniment complexe, à la fois fusionnelle et distante, elle se nourrit de leur goût commun d’apprendre et de réussir. L’amitié qui lie Elena à Lila est à la fois ombrageuse et lumineuse.

Ce beau roman, composé de deux parties : enfance et adolescence, possède une écriture envoûtante et hypnotique. Il s’agit du premier tome de la saga portant sur ces deux héroïnes, et il me tarde de me procurer le nouveau tome, sorti tout récemment : Le Nouveau nom !

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« Il y avait une part d’insoutenable dans les choses, les gens, les immeubles et les rues : il fallait tout réinventer comme dans un jeu pour que cela devienne supportable. L’essentiel, toutefois, c’était de savoir jouer, et elle et moi – personne d’autre – nous savions le faire. »

« et je pensais à Lila et moi, à cette capacité que nous avions toutes deux quand nous étions ensemble – seulement ensemble – de nous approprier la totalité des couleurs, des bruits, des choses et des personnes, de nous les raconter et de leur donner de la force. »

Alessandro Baricco – Sans sang ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2004 – 120 pages

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Manuel Roca vit à la ferme de Mato Rujo avec ses deux enfants. Habités par la vengeance, trois hommes sont en route pour tuer ce père de famille, qui fut leur ennemi durant la guerre. Une guerre qui ne semble pas être finie pour ces trois hommes assoiffés de vengeance. Manuel Roca le sait ; sous le plancher de sa maison, il cache sa petite fille, lui ordonnant de ne plus bouger jusqu’au silence. Il demande à son fils de fuir avec un fusil…

Ce très court roman se lit d’une traite. Il est composé de deux parties, l’une au passé et l’autre où le passé resurgit dans le futur. Je n’en dirai pas plus, pour vous laisser le plaisir de découvrir comme moi ce roman bref, impulsif, mais puissamment poétique. Où les personnages, homme et femme, restent happés par la mémoire du passé et à jamais saisis par la violence d’une guerre.

Je pense poursuivre ma découverte de cet auteur italien, qui me plaît de plus en plus à chaque lecture !

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« Alors elle pensa que, même si la vie est incompréhensible, nous la traversons probablement avec le seul désir de revenir à l’enfer qui nous a engendré, et d’y habiter auprès de qui, un jour, de cet enfer, nous a sauvé. »

Marcello Fois – Cris, murmures et rugissements ***

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Éditeur : Seuil – Date de parution : septembre 2015 – 149 pages

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Je trouve la quatrième de couverture tellement belle que je me sens obligée de la citer : « A la mort de leur père, Marinella et Alessandra se retrouvent dans l’appartement de leur enfance. Avec ses murs verts et ses recoins mystérieux, il évoque une jungle où résonnent des cris d’animaux sauvages. C’est le cadre idéal pour un règlement de compte entre ces sœurs jumelles que le deuil révèle telles qu’elles sont vraiment : deux prédatrices assoiffées de vérité et de vengeance. Mais il n’est pas dit que la plus forte parvienne à l’emporter. Haletant et bouleversant, ce huis clos met en scène deux femmes écorchées par la vie, enfin parvenues à a croisées des chemins. »

Marinella et Alessandra ont été abandonnées par leur père à l’âge de huit ans. C’est en revenant dans cet appartement quarante ans plus tard que les blessures du passé resurgissent. Il est question de haine, de mémoire familiale, d’amour aussi, malgré tout.

Ce court roman a des allures de pièce de théâtre : unité de temps, unité de lieu ; les dialogues entre les deux sœurs, qui montent en intensité. Il y a une telle férocité dans les propos qu’elles s’échangent, une telle hargne… Leurs mots sont ponctués par les cris d’animaux, les bruissements primitifs, imaginaires ou réels, qui résonnent dans l’appartement.

Si le texte est au début déstabilisant, il fini par s’en dégager une force singulière. J’ai beaucoup aimé les métaphores animales qui se glissent dans le texte pour décrire les faits et gestes des deux sœurs. Ces deux sœurs qui ressemblent à deux fauves

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« Elles gardent le silence un moment. Dans l’appartement, on n’entend que les lointains cris d’hyènes affamées dans les tuyaux et, dans les radiateurs, les sifflements de serpents venimeux. »

« C’est alors que se répandit le son du silence qui n’est autre que le battement assourdissant du sang dans les tempes ; qui est le soufflet d’une respiration haletante ; qui est la systole et la diastole de la pulsation des tympans. Comme un bruit de tambour dans la savane… »

« Marinella pensa qu’elle n’avait jamais réussi à aimer quelqu’un autant qu’elle avait aimé Alessandra, parce qu’elle n’avait jamais détesté quelqu’un autant qu’elle l’avait détesté… De tout son être. »

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7ème roman de la rentrée littéraire.

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