Françoise Héritier – Le sel de la vie ***

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Éditeur : Odile Jacob – Date de parution : mai 2017 – 91 pages

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Un petit livre indispensable, sorte d’énumération de tout ce qui fait le sel d’une vie. Cette vie, c’est celle de l’auteure. Mais ce pourrait être la nôtre, aussi, parfois. Recueil de sensations, de souvenirs, palette d’émotions ressenties à différents âges de la vie.

« J’ai voulu traquer l’imperceptible force qui nous meut et qui nous définit. »

C’est à la suite d’une carte postale reçue par un ami de longue date – Monsieur Piette – que Françoise Héritier entreprend ce recensement, cette méditation introspective. Virgule après virgule, elle égrène les sensations, émotions et images, plaisirs et déplaisirs qui ont jalonné sa vie, et la jalonnent toujours. Elle pioche dans le passé et le présent ces petits riens. Il peut s’agir d’une brise qui vient caresser le visage comme d’une conversation animée avec une amie.

Ces mots font naître une petite musique entêtante et enivrante ; émouvante. Une flânerie poétique qui nous donne envie de nous plier au même exercice – de nous interroger sur ce qui fait le sel de notre propre vie.

 

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Ina Mihalache – Autoportrait en chienne **

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Éditeur : L’Iconoclaste – Date de parution : mars 2018 – 200 pages

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Ina Mihalache a la trentaine, elle aborde l’âge où sa mère est tombée enceinte d’elle. Pour pallier l’angoisse et la pression qui s’emparent d’elle, la jeune femme décide d’adopter un chien. Un désir de chien plutôt qu’un désir de bébé. Et pourquoi pas ? Un être qui l’aimera pour ce qu’elle est, quoi qu’il arrive. Ainsi, la jeune femme adopte Truite.

Parler de sa chienne c’est aussi un moyen pour l’auteure de se confier, d’écrire sur soi. Évoquer ses souvenirs d’enfance et d’adolescence au Québec. Depuis toujours, Ina rêve de la France, elle peaufine son français dans l’espoir ardent d’y vivre plus tard, reniant carrément ses origines québécoise, toujours honteuse de la prononciation de ses parents. Elle travaille son vocabulaire, tchatte avec des inconnus français au milieu de la nuit.

Un curieux roman, sorte d’autobiographie animale – confessions intimes et réflexions sur l’attachement animal – qui m’a tour à tour agacée, fait sourire et attendrie. Une écriture pêchue, vive et alerte, bourrée d’humour, qui se déguste sans déplaisir.

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« Or, j’aime que ses cinq kilos de Truite pèsent de tout leur poids sur moi. Le temps s’arrête, je suis son sanctuaire. Je sais qu’elle ne s’y attardera pas longtemps parce que je ne suis pas d’un parfait moelleux. Mais tant qu’elle y reste, je suis vernie. Elle est à moi, je suis à elle, je la contiens, elle me captive. Notre fusion inter-espèces me donne une raison d’être. »

Anne-Laure Bondoux – L’aube sera grandiose ***

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Éditeur : Gallimard Jeunesse – Date de parution : octobre 2017 – 297 pages

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Vendredi, 22:00. Nine se retrouve contre son gré dans la voiture de sa mère, qui file à toute allure. Elle était censée aller au bal du lycée et sa mère l’a embarquée avec elle, sans préavis. 500 kilomètres plus tard, mère et fille se retrouvent devant une cabane au bord d’un lac, en pleine forêt. La nuit est noire et profonde. Aucun réseau. Titiana a une histoire à raconter à sa fille – une histoire qui prend racine dans son enfance, en juillet 1970. Des personnages inoubliables émergent peu à peu des mots de la mère : Octo, Orion, Rose-Aimée, sa folie et ses amours.

Le roman se construit page après page sur une alternance du présent – la nuit qui s’écoule heure après heure – et du passé – l’enfance de la mère. Le temps d’une nuit blanche, Titiana révèle son passé à sa fille. Les heures s’égrènent au rythme des souvenirs et les certitudes de Nine à propos de sa mère s’évanouissent les unes après les autres. Son écrivain de mère, surnommée la Fée du Suspense, lui raconte sa propre histoire.

Un beau roman jeunesse que j’ai dévoré, un vrai page turner au suspense savamment cuisiné… Les mots d’Anne-Laure Bondoux sont un vrai plaisir ; ils sont cette fois-ci ponctués par les dessins de Coline Peyrony. Un roman que l’on prend plaisir à lire, mais qui m’a laissée légèrement sur ma faim.

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« Comme le bruit du moteur se rapproche, Nine fait pivoter son corps vers le lac. Non. Elle n’est pas prête à affronter en chair et en os les personnages qui ont peuplé sa nuit. »

Tag – Les Associations littéraires

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Oh, comme cela faisait longtemps que je n’avais pas fait de tag ! Ce n’est pas faute d’avoir été taguée plusieurs fois… Merci à Lilylit pour cette jolie nomination, j’ai trouvé ce tag composé d’associations littéraires assez poétique, alors je m’y suis mise de bon coeur.

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  • Un livre qui te rappelles un moment triste

La Petite lumière de Antonio Moresco… commencé au moment des attentats du 13 novembre, j’avais eu beaucoup de mal à me plonger dans ce roman et à en apprécier la lecture.

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  • Un livre qui te rappelles un moment joyeux 

Je remplacerais « moment joyeux » par « moment heureux » et je citerais La Voleuse de livres, de Markus Zusak, que j’ai lu pendant mes vacances en Égypte au printemps 2016… vacances paradisiaques et magiques que j’associe à cette lecture, que je dégustais sur la plage, après avoir passé une journée à arpenter Le Caire, émerveillée devant les pyramides.

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  • Un livre qui te ramène en adolescence

Je pense immédiatement au Journal intime de Georgia Nicolson, de Louise Rennison. Je dévorais les tomes les uns à la suite des autres en me poilant comme une baleine. Je les ai toujours dans ma bibliothèque et je les relirais bien pour faire un petit voyage spatio-temporel.

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  • Un livre qui te fait penser à un de tes (anciens) profs

Le Petit Prince, de Saint-Exupéry. Etudié en licence de lettres, dans le cadre d’un travail à rendre pour un cours fascinant sur la littérature de jeunesse – analyse textes et images. La prof était géniale, j’avais appris tellement de choses pendant ce semestre de cours !

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  • Un livre qui te fait penser à une personne disparue…

Je sèche un peu…

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  • Un livre que tu associes à quelqu’un… qui ne l’a pas lu !  

Nous sommes tous des féministes, de Chimamanda Ngozi Adichie. Que j’associe à mon petit mari… Cela fait des lustres que je lui en parle, que je le laisse traîner sur la table basse du salon pour qu’il s’y plonge enfin, car il apprendrait pas mal de choses en le lisant !!!

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  • Un livre qui t’évoque une saison 

Été de Mons Kallentoft. Un tueur en série qui sévit dans la petite ville de Linkoping, écrasée par la canicule… Une lecture très prenante, au suspens terrible.

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  • Un livre qui t’évoque une couleur

Le Cœur cousu, de Carole Martinez, que j’associe à la couleur rouge… certainement en raison de la couverture de la version poche. Un roman coup de cœur qui m’avait littéralement happée !

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  • Un livre qui t’évoque une denrée

Tony Hogan m’a payé un ice-cream soda avant de me piquer maman, de Kerry Hudson. Tout est dans le titre ! Un joli coup de coeur pour ce roman.

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  • Un livre que tu associes à un animal              

Je pense immédiatement au Vieil homme et la mer, de Hemingway. Un roman terrible et beau, que je relirai certainement. Un roman que j’associe à ce poisson immense, ce combat entre l’homme et l’animal, à l’élément marin en général.

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  • Un livre que tu associes à une chanson (ou un album)

J’écoute souvent de la musique quand je lis, mais il n’y a pas une chanson ou un album en particulier qui m’a marqué à un moment donné pour telle ou telle lecture.

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  • Un livre que tu associes à un réalisateur qui pourrait l’adapter

Je sèche aussi !

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  • Un livre que tu associes à… un livre d’un autre auteur !

Don Quichotte de Cervantès, que j’associe à Si par une nuit d’hiver un voyageur d’Italo Calvino, tout simplement parce que j’avais eu un cours de littérature comparée à la fac avec ces deux œuvres et que j’avais adoré…

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Et pour le plaisir, je vais taguer… Mes échappées livresques, Topobiblioteca & Le Petit Pingouin Vert 😉

Aimée de Jongh – Le Retour de la bondrée ***

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Éditeur : Dargaud – Date de parution : janvier 2016 – 160 pages

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Simon Antonisse est libraire. Mais en ces temps de crise, la librairie qu’il tient avec sa femme, et qu’il a hérité de son père, prend l’eau ; il est poussé à mettre la clé sous la porte et à fermer boutique, mais il ne parvient pas à s’y résoudre. Au cours d’un trajet en voiture, il est témoin d’un suicide sur la voie ferrée… Ce suicide le traumatise et fait resurgir des souvenirs de son passé, et notamment de son adolescence, marquée par une tragédie. En vidant peu à peu la réserve de livres située dans la cabane de son père, il tombe sur Le Guide des oiseau, un livre qu’il lisait à l’époque, quand il désirait devenir ornithologue.

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Les bulles alternent le temps présent et la résurgence du passé. Assailli par ces images du passé, Simon fait la rencontre d’une jeune femme qui va l’aider peu à peu à sortir la tête de l’eau et devenir pour lui un échappatoire au quotidien.

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La bondrée, c’est cet oiseau qui survit en repartant de zéro, métaphore du renouveau.

Un roman graphique néerlandais d’une profonde justesse et d’une grande sensibilité, dont les dessins m’ont tout de suite touchée. Épurés, ciselés, en noir et blanc. Il s’en dégage une émotion brute. Un petit bijou, où l’espoir, malgré la noirceur, est toujours présent, que je vous invite à découvrir de toute urgence.

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Emily St. John Mandel – Station Eleven ****

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Éditeur : Rivages – Date de parution : août 2016 – 480 pages

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J’ai lu ce roman dans le cadre d’une lecture commune avec Fanny, du blog Pages versicolores, et ce fut un plaisir d’échanger et de partager cette lecture avec elle ! Pour retrouver son propre billet et découvrir son avis, c’est par ici !

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Un soir d’hiver à l’Elgin Theatre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène. Son cœur cesse de battre en pleine représentation du Roi Lear. Un des spectateurs, Jeevan, se précipite sur scène pour tenter de secourir l’acteur, mais il est trop tard. Dans l’ombre de la scène, une petite fille sanglote. En sortant du théâtre, Jeevan n’a pas le cœur à rentrer chez lui. Il erre dans les rues, sous les flocons de neige, lorsque l’appel d’un ami urgentiste lui apprend qu’une terrible pandémie de grippe, en provenance de Géorgie, se répand sur la ville de façon alarmante. Il le supplie de quitter immédiatement Toronto avec sa femme et son frère.

Vingt ans après le cataclysme, nous suivons La Symphonie Itinérante, une troupe d’acteurs et de musiciens qui déambule et voyage à travers la région du lac Michigan, dans des voitures transformées en caravanes. Envers et contre tout, ils jouent du Shakespeare et des morceaux de musique classique. Parmi cette troupe itinérante, cette seconde famille, se trouve Kirsten, l’enfant qui a assisté à la mort d’Arthur Leander. Elle a désormais vingt-huit ans et ne garde aucun souvenir de la première année qui a suivi la fin du monde. Construit sur ces échos d’un monde à l’autre, le roman alterne ainsi deux temporalités : ce qui s’est passé avant le cataclysme, et les années qui ont suivi dans ce monde post-apocalyptique.

Station Eleven est un roman difficile à classer et dont j’ai beaucoup de mal à parler tant il m’a remuée. C’est à la fois un roman de science-fiction, un roman d’aventures, nous faisant réfléchir sur l’homme et son devenir, l’art… Si au cours de ma lecture, j’ai pensé à Walking dead, la comparaison ne tient pas longtemps la route ; l’univers que nous dépeint Emily St John Mandel est particulièrement bien campé, et très réaliste : aucun détail n’est laissé au hasard.

L’intrigue dans laquelle on s’immerge complètement est tissée de multiples connexions entre l’avant et l’après cataclysme, elle met en scène des chassés-croisés entre les personnages, grâce à une plume sensible et incisive. Ce roman m’a littéralement enthousiasmée, émue, me transportant dans un Ailleurs qui nous questionne sur la fin possible d’un monde, le rôle de l’art et l’importance des souvenirs dans une vie, leur profonde subjectivité.

Un roman que je ne voulais pas refermer, que j’aimerais relire. ❤

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« L’enfer, c’est l’absence de ceux qu’on voudrait tant avoir auprès de soi. »

« Mes souvenirs d’avant le cataclysme ressemblent aujourd’hui à des rêves. Je me souviens d’avoir regardé par le hublot d’un avion, ce devait être dans le courant de la dernière année, et d’avoir vu du ciel la ville de New York. »

« Il est surprenant de voir la rapidité avec laquelle on en vient à trouver normal de vivre sur un banc, avec une simple valise, près d’une porte d’embarquement. »

Antoni Casas Ros – Le Théorème d’Almodovar **

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Éditeur : Folio – Date de parution : mai 2009 – 156 pages

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Antoni a le visage défiguré à la suite d’un grave accident de voiture, dans lequel sa petite amie a trouvé la mort, il y a une dizaine d’années. Depuis, l’écrivain vit seul, reclus chez lui, ne sortant que très rarement, fuyant le regard des autres, autant que son propre regard dans la glace. Peu à peu, il se met à rêver qu’Almodovar adapterait son accident en film ; il se projette alors dans ce rêve éveillé qui semble, de façon étrange, le tenir en vie.

Un roman très particulier, qui mêle souvenirs, fantasmes et rêves éveillés. En fin de compte, on ne sait plus vraiment où se situe la frontière entre la réalité et le fantasme. L’écriture s’égare et nous égare entre réflexions sur l’amour, la vie, la mort aussi, et les événements de plus en plus farfelus qui surviennent dans la vie fantasmée de Antoni. J’avoue avoir été charmée par les premières lignes, puis au fil du texte je me suis perdue, j’ai complètement décroché de cette lecture qui était pourtant prometteuse.

« On peut marcher sur les mains. Être amoureux de quelqu’un qui vous ignore. Aimer un fasciste. Il y avait une telle syntonie entre ma mère et moi que les différences n’étaient que les franges d’un noyau passionné. »

« Que reste-t-il de nos amours ? Ces traces de visages décomposés en moments extatiques ou douloureux. Des fragments, des collages. »