Stephen King – Carrie ***

Carrie

Le Livre de Poche – 2010 – 288 pages

*

Carrie White, c’est cette adolescente de dix-sept ans, solitaire, timide, peu grâcieuse avec une allure bovine. Depuis toujours, elle est la risée du lycée ; ses camarades passent leur temps à se moquer d’elle – les moqueries sont de plus en plus méchantes et cruelles. Comme cette fameuse scène sanglante dans les douches collectives.

Son calvaire au lycée est accentué par le fanatisme religieux dans lequel sa mère la fait baigner. Une mère irrascible, qui fait des crises d’hystérie et l’enferme des heures dans un placard pour la punir.

Lorsque Tommy Ross, un des garçons les plus séduisants et populaires du bahut, l’invite au Bal de Printemps, Carrie ne sait pas si elle doit se réjouir ou se méfier…

Et puis il y a ce don qu’elle ne maîtrise pas encore… Ce pouvoir étrange et déstabilisant de déplacer les objets à distance, de provoquer des chutes, briser des miroirs, griller des ampoules… Surtout quand elle se trouve submergée par un trop-plein d’émotions et de stress.

Mon premier Stephen King, enfin! Je suis sortie de cette lecture conquise!

La narration, habilement ficelée, m’a happée – ces allers retours dans le passé et le futur à l’aide de coupures de journaux, extraits d’articles et témoignages de spécialistes et anciens élèves… Une multiplication des points de vue qui participe à la tension dramatique et l’accentue.

Carrie est une lecture angoissante à souhait, le personnage de la mère est terrifiant et le malaise grandit au fil des pages de façon crescendo, la tension nous noue les entrailles jusqu’à la toute fin… Une pépite horrifique.

Joe Meno – La Crête des damnés ***

9782253241911-001-T

Le Livre de Poche – août 2020 – 448 pages

*

Nous sommes à Chicago, en 1990. Brian Oswald a 17 ans – loser à binocles et acné persistante – il rêve de devenir star du rock et passe ses heures de cours au lycée catho à imaginer des noms de groupes, des noms de chansons. Rien ne va plus dans sa vie : ses parents sont sur le point de se séparer et il se rend compte qu’il tombe amoureux de sa meilleure amie Gretchen, fan de punk et de bagarres aux poings, cheveux roses, surpoids et caractère bien trempé. 

Le temps d’une année on suit Brian, ses hésitations face au futur, ses tâtonnements pour se trouver, sa peur au fond de quitter l’adolescence, de devenir adulte, sérieux. Ses déboires. 

Le ton du roman m’a tout de suite plu. La voix de Brian est attachante – ce gamin un peu paumé qui s’évade par la musique. « C’était comme si la musique pouvait changer les choses. » La musique rythme sa vie, l’aide à se définir, à s’accomplir. « Pendant toute cette période, je ressentais exactement ce que disais le titre de chaque chanson, aussi désaxé sur cette terre qu’un adolescent venu de Mars. » 

La Crête des damnés est un roman initiatique traversée par la fougue et la révolte adolescente. Joe Meno analyse avec tact et acuité les sentiments qui traversent Brian – ses premières fois, son coeur brisé, ses parents qui s’engueulent, son lycée catholique qui lui lave le cerveau – et nous offre un récit à la première personne emplit d’espoir et de noirceur, mais aussi de mélancolie, qui fait la part belle à la musique. A lire !

Sarah St Vincent – Se cacher pour l’hiver ***

51ZlVZJ8viL

Delcourt – octobre 2020 – 348 pages

*

Kathleen travaille dans le snack d’un parc naturel en plein coeur des forêts oubliées de Pennsylvanie, les Blue Ridge Mountains. A vingt-sept ans, elle loge chez sa grand-mère, et une aura de solitude semble flotter autour d’elle.

Un soir, alors qu’elle s’apprête à fermer la boutique, un étranger débarque. Il a un drôle d’accent. Elle lui ouvre le gîte pour qu’il y passe la nuit. Il prétend s’appeler Daniil et être un étudiant ouzbek. Cet étranger l’intrigue profondément – il a l’air de fuir quelque chose. Beaucoup de questions restent sans réponses. Et pourtant, la jeune femme sent qu’elle peut lui faire confiance.

Mais le personnage le plus énigmatique demeure sans doute Kathleen. Pourquoi ne veut-elle pas parler de cette douleur qui lui paralyse parfois l’épaule et la hanche ? Pourquoi a-t-elle toujours l’air effrayée ou sur le qui-vive, comme un animal sauvage, traqué ?

Daniil. Kathleen. Deux êtres hantés par leur passé, qui passent leur temps à fuir, à leur façon, et qui vont se lier d’amitié, petit à petit. Les mots et le passé vont jaillir au fil de leurs escapades au coeur de la beauté désarmante des Blue Ridge Mountains – la majesté des forêts, leur solitude à la fois rassurante et effrayante.

Je me glisse à pas de velours dans le roman de Sarah St Vincent, saisie par le mystère qui s’en dégage, la psychologie fouillée des personnages. Et cette nature à la fois majestueuse et imposante. Un premier roman américain abouti et intense, sur la violence et la résilience, mettant en scène une rencontre entre deux personnages que je ne suis pas prête d’oublier. 

Merci au #PicaboRiverBookClub pour cette lecture !

Joyce Carol Oates – J’ai réussi à rester en vie ***

103996_couverture_Hres_0

Editions Points – 2012 – 552 pages

*

« Je ne veux pas dire que la vie n’est pas riche, merveilleuse, belle, diverse et infiniment étonnante, et précieuse – mais simplement que je n’ai plus accès à cette vie-là. Je ne veux pas dire que le monde n’est pas beau – du moins une partie du monde. Mais simplement qu’il m’est devenu lointain et inaccessible. »

Un livre de Joyce Carol Oates pas comme les autres… Ici, la célèbre autrice américaine si prolixe s’attaque à un sujet bien intime : la mort de son mari, Ray Smith.

Février 2008. Lorsque son mari est interné à l’hôpital pour soigner une pneumonie, l’écrivaine ne pense pas une seule seconde qu’il n’en sortira jamais vivant.

Oates se retrouve alors seule, après 47 ans de mariage. Seule. L’idée de la mort, du suicide s’insinue en elle tel un poison. Comment survivre à la perte de son amour ? Le désespoir, la colère, l’abattement se disputent en elle. Elle est obsédée par l’incompréhension qui s’empare d’elle : comment a-t-il pu mourir ?

« Des mots tels que cause du décès : arrêt cardio-respiratoire, pneumonie. Date du décès : 18/02/2008 0h50. Au bout de près de quatre mois, je suis capable de lire ces mots sans me dire Je veux mourir. Je devrais mourir. Je suis presque capable de les lire comme si c’étaient des mots ordinaires et non des mots terribles qui signent avec désinvolture la fin de ma vie telle que je la connaissais. »

J’ai longuement hésité à ouvrir ce livre, tout comme celui de Joyce Maynard, pour son sujet éminemment douloureux. Le deuil, la survie de l’autre moitié.

Peu à peu, l’écriture de Joyce Carol Oates, toujours aussi magnétique et sombre, me captive et m’embarque dans les méandres de sa souffrance. Avec une sincérité désarmante, l’autrice analyse et sublime le désarroi et le chagrin qui s’emparent d’elle – avec ce mot de « veuve » qui revient comme un lancinant et maudit refrain, un mantra.

Un récit libérateur sur le chagrin et les difficultés de l’écrivaine devenue veuve à trouver un sens à sa vie, après la mort de l’amour de sa vie.

***

« Oui. Les mots peuvent être impuissants – et pourtant ils sont tout ce que nous avons pour étayer nos ruines, de même que nous sommes, les uns pour les autres, tout ce que nous avons. »

Tess Sharpe – Mon territoire ***

9782266300742ORI

Pocket – octobre 2020 – 592 pages

*

Harley n’a que 8 ans lorsqu’elle perd sa mère et voit son père assassiner un homme de sang froid. Son père n’est autre que Duke McKenna, un des barons de la drogue les plus brutaux de la côte californienne, toujours en guerre contre les Springfield, eux aussi plongés jusqu’au cou dans le trafic des précieux cristaux.

Harley aime passer des heures en forêt ; son enfance est parsemée de fusillades et règlements de compte – à 12 ans elle sait déjà tenir un revolver pour se défendre, et quelques années plus tard, elle apprend à se débarrasser d’un corps. Son père l’a élevée de façon à ce qu’elle lui ressemble ; il lui apprend à survivre dans n ‘importe quelle situation.

Devenue jeune femme, Harley vadrouille, fusil en main, afin de collecter les recouvrements de dettes ; elle possède un don inné pour le tir, ne ratant jamais sa cible. Elle tient de son père, pour sa force de caractère et son instinct de chasseur, mais aussi de sa mère, pour son implication et son dévouement dans la lutte contre les violences faites aux femmes ; elle dirige le Ruby, une maison qui vient en aide aux femmes battues.

Harley n’a pas vraiment eu d’adolescence et n’a pas la même jeunesse que les gens de son âge. Son destin est tout tracé par son père, par son clan. La vengeance, elle l’a reçue en héritage. Bien décidée à ne jamais devenir comme son père, elle est prête à tout pour sauver ceux qu’elle aime et pour prendre son destin en mains.

Mon Territoire est un thriller à l’écriture aussi acérée que la lame d’un couteau ; l’intrigue est habilement ficelée et la narration possède un rythme soutenu – alternant souvenirs et présent – sans fausses notes. Je me suis rapidement attachée à cette héroïne au caractère incroyable, qui n’a pas froid aux yeux. Gros coup de coeur pour ce thriller féministe intelligent et ébouriffant ! Une lecture excellente du début à la fin, dont je suis sortie conquise.

***

« Et je le vois dans ses yeux, le moment où il se rend compte qu’il est foutu. Qu’il n’est rien. Qu’il n’y a rien de plus fort qu’une femme qui s’est relevée des cendres du feu allumé par un homme. »

Joyce Carol Oates – Le Ravin ***

9782290230152

J’ai Lu – 2006 – 384 pages

*

Weymouth, New Jersey. Au moment de la disparition de Marcey Mason il y a 21 ans, Matt McBride n’avait que 15 ans. Mais il s’en souvient comme si c’était hier. Les recherches, la découverte du corps atrocement mutilé de l’adolescente dans les marais. Marcey avait 17 ans, elle était une populaire pom-pom girl. L’avenir lui souriait.

Matt, désormais marié et père de deux enfants, agent immobilier le jour et photographe la nuit, sous le nom d’Oiseau-de-nuit, en fait encore des cauchemars.

Aujourd’hui, impossible de ne pas faire le lien avec Diana Zwolle, une jeune artiste qui vient de disparaître à son tour. La police l’interroge et le soupçonne car il est mentionné dans le journal intime de la jeune femme. Alors qu’ils ne se connaissaient même pas, s’étant juste croisés quelques fois. D’après ses dires…

Matt ne peut s’empêcher de se sentir coupable. Mais de quoi?

Obsédé par la disparition de la jeune femme, Matt décide de mener sa propre enquête, en secret. « Comment convaincre la police qu’un autre était l’assassin quand elle vous soupçonnait, vous? »

L’écriture évocatrice et hypnotique de Joyce Carol Oates fait rapidement son effet. Un thriller psychologique qui nous fait plonger dans la noirceur de l’âme humaine. On connaît déjà le meurtrier donc il n’est pas question de suspense mais l’atmosphère terriblement noire et poisseuse comme l’eau des marais nous saisit à la gorge… Le Ravin nous offre une plongée saisissante dans la psyché d’un meurtrier. Un excellent moment de lecture.

Stephen Markley – Ohio ***

9782226442048-j

Albin Michel – Terres d’Amérique – août 2020 – 560 pages

*

« Il est difficile de dire où cela s’achève et même où cela a commencé, car on finit fatalement par se rendre compte que la linéarité n’existe pas. Tout ce qui existe, c’est ce lance-flammes délirant, ce rêve collectif dans lequel nous naissons, voyageons et mourons. »

Été 2013. Six ans après l’enterrement du caporal Rick Blinklan, un des membres de leur bande, quatre anciens camarades de lycée se retrouvent par hasard dans leur petite ville natale, New Canaan, en plein coeur de l’Ohio. Ils sont trentenaires. Le temps les a plus ou moins épargnés, plus ou moins marqués. En débarquant à New Canaan, ils se souviennent de ce qu’ils étaient, de leurs années lycée. Ils se confrontent, souvent malgré eux, au passé. Leurs amours, leurs folies, leurs échecs. Chaque partie se concentre sur un des personnages…

Il y a Bill Ashcraft, ancien activiste humanitaire à la Nouvelle-Orléans, devenu toxicomane. Il débarque à New Canaan pour y livrer un mystérieux paquet…

Quant à Stacey Moore, elle revient pour revoir la mère de son ex petite-amie et régler ses comptes… Elle repense à son frère aîné Patrick, qui n’a jamais accepté son homosexualité.

Danny Eaton, hanté par ses souvenirs de la guerre, a besoin de revoir Hailey, la fille avec qui il a perdu sa virginité au lycée et dont il était fou.

Enfin, Tina Ross est bien décidée à revoir le mec qui a brisé sa vie.

A travers cet épais roman, Stephen Markley dresse le portrait d’une jeunesse américaine désabusée et meurtrie par le 11 septembre, la guerre… Une jeunesse tiraillée, entravée, dont les blessures peinent à se refermer. Un pavé dense, pour lequel j’ai pris mon temps, dans lequel je me suis immergée. Ohio est un roman noir de chez noir, sans concession, qui m’a tour à tour secouée, révoltée, émue.

« La littérature, c’est une immense conversation qui transgresse toutes les limites définissant notre pensée : les frontières, notre durée de vie, les continents, les millénaires. »

Jeannette Walls – Des chevaux sauvages, ou presque ***

71fe85r7QPL

Pocket – 2015 – 384 pages

*

High Lonesome, à l’ouest du Texas. Des terres inhospitalières à perte de vue. Lily Casey naît au début du XXème siècle sur les rives de la Salt Draw ; elle apprend très tôt à se débrouiller seule au sein du ranch familial, à s’occuper de ses frères et sœurs, Buster et Helen.

À 5 ans elle sait déjà dresser des chevaux. Elle aimerait poursuivre ses études mais c’est sans compter le caractère fantaisiste et dépensier de son père. Et puis à 15 ans elle devient institutrice et se retrouve envoyée en Arizona. L’adolescente doit quitter son foyer et parcourir 800 kilomètres à cheval, seule.

Lily a un caractère bien trempé, elle ne tient pas en place et l’ambition fourmille en elle. Elle découvrira Chicago, apprendra à conduire une auto, puis un aéroplane…

Jeannette Walls nous livre le destin d’une femme hors norme pour son époque, qui a vraiment existé – puisqu’il s’agit de sa grand-mère. On découvre le portrait d’une femme puissante, décidée à réaliser ses rêves, envers et contre tous. Un tempérament de feu, une femme prête à en découdre avec la vie.

Un roman biographique que j’ai dégusté avec plaisir, qui m’a plongée dans les paysages de l’Arizona ; Peach Springs, Phoenix, Horse Mesa – autant de noms qui invitent au voyage. Lily n’aura jamais une vie facile, mais palpitante et enivrante.

***

« D’où nous étions, on pouvait contempler l’éternité. Pas d’autre maison, pas un être humain ni le moindre signe de civilisation. Uniquement le ciel immense, l’interminable plaine herbeuse et les montagnes au loin. »

Colson Whitehead – Nickel Boys ***

ppm_medias__image__2020__9782226443038-x

Albin Michel – 19 août 2020 – 272 pages

*

Dans les années 2000, un cimetière clandestin et des ossements non identifiés sont découverts aux abords de la Nickel Academy, une ancienne maison de correction pour mineurs délinquants, qu’ils soient noirs ou blancs.

La Nickel Academy… Un nom qui fait froid dans le dos. Un nom dont se souviennent tous ceux qui y ont un jour mis les pieds… Un nom qui revient hanter les nuits des anciens pensionnaires.

A l’époque, Nickel promet de remettre les adolescents sur le droit chemin, d’en faire des hommes honnêtes et honorables. Mais derrière ces murs immaculés, se cachent les pires sévices… Les garçons qui s’en sortent ne sont plus jamais les mêmes. Et encore, s’ils ont de la chance de s’en sortir vivant.

Elwood Curtis se souvient…

Dans les années 60, en plein coeur d’une Floride ségrégationniste, le jeune adolescent noir adule Martin Luther King et se passionne pour l’école ; abandonné par ses parents très tôt, il est élevé par sa grand-mère Harriet. Intelligent et très travailleur, il rêve de poursuivre ses études à l’université. A la suite d’une mauvaise rencontre, il est envoyé à Nickel.

Elwood va devoir affronter le pire visage de l’âme humaine. Dans cet environnement hostile, il se lie d’amitié avec Turner, qui devient très vite un allié précieux pour survivre.

Si la Nickel Academy n’a jamais existé, Colson Whitehead s’inspire cependant de faits réels, et d’un établissement qui a vraiment existé.

Un roman sur le racisme qui démarre fort et qui m’a immédiatement prise aux tripes – l’horreur nous saisi, le sentiment de révolte gronde en nous face à la cruauté, aux injustices et à la sourde violence qui imprègne les pages. Nickel Boys fait partie de ces romans qui m’ont touché et dont j’ai du mal à parler… Je l’ai trouvé captivant mais il m’a quand même manqué quelque chose pour que je m’attache vraiment aux personnages, et je l’ai trouvé bien trop court pour saisir vraiment l’ampleur du thème abordé.

Kristopher Jansma – New York Odyssée ***

81Uyn-cyhpL

Le Livre de Poche – 2018 – 608 pages

*

« Nous sommes venus en ville parce que nous voulions une vie désordonnée, voir ce que nos échecs avaient à nous apprendre, et ne satisfaire que nos désirs les moins raisonnables, et non pas revenir à la vie, en se rendant compte que nous n’avions jamais été morts. »

Jacob, George, Sara et Irene sont inséparables depuis l’université. Une bande de potes soudés, qui ont quitté leurs foyers respectifs pour se lancer dans une carrière à New York. À l’assaut de la Grosse Pomme. Quelques années plus tard, ceux que l’on surnommait les Murphy sont toujours amis. George s’apprête à demander Sara en mariage. Jacob n’a pas changé, trublion poète gay irrévérencieux. Irene, l’artiste de la bande, s’apprête à découvrir et annoncer sa maladie. William les a longtemps enviés et admirés de loin, à l’université. Il les retrouve lors de cette prestigieuse soirée au Waldorf Astoria. Il ne les a jamais oubliés ; son coeur bat toujours pour Irene.

Le quotidien de cette joyeuse bande se trouve chamboulé par l’annonce du cancer d’Irene. Leur jeunesse insouciante vole en éclat ; leur vulnérabilité, leurs faiblesses, leurs démons se révèlent. Ils changent, sans s’en rendre compte. Sans réaliser tout de suite qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Chacun fera son deuil comme il le peut. Chacun pansera ses blessures à sa façon.

Par moment, j’ai beaucoup pensé aux Chroniques de San Francisco. New York Odyssée est un roman au ton ironique, qui glisse lentement dans le drame, mais sans jamais devenir larmoyant ou plaintif.

Je crois que mon personnage préféré reste Jacob, ironique, irrévérencieux, provocateur, il m’émeut et me fait rire. Il est vrai, entier. Une vraie bourrasque de vie. Les autres personnages m’ont paru parfois dénués de consistance, flous, ils se fondent et se confondent aisément dans le groupe, même Irene.

Une lecture drôlement touchante, aux personnages tragi-comiques. Malgré quelques longueurs, j’ai pris plaisir à me plonger dans ce roman new yorkais doux-amer sur le deuil, l’amitié, les liens indéfectibles qui nous unissent les uns aux autres, l’importance des familles que l’on se choisi.

***

« Tu imagines ? Si le mal était juste cette chose vivant en bas de la rue ? Pas un petit Napoléon nord-coréen ou un intégriste fanatique afghan. Pas un… mal-être généralisé. Pas une cellule maligne dans l’organisme. Imagine si on pouvait pointer un endroit sur la carte et dire, c’est de là, de là que viennent tous les malheurs. »