Jurô Taniguchi – La Forêt millénaire ***

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Éditeur : Rue de Sèvre – Date de parution : septembre 2017 – 72 pages

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À la suite d’un violent séisme dans la région de San’in, une faille s’ouvre dans la terre, d’où se met à jaillir une forêt jusqu’alors demeurée cachée…

Après le divorce de ses parents, Wataru Yamanobé arrive dans le petit village de Kaminobe où il est recueilli par ses grands-parents maternels. Sa mère tombe malade de chagrin après le départ du père et n’est plus en mesure de s’occuper de Wataru. L’enfant doit prendre ses marques : une nouvelle école, de nouveaux amis à se faire. Pendant les cours, Wataru ne parvient pas à se concentrer : il entend comme des murmures, en provenance de la forêt, des arbres… C’est comme s’il entendait la voix de la nature, des animaux.

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Ce roman graphique en couleurs, à mi-chemin entre la bande dessinée et le manga – demeure inachevé… Jurô Taniguchi nous a quitté en février dernier et cette oeuvre était un des derniers projets qui lui tenait à coeur ; rongé par la maladie, il gardait l’espoir de la terminer à temps.

En tenant entre les mains cet album posthume, on mesure l’ampleur de la perte d’un tel créateur. L’histoire possède tellement de force dès les premières images. Taniguchi développe les thèmes qui lui ont toujours été chers : l’importance des relations harmonieuses entre l’homme et la nature, le respect de l’environnement. Un récit empreint de nostalgie et de poésie, qui captive dès les premières images ; l’utilisation de la couleur est saisissante.

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Une édition sublime, qui comporte également un dossier analytique et des dessins en rapport avec le récit. J’ai désormais envie de relire Quartier lointain et L’Homme qui marche… et de découvrir ses autres récits.

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Aude Picault – Idéal Standard ***

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Éditeur : Dargaud – Date de parution : 2017 – 148 pages

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Claire a la trentaine, elle est infirmière en néonatologie. Elle voit défiler les hommes dans sa vie – ne parvenant pas à en retenir un plus de trois mois – et désespère de construire un jour le couple idéal, avec des enfants… Pour chaque homme qu’elle croise, elle se met à imaginer une vie en couple possible, idéalisée… Quand Franck la séduit, elle croit accéder enfin à ce qu’elle désirait. Tout se passe très vite, ils emménagent ensemble. Mais Claire va peu à peu déchanter.

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Une BD intelligente et drôle, féminine et féministe qui dénonce une réalité standardisée, bercée par les préjugés sexistes, les rôles attribués à chacun des deux sexes… Claire est une femme qui pourrait être nous. Qui nous ressemble. Qui nous donne la voix. Un personnage attachant et drôle, attendrissante dans ses imperfections.

Les dessins en noir et blanc, avec seulement quelques touches de jaune, de rose : des dessins simples qui disent tout en trois coups de crayon.

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Aimée de Jongh – Le Retour de la bondrée ***

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Éditeur : Dargaud – Date de parution : janvier 2016 – 160 pages

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Simon Antonisse est libraire. Mais en ces temps de crise, la librairie qu’il tient avec sa femme, et qu’il a hérité de son père, prend l’eau ; il est poussé à mettre la clé sous la porte et à fermer boutique, mais il ne parvient pas à s’y résoudre. Au cours d’un trajet en voiture, il est témoin d’un suicide sur la voie ferrée… Ce suicide le traumatise et fait resurgir des souvenirs de son passé, et notamment de son adolescence, marquée par une tragédie. En vidant peu à peu la réserve de livres située dans la cabane de son père, il tombe sur Le Guide des oiseau, un livre qu’il lisait à l’époque, quand il désirait devenir ornithologue.

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Les bulles alternent le temps présent et la résurgence du passé. Assailli par ces images du passé, Simon fait la rencontre d’une jeune femme qui va l’aider peu à peu à sortir la tête de l’eau et devenir pour lui un échappatoire au quotidien.

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La bondrée, c’est cet oiseau qui survit en repartant de zéro, métaphore du renouveau.

Un roman graphique néerlandais d’une profonde justesse et d’une grande sensibilité, dont les dessins m’ont tout de suite touchée. Épurés, ciselés, en noir et blanc. Il s’en dégage une émotion brute. Un petit bijou, où l’espoir, malgré la noirceur, est toujours présent, que je vous invite à découvrir de toute urgence.

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Nicolas Antona & Nina Jacqmin – La Tristesse de l’éléphant ***

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Éditeur : Les Enfants rouges – Date de parution : janvier 2016 – 76 pages

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A l’orphelinat dans lequel il passe son enfance et son adolescence, Louis est sans cesse l’objet des moqueries de la part des autres… à cause de ses rondeurs, on l’appelle l’éléphant. Il rêve d’une famille aimante. Son seul réconfort il le puise en s’enfuyant tous les soirs à 19h pour aller voir le spectacle du cirque Marcos et savourer sa magie. Et spécialement le numéro de dresseuse d’éléphant avec la belle Clara, dont il tombe très vite amoureux… Aidé et couvert par le surveillant de l’orphelinat, Louis la rejoint tous les soirs. Lorsque le cirque part en tournée, Louis survit grâce à leur correspondance et aux romans que le surveillant lui recommande : Cyrano, Don Quichotte… Les années passent et leur amour perdure.

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La Tristesse de l’éléphant est un roman graphique sublime, qui m’a profondément touchée. Je ne m’attendais pas à ressentir une telle émotion à sa lecture. De la douceur des dessins il se dégage une force – je suis littéralement tombée amoureuse du trait de crayon. L’histoire de cet amour, de cette blessure, nous est contée dans un murmure – un vrai brise-cœur. Une lecture que je ne suis pas prête d’oublier et que je me laisse à portée de main, pour de certaines relectures.

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Riad Sattouf – L’Arabe du futur. Tome 1 ***

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Éditeur : Allary Editions – Date de parution : 2014 – 158 pages

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A travers cette BD autobiographique, Riad Sattouf met en scène son enfance au Moyen-Orient dans les années 80. Il a deux ans, de beaux cheveux blonds qui font l’admiration de tous. Ses parents, Clémentine une bretonne et Abdel-Razak un étudiant syrien, se sont rencontrés dans les années 70 à la Sorbonne. Son père, devenu docteur en Histoire, trouve un poste en Libye. Ils découvrent un pays sous le joug de Kadhafi, le Guide Suprême. Issu d’un milieu pauvre, féru de politique et obsédé par le panarabisme, Abdel-Razak Sattouf élève son fils dans le culte des grands dictateurs arabes, symboles de modernité et de puissance virile. En 1984, la famille déménage en Syrie – dirigée d’une main de fer par Hafez el-Assad – pour rejoindre les autres Sattouf, dans un petit village près de Homs.

 

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A travers l’histoire de son enfance, l’auteur nous raconte l’histoire politique arabe, évoque le conflit israélo-palestinien… Le trait de crayon de Riad Sattouf est très drôle, cocasse. Les bulles se dévorent. Même si je n’ai pas ressenti un enthousiasme débordant pour cette BD, à l’image de son succès retentissant, j’ai tout de même pris beaucoup de plaisir à lire ce premier tome, le sourire aux lèvres.

 

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Mademoiselle Carole & Julie Dachez – La Différence invisible ***

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Éditeur : Delcourt/Mirages – Date de parution : août 2016 – 96 pages

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 « Le préjugé est enfant de l’ignorance. » William Hazlitt

Marguerite est une jeune femme de vingt-sept ans presque comme les autres. À ceci près qu’elle est atteinte du syndrome d’Asperger, sans le savoir. Cette forme d’autisme l’empêche de profiter de la vie comme les autres. Ses proches ne le savent pas non plus, elle n’a jamais été diagnostiquée, malgré les nombreux psychiatres et psychologues qu’elle a vu. Au quotidien, Marguerite a besoin de rituels –  la routine la rassure. Elle angoisse lorsqu’elle sort dans la rue. Au bureau, elle arrive avant tout le monde. Le moindre bruit la dérange pour dormir. Elle ne sait pas mentir et ne comprend pas le second degré et les sous-entendus. Elle n’est vraiment sereine qu’une fois chez elle, avec ses animaux…

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Personne ne semble la comprendre, ou avoir une once d’empathie pour elle, même son copain. En faisant des recherches, Marguerite va découvrir peu à peu qui elle est vraiment et ce dont elle souffre. Malgré le diagnostic et le sentiment de libération qu’elle ressent à son annonce, la jeune femme va devoir faire face à l’incompréhension des autres, leurs moqueries, leurs préjugés, leurs idées reçues sur ce trouble qui souvent est sous-estimé, non reconnu, mal identifié.

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Marguerite va apprendre à changer de regard, et à modifier la perception qu’elle a d’elle-même et du monde dans lequel elle vit.

J’ai beaucoup aimé cette BD, avec ses dessins en noir et blanc ; quelques touches de couleurs seulement. Les bulles de dialogues qui proviennent des autres sont en rouge, comme pour souligner l’agression permanente que cela représente pour Marguerite, le décalage avec sa vie, sa bulle intérieure. Les bruits aussi sont en rouge.

Une belle BD sur l’autisme, cette différence invisible, avec une héroïne émouvante, qui m’a touchée et qui m’a permis d’en apprendre davantage sur ce syndrome trop méconnu.

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Isabelle Arsenault & Fanny Britt – Jane, le renard et moi ****

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Éditeur : La Pastèque – Date de parution : 2013 – 140 pages

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Hélène est victime de harcèlement et d’intimidation à l’école. Celles qui étaient ses amies hier, se sont liguées contre elle. Hélène rase les murs, baisse les yeux et n’ose plus marcher dans les couloirs sous leurs yeux méchants, en entendant leurs voix venimeuses. Lorsqu’elle va aux toilettes, elle découvre chaque fois de nouveaux mots à son intention, insultants. La cruauté adolescente est palpable, on la sent viscérale.

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Seule la lecture semble avoir le pouvoir d’extirper la jeune fille de ce réel étouffant, de lui changer les idées. Elle trouve refuge dans Jane Eyre, l’oeuvre de Charlotte Brontë. L’histoire de cette orpheline battue par une tante qui la méprise, sa solitude, sa pauvreté, font écho à son propre mal-être, sa réalité. Sa rencontre avec un renard roux avec un grain de beauté sur la patte gauche sera un autre échappatoire pour la jeune fille.

Les dessins mettant en scène la réalité d’Hélène sont en noir et blanc. Puis lorsqu’elle se met à lire, les dessins deviennent hauts en couleurs. La couleur s’invite avec la fiction. Dessins au crayon, ombres et lumières, aquarelles aux couleurs douces et vives, tout en délicatesse.

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Une belle BD, tout en poésie et en émotions, qui met en relief le rôle salvateur de la fiction dans la vie et le pouvoir de l’imagination. Le renard m’a rappelé celui du Petit Prince, de Saint-Exupéry. Son apparition participe du réenchantement du monde ; il semble symboliser l’incursion du merveilleux dans une réalité laide et difficile à supporter – brimades, pauvreté de la famille, un corps soumis à la métamorphose adolescente.

J’aime les bulles de dialogue, qui sont comme des feuilles, des pétales. Hélène est une héroïne attachante, avec son « imagination de plante grimpante », sa frimousse empreinte de naïveté, de doute, d’espoir. On lit sur son visage comme dans un livre ouvert.

Cette BD est un vrai petit bijou, j’en avais les yeux pétillants… Un coup de cœur  ❤

Merci à Madame Lit et à Ynabel, qui m’avaient terriblement tentée avec leurs beaux billets !

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