Dan O’Brien – Rites d’automne ***

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Editions 10-18 – 1993 – 224 pages

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Dan O’Brien est spécialiste des espèces en voie de disparition. Dans les années 80, il s’occupe de la réinsertion de faucons pèlerins dans les Rocheuses. Après l’échec de la remise en liberté de quatre faucons, Dan rentre tout penaud avec un seul faucon auquel il finit par s’attacher plus que de raison.

Ce faucon privé d’apprentissage naturel l’émeut et il éprouve le besoin de lui donner malgré tout sa chance. Il était censé entamer la migration hivernale propre à son espèce… Alors Dan entreprend ce voyage migratoire avec l’oiseau au regard perçant qu’il a surnommé Dolly. De la frontière canadienne au golfe du Mexique, imitant ainsi le trajet des faucons sauvages.

Ce récit est un voyage inoubliable à travers le grand Ouest américain et un hommage vibrant à la beauté sauvage des faucons pèlerins. L’auteur nous offre des descriptions de paysages à couper le souffle.

Dan O’Brien convoque Yeats et Crazy Horse – figure incontournable de la liberté absolue – et nous délivre un texte sublime sur la liberté, établissant un parallèle entre le faucon et les Sioux. Une très belle lecture, ensauvagée et poétique.

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« Le pèlerin exerce un pouvoir sur l’imagination de l’homme parce qu’il est source d’inspiration. C’est un oiseau magnifique, d’une beauté discrète.les adultes ont le dos recouvert de minuscules plumes bleu-noir, qui ont toutes leur dégradé de couleur particulier, et un large poitrail d’un blanc saumoné, piqueté de taches sombres. »

« Si les yeux sont le miroir de l’âme, l’âme du pèlerin doit être impénétrable et majestueuse. Il y a des rivières impétueuses dans ces yeux là, des montagnes, des océans, et aussi la hâte et la volonté d’englober tous ces éléments dans la sphère d’influence du pèlerin. »

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Jamey Bradbury – Sauvage ****

Sauvage

Gallmeister – mars 2019 – 320 pages

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À dix-sept ans, Tracy vit en Alaska avec son père et son frère Scott. Sa mère a été fauchée par une voiture un an auparavant ; elle lui apparaît de temps à autres, fugace fantôme en manteau rouge.

Ce que la jeune fille aime par dessus tout, c’est courir dans les bois, chasser et poser des pièges ; de sa mère, elle a hérité d’un don inné pour la chasse, la survie et la compréhension des chiens, de leur langage. Depuis qu’elle sait marcher, Tracy passe ses journées dehors, à l’écart des autres, à sillonner les immensités sauvages de la région avec ses chiens de traîneau. Elle s’attache à respecter scrupuleusement les 4 règles que sa mère lui a toujours répétées : Toujours Rester en Vue de la Maison, Tu Rentres à la Maison pour le Dîner, Ne Jamais Rentrer à la Maison avec les Mains toutes Sales et Ne Jamais Faire Saigner Quelqu’un. Quand elle ne chasse pas, elle lit et relit son livre de chevet – Je suis fichu, de Peter Kleinhaus.

Virée de l’école pour avoir battue une gamine, Tracy est privée d’Iditarod – la célèbre course en chiens de traîneau. Furieuse, l’adolescente s’enfuit dans les bois. Dans sa fuite, elle tombe croise un inconnu qui se jette sur elle. Tracy s’évanouit et lorsqu’elle reprend connaissance, son couteau est couvert de sang ; elle est persuadée d’avoir tué son agresseur… Ce même agresseur que son père découvre plus tard rodant près de chez eux, couvert de sang. Il est aussitôt conduit à l’hôpital. L’adolescente s’interdit de tout avouer à son père et son secret la hante jour après jour

Tracy est un personnage qui m’a fascinée. L’appel de la nature est si fort pour elle. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige, qu’il fasse nuit noire, la gamine passe sa vie dehors. Elle a appris à lire la forêt avant d’apprendre à lire les livres. Je me suis attachée à cette héroïne à la frontière entre animalité et humanité, qui ne sait plus si elle doit lutter contre sa véritable nature ou bien l’accepter, avec les conséquences. Une héroïne au caractère fort, qui me rappelle un peu Turttle, de My Absolute Darling.

« On ne peut pas fuir la sauvagerie qu’on a en soi. »

Je n’en dirai pas davantage, pour vous laisser le plaisir de découvrir ce récit très surprenant et addictif

Sauvage est un roman à la beauté sauvage et surnaturelle, qui m’a rappelé l’univers de David Vann, où l’angoisse se diffuse mot après mot, page après page… Une atmosphère oppressante, dans cette région perdue, enneigée, cernée par les forêts. Une lecture puissante, hypnotique et poétique, une ode à la sauvagerie, que ce soit celle des paysages enneigés ou celle de l’être humain. ❤

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« Vous avez beau vieillir, quel que soit l’âge que vous atteignez, vos parents l’auront atteint avant vous, seront déjà passés par là, et ça a quelque chose de réconfortant. Comme un sentier que vous ne connaissez pas, dans la forêt, sur lequel il y aurait des traces de pas qui vous diraient que quelqu’un l’a déjà emprunté. Jusqu’au jour où vous arrivez à l’endroit où ces traces s’arrêtent. »

« La vie n’est qu’un vautour avide. »

Gabriel Tallent – My Absolute Darling ***

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Éditeur : Gallmeister – Date de parution : mars 2018 – 464 pages

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Mendocino. Turtle – alias Julia Alveston – est le personnage central de ce roman. Quatorze ans, les yeux bleus et froids, l’adolescente est sous la coupe malsaine d’un père fou, possessif, violent et incestueux. Malgré – et sans doute à cause de – cette relation abusive, Turtle demeure très attachée à lui ; leur relation est aussi fusionnelle que malsaine – « Toi et moi, lâche Turtle. Contre le monde entier. » Une relation faite de crainte autant que d’amour.

Les seuls contacts que Turtle peut avoir avec les autres, c’est grâce à l’école où elle s’ennuie ferme. L’adolescente, très méfiante, repousse quiconque cherche à percer sa carapace. Ce qu’elle aime par dessus tout, c’est errer dans les bois de la côte Nord de la Californie, marcher sur des kilomètres sans ressentir aucune fatigue, avec son couteau et son pistolet pour seuls compagnons.

Turtle a un caractère bien singulier, façonné par l’éducation de son père qui n’a eu de cesse de lui farcir la tête avec ses idées de fins du monde, ses mises en garde incessantes contre la dangerosité du monde. L’adolescente a une si mauvaise opinion d’elle même : intérieurement, elle passe son temps à se traiter de pouffiasse, connasse… Au cours de l’une de ses errances sauvages, Turtle rencontre sur Brett et Jacob, deux adolescents perdus alors que la nuit tombe. Elle s’attache à eux, et devant cette amitié naissante, elle va peu à peu larguer les amarres par rapport à son père.

Un roman terrible et hallucinant, que j’ai dévoré à une vitesse effroyable. Je l’ai trouvé tout simplement grandiose. Ce style acéré… Certaines scènes et descriptions sont insoutenables et la langue de Gabriel Tallent est parfois tellement crue et violente. My Absolute darling est un roman que l’on ne peut oublier, un roman sombre qui nous révèle une héroïne atypique et attachante, qui nous émeut profondément.

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« Elle reste assise à contempler la plage et elle pense, Je veux survivre à tout ça. Elle est surprise par la profondeur et la clarté de son désir. »

Rick Bass – Le ciel, les étoiles, le monde sauvage **

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2002 – 284 pages

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Je découvre Rick Bass avec ce recueil de trois nouvelles. Trois textes plus ou moins longs dont les intrigues se déroulent au sein du monde sauvage et naturel. On découvre des personnages en proie à la solitude, et confrontés à la fuite et la rupture. Si les nouvelles sont assez inégales, je garde en mémoire deux figures de femmes, assez marquantes.

* Dans la première nouvelleJudith quitte brusquement la tanière de Trappeur, avant qu’il ne soit trop tard ; avant de s’enliser dans sa folie et sa maladie. Après une crise de trop, la jeune femme s’échappe dans la nuit en brisant une vitre. Elle fuit à cause « des bandes rouges et vertes qui striaient le ciel » – les hypnotiques aurores boréales. Trappeur à ses trousses, le cœur brisé. La chasse commence.

* Et cette femme-enfantdans la dernière nouvelle – qui se souvient de son enfance au contact de la nature, des bois et des animaux. Du jour où elle trouve le corps sans vie d’un aigle si grand qu’elle le prend au début pour un humain recouvert de plumes. Au sommet d’une falaise, la fillette l’accroche à un chêne immense afin de déployer ses ailes, et de lui relever la tête. Espérant que, dans une autre vie, il prenne son envol…

Rick Bass nous offre une palette d’émotions à travers ses descriptions de la nature ; le monde sauvage et animal nous apparaît dans toute sa pureté, sa sauvagerie poétique.
Le monde sauvage demeure « cette chose qui vous rappelle vers l’intérieur, vers les ombres et la sécurité d’un lieu qui en a toujours le respect. Dans chacun de ses atomes. »

Danielle Younge-Ullman – Toute la beauté du monde n’a pas disparu ****

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Éditeur : Gallimard jeunesse – Date de parution : 2017 – 369 pages

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Ingrid est envoyée par sa mère à Peak Wilderness, un camp de survie en pleine nature, avec huit autres adolescents au passé trouble et à l’âme plus ou moins torturée.

L’adolescente ne comprend pas comment sa mère a pu l’envoyer dans un tel camp. Elle tente de faire face aux conditions extrêmes, aux adolescents perturbés… et à son propre passé qui la rattrape.

Les chapitres alternent passé et présent de l’aventure, afin de nous faire comprendre petit à petit le pourquoi de l’histoire et la relation complexe qui unit mère et fille. Comment vivre avec une mère chanteuse d’opéra qui un jour perd sa voix et se retrouve à passer des journées entière au lit. Comment passer d’une vie nomade faite de voyages à travers l’Europe au gré des tournées, à une vie sédentaire au Canada, dans une nouvelle ville. Comment devenir brusquement adulte à l’âge de onze ans ?

Je me suis tout de suite attachée au personnage d’Ingrid, cette adolescente au caractère bien trempé, qui se retrouve au bord du gouffre et qui finalement se rend compte de son désir de vivre. J’ai aimé le ton mordant et ironique dont elle ne se départi jamais.

Mortifiée, éreintée, ne parvenant même pas à savourer la beauté des paysages qui l’entourent, Ingrid se retrouve à manger des insectes en guise de dîner, apprendre à monter une tente, construire un abri, porter un kayak, marcher dans la nature sauvage en évitant les obstacles… Elle se heurte à ses propres démons, lutte, pleure, mais se relève.

Je ne m’attendais pas à aimer autant ce roman. Entre rire et larmes, j’ai littéralement dévoré ce roman d’apprentissage. Si je me suis doutée de la fin, cela ça n’a rien changé à la magie de ce roman. Un coup de coeur inattendu  ❤

L’avis tout aussi enthousiaste de Mes échappées livresques !

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« J’ai l’impression que je pourrais passer cent ans à dormir, j’ai envie de pleurer, de chanter, de poser mes lèvres sur les siennes, de me glisser dans un terrier et d’y passer le reste de ma vie. J’ai envie de m’allonger sur le dos pour contempler le ciel et de laisser les étoiles me tomber dans les yeux. »