Ron Rash – Un silence brutal ***

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Gallimard – 21 mars 2019 – 272 pages

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L’intrigue de ce nouveau roman de Ron Rash que j’attendais tant se déroule dans un petit coin des Appalaches, entre rivière et montagnes, une région chère à l’auteur, que l’on retrouve déjà dans Un pied au paradis.

Les est un shérif à trois semaines de la retraite. Adepte de méthodes peu orthodoxes pour régler certains conflits, il entretient une relation à la fois complexe et complice avec Becky, poétesse éprise de la nature et directrice du Locust Creek Park. Aux yeux des autres, elle apparaît bizarre, ne se déplaçant qu’à vélo, n’ayant ni télévision ni téléphone… Engagée dans la protection de la nature de façon quasi obsessionnelle, Becky demeure traumatisée par la fusillade qui eût lieu dans son école quand elle était enfant.

Les et Becky vont prendre tous les deux la défense d’un vieux paysan esseulé, Gerald Blackwelder, un vieil homme au palpitant fragile, profondément attaché à ses terres, accusé de braconner du poisson sur le domaine du relais de pêche Tucker.

Les deux personnages prennent la parole à tour de rôle dans ce roman aux accents de polar, sombre et poétique, qui dépeint avec sensibilité et justesse un monde ravagé par la misère et la meth, un monde déchiré entre la nature et ses impitoyables exploitants. Décidément, Ron Rash est un de mes auteurs américains préférés, il me tarde de le rencontrer demain chez Gallimard…

Paula Hawkins – La Fille du train ***

9782266254489

Editeur : Pocket – Date de parution : septembre 2016 – 456 pages

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Je tiens encore à remercier Camilla, du blog Lectures Gourmandes, pour cette belle réception ! En effet, j’ai gagné ce livre grâce au concours qu’elle avait organisé sur son blog. Quelques jours plus tard, je recevais mon précieux ! Et je me suis littéralement jeté dessus, d’habitude j’attends toujours un peu après avoir acheté ou reçu un livre, mais là je n’ai pu résister.

Chaque matin, Rachel prend le train qui relie Ashbury à Londres. Chaque soir, elle prend le train du retour. Le train s’arrête toujours au feu rouge au même endroit et Rachel ne peut s’empêcher d’observer le couple qui vit dans un des lotissements visibles depuis la fenêtre du train, une belle maison victorienne. Elle les a baptisés Jason et Jess, leur a inventé un métier et une vie. Tous les matins, Rachel les voit s’activer et semble se projeter énormément en eux. Leur vie en apparence parfaite et idéale lui rappelle sa vie avec Tom, le mari qui l’a trompée et quittée pour une autre, après cinq ans de vie commune. On perçoit la solitude de la narratrice, dont l’imagination semble débordante. Rachel a tendance à boire souvent le soir, seule, sans parvenir à oublier son ex-mari. Lorsqu’un matin elle aperçoit Jess avec un autre homme, l’illusion parfaite se brise.

J’ai trouvé la quatrième de couverture bien trop bavarde, et elle peut induire en erreur le lecteur ; en effet tout au long du roman, ce n’est pas une seule voix de femme que nous entendons, mais trois voix de femmes différentes. De fait, le récit alterne les voix de Rachel, Megan et Anna.

Très vite l’intrigue me rappelle le roman de Gillian Flynn, Les Apparences. C’est un roman qui joue sur les apparences, la perfection qui n’est qu’apparente, l’extériorité. Mais je n’en dirai pas plus, afin de ne rien révéler de plus… La Fille du train est un page turner terriblement efficace, au suspens haletant. Une fois qu’on en a commencé la lecture, on a du mal à s’arrêter, et en ce sens, les conditions sont remplies, ce polar est un vrai plaisir de lecture et j’ai aimé les descriptions psychologiques assez fouillées des personnages féminins et masculins. Dans ce roman policier, on a plutôt affaire à une anti-héroïne, alcoolique, mal dans sa peau, divorcée…  Rien de très glamour, et pourtant on finit par éprouver de l’empathie pour Rachel.

Le seul petit bémol pour cette lecture : je me suis doutée de la fin à peu près 80 pages avant le dénouement… Mais pour autant, cela n’a pas gâché ma lecture. Il ne me reste plus qu’à voir ce que nous réserve l’adaptation cinématographique.

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« La tête appuyée contre la vitre du train, je regarde défiler ces maisons, comme un travelling au cinéma. J’ai une perspective unique sur elles, ; mêmes leurs habitants ne doivent jamais les voir sous cet angle. Deux fois par jour, je bénéficie d’une fenêtre sur d’autres vies, l’espace d’un instant. Il y a quelque chose de réconfortant à observer des inconnus à l’abri, chez eux. »