Glendon Swarthout – Bénis soient les enfants et les bêtes ***

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Éditeur : Gallmeister – Date de parution : février 2017 – 176 pages

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Le Box Canyon Boys Camps. Situé en plein coeur de l’Arizona, ce camp de vacances pour garçons se targue de transformer les gosses de riches en vrais petits cow-boys. C’est dans ce camp que se rencontrent les six adolescents de ce roman.

Cotton. Les frères Lally. Goodenow. Teft. Schecker.

On les surnommes les Inaptes, les Tarés. Délaissés par leurs parents, ils ne peuvent dormir qu’avec leur poste radio allumés au fond de leurs sacs de couchage ; ils grincent des dents la nuit, pissent encore au lit… Cumulant les phobies, ils ne sont bons qu’à remporter le traditionnel pot de chambre lors des épreuves organisées par les moniteurs du camp.

Une nuit, les adolescents décident de s’enfuir du camp, de tenter l’aventure… mais laquelle ? Ils s’échappent à la suite d’un événement dont ils ont été témoins et qui les hante. Ils volent un pick-up et se retrouvent en pleine nuit à sillonner la montagne et le désert pour accomplir la mission qu’ils se sont assignée. Quel qu’en soit le prix à payer, ils iront jusqu’au bout…

Le récit alterne le présent de la fuite et le passé de chacun des adolescents. Une très belle plume, des personnages attachants… Un roman initiatique aux allures de western, court et incisif, qui manie avec talent l’humour, l’émotion et le suspense.

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« Nous naissons les mains souillées du sanf des bisons. Dans notre préhistoire à tous apparait la presence atavique de la bete. Elle broute les plaines de notre inconscient, elle pietine notre repos, et dans nos reves nous crions notre damnation. Nous savons ce sue nous avons fait, nous qui sommes un peuple violent. »

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Jim Harrison – La fille du fermier ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : novembre 2017 – 129 pages

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La fille du fermier c’est Sarah, la fille de Peps et Franck – ils vivent dans le fin fond du Montana. Un père taciturne et une mère évangéliste qui, lorsque Sarah a quatorze ans, fuit avec le premier homme venu. Poursuivant des études par correspondance, Sarah rêve de Montgomery Clift, et de quitter sa vie pour le grand Ouest ou New York. Elle dévore les bouquins que lui prête en cachette Terry, son ami au pied bot ; Willa Cather, la poésie de Withman, Dreiser… Grâce à la lecture, elle découvre la vie, s’enrichit et apprend tout ce qui se passe en dehors de ce coin paumé où elle habite. Elle passe son temps avec sa chienne Vagabonde, son cheval Lad et Old Tim, son seul ami.

Quand l’irréparable se produit, Sarah se métamorphose ; éprise de vengeance, oscillant entre fureur et dépression, la jeune femme demande réparation… Un beau récit, âpre et vivant, servi par une écriture juste et émouvante.

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« Elle se rappela alors un rêve troublant de la nuit précédente et se dit tout à trac qu’elle devait faire grandir sa vie pour que son traumatisme devienne de plus en plus petit. »

Gary D. Schmidt – Jusqu’ici, tout va bien ****

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : octobre 2017 – 365 pages

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Attention : ne vous fiez surtout pas à la couverture que je trouve assez mal choisie, vous passeriez à côté d’un GRAND roman.

Nous sommes en 1968. La guerre du Vietnam fait des ravages et débat ; l’Homme n’a pas encore marché sur la Lune. Doug est un petit adolescent maigrichon, qui idôlatre Joe Pepitone, son joueur préféré de baseball – son idôle inaccessible. Il vient d’arriver à Marysville, une petite bourgade au nord de l’État de New York. Issu d’une famille très modeste, sa vie n’est pas facile tous les jours, entre un père violent, un frère qui passe son temps à le frapper et lui voler ses affaires, et un autre qui est parti au Vietnam. Il pourrait se laisser gagner par l’abattement, mais c’est sans compter les rencontres qu’il va faire…

Celle de Lil Spicer devant la bibliothèque, qui n’ouvre que le samedi. Bibliothèque dans laquelle il découvre un immense livre, contenant des peintures d’oiseaux réalisées par Audubon… Il se retrouve fasciné devant la sterne arctique.

…. Celle de M. Powell, le directeur de la bilbiothèque, qui va révéler jour après jour le talent de Doug pour le dessin. Chaque samedi, l’adolescent se précipite à la bibliothèque ; il découvre peu à peu la disparition des oiseaux ; face à cette collection qui s’éparpille entre les mains des collectionneurs, Doug se fait la promesse de retrouver chaque planche.

…… Celle de Mme Windermere, la dramaturge dans sa robe d’opéra qui fait furieusement crépiter sa machine à écrire lorsque le dieu de la Créativité a replié ses ailes à côté d’elle.

…….. Celle de Jane Eyre.

Doug est un gamin attachant, qui va nous interpeller tout le long du roman. « Vous vous souvenez quand je vous ai dit que, quand tout va assez bien, cela signifie en général qu’un truc nul va arriver ? C’est vrai. Demandez au goéland marin. » J’ai aimé ce gamin, cette voix à la fois naïve et butée, insolente et revancharde – qui parfois m’a fait penser au ton du héros de Salinger, dans L’Attrape-coeur. Ce genre de personnage qu’on ne peut oublier.

Gary D. Schmidt a une écriture tout simplement géniale et nous révèle une intelligence et un génie narratifs. Doug est un personnage qui marque les esprits par son humour, son impertinence, et comme le dit si bien la 4ème de couverture « sa furieuse envie d’en découdre avec la vie ».

Jusqu’ici tout va bien est une lecture qui m’a émue, profondément, et fait rire, énormément – je me suis surprise à glousser à certains passages. Une lecture qui révolte également. Je ne m’étais pas pris d’affection pour un personnage comme ça depuis un moment… Véridique. Ce bouquin, donc chaque chapitre est orné d’un oiseau, est une PEPITE, un concentré d’émotions. Je ne sais pas vous, mais on se sent bien après avoir lu un tel roman.

Coup de  ❤

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« Vous savez, quand on pleure, quelque chose reste dans l’air. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut voir, ou humer, ou sentir. Ou dessiner. Mais c’est là. C’est comme le hurlement du goéland marin, qui crie dans l’espace vide et immaculé qui l’entoure. Vous ne pouvez pas l’entendre quand vous regardez ma peinture. Mais cela ne veut pas dire que cela n’existe pas. »

Lee Clay Johnson – Nitro Mountain **

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Éditeur : Fayard – Date de parution : septembre 2017 – 292 pages

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Ce curieux roman met en scène une galerie de personnages tous plus tordus et torturés les uns que les autres, dans une petite ville pauvre des AppalachesLeon est un jeune homme complètement paumé qui vient de se faire larguer par sa copine Jennifer, une jeune femme torturée et manipulatrice. Il est engagé par Jones Young, un musicien bluegrass pour jouer de la basse au sein de son groupe dans des bars glauques comme le Misty’s.

Après avoir quitté Leon, Jennifer tombe sous la coupe d’Arnett, un truand sociopathe aux multiples trafics, reconnaissable grâce au tatouage Daffy Duck qu’il a dans le cou. Turner, un ex-flic, se met en tête d’arrêter ce dernier, afin de regagner son insigne…

Un roman noir de chez noir qui transpire le glauque… L’atmosphère particulière de ce roman m’a tout à la fois repoussée et fascinée. J’ai été déroutée par cette lecture ; une langue âpre, et une ambiance malsaine et violente – rendant compte de la crasse humaine – qui tranche avec la beauté des paysages.

Une lecture faite dans le cadre des Matchs de la Rentrée littéraire #MRL17 

Anna Brones – Lagom, vivre mieux avec moins ***

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Éditeur : Dunod – Date de parution : septembre 2017 – 221 pages

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Le lagom est un concept suédois qui signifie le juste milieu. C’est une philosophie de vie qui nous incite à vivre avec juste ce qu’il faut, juste ce dont nous avons besoin. Entre les hivers interminables où l’obscurité domine, et les étés où le soleil semble ne jamais vouloir se coucher, les Suédois ont trouvé un équilibre dans le lagom. Vivre lagom c’est aspirer à une vie plus équilibrée et durable, fondée sur les plaisirs simples.

« C’est un équilibre que l’on trouve dans la vie de tous les jours, dans la recherche du bien commun plutôt que de l’intérêt de chacun ».

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Un bouquin très agréable à lire, agrémenté de belles photos évocatrices à travers lequel Anna Brones nous offre un message écologique, humain et plein d’espoir. Bien documenté et complet, cet ouvrage se veut accessible et réaliste, nous offrant une foule de conseils pour vivre lagom – un art de vivre à la portée de tous, que chacun peut mettre en pratique au travail, chez soi, dans l’agencement de son intérieur, dans sa façon de cuisiner, et dans le regard qu’il porte sur son quotidien. Les recettes pour cuisiner lagom m’ont particulièrement ravie, elles donnent l’eau à la bouche et semblent relativement simples à réaliser…

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Une lecture que je ne peux que vous recommander…!

Rupi Kaur – Lait et miel ****

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Editeur : Charleston – Date de parution : septembre 2017 – 192 pages

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Lait et miel est un très bel objet littéraire, qui prend la forme de confessions poétiques ; il est en effet composé de courts poèmes en prose. À travers quatre chapitres, Rupi Kaur évoque l’amour, la perte, les abus sexuels, la féminité. Elle dénonce, elle défend – la place de la femme dans la société – elle console… Ses mots sont un baume pour les maux des femmes au XXIème siècle.

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Un beau recueil poétique et intime où la poésie s’écoule sans point ni majuscule. Rupi Kaur nous livre des bribes de pensées sur son enfance et les abus de ce père intrusif et violent. Une enfance qui aura un impact sur sa vie amoureuse. Certains passages sonnent comme des aphorismes, des conseils, des morceaux d’espoir.

La voix qui s’élève de ces pages est à la fois rauque de douleur et douce d’espoir. Les mots de la poétesse distillent une petite musique entêtante, qui me donne envie de lire à voix haute certains passages… Parfois, quelques mots suffisent à provoquer l’émotion du lecteur. Les dessins qui ponctuent les textes épousent harmonieusement les mots.

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En somme, Lait et miel est un petit bijou littéraire sur la souffrance mais aussi la guérison ; ce recueil a su conquérir mon petit cœur, grâce à des mots justes, aux résonances universelles – qui ont su faire écho en moi.

Un livre que je vais laisser à mon chevet, pour de multiples relectures !  ❤

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Pete Fromm – Indian Creek ***

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Editeur : Gallmeister – Date de parution : janvier 2017 – 250 pages

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Pete Fromm se retrouve seul dans les Rocheuses, à vivre dans une tente pendant sept mois. « De la mi-octobre à la mi-juin, j’allais être responsable de deux millions et demi d’œufs de saumon implantés dans un bras entre deux rivières. La route la plus proche se trouvait à quarante miles, l’être humain le plus proche à soixante miles. Si j’étais intéressé, précisa-t-il, je n’aurais que deux semaines pour me préparer. »

Etudiant en biologie animale
, il quitte brusquement l’université pour s’embarquer dans cette aventure, sans vraiment réfléchir, seulement attiré par le monde sauvage et les grands espaces et par l’idée d’avoir « une histoire à raconter ».
À travers ce récit, Pete Fromm nous raconte ses journées dont le temps s’étire, ses errances dans la vallée de la Selway et les forêts alentour avec sa chienne Boone, la neige qui commence a tomber, l’hiver qui s’installe – il se sent peu à peu coupé du monde et il finit par y prendre goût. Il se glisse dans la peau d’un trappeur, traque les cerfs sans grand succès, fait griller des écureuils, lit beaucoup. 

Je me suis plongée avec délice dans cette vie sauvage et solitaire, en compagnie de ce narrateur auquel on s’attache au fil des pages. Pete Fromm ne peut s’empêcher d’osciller entre l’exaltation de vivre en pleine nature et le sentiment de rater tout ce qu’il se passe pendant ce temps là dans la « civilisation ». Il a quelques passages à vide, puis se retrouve ébahi devant le spectacle des étoiles, de la neige, d’une éclipse… Le jeune homme apprend à se débrouiller, à chasser, à pêcher, comme un véritable homme des bois. Il observe la vie qui l’entoure – ses sens s’éveillent.

Une lecture qui m’a tour à tour émue, fait sourire… et surtout, qui m’a fait voyager, m’a permis de m’évader et de goûter à ces espaces sauvages et dépeuplés – je m’y suis vraiment cru. Une lecture qui a un vrai pouvoir d’immersion, riche en émotions : une vraie bouffée d’oxygène ! 

 

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« Je poussais un cri. Levant les poings au-dessus de ma tête, je criai. En poursuivant ma ronde de fou en haut des cimes, je savais que partout où mes yeux se posaient, et même plus loin encore, partout où le soleil venait de disparaître, la seule empreinte sur le sol qui n’était pas celle d’un animal était la mienne. Je criai de nouveau, prêt à exploser. »