Joann Sfar – Aspirine **

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Éditeur : Rue de Sèvres – Date de parution : juin 2018 – 130 pages

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Aspirine est un vampire coincé depuis 300 ans dans le corps d’une adolescente. Depuis trois siècles, Aspirine traîne sa crise d’adolescence et son physique ingrat derrière elle comme des boulets… Elle envie sa sœur qui a toujours eu vingt-trois ans et se venge en égorgeant tous ses amants. Puis, elle fait la connaissance d’Idgor en cours de philosophie, après avoir été tentée de vider de son sang leur professeur.

Aspirine est cruelle, haineuse et grossière et son passe-temps favori est de mordre les gens qu’elle croise. C’est donc un personnage qui n’est vraiment pas attachant. Quant à Idgor, il est sans contours, un peu fade et amorphe, sans couleurs face à la chevelure flamboyante de l’adolescente vampiresque. Toujours en quête de magie à apporter à sa vie infusée aux jeux de rôle, Idgor est tout de suite fou d’Aspirine. Il devient son serviteur, pour ne pas avouer qu’il est son seul ami… ensemble ils cherchent une solution à la rage qui anime la jeune fille trois fois centenaire.

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Ce roman graphique de Joann Sfar m’intriguait beaucoup. J’ai découvert l’auteur avec l’œuvre réalisée en collaboration avec Véronique Ovaldé – qui m’avait conquise – et son adaptation du Petit Prince – qui m’avait touchée. Mais avec Aspirine, j’ai été plutôt déçue : au fil des pages, un ennui grandissant m’a assailli et le langage très vulgaire et grossier d’Aspirine m’a profondément agacée. C’est une BD qui a beaucoup de potentiel mais qui, à mon sens, manque cruellement de poésie.

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Frédéric Rébéna – Bonjour tristesse ***

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Éditeur : Rue de Sèvres – Date de parution : avril 2018 – 96 pages

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1954. Cécile passe l’été de ses dix-sept ans dans une villa en bord de mer, avec son père Raymond, en pleine crise de la quarantaine, et sa toute jeune conquête amoureuse, Elsa. Cécile et son père ont une relation fusionnelle, faite de plaisirs et d’insouciance. Cécile connaît ses premières étreintes avec Cyril et se met à l’écriture d’un roman au fil du temps qui passe. L’arrivée d’Anne« L’orgueilleuse, l’indifférente Anne Larsen » – une vieille amie de la famille, va perturber l’équilibre de ses vacances. Pourquoi vient-elle ?

Cécile est une adolescente en butte avec le monde, au caractère cruel ; mal dans sa peau, elle n’a pas sa langue – fourchue – dans sa poche. Anne est une femme stricte et moralisatrice, qui aime la culture, les bonnes manières et l’intelligence… Dès son arrivée, un subtil affrontement commence entre les trois femmes. Elsa est vite évincée. Quant à Cécile, elle craint de perdre la complicité qui la lie à son père, ainsi que leurs libertés. Cécile se plonge dans l’écriture et réfléchit à un moyen d’écarter la présence menaçante d’Anne ; la fin de son roman, elle la connaît déjà.

J’ai lu le roman de Sagan il y a quelques années et je dois avouer que je ne m’en souviens qu’à moitié… L’adaptation graphique de Frédéric Rébéna est un très bel objet graphique que j’ai lu d’une traite, le temps d’une soirée. Les premières bulles annoncent d’emblée la fin, tragique. La beauté des illustrations épouse la froideur et la distance du texte ; peu à peu, nous ressentons un effet de malaise. Le contraste entre le cadre idyllique – un ciel dans le bleu duquel on a envie de se noyer – et le venin qui coule dans les veines de ces femmes est saisissant. Il me reste à relire le roman de Sagan pour comparer mes deux lectures…!

 

Trondheim & Chevillard – Je vais rester ***

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Éditeur : Rue de Sèvres – Date de parution : mai 2018 – 120 pages

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Fabienne et Roland débarquent à Pavalas ; ils ont prévu d’y passer une semaine de vacances. Leur logement est réservé, les places pour les spectacles achetées. Roland est une homme prévoyant et organisé. Cette station balnéaire est pleine de souvenirs d’enfance pour lui, c’est pourquoi il voulait la faire découvrir à Fabienne.

Ils sont en avance alors ils décident de marcher sur la plage, en amoureux, insouciants. Autour d’eux, le vent se fait violent, il ébouriffe les cheveux des vacanciers et fait s’envoler grains de sable, parasols et serviettes de plage. De façon si abrupte et soudaine, Fabienne se rend compte que son homme vient de se faire décapiter.

La jeune femme ne semble pas réaliser ce qu’il vient de se passer. Se réfugiant dans une sorte de déni, Fabienne décide de rester, malgré tout. Elle s’installe dans leur location et suit le programme que son homme leur avait concocté.

Elle fait la rencontre de Paco, un homme étrange qui collectionne les morts absurdes ; celle de Roland vient naturellement s’ajouter à sa collection.

De façon surprenante, il se dégage beaucoup de douceur de ce roman graphique – dans le déroulement de l’intrigue et dans le trait de crayon. Alors que le drame a eu lieu, cette femme a l’air si sereine. Pas de déchirement, ni de larmes, aucun éclat. Le chagrin de Fabienne est silencieux, muet.

Cette femme et ses réactions m’ont beaucoup questionnée, interrogée. J’avoue avoir été étonnée – voire perplexe – face à son comportement car elle n’agit pas du tout comme on s’y attendrait. Et finalement c’est ce qui m’a plu en elle. Jour après, Fabienne se rend aux divers manifestations et spectacles prévus, mais n’est pas vraiment là ; elle est comme absente aux autres et au monde. Spectatrice de la vie qui se déroule devant ses yeux. Personne ne fait attention à ce joli fantôme en robe verte à part Paco.

Une très jolie BD sur le deuil, qui m’a profondément déroutée et charmée.

Les billets d’Antigone et de Mo’

Maïté Verjux – Petite balade et Grande Muraille ***

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Éditeur : Fei – Date de parution : janvier 2018 – 180 pages

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À travers ses dessins, Maïté nous raconte son voyage en Chine ; à l’âge de vingt-trois ans, la jeune femme décide de partir à 8000 kilomètres de chez elle pour trois mois afin de changer d’air et de décor et d’expérimenter la communication par le dessin, sans avoir rien lu sur le pays, sa culture et ses mœurs et sans parler un mot de chinois – juste quelques bases en anglais. Maïté loge à Pékin dans une drôle de collocation où tout le monde s’entasse dans une minuscule chambre ; elle ne sera rejointe qu’un mois plus tard par une amie. Avec humour, l’auteure croque chaque visage et chaque personnalité qu’elle croise dans cet appartement et dans cette ville qui ne cesse de la déconcerter.

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La barrière de la langue lui fait ressentir une grande solitude ; une solitude paradoxale car en Chine, la foule semble vouloir nous engloutir à chaque coin de rue, au même titre que la pollution.

Une très chouette BD, bourrée d’humour, qui se déguste rapidement. Les dessins de Maïté Verjux fourmillent de détails souvent drôles sur ce périple de trois mois pendant lesquel le second degré et le dessin seront ses alliés les plus précieux pour survivre au mal du pays.

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BD lue dans le cadre d’une Masse critique Babelio !

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Jim & Mig – Un petit livre oublié sur un banc ****

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Éditeur : Grand Angle – Date de parution : mars 2014

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Camélia trouve un livre sur un banc. Intriguée, la jeune femme lit les premières lignes puis le rapporte chez elle. Si elle le trouve ennuyeux au début, elle finit par le dévorer. Elle le lit, puis le relit. Remarque des mots qui sont entourés en rouge et découvre que, mis bout à bout, ils forment une phrase… Commence alors une drôle de quête – enquête – pour la jeune femme, qui se saisit de ce prétexte pour s’extraire d’une vie de couple peu épanouissante et d’un quotidien qui ne l’excite plus, dans lequel elle a l’impression de s’enliser – en couple depuis douze ans, son mec passe sa vie sur les écrans – que ce soit la télévision, ou son téléphone dernier cri.

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Les deux tomes de ce roman graphique très addictif se dévorent à toute allure ! Le scénario nous tient en haleine, à la façon d’un savoureux polar. On découvre une histoire pétillante et intelligente, au suspense savamment travaillé et au charme fou.

Un vrai plaisir de lecture qui nous offre une réflexion sur le couple et l’amour mais aussi sur la lecture et la littérature et leur nécessité à l’ère du numérique et des écrans.

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Ari Folman & David Polonsky – Le Journal d’Anne Frank ****

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Éditeur : Calmann Levy – Date de parution : octobre 2017 – 162 pages

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Ce roman graphique est une adaptation du Journal d’Anne Frank de grande qualité. Quelques libertés sont prises dans la transformation du texte en image ; des morceaux entiers du journal sont retranscrits aux côtés de bulles de bande dessinée.

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Si j’ai lu le journal quand j’étais au collège – j’avais l’âge d’Anne Frank – je me suis rendue compte au cours de ma lecture de la BD que j’avais oublié des passages entiers… J’ai également pris conscience de la force et de la poésie qui se dégagent des mots et des réflexions d’Anne. Pour son âge, la jeune fille fait preuve d’une étonnante maturité et d’une incroyable lucidité sur sa condition.

Les dessins m’ont tout de suite plu, ils retranscrivent tellement bien l’humour et l’émotion dont fait preuve l’adolescente, nous offrant une belle mise en lumière du tempérament d’Anne – cet âge adolescent où l’on se sent en rébellion contre le monde entier. Ces envies d’être ailleurs, et cette rage envers les autres, la vie. Et pourtant, Anne doit attendre que le monde extérieur retrouve la raison, se taire toute la journée et rester cloîtrée dans l’Annexe, tout en cohabitant avec des inconnus.

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C’est un très bel hommage au texte original grâce auquel je redécouvre une Anne Frank féministe, révoltée contre l’injustice, en quête d’indépendance & d’émancipation, qui n’a pas sa langue dans sa poche. Un roman graphique sublime, qui a su m’émouvoir tout autant que me faire rire.

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Gaet’s, Luciani & Munoz – Un léger bruit dans le moteur ***

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Éditeur : Petit à Petit – Date de parution : avril 2017 – 124 pages

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Le héros – ou devrais-je dire l’anti-héros – de ce roman graphique est un enfant seul, furieusement seul, qui aime tuer les gens… oui, vous avez bien lu. Son passe-temps favoris est d’assassiner les villageois tous aussi bêtes et porcins, sans jamais éveiller le moindre soupçon ; « Parce qu’à force de tuer le temps, on finit par tuer vraiment. » Cet enfant tueur vit avec son père et sa nouvelle mère dans une petite et sinistre communauté villageoise où l’on ne s’arrête jamais sauf si l’on tombe en panne d’essence…

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De son propre point de vue, avec ses fautes de langage, le gamin nous expose son plan machiavélique et sanguinaire, dans les moindres détails, faisant preuve d’une imagination cruelle et malsaine. Pour ne pas perdre la main, il s’entraîne sur les animaux.

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Les dessins rendent compte parfaitement de l’ambiance sordide et miséreuse de ce village, ainsi que du caractère abjecte de ses habitants. Les personnages sont d’une laideur incroyable – aussi laids à l’extérieur qu’à l’intérieur.

C’est un roman graphique sombre et glauque qui m’a vraiment fait froid dans le dos ; j’ai été dérangée et dégoûtée et pourtant je l’ai dévoré… Il faut avoir le moral et le cœur bien accroché, l’humour est noir de chez noir, j’ai rarement lu un truc pareil ! Un ovni littéraire qui m’a fait frissonner, m’a donné la nausée et dont je ne sais qu’en penser une fois ma lecture finie…

BD repérée sur le blog de Fanny 😉