Jim & Mig – Un petit livre oublié sur un banc ****

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Éditeur : Grand Angle – Date de parution : mars 2014

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Camélia trouve un livre sur un banc. Intriguée, la jeune femme lit les premières lignes puis le rapporte chez elle. Si elle le trouve ennuyeux au début, elle finit par le dévorer. Elle le lit, puis le relit. Remarque des mots qui sont entourés en rouge et découvre que, mis bout à bout, ils forment une phrase… Commence alors une drôle de quête – enquête – pour la jeune femme, qui se saisit de ce prétexte pour s’extraire d’une vie de couple peu épanouissante et d’un quotidien qui ne l’excite plus, dans lequel elle a l’impression de s’enliser – en couple depuis douze ans, son mec passe sa vie sur les écrans – que ce soit la télévision, ou son téléphone dernier cri.

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Les deux tomes de ce roman graphique très addictif se dévorent à toute allure ! Le scénario nous tient en haleine, à la façon d’un savoureux polar. On découvre une histoire pétillante et intelligente, au suspense savamment travaillé et au charme fou.

Un vrai plaisir de lecture qui nous offre une réflexion sur le couple et l’amour mais aussi sur la lecture et la littérature et leur nécessité à l’ère du numérique et des écrans.

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Ari Folman & David Polonsky – Le Journal d’Anne Frank ****

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Éditeur : Calmann Levy – Date de parution : octobre 2017 – 162 pages

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Ce roman graphique est une adaptation du Journal d’Anne Frank de grande qualité. Quelques libertés sont prises dans la transformation du texte en image ; des morceaux entiers du journal sont retranscrits aux côtés de bulles de bande dessinée.

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Si j’ai lu le journal quand j’étais au collège – j’avais l’âge d’Anne Frank – je me suis rendue compte au cours de ma lecture de la BD que j’avais oublié des passages entiers… J’ai également pris conscience de la force et de la poésie qui se dégagent des mots et des réflexions d’Anne. Pour son âge, la jeune fille fait preuve d’une étonnante maturité et d’une incroyable lucidité sur sa condition.

Les dessins m’ont tout de suite plu, ils retranscrivent tellement bien l’humour et l’émotion dont fait preuve l’adolescente, nous offrant une belle mise en lumière du tempérament d’Anne – cet âge adolescent où l’on se sent en rébellion contre le monde entier. Ces envies d’être ailleurs, et cette rage envers les autres, la vie. Et pourtant, Anne doit attendre que le monde extérieur retrouve la raison, se taire toute la journée et rester cloîtrée dans l’Annexe, tout en cohabitant avec des inconnus.

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C’est un très bel hommage au texte original grâce auquel je redécouvre une Anne Frank féministe, révoltée contre l’injustice, en quête d’indépendance & d’émancipation, qui n’a pas sa langue dans sa poche. Un roman graphique sublime, qui a su m’émouvoir tout autant que me faire rire.

 ❤ ❤ ❤

Gaet’s, Luciani & Munoz – Un léger bruit dans le moteur ***

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Éditeur : Petit à Petit – Date de parution : avril 2017 – 124 pages

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Le héros – ou devrais-je dire l’anti-héros – de ce roman graphique est un enfant seul, furieusement seul, qui aime tuer les gens… oui, vous avez bien lu. Son passe-temps favoris est d’assassiner les villageois tous aussi bêtes et porcins, sans jamais éveiller le moindre soupçon ; « Parce qu’à force de tuer le temps, on finit par tuer vraiment. » Cet enfant tueur vit avec son père et sa nouvelle mère dans une petite et sinistre communauté villageoise où l’on ne s’arrête jamais sauf si l’on tombe en panne d’essence…

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De son propre point de vue, avec ses fautes de langage, le gamin nous expose son plan machiavélique et sanguinaire, dans les moindres détails, faisant preuve d’une imagination cruelle et malsaine. Pour ne pas perdre la main, il s’entraîne sur les animaux.

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Les dessins rendent compte parfaitement de l’ambiance sordide et miséreuse de ce village, ainsi que du caractère abjecte de ses habitants. Les personnages sont d’une laideur incroyable – aussi laids à l’extérieur qu’à l’intérieur.

C’est un roman graphique sombre et glauque qui m’a vraiment fait froid dans le dos ; j’ai été dérangée et dégoûtée et pourtant je l’ai dévoré… Il faut avoir le moral et le cœur bien accroché, l’humour est noir de chez noir, j’ai rarement lu un truc pareil ! Un ovni littéraire qui m’a fait frissonner, m’a donné la nausée et dont je ne sais qu’en penser une fois ma lecture finie…

BD repérée sur le blog de Fanny 😉

 

Isabelle Arsenault & Fanny Britt – Louis parmi les spectres ***

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Éditeur : La Pastèque – Date de parution : octobre 2016 – 160 pages

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« Je me souviens qu’en dehors des voitures de police banalisées, rien, nulle part, dans ma vie, n’est simple. »

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Après avoir eu un coup de ❤ pour Jane, le renard et moi, c’est avec bonheur que j’ai retrouvé le duo créateur Isabelle Arsenault & Fanny Britt. Dès les premières pages, l’émotion était au rendez-vous, encore une fois.

On découvre l’histoire de Louis et de son petit frère Truffe – l’innocence incarnée. Des parents qui se séparent. Deux frères qui se trouvent alors ballotés entre un père alcoolique et une mère angoissée.

 

Louis est amoureux de Billie, une « sirène à lunettes, une tempête de pluie, une fontaine à chocolat, une reine muette » qu’il n’ose pas aborder. Elle parle peu, défend les opprimés de la cour de récré et lit un livre par semaine.

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Des dessins en noir et blanc – l’intervention de la couleur symbolisant l’espoir et ces petits bonheurs qui font irruption dans un quotidien souvent terne et triste. Crayon et aquarelle. Délicatesse, douceur et poésie composent ce roman graphique. Un vrai moment de poésie, une lecture en suspension.

Cécile Bidault – L’écorce des choses ****

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Éditeur : Warum – Date de parution : octobre 2017 – 104 pages

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L’écorce des choses met en scène le quotidien d’une enfant sourde, le temps d’une année. L’été de ses neuf ans, ses parents décident de déménager à la campagne. Les journées défilent au gré des découvertes de l’enfant et de ses rencontres ; notamment celle de son petit voisin avec qui elle se lie d’amitié.

Au rythme des saisons qui s’égrènent, les bulles de ce sublime roman graphique retranscrivent le quotidien et l’univers sonore de l’enfant : les bulles de dialogues sont blanches, vierges de toute parole. Une lecture silencieuse, qui nous immerge dans la tête de la fillette.

 

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Lorsque les parents se parlent à table, se disputent, les bulles sont en suspension dans l’air, elles se meuvent à travers la pièce. De bulle en bulle, nous découvrons une enfant qui se sent comme dans un aquarium géant. Le texte à la fin de cette bande dessinée silencieuse nous apprend qu’au début des années 70, la langue des signes était encore interdite… (ce que je trouve aberrant !) La fillette a donc du mal à se faire comprendre de son entourage ; les uns et les autres se trouvent souvent démunis.

J’ai aimé la douceur et la simplicité des dessins, qui créent une ambiance feutrée. Un roman graphique qui parvient à nous transmettre l’essentiel sans qu’un seul mot soit nécessaire, avec des dessins qui parlent d’eux-mêmes.

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Loïc Clément & Anne Montel – Chaussette ***

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Édition : Delcourt Jeunesse – Date de parution : avril 2017

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Chaussette est une petite mamie qui habite la maison d’à côté. Merlin n’a jamais réussi à prononcer son nom correctement : Josette est devenue Chaussette… et l’est restée. Chaussette a sa petite routine, rassurante. Tous les jours de la semaine, elle emprunte le même parcours avec Dagobert, son petit chien fougueux. Jusqu’au jour où Dagobert ne l’accompagne plus… Merlin se met alors à suivre la petite mamie, à la recherche d’un sens à donner à cette routine brisée.

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Un roman graphique adorable, aux dessins simples et touchants, qui évoque la perte et l’absence avec justesse. Une lecture tout en simplicité, qui m’a fait sourire, beaucoup, et pleurer, un peu… Des couleurs soyeuses, un soucis du détail et une fraîcheur dans le trait de crayon. Une lecture douceur de vivre & indispensable, qui se déguste comme une viennoiserie !

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Bastien Vivès – Une soeur ****

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Editeur : Casterman – Date de parution : mai 2017 – 216 pages

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Antoine et Titi sont en vacances à la mer avec leurs parents. Antoine est timide et réservé, il aime passer son temps à dessiner et à jouer avec son petit frère. Hélène et sa mère, qui vient de faire une fausse couche, les rejoignent inopinément. Antoine a treize ans et Hélène en a seize – cet âge charnière où l’on goûte au désir, à l’alcool, aux joints ; où l’on aime jouer avec les interdits… La relation entre les deux adolescents devient vite ambiguë, trouble.

Bastien Vivès dépeint à merveille l’adolescence. Une BD dévorée en moins d’une heure… Quelle intelligence, quelle justesse de ton !

Des dessins mouvants qui m’ont touchée, interpellée. Des personnages dont les visages sont parfois à peine esquissés ; un trait de crayon terriblement vrai et parlant. L’émotion transparaît bulle après bulle.

Un beau coup de ❤

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