Cécile Bidault – L’écorce des choses ****

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Éditeur : Warum – Date de parution : octobre 2017 – 104 pages

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L’écorce des choses met en scène le quotidien d’une enfant sourde, le temps d’une année. L’été de ses neuf ans, ses parents décident de déménager à la campagne. Les journées défilent au gré des découvertes de l’enfant et de ses rencontres ; notamment celle de son petit voisin avec qui elle se lie d’amitié.

Au rythme des saisons qui s’égrènent, les bulles de ce sublime roman graphique retranscrivent le quotidien et l’univers sonore de l’enfant : les bulles de dialogues sont blanches, vierges de toute parole. Une lecture silencieuse, qui nous immerge dans la tête de la fillette.

 

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Lorsque les parents se parlent à table, se disputent, les bulles sont en suspension dans l’air, elles se meuvent à travers la pièce. De bulle en bulle, nous découvrons une enfant qui se sent comme dans un aquarium géant. Le texte à la fin de cette bande dessinée silencieuse nous apprend qu’au début des années 70, la langue des signes était encore interdite… (ce que je trouve aberrant !) La fillette a donc du mal à se faire comprendre de son entourage ; les uns et les autres se trouvent souvent démunis.

J’ai aimé la douceur et la simplicité des dessins, qui créent une ambiance feutrée. Un roman graphique qui parvient à nous transmettre l’essentiel sans qu’un seul mot soit nécessaire, avec des dessins qui parlent d’eux-mêmes.

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Loïc Clément & Anne Montel – Chaussette ***

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Édition : Delcourt Jeunesse – Date de parution : avril 2017

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Chaussette est une petite mamie qui habite la maison d’à côté. Merlin n’a jamais réussi à prononcer son nom correctement : Josette est devenue Chaussette… et l’est restée. Chaussette a sa petite routine, rassurante. Tous les jours de la semaine, elle emprunte le même parcours avec Dagobert, son petit chien fougueux. Jusqu’au jour où Dagobert ne l’accompagne plus… Merlin se met alors à suivre la petite mamie, à la recherche d’un sens à donner à cette routine brisée.

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Un roman graphique adorable, aux dessins simples et touchants, qui évoque la perte et l’absence avec justesse. Une lecture tout en simplicité, qui m’a fait sourire, beaucoup, et pleurer, un peu… Des couleurs soyeuses, un soucis du détail et une fraîcheur dans le trait de crayon. Une lecture douceur de vivre & indispensable, qui se déguste comme une viennoiserie !

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Bastien Vivès – Une soeur ****

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Editeur : Casterman – Date de parution : mai 2017 – 216 pages

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Antoine et Titi sont en vacances à la mer avec leurs parents. Antoine est timide et réservé, il aime passer son temps à dessiner et à jouer avec son petit frère. Hélène et sa mère, qui vient de faire une fausse couche, les rejoignent inopinément. Antoine a treize ans et Hélène en a seize – cet âge charnière où l’on goûte au désir, à l’alcool, aux joints ; où l’on aime jouer avec les interdits… La relation entre les deux adolescents devient vite ambiguë, trouble.

Bastien Vivès dépeint à merveille l’adolescence. Une BD dévorée en moins d’une heure… Quelle intelligence, quelle justesse de ton !

Des dessins mouvants qui m’ont touchée, interpellée. Des personnages dont les visages sont parfois à peine esquissés ; un trait de crayon terriblement vrai et parlant. L’émotion transparaît bulle après bulle.

Un beau coup de ❤

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Jurô Taniguchi – La Forêt millénaire ***

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Éditeur : Rue de Sèvre – Date de parution : septembre 2017 – 72 pages

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À la suite d’un violent séisme dans la région de San’in, une faille s’ouvre dans la terre, d’où se met à jaillir une forêt jusqu’alors demeurée cachée…

Après le divorce de ses parents, Wataru Yamanobé arrive dans le petit village de Kaminobe où il est recueilli par ses grands-parents maternels. Sa mère tombe malade de chagrin après le départ du père et n’est plus en mesure de s’occuper de Wataru. L’enfant doit prendre ses marques : une nouvelle école, de nouveaux amis à se faire. Pendant les cours, Wataru ne parvient pas à se concentrer : il entend comme des murmures, en provenance de la forêt, des arbres… C’est comme s’il entendait la voix de la nature, des animaux.

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Ce roman graphique en couleurs, à mi-chemin entre la bande dessinée et le manga – demeure inachevé… Jurô Taniguchi nous a quitté en février dernier et cette oeuvre était un des derniers projets qui lui tenait à coeur ; rongé par la maladie, il gardait l’espoir de la terminer à temps.

En tenant entre les mains cet album posthume, on mesure l’ampleur de la perte d’un tel créateur. L’histoire possède tellement de force dès les premières images. Taniguchi développe les thèmes qui lui ont toujours été chers : l’importance des relations harmonieuses entre l’homme et la nature, le respect de l’environnement. Un récit empreint de nostalgie et de poésie, qui captive dès les premières images ; l’utilisation de la couleur est saisissante.

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Une édition sublime, qui comporte également un dossier analytique et des dessins en rapport avec le récit. J’ai désormais envie de relire Quartier lointain et L’Homme qui marche… et de découvrir ses autres récits.

Aude Picault – Idéal Standard ***

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Éditeur : Dargaud – Date de parution : 2017 – 148 pages

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Claire a la trentaine, elle est infirmière en néonatologie. Elle voit défiler les hommes dans sa vie – ne parvenant pas à en retenir un plus de trois mois – et désespère de construire un jour le couple idéal, avec des enfants… Pour chaque homme qu’elle croise, elle se met à imaginer une vie en couple possible, idéalisée… Quand Franck la séduit, elle croit accéder enfin à ce qu’elle désirait. Tout se passe très vite, ils emménagent ensemble. Mais Claire va peu à peu déchanter.

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Une BD intelligente et drôle, féminine et féministe qui dénonce une réalité standardisée, bercée par les préjugés sexistes, les rôles attribués à chacun des deux sexes… Claire est une femme qui pourrait être nous. Qui nous ressemble. Qui nous donne la voix. Un personnage attachant et drôle, attendrissante dans ses imperfections.

Les dessins en noir et blanc, avec seulement quelques touches de jaune, de rose : des dessins simples qui disent tout en trois coups de crayon.

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Aimée de Jongh – Le Retour de la bondrée ***

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Éditeur : Dargaud – Date de parution : janvier 2016 – 160 pages

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Simon Antonisse est libraire. Mais en ces temps de crise, la librairie qu’il tient avec sa femme, et qu’il a hérité de son père, prend l’eau ; il est poussé à mettre la clé sous la porte et à fermer boutique, mais il ne parvient pas à s’y résoudre. Au cours d’un trajet en voiture, il est témoin d’un suicide sur la voie ferrée… Ce suicide le traumatise et fait resurgir des souvenirs de son passé, et notamment de son adolescence, marquée par une tragédie. En vidant peu à peu la réserve de livres située dans la cabane de son père, il tombe sur Le Guide des oiseau, un livre qu’il lisait à l’époque, quand il désirait devenir ornithologue.

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Les bulles alternent le temps présent et la résurgence du passé. Assailli par ces images du passé, Simon fait la rencontre d’une jeune femme qui va l’aider peu à peu à sortir la tête de l’eau et devenir pour lui un échappatoire au quotidien.

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La bondrée, c’est cet oiseau qui survit en repartant de zéro, métaphore du renouveau.

Un roman graphique néerlandais d’une profonde justesse et d’une grande sensibilité, dont les dessins m’ont tout de suite touchée. Épurés, ciselés, en noir et blanc. Il s’en dégage une émotion brute. Un petit bijou, où l’espoir, malgré la noirceur, est toujours présent, que je vous invite à découvrir de toute urgence.

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Nicolas Antona & Nina Jacqmin – La Tristesse de l’éléphant ***

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Éditeur : Les Enfants rouges – Date de parution : janvier 2016 – 76 pages

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A l’orphelinat dans lequel il passe son enfance et son adolescence, Louis est sans cesse l’objet des moqueries de la part des autres… à cause de ses rondeurs, on l’appelle l’éléphant. Il rêve d’une famille aimante. Son seul réconfort il le puise en s’enfuyant tous les soirs à 19h pour aller voir le spectacle du cirque Marcos et savourer sa magie. Et spécialement le numéro de dresseuse d’éléphant avec la belle Clara, dont il tombe très vite amoureux… Aidé et couvert par le surveillant de l’orphelinat, Louis la rejoint tous les soirs. Lorsque le cirque part en tournée, Louis survit grâce à leur correspondance et aux romans que le surveillant lui recommande : Cyrano, Don Quichotte… Les années passent et leur amour perdure.

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La Tristesse de l’éléphant est un roman graphique sublime, qui m’a profondément touchée. Je ne m’attendais pas à ressentir une telle émotion à sa lecture. De la douceur des dessins il se dégage une force – je suis littéralement tombée amoureuse du trait de crayon. L’histoire de cet amour, de cette blessure, nous est contée dans un murmure – un vrai brise-cœur. Une lecture que je ne suis pas prête d’oublier et que je me laisse à portée de main, pour de certaines relectures.

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