Violaine Huisman – Fugitive parce que reine ***

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Folio – avril 2019 – 304 pages

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C’est à travers les yeux de la petite fille qu’elle était que Violaine raconte son enfance tumul-tueuse auprès d’une mère pas comme les autres. Une mère un peu folle, qui oscille entre ombre et lumière, qui survit malgré ses blessures et sa défaillance. Une mère dont le diagnostique tombe quand l’enfant a dix ans : elle est maniaco-dépressive.

L’enfant nous raconte tout : les séjours en hôpital psychiatrique, les visites récurrentes des pompiers pour réanimer la mère… Ses coups d’éclats, ses folies en voiture… Leur quotidien complètement barré qu’il faut cacher aux autres afin que la famille ne vole pas en éclats.

Un récit qui bouillonne et qui fourmille de détails, de souvenirs, d’anecdotes ; ça part dans tous les sens. Le texte semble vouloir rendre compte de la folie de cette mère, sans rien omettre de cette enfance instable. Un récit auquel j’ai du mal à accrocher car il arrive après ma lecture de Dites-lui que je l’aime. Je me sens agacée par cette lecture et je décroche un peu – j’ai déjà lu ça.

Et puis dans la deuxième partie, l’auteure prend ses distances avec l’intime et nous raconte l’histoire de sa mère, le récit de sa vie, depuis sa naissance. L’immersion dans le texte commence enfin. Et le roman de Violaine prend le dessus sur celui de Clémentine. Fugitive parce que reine me prend par surprise, je ne m’attendais pas à être autant émue.

Un récit autobiographique déchirant qui nous dévoile les questionnements d’une femme sur le deuil de la mère, la maternité, la folie. La fin m’a particulièrement émue. On fait la connaissance d’une femme qui s’est toujours revendiquée libre, jusqu’à la fin. Une femme blessée dans son enfance, qui ne s’en est jamais remise, qui a toujours voulu donner à ses filles ce qu’elle n’avait pas eu.

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« La vérité d’une vie n’est jamais que la fiction au gré de laquelle on la construit. »

« Qu’est-ce qu’on garde d’une vie ? Comment la raconter ? Qu’en dire ? Est-ce qu’une vie compte autrement que dans l’enfantement ou la création ? Quelle vie vaut la peine d’être retenue ? De qui se souvient-on ? De qui se souviendra-t-on ? »

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Clémentine Autain – Dites-lui que je l’aime ***

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Grasset – mars 2019 – 162 pages

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Comédienne qui crève l’écran dans les années 70, Dominique Laffin est aujourd’hui oubliée. Femme fascinante, radieuse et libérée, elle a trente ans lorsqu’elle décède brutalement. Sa fille Clémentine en a douze. Ce n’est que trente ans plus tard que la jeune femme parvient à mettre des mots sur cette mère que Dominique fut pour elle – une mère en souffrance, alcoolique, multipliant les amants et les coups d’éclats. Cette mère, elle en est d’abord obsédée à l’adolescence. Puis elle comprend plus tard qu’il faut l’effacer pour avoir une chance de survivre et de se construire.

Clémentine raconte son enfance avec cette mère, entre lumière et noirceur. Une femme capable du meilleur comme du pire, qu’elle aime à la folie mais qui parfois lui fait peur. Elle la tutoie, et cela a pour effet de nous convoquer, de nous prendre à partie et de nous immerger dans le récit.

Les souvenirs resurgissent à mesure que l’écriture délivre la narratrice. Les rencontres avec les anciens amants, les réalisateurs et les amies de sa mère se succèdent ; Clémentine désire confronter l’image qu’ils avaient de sa mère avec la sienne« C’est la révolution intérieure. Dans ma tête, tu renais. Par touches successives, mon rapport à toi a changé. Il s’est ouvert, adouci, apaisé. »

Elle met des mots sur le sentiment d’abandon qui lui colle à la peau depuis tout ce temps… C’est aussi le mystère autour de sa mort qu’elle souhaite questionner, éclaircir. L’écriture lui permet finalement de faire son deuil.

Dites-lui que je l’aime me fait forcément penser au livre de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit. C’est un beau récit féminin qui interroge la figure maternelle disparue mais aussi la femme que la petite fille abandonnée est devenue, se construisant autour de ce vide.

Une belle déclaration d’amour et un portrait de femme(s) écrit avec une sincérité et une simplicité qui m’ont beaucoup émue.

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« Quand tu es morte, j’ai passé des heures et des heures devant le miroir à répéter maman. Ce mot m’apparaissait aussi magique que mystérieux. (…) Je n’avais plus de raison de dire maman mais j’avais besoin de dire maman. »

Agnès Debacker – L’arrêt du coeur ****

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Editions Memo – 21 février 2019 – 108 pages

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Depuis quelques jours, Simon ne peut s’empêcher d’aller frapper à la porte de la loge de Françoise, sa concierge. Pour qu’elle lui raconte encore une fois l’histoire de Simone. Simone et son rire d’alouette, que l’on retrouve un matin effondrée dans son bol de café au lait, une tartine de confiture aux framboises dans la main.

L’enfant de dix ans qu’il est ne comprend pas comment on peut s’effondrer comme ça, du jour au lendemain, une tartine à la main ; et il ne trouve personne pour répondre à sa question. Le cœur de Simone s’est arrêté et celui de Simon souffre. C’est sa première morte. Simone était sa nounou et sa voisine… Le chagrin de l’enfant est immense.

Simon repense à la théière à vœux de Simone, dans laquelle il a glissé une multitude de petits papiers sur lesquels il inscrivait ses souhaits. Comme il ne veut pas que n’importe qui tombe dessus et se mette à lire le moindre de ses désirs, il s’empare des clés et se rend dans l’appartement de la défunte… Alors, en même temps qu’un mélange d’odeurs familières – café bouilli tarte aux pommes fleurs séchées – les souvenirs l’assaillent. Des images fugaces et fugitives le traversent.

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Prestement, il s’empare de la théière et la cache dans sa chambre. « Cette théière, à l’allure altière, c’est un peu des bouts de Simone planqués sur ma moquette. Des morceaux d’elle échappés de la mort. »

La théière rouge cristallise tous ces secrets et désirs enfouis ; tous ces possibles. Cette mer de petits papiers… en plongeant dedans, Simon ne se doute pas qu’il va y découvrir une histoire d’amour.

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L’écriture tendre et émouvante d’Agnès Debacker m’a conquise. Les illustrations aux couleurs vives de Anaïs Brunet sont puissantes ; à la fois brutes et douces, elles épousent le texte à merveille. L’arrêt du cœur est un roman surprenant, triste et beau à la fois, comme la vie (pour paraphraser les mots de la fin…) Un roman poétique qui m’a complètement chamboulée. ❤

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Patrick Poivre d’Arvor – La Vengeance du loup ***

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Grasset – 9 janvier 2019 – 320 pages

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Charles n’a que douze ans lorsque sa mère meurt d’un cancer. Elle était tout pour lui, mère, confidente, femme de sa vie, idole. Avant de mourir, elle lui confie l’identité de son vrai père : c’est un acteur connu. La monde de Charles vacille. Pour survivre à la perte de sa mère, il s’accroche férocement à son ambition et ses études. Après l’obtention du bac, le fils abandonne le père adoptif taiseux et misanthrope qui n’a jamais su faire preuve d’affection, pour monter à Paris faire ses études de droit.

Il entre à Sciences Po avec en tête son rêve d’enfant : devenir président de la République. Lorsqu’il rencontre enfin son père, à l’âge de dix-huit ans, il lui confie cette folie. Ce dernier lui confie à son tour l’histoire de son propre père – le grand père de Charles. Nous sommes propulsé en pleine Algérie coloniale des années 1940. Le grand-père Guillaume fait ses études de droit à Alger ; en 1940 il a dix-huit ans. Son histoire est celle d’un amour interdit et clandestin ; celle aussi d’une famille déshonorée et brisée…

En entamant la lecture de ce roman, je n’avais aucune attente particulière.

Charles est un curieux personnage. Ni attachant ni antipathique. Mais j’aime cet enfant qui vit encore en lui, alors même qu’il est ce jeune loup ambitieux qui tentent de se faire une place dans ce monde sans pitié et qui accepte de venger son grand-père Guillaume, avec la complicité de son père, Jean-Baptiste d’Orgel.

La Vengeance du loup est une lecture addictive, portée par une très belle écriture ; j’ai littéralement été happée par cette histoire de vengeance qui se transmet comme un héritage et cette plongée dans le pouvoir politique, sa quête et ses échelons. Un roman initiatique passionnant, dévoré avec délectation ; romanesque et entêtant. J’ai même souri en reconnaissant une ou deux figures politiques sous les traits de certains personnages. Mais qui me laisse sur ma faim ! On attend la suite…

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« Ne regrette jamais rien dans la vie. Tente, ose, casse-toi la figure, mais essaie au moins d’aller jusqu’au bout de tes rêves. Il n’y a rien de plus détestable que la rancœur et la frustration. »

Julien Dufresne-Lamy – Boom ***

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Actes Sud Junior – avril 2018 – 112 pages

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Timothée et Étienne – deux amis inséparables depuis leur rencontre au cours de danse africaine de leurs mères. Une amitié de trois ans qui se trouve fauchée par un fou de Dieu sur le pont de Westminster, à Londres.

Dans ce monologue, Étienne s’adresse à Tim, son ami disparu. L’adolescent égrène les souvenirs de leur rencontre, leurs années lycée, leurs beuveries, leurs soirées, leurs fous rires, leurs (rares) disputes… Jusqu’à ce voyage scolaire qu’ils n’auraient jamais dû faire.

La voix d’Etienne, vibrante d’émotion, conjugue les verbes tantôt à l’imparfait, tantôt au présent ; signe que la disparition de Timothée est une réalité inacceptable et absurde. Au fur et a mesure des mots et des souvenirs accumulés sur la page, le personnage de Timothée prend forme et couleur, épaisseur et vie et l’émotion nous étreint.

Michela Marzano – L’amour qui me reste ***

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Éditeur : Grasset – Date de parution : octobre 2018 – 304 pages

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Le soir où sa fille Giada se donne la mort, ne laissant que quelques mots sur un bout de papier, Daria s’effondre, et le monde autour d’elle aussi. Au fil de ce roman, la mère s’adresse à sa fille disparue – une adresse qui demeurera sans réponse. La mère endeuillée égrène les souvenirs sous la forme d’un long monologue : le désir impatient de devenir mère à vingt-cinq ans, l’adoption, l’amour inconditionnel, la maternité, la relation mère-fille fusionnelle et complexe, le sentiment d’abandon que Giada ne peut s’empêcher de ressentir…

Comment écrire sur cette réalité qui n’a pas de mot : la perte d’un enfant. Qui est-on quand on perd son enfant, que devient-on ? Aucun mot n’existe pour désigner cette réalité inadmissible, contre-nature.

Il y a la culpabilité aussi. Pourquoi Giada s’est-elle suicidée? Pourquoi a-t-on envie d’en finir à vingt-cinq ans ? Daria aurait-elle pu enrayer le cours des choses ? J’ai été touchée et ébranlée par cette mère qui cherche désespérément à donner un sens au geste de sa fille. A donner un sens à sa douleur.

L’amour qui me reste est une lecture poignante qui m’a prise à la gorge au fur et à mesure que je lisais… J’en suis ressortie sonnée.

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« Le mal laisse sans mots. Si tu ne le nommes pas, il n’existe pas. Si tu ne l’appelles pas, il disparaît. Jusqu’à ce que tu sombres dans la folie pour avoir ingurgité tous ces mots imprononçables. Mais ne vaut-il pas mieux se détacher de la réalité plutôt qu’admettre la fin de toute chose ? »

Trondheim & Chevillard – Je vais rester ***

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Éditeur : Rue de Sèvres – Date de parution : mai 2018 – 120 pages

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Fabienne et Roland débarquent à Pavalas ; ils ont prévu d’y passer une semaine de vacances. Leur logement est réservé, les places pour les spectacles achetées. Roland est une homme prévoyant et organisé. Cette station balnéaire est pleine de souvenirs d’enfance pour lui, c’est pourquoi il voulait la faire découvrir à Fabienne.

Ils sont en avance alors ils décident de marcher sur la plage, en amoureux, insouciants. Autour d’eux, le vent se fait violent, il ébouriffe les cheveux des vacanciers et fait s’envoler grains de sable, parasols et serviettes de plage. De façon si abrupte et soudaine, Fabienne se rend compte que son homme vient de se faire décapiter.

La jeune femme ne semble pas réaliser ce qu’il vient de se passer. Se réfugiant dans une sorte de déni, Fabienne décide de rester, malgré tout. Elle s’installe dans leur location et suit le programme que son homme leur avait concocté.

Elle fait la rencontre de Paco, un homme étrange qui collectionne les morts absurdes ; celle de Roland vient naturellement s’ajouter à sa collection.

De façon surprenante, il se dégage beaucoup de douceur de ce roman graphique – dans le déroulement de l’intrigue et dans le trait de crayon. Alors que le drame a eu lieu, cette femme a l’air si sereine. Pas de déchirement, ni de larmes, aucun éclat. Le chagrin de Fabienne est silencieux, muet.

Cette femme et ses réactions m’ont beaucoup questionnée, interrogée. J’avoue avoir été étonnée – voire perplexe – face à son comportement car elle n’agit pas du tout comme on s’y attendrait. Et finalement c’est ce qui m’a plu en elle. Jour après, Fabienne se rend aux divers manifestations et spectacles prévus, mais n’est pas vraiment là ; elle est comme absente aux autres et au monde. Spectatrice de la vie qui se déroule devant ses yeux. Personne ne fait attention à ce joli fantôme en robe verte à part Paco.

Une très jolie BD sur le deuil, qui m’a profondément déroutée et charmée.

Les billets d’Antigone et de Mo’