Vanyda – Entre ici et ailleurs ***

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Éditeur : Dargaud – Date de parution : 2016 – 188 pages

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Coralie a 28 ans, un père laotien et une mère française. Célibataire depuis peu, elle apprend à vivre seule pour la première fois de sa vie. Un peu casanière, elle a tendance à remettre au lendemain ce qu’elle doit faire. Un jour, pour se forcer à sortir et pour se mettre au défi, elle s’inscrit à la capoeira. La découverte de ce sport va lui permettre de faire de belles rencontres, et va être à l’origine de changements dans sa vie… Coralie est loin de se douter que ce sport brésilien va lui ouvrir de nouvelles portes, lui faire prendre conscience de certaines choses et lui apporter notamment un regard neuf sur ses propres origines.

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Une belle BD aux accents autobiographiques, à mi-chemin avec le manga, qui évoque des thèmes qui semblent chers à l’auteure : le retour aux racines, la recherche de soi

Dès les premières bulles, je me suis attachée à Coralie. J’ai aimé suivre son parcours, ses pensées, sa lutte contre ses démons intérieurs. Avec tact et intelligence, Vanyda aborde la question des origines, du racisme. Au détour des pages, on tombe sur de belles planches contemplatives, mélancoliques, en noir et blanc. Une infinie douceur se dégage de cette histoire.

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Un quasi coup de cœur !  ❤

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Annelise Heurtier – Sweet Sixteen **

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Éditeur : Casterman – Date de parution : 2013 – 217 pages

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Ce roman jeunesse s’inspire de faits réels. En 1954, la Cour suprême des États Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques grâce à l’arrêt « Brown versus Board of Education » qui remet en cause une règle vieille de plus de 80 ans… En 1957, neuf adolescents noirs sont sélectionnés pour intégrer le prestigieux lycée central de l’Arkansas.

En cette rentrée scolaire 1957, nous suivons la jeune Molly, une des jeunes noires qui fait son entrée au lycée. Le texte alterne en fait deux points de vue différents : celui de Grace, une jeune blanche d’origine bourgeoise et aisée, et Molly.

Dans un climat terriblement raciste, l’intégration au lycée se révèle traumatisante à plus d’un titre et la violence est incroyable. Dire que tout cela a existé dans les années 50 fait froid dans le dos et donne la nausée… Un roman qui me semble indispensable pour garder cette conscience de l’humanité déshumanisée à ce moment de l’Histoire.

Une lecture que j’ai aimée, mais qui comporte quelques défauts, peut-être un format trop court, trop d’ellipses pour cette année scolaire. J’ai eu aussi un peu de mal à m’attacher aux deux personnages féminins. Même si j’ai été touchée et choquée, voire même très émue à la fin, j’ai eu du mal à m’identifier à ces jeunes filles.

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« Elle avait fait face à une violence ahurissante, on lui avait volé son innocence et ses seize ans. Plus rien ne serait jamais comme avant. »

Marie-Aude Murail – Sauveur & fils ***

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Éditeur : L’école des loisirs – Date de parution : avril 2016 – 300 pages

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Un roman terriblement attachant, tout de suite. Sauveur Saint-Yves est psychologue, il tient un cabinet dans sa propre maison, séparant vie privée et vie publique d’une simple porte. Il vit avec son fils unique, Lazare. Quelle ironie pour un psychologue de s’appeler Sauveur ! C’est un grand noir baraqué – 1m90 pour 80 kilos de muscles, avec une voix grave et chaude. Lorsque son fils Lazare rentre de l’école, il prend l’habitude de se poster derrière la porte entrouverte, caché par un rideau. Il écoute les conversations qui se déroulent entre son père et ses patients dans cet espace feutré. Il y a Gabin, dont la mère a des bouffées délirantes, Ella qui souffre de phobie scolaire, madame Huguenot qui raconte sa vie mortellement ennuyeuse, Margaux qui se scarifie…

C’est un roman qui m’a fait sourire, et qui m’a beaucoup émue… Les mots de Marie-Aude Murail déroulent une ribambelle d’émotions au fil des pages. C’est une belle lecture, humaine. Et l’auteure parvient peu à peu à orchestrer une atmosphère mystérieuse autour de Sauveur et de ses origines familiales. On s’attache immédiatement à Lazare, ce petit métis au nom de gare, qui n’a que huit ans et qui, pourtant, comprend beaucoup plus de choses que les adultes… Et on éprouve tant d’empathie pour Sauveur, ce psychologue au passé douloureux, qui, jour après jour, écoute ses patients et aimerait pouvoir les sauver, les délivrer. En fait, chaque personnage secondaire a de l’épaisseur psychologique et de l’importance dans le récit. A la fin, je n’ai qu’une hâte : dévorer la saison 2 !!

Un grand merci aux éditions de L’école des loisirs, qui m’a permis de découvrir ce très beau roman. Il plaira assurément à mes collégiens, qui étaient déjà très intrigués par la couverture…

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« On ne sauve pas les gens d’eux-mêmes, Lazare. On peut les aimer, les accompagner, les encourager, les soutenir. Mais chacun se sauve soi-même, s’il le veut, s’il le peut. »

« Est-ce que les secrets qui vous entourent de leurs nuées vous empêchent de vivre, de grandir, d’aimer ? C’était la question qu’il se posait à propos de chacun de ses patients, Ella, Margaux, Blandine, Cyrille, Lucile, Marion, Elodie, Gabin. Ont-ils, avons-nous, besoin de tout savoir ? »

Emmanuelle Bayamack-Tam – Je viens **

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Éditeur : Folio – Date de parution : mai 2016 – 417 pages

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Charonne est adoptée à l’âge de cinq ans par Gladys et Régis qui, au bout de quelques mois, n’en veulent plus. Parce qu’elle est devenue trop noire, trop grosse, que ses cheveux sont crépus… Ce n’est pas ce qu’ils avaient commandé. Heureusement, la grand-mère Nelly va s’occuper d’elle. Charlie, le grand-père, l’emmène faire la tournée des bars avec lui ; elle y rencontre ses amis tous plus racistes et homophobes les uns que les autres. Ses parents passent leur temps à voyager et à tester de nouvelles philosophies de vie. Et puis il y a Coco son seul ami, le jeune fantôme héroïnomane et épris de poésie, que Charonne retrouve dans le bureau du haut, avec qui elle lit des contes russes.

C’est une lecture vraiment singulière, qui se déroule en trois parties ; une partie pour chacune de ces femmes : Charonne, Nelly & Gladys, trois générations de femmes différentes. Trois vérités également, trois façons de voir les choses. Charonne, la première à prendre la parole, est l’enfant abandonnée toute son enfance, rejetée par sa mère biologique puis par ses parents adoptifs. Si elle a envie de se jeter par la fenêtre à six ans, elle va finir par développer malgré tout une joie de vivre et apprendre à vivre avec sa famille en i. Nelly, ancienne vedette de cinéma, qui se désespère de vieillir, va s’occuper de cette enfant indésirable. Gladys, la non-mère, est exécrable, haineuse et mesquine, elle verra toujours en Charonne une gamine calculatrice et avide d’argent.

Une lecture dense, qui aborde au fil des pages de nombreuses questions, comme le racisme, la vieillesse, la famille et ses relations complexes… Le comportement de la mère adoptive, Gladys, m’a complètement révoltée. En fait, la plupart des personnages m’ont beaucoup agacée et je n’ai pas ressenti le moindre attachement pour eux.

Si j’ai trouvé l’écriture très belle, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman ardu… Je suis restée extérieure à l’histoire et me suis franchement ennuyée par moments. Mais il y a certains passages que j’ai beaucoup aimés, poétiques et irréels, comme ceux qui se déroulent dans le bureau et qui mettent en scène le fantôme héroïnomane, allongé nonchalamment sur l’ottomane, qui prend une allure différente en fonction des personnes qui le rencontrent.

Merci aux éditions Folio pour cette curieuse découverte !

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Je reconnais tout de suite un adulte dont l’enfance est passée inaperçue, la mienne ayant commencé par un abandon brutal. Comme je n’avais pas trois jours, je n’en veux à personne, et surtout pas à ma mère biologique, à la décharge de laquelle on peut dire qu’elle ne me connaissait pas. »

« Je crois n’avoir jamais rien vu de plus poignant que cette petite fille le jour où Gladys et Régis ont tenté d’annuler son adoption et de la rendre à l’expéditeur comme si elle n’était qu’un vulgaire colis en souffrance. »