Delphine Pessin – Deux fleurs en hiver ***

Didier Jeunesse – 2020 – 192 pages

*

C’est l’histoire d’une amitié trans-générationnelle ; une amitié entre deux personnages aux prénoms de fleurs.

Capucine est en Terminale ; du haut de son 1m80 et avec ses perruques de différentes couleurs qu’elle change tous les jours, elle attire forcément le regard. Elle commence tout juste un stage à la maison de retraite Le Bel Air. De Capucine, on sait qu’elle a perdu sa mère il y a deux ans et qu’elle en demeure à jamais changée. Elle est souvent en colère, sa meilleure amie Margaux la surnomme le pitbull. Selon ses propres mots, elle est « une meuf compliquée » et « il faudrait un décodeur pour [la] décrypter. » Dans quelles conditions a-t-elle perdu sa mère ? Pourquoi en veut-elle autant à son père ? Et surtout, pourquoi porte-t-elle en permanence des perruques, changeant de couleurs selon l’humeur du jour ?

Violette est une petite vieille qui vient d’arriver au Bel Air et n’en est absolument pas ravie. Elle a dû abandonner son chat Crampon, dont elle n’a plus de nouvelles ; son jardin, ses petites habitudes. Pour elle, la maison de retraite est comme un mouroir.

Capucine, en débarquant au Bel Air, découvre les conditions de travail précaires, le rythme effréné, l’épuisement en fin de journée ; mais elle tisse aussi des liens avec ces petits vieux qui sont touchants, malicieux, et auxquels elle s’attache beaucoup. Et puis, il y a Violette ; qui porte un prénom de fleur, comme elle. Dont l’histoire l’émeut. Une amitié va peu à peu naître entre l’adolescente révoltée et la vieille femme courroucée.

« Alors, contrairement à la plupart des autres lycéens, je ne redoutais pas de travailler avec les ‘seniors’. Ca, c’est le terme politiquement correct pour désigner les personnes âgées. je trouve ça crétin. On dit aussi les ‘anciens’, les ‘pensionnaires’, moi je préfère les ‘vieux’. Il n’y a rien de dégradant à dire qu’ils sont vieux, c’est un fait, voilà tout. C’est même plutôt beau, quand on y pense, d’avoir déroulé le fil d’une vie et de se tenir tout au bout. »

Un court roman qui alterne deux points de vue – deux voix. Celles de Capucine et de Violette. A chaque chapitre, un petit profil différent nous indique si c’est l’une ou l’autre qui prend la parole. Un roman sensible et intelligent, qui aborde de nombreux thèmes avec tact et pudeur : la mort, la perte, la culpabilité, le pardon, la révolte, les conditions de vie en Ehpad.

Dan Gemeinhart – L’incroyable voyage de Coyote Sunrise ***

9782266296281ORI

*

Coyote a douze ans et elle vit avec son père Rodeo dans un vieux bus scolaire, qu’ils ont surnommé Yageur. Yageur est aménagé comme une maison ; on y retrouve un coin bibliothèque, un vieux canapé déglingué, un coin cuisine et même un petit jardin…

Ensemble, ce duo père et fille trace la route, sans destination précise, sans attache, au gré de leurs envies. Cela fait des années qu’ils sillonnent les routes américaines – depuis le drame qui les a touchés. Des kilomètres avalés. Rodeo est un père atypique, à la barbe hirsute et longue, aux fringues trouées ; pieds et torse nus, ce père aux allures de vieux hippie attire l’attention mais aussi l’affection. Coyote est une gamine à la fois candide et intelligente, davantage meurtrie par la solitude que lui impose son quotidien que par son passé.

Ils accueillent des voyageurs, le temps de quelques centaines de kilomètres, ils se racontent des histoires – « Il était une fois ». Se confient les rêves Velu qui s’emparent d’eux soudainement.

Quand Coyote apprend que le parc de son enfance va être détruit, elle décide d’y retourner. Sauf qu’ils sont actuellement en Floride et que le-dit parc se trouve dans l’état de Washington… à l’autre bout du pays. Et sauf que son père n’a jamais voulu revenir sur ces lieux chargés de souvenirs… Elle a 4 jours pour traverser le pays d’Est en Ouest. Le compte à rebours est lancé.

On se glisse dans ce petit pavé comme dans un pull tout doux et chaud en plein hiver. On se prend d’affection pour cette famille bancale et insolite qui va étrangement s’agrandir au fil des kilomètres avalés.

L’histoire aurait pu être mièvre… Mais c’est de la fraîcheur qui se dégage de ce roman au doux parfum de liberté – on y réfléchit au sens de la famille, au deuil, aux relations humaines. Une lecture pépite qui se révèle grisante et nous invite au voyage – exactement le genre de lecture dont j’avais besoin en ce moment.

Valérie Perrin – Changer l’eau des fleurs ****

9782253238027-001-T

Le Livre de Poche – 2019 – 672 pages

*

Violette Toussaint a des voisins assez peu bruyants… Forcément, ils sont tous enterrés six pieds sous terre. Violette est gardienne de cimetière et habite donc juste à côté ; elle ouvre et ferme les grilles, entretien les tombes et recueille les confidences de tous – des gens de passage comme des habitués.

D’elle, personne ne sait grand chose, à part que son mari a mystérieusement disparu il y a vingt ans.

Chapitre après chapitre – comme autant de citations et d’épitaphes – les souvenirs de Violette nous sont dévoilés – à travers une subtile alternance du passé et du présent – et nous prenons connaissance du drame qui a touché sa vie et l’a menée jusqu’à ce cimetière qu’elle ne peut quitter.

Un matin très tôt, un homme frappe à sa porte. Les cheveux en bataille, une allure un peu triste ; il se dit commissaire. Il doit réaliser les dernières volontés de sa mère : répandre ses cendres sur la tombe d’un homme qu’il n’a jamais connu.

Changer l’eau des fleurs est un roman que j’ai dégusté lentement ; c’est une lecture douce et mélancolique. Le texte se déroule à la façon d’une lente mélopée, il suffit de se laisse emporter par les mots et la vie de Violette. Un roman dense qui questionne le deuil, la mort, l’amour, les deuxièmes chances et le passé-douleur qui encombre et plane comme une ombre. Une lecture qui émeut, qui remue, qui secoue, empreinte de douleur mais aussi de douceur et d’espoir. Beauté de ce roman qui m’a saisie par surprise. ❤

Joyce Carol Oates – J’ai réussi à rester en vie ***

103996_couverture_Hres_0

Editions Points – 2012 – 552 pages

*

« Je ne veux pas dire que la vie n’est pas riche, merveilleuse, belle, diverse et infiniment étonnante, et précieuse – mais simplement que je n’ai plus accès à cette vie-là. Je ne veux pas dire que le monde n’est pas beau – du moins une partie du monde. Mais simplement qu’il m’est devenu lointain et inaccessible. »

Un livre de Joyce Carol Oates pas comme les autres… Ici, la célèbre autrice américaine si prolixe s’attaque à un sujet bien intime : la mort de son mari, Ray Smith.

Février 2008. Lorsque son mari est interné à l’hôpital pour soigner une pneumonie, l’écrivaine ne pense pas une seule seconde qu’il n’en sortira jamais vivant.

Oates se retrouve alors seule, après 47 ans de mariage. Seule. L’idée de la mort, du suicide s’insinue en elle tel un poison. Comment survivre à la perte de son amour ? Le désespoir, la colère, l’abattement se disputent en elle. Elle est obsédée par l’incompréhension qui s’empare d’elle : comment a-t-il pu mourir ?

« Des mots tels que cause du décès : arrêt cardio-respiratoire, pneumonie. Date du décès : 18/02/2008 0h50. Au bout de près de quatre mois, je suis capable de lire ces mots sans me dire Je veux mourir. Je devrais mourir. Je suis presque capable de les lire comme si c’étaient des mots ordinaires et non des mots terribles qui signent avec désinvolture la fin de ma vie telle que je la connaissais. »

J’ai longuement hésité à ouvrir ce livre, tout comme celui de Joyce Maynard, pour son sujet éminemment douloureux. Le deuil, la survie de l’autre moitié.

Peu à peu, l’écriture de Joyce Carol Oates, toujours aussi magnétique et sombre, me captive et m’embarque dans les méandres de sa souffrance. Avec une sincérité désarmante, l’autrice analyse et sublime le désarroi et le chagrin qui s’emparent d’elle – avec ce mot de « veuve » qui revient comme un lancinant et maudit refrain, un mantra.

Un récit libérateur sur le chagrin et les difficultés de l’écrivaine devenue veuve à trouver un sens à sa vie, après la mort de l’amour de sa vie.

***

« Oui. Les mots peuvent être impuissants – et pourtant ils sont tout ce que nous avons pour étayer nos ruines, de même que nous sommes, les uns pour les autres, tout ce que nous avons. »

Kristopher Jansma – New York Odyssée ***

81Uyn-cyhpL

Le Livre de Poche – 2018 – 608 pages

*

« Nous sommes venus en ville parce que nous voulions une vie désordonnée, voir ce que nos échecs avaient à nous apprendre, et ne satisfaire que nos désirs les moins raisonnables, et non pas revenir à la vie, en se rendant compte que nous n’avions jamais été morts. »

Jacob, George, Sara et Irene sont inséparables depuis l’université. Une bande de potes soudés, qui ont quitté leurs foyers respectifs pour se lancer dans une carrière à New York. À l’assaut de la Grosse Pomme. Quelques années plus tard, ceux que l’on surnommait les Murphy sont toujours amis. George s’apprête à demander Sara en mariage. Jacob n’a pas changé, trublion poète gay irrévérencieux. Irene, l’artiste de la bande, s’apprête à découvrir et annoncer sa maladie. William les a longtemps enviés et admirés de loin, à l’université. Il les retrouve lors de cette prestigieuse soirée au Waldorf Astoria. Il ne les a jamais oubliés ; son coeur bat toujours pour Irene.

Le quotidien de cette joyeuse bande se trouve chamboulé par l’annonce du cancer d’Irene. Leur jeunesse insouciante vole en éclat ; leur vulnérabilité, leurs faiblesses, leurs démons se révèlent. Ils changent, sans s’en rendre compte. Sans réaliser tout de suite qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Chacun fera son deuil comme il le peut. Chacun pansera ses blessures à sa façon.

Par moment, j’ai beaucoup pensé aux Chroniques de San Francisco. New York Odyssée est un roman au ton ironique, qui glisse lentement dans le drame, mais sans jamais devenir larmoyant ou plaintif.

Je crois que mon personnage préféré reste Jacob, ironique, irrévérencieux, provocateur, il m’émeut et me fait rire. Il est vrai, entier. Une vraie bourrasque de vie. Les autres personnages m’ont paru parfois dénués de consistance, flous, ils se fondent et se confondent aisément dans le groupe, même Irene.

Une lecture drôlement touchante, aux personnages tragi-comiques. Malgré quelques longueurs, j’ai pris plaisir à me plonger dans ce roman new yorkais doux-amer sur le deuil, l’amitié, les liens indéfectibles qui nous unissent les uns aux autres, l’importance des familles que l’on se choisi.

***

« Tu imagines ? Si le mal était juste cette chose vivant en bas de la rue ? Pas un petit Napoléon nord-coréen ou un intégriste fanatique afghan. Pas un… mal-être généralisé. Pas une cellule maligne dans l’organisme. Imagine si on pouvait pointer un endroit sur la carte et dire, c’est de là, de là que viennent tous les malheurs. »

Joyce Maynard – Un jour, tu raconteras cette histoire ***

un-jour-tu-raconteras-cette-histoire-9782848766096_0

Philippe Rey – 2017 – 432 pages

*

Joyce Maynard nous livre son histoire avec Jim, l’homme dont elle est tombée amoureuse à cinquante-cinq ans passés, alors qu’elle ne croyait plus vraiment en la vie de couple, au mariage… Après un divorce et une foule de relations compliquées et sans avenir. Quelques mois après leur mariage, on diagnostique à Jim un cancer du pancréas.

« Comment décrire le moment où son univers s’effondre ? Je l’ai senti dans mon cœur, aussi réel qu’un coup de poignard. J’ai cru que j’allais vomir. »

Joyce Maynard se met à nue. Elle nous confie son histoire intime. L’amour. La maladie de Jim. « Un jour, tu raconteras cette histoire », ce sont les mots de Jim, alors que sa santé décline jour après jour. L’autrice nous décrit la chimio et ses nombreux effets, les opérations. Le corps qui maigrit et vieillit prématurément. Le visage de l’être aimé qui se trouve transfiguré par la maladie.

« C’était comme si l’homme que j’aimais portait une ceinture d’explosifs prête à être activée à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. »

En une succession de chapitres brefs, elle raconte leur combat contre la maladie, son obstination, sa rage de le sauver à tout prix, de gagner ne serait-ce quelques mois, quelques années. La course au meilleur traitement…

C’est une lecture éprouvante et laborieuse, que j’ai hésité à abandonner ou laisser de côté tellement certains passages sont durs. Mais l’écriture demeure magnifique et juste, il n’y a aucun pathos, aucun mélo ; à aucun moment je n’ai ressenti de voyeurisme.

« Couchée à côté de lui une nuit, j’entendais le battement d’un cœur et ne savais pas auquel de nous il appartenait. »

Au-delà de la maladie, le texte de Joyce Maynard développe d’importantes réflexions sur l’amour, la vie à deux, le dépassement de soi, l’acceptation de la fin aussi. Qu’est-ce que le mariage ? Elle n’en a vraiment compris le sens qu’avec l’épreuve de la maladie.

 

Hélène Duvar – Mon Eden **

mon éden

Le Muscadier – juin 2019 – 216 pages

*

Erwan ne parvient pas à se remettre du suicide de sa sœur jumelle, Eden. Depuis sa mort, il n’a plus goût à rien, reste vautré chez lui, ne répond plus à ses amis. Et surtout, il ne comprend pas pourquoi elle a fait ça ; il cherche à comprendre le geste d’Eden, et ça le rend lentement fou. Et puis, un soir, il tombe sur le journal intime que sa sœur tenait. Lui qui pensait la connaître, il a soudain l’impression de lire les mots d’une étrangère. Et qui se cache sous l’initiale D ? Qui a brisé le cœur de sa sœur ? Erwan va passer par toutes les étapes du deuil jusqu’au moment où il sera prêt à accepter la réalité.

La narration est entrecoupée de pages du journal intime d’Eden et d’articles issus de sites Internet sur le suicide, la gémellité.

L’écriture d’Hélène Duvar ne m’a pas franchement transcendée, je l’ai trouvée assez enfantine et plaintive… Et pour mon plus grand désarroi je suis demeurée hermétique aux émotions pourtant intenses qui traversent Erwan. J’ai eu beau chercher, les mots ne m’ont transmis aucune émotion… c’est peut-être le côté très bavard de ce roman qui m’a dérangée ; bref, cette lecture ne m’a pas convaincue.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres lectures à me conseiller sur le sujet ?

***

« Eden. J’ai perdu mon ombre, mon double. J’ai perdu mon autre moi, mon reflet, mon miroir. »

***

mespremires68

Stefan Merrill Block – Le noir entre les étoiles ****

9782226438607-j

Albin Michel – Terres d’Amérique – février 2020 – 448 pages

*

Il y a dix ans, à 21h13 précises, le 15 novembre, une fusillade éclate au bal du lycée de Bliss – petite ville du Texas, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière mexicaine. Une zone où les tensions entre blancs et latinos sont palpables.

Oliver Loving figure parmi les victimes de la fusillade et se retrouve dans le coma – il se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment… « Il était une fois un garçon qui tomba dans une faille temporelle. » Aujourd’hui, il y est toujours plongé. Il est allongé depuis dix ans, dans cette chambre d’hôpital, dans ce lit numéro quatre.

Après la fusillade, la ville de Bliss plonge dans le désarroi et la famille Loving se disloque. Le père, professeur d’arts plastiques et artiste maudit, trouve refuge dans l’alcool ; le petit frèreCharlie – quitte ce climat familial oppressant et ce grand frère encombrant pour trouver refuge à New York, embarquant le journal poétique d’Oliver dans l’espoir de devenir l’écrivain de la famille.

Quant à la mère, Eve, elle ne quitte plus le chevet d’Oliver, refusant de perdre espoir, d’oublier son enfant. Ce garçon qui aimait « Bob Dylan, la poésie, la science-fiction et les histoires extraordinaires » et qui vivait son premier amour. Cette mère que le chagrin a sublimé, et qui s’est transformée en voleuse compulsive, ne parvient pas à faire son deuil, elle est déterminée à croire qu’un jour, Oliver se réveillera.

A sa demande, les médecins réalisent une IRM qui va révéler une activité cérébrale… Chacun se retrouve alors au chevet d’Oliver, en proie à ses propres démons, ses propres défaites. Chacun, en fait, se raconte sa propre histoire.

La narration alterne présent et passé afin de nous révéler la vérité sur le 15 novembre. Chaque chapitre se concentre sur un membre de la famille Loving. Les chapitres sur Oliver sont à la deuxième personne du singulier – ce qui nous permet de nous identifier au personnage, de se glisser dans sa peau, son esprit et ses souvenirs.

Le noir entre les étoiles file la métaphore de l’Univers, se concentrant sur les survivants de la fusillade et nous entraînant dans les méandres de l’histoire familiale des Loving ; une famille en proie au chagrin, minée par la culpabilité et les secrets, et dont chaque membre va trouver des parades pour survivre… Qu’advient-il d’une famille après un tel drame ? Et puis, au fond, qu’est-ce qui détermine le fait d’être vivant ?

J’ai eu un véritable coup de ❤ pour ce roman ; les descriptions psychologiques et les émotions des personnages sont décrits avec une telle justesse… La langue poétique de Stefan Merrill Block nous transporte dans ce Texas aux cieux étoilés et aux allures marsiennes, avec ses étendues désertiques rappelant les terres désolées de la planète rouge.

***

« Comme ton père et ton frère, tu as toujours été fasciné par les choses invisibles à notre œil : les mondes ensevelis et l’action fantôme à distance, les effets mystérieux de l’énergie noire et les mathématiques hallucinantes de la théorie des cordes. »

« Partout dans le cosmos, les choses naissent et s’achèvent de la même façon : dans un unique point lumineux. »

« C’est là que tu as échappé à ta famille, happé par un de ces corps célestes que ton père avait décrits un soir, dans son atelier de peintre. Un trou noir où aucun télescope ne pourra jamais te localiser. Un lieu où les années volent en éclats, un aveuglement d’une densité infinie, une île déserte abandonnée dans l’immensité croissante. Où tes proches pouvaient-ils alors te trouver ? Seulement dans une idée extravagante, peut-être. Dans les histoires auxquelles ils essayaient encore de croire. »

Xavier de Moulins – La vie sans toi **

81Or62YyFPL

JC Lattès – mars 2019 – 304 pages

*

Eva et Paul sont restés ensemble malgré le drame qui les a ébranlés il y a 8 ans. Eva passe sa vie à voyager pour le travail, sauter dans l’Eurostar pour Londres, attraper des vols pour l’Amérique du Sud. Tout ça pour gérer l’argent des riches. Les rendre encore plus riches. Elle vit à cent à l’heure, immergée dans les chiffres, le monde de la finance. Les sables mouvants des marchés financiers. Quant à Paul, il peint dans son atelier – il se retrouve en panne d’inspiration alors que son exposition a bientôt lieu.

Le père s’est réfugié dans sa peinture et la mère dans son travail.

Les voix de l’homme et de la femme alternent, chapitre après chapitre. Les Je se succèdent, se répondent. Qu’est ce qui les ronge depuis 8 ans ?

Eva fait la connaissance d’Andreas Serain, comme serein mais avec un a. Un homme doux et mystérieux. Qui l’attire dans ses filets. Parfaite occasion pour la mère de famille meurtrie de s’extraire de cette vie peuplée par les fantômes du passé.

Décidément les thrillers ne me réussissent pas ces derniers jours. Encore une déception. La vie sans toi est un thriller psychologique avec une pointe de surnaturel sur le deuil, les fantômes du passé qui s’est révélé bien vite addictif et dont j’ai tourné les pages avec avidité. Mais quelle fin décevante ! Un retournement de situation auquel je n’ai pas cru le moins du monde ; la dissociation d’identité, voie de la facilité ? …

Maria Pourchet – Champion ***

product_9782072864643_195x320.jpg

Folio – novembre 2019 – 256 pages

*

Sur des cahiers à petits carreaux, Fabien raconte à sa psychiatre son quotidien dans une pension catholique en 1992. Il noircit les pages de ces cahiers, les uns après les autres, depuis un centre de repos, dont il ne pourra sortir que lorsqu’il aura raconté les événements qui l’y ont conduit

Fabien nous livre aussi ses weekend chez ses parents ; sa mère qui passe son temps à l’engueuler et à le battre, son père toujours absent, qui se tue au boulot. Une ambiance familiale exécrable et violente ; des parents qui semblent n’avoir jamais voulu de cet enfant. Mais l’adolescent ne s’en formalise ; il a décidé de devenir un « crack » en anglais pour s’envoler jusqu’à Manhattan, loin de ce bled pourri. Son seul ami c’est Champion, un loup. Son ami imaginaire – son versant animal – sa part d’ombre.

Cahier après cahier, l’on découvre la personnalité de Fabien, un adolescent solitaire, subversif et moqueur, grossier et provocateur – très pince-sans-rire, ses écrits n’épargnent personne. Très vite, on se rend compte qu’il se donne un genre ; tout n’est qu’apparence. Fabien a choisi le rire pour ne pas chialer, comme il dit. Il écrit comme il parle, ne fait pas attention au style, aux mots grossiers qu’il emploie. Il écrit avec son coeur. Ses tripes, il les met sur la table.

Un roman aussi bluffant que poignant sur l’adolescence, le deuil et le refoulement

***

« J’ai ricané, et on est pas passés loin que je réponde ‘quel coeur?’. Je me suis retenu. Ce sont des répliques à balancer droit dans ses bottes, la main sur le colt. En robe de chambre, ça vous ferait vite passer pour un con. »