Véronique Olmi – La Promenade des Russes ***

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Le Livre de Poche – 2008 – 256 pages

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Sonietchka a treize ans et vit à Nice avec sa grand-mère Babouchka. Babouchka qui craint toujours de tomber et s’agrippe au bras de sa petite-fille – menaçant de lui démonter l’épaule – quand elles sortent se promener. Qui fait des réussites en trichant et écrit des lettres au président de la République et aux journalistes d’Historia – des lettres qui parlent toutes des Romanov et de Lénine. Qui invite à déjeuner ses vieilles amies russes. Babouchka, c’est la dernière survivante de la Révolution bolchevique. Elle a de grands yeux bleus comme les bébés et parle souvent en russe à ses doigts

Sonietchka suit sa grand-mère dans ses lubies et nous raconte leur quotidien de façon si drôle et délicieusement cocasse. L’adolescente vit dans l’absence d’une mère instable et d’un père absent. En cherchant le sommeil, elle s’adresse à Anastasia – ce mystère jamais résolu qui hante sa grand-mère – et chaque nuit elle rêve de Manderley – « la nuit je suis plein de monde ».

Un roman attendrissant et drôle, qui se révèle émouvant et juste – je me suis rapidement attachée à cette voix délurée de gamine et au personnage extravagant de la grand-mère russe tellement impayable. J’ai aimé retrouver l’écriture de Véronique Olmi, fourmillant de métaphores et de comparaisons, une écriture enjouée et vive. Un vif plaisir de lecture !

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« J’ai regardé un peu les étoiles pour réfléchir à tout ça, cette façon incroyable qu’ont les gens d’avoir des vies secrètes, des rêves étranges et des idées tordues. »

Louise Erdrich – Omakayas ***

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L’école des loisirs – 2002 – 203 pages

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Omakayas est une petite fille de sept ans, maigre mais endurante et costaude qui vit avec sa famille sur la petite île de Moningwanaykaning, l’île du Pic à poitrine d’or. En langue Anishinabeg, Omakayas signifie Petite Grenouille ; la fillette est ainsi nommée car son tout premier pas a été un saut. Elle escalade, saute et grimpe partout. C’est une enfant vive et insouciante qui a parfois des vertiges, comme si elle surprenait une conversation entre deux esprits et qui a une relation privilégiée avec le monde animal.

Dans la famille d’Omakayas, il y a Grand-mère Nokomis, Mama, sa grande sœur Angelina qu’elle admire, Bébé Neewo qui gazouille et observe le monde et à qui il va bientôt falloir trouver un nom. Deydey, le père, qui part souvent en expédition. Il n’y a que son frère Petit Pinçon qui insupporte Omakayas ; elle le trouve bruyant, coquin et toujours accroché aux jupes de Mama. Pour veiller sur eux il y a Andeg, la petite corneille apprivoisée qui ne les quitte jamais.

Ensemble ils construisent leur cabane de leurs propres mains, à partir de l’écorce des arbres, ils chassent pour se nourrir, tannent les peaux pour en faire des couvertures, des mocassins.
Vie sauvage et heureuse, jusqu’au jour où un trappeur inconnu débarque… et que la variole s’empare de la petite communauté. Le roman bascule soudain dans l’horreur. Omakayas se retrouve seule pour sauver sa famille en proie à la fièvre et au délire.

Le roman de Louise Erdrich est étonnant et émouvant ; le temps d’une année, il nous offre une belle immersion au sein d’une famille amérindienne originaire des grandes forêts du Nord de l’Amérique. L’écriture poétique nous invite au plus proche de ses coutumes et de ses traditions. On savoure chaque détail, on se délecte des contes sur le monde des manitous et des windigos racontés par Grand-mère et des aventures racontées par Deydey à la nuit tombée.

Laurent Gaudé – Le soleil des Scorta ****

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Actes Sud Babel – 2013 – 288 pages

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Tout commence en 1875. Après quinze ans d’absence, Luciano Mascalzone revient à Montepuccio, petit village du sud de l’Italie, pour réclamer son dû ; le bandit s’est juré qu’à sa sortie de prison, il assouvirait son désir pour Filomena Biscotti envers et contre tout. Mais les Montepucciens l’ont prévenu : s’il revient, il est mort. Luciano frappe à la porte des Biscotti ; ce n’est pas Filomena qui lui ouvre, mais sa sœur, Immacolata. Le vaurien ne se rendra compte de son erreur que quelques minutes avant de périr sous les pierres lancées par les villageois. Quant à Immacolata, elle tombe enceinte… Et c’est le destin des Mascalzone Scorta qui se retrouve scellé ce jour-là, sous un soleil brûlant.

C’est la vieille Carmela Scorta qui va prendre la parole en se confiant à don Salvatore, le prêtre du village. La vieille femme sent qu’elle perd la tête, que sa mémoire va bientôt se faire la malle alors, après des années de silence, elle se met à raconter l’histoire de sa famille, les Scorta Mascalzone.

Le Soleil des Scorta est un roman solaire sur le destin d’une famille qui, de génération en génération, va tenter d’endiguer la malédiction qui semble peser sur elle. Les Scorta se trouvent irrémédiablement attachés à la terre aride des Pouilles et au soleil. « Jamais un Scorta n’échapperait au soleil des Pouilles. Jamais. » Les Scorta se battent pour vivre, ils ont la sueur au corps comme on a le diable au corps.

Au rythme de la tarentelle et sous un soleil de plomb, Laurent Gaudé brosse le portrait de personnages au sang chaud, emplis de fureur, d’orgueil et de fougue, de folie. La lignée des « mangeurs de soleil » a la fierté chevillée au corps. « Rien ne rassasie les Scorta. Le désir éternel de manger le ciel et de boire les étoiles. »

Quelle écriture ! Quelle atmosphère ! J’ai été saisie par la fulgurante beauté de l’écriture de Laurent Gaudé – ample, poétique, envoûtante – et par son talent de conteur fabuleux. Ce roman m’a littéralement subjuguée et je n’oublierai jamais Carmela, les frères Scorta, Elia, Donato, Rocco… Un grand roman

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« Il glissait sur les flots. En silence. Allongé au fond de sa barque, il ne se dirigeait qu’à la vue des étoiles. Dans ces moments-là, il n’était rien. Il s’oubliait. Plus personne ne le connaissait. Plus personne ne parlait. Il était un point perdu dans l’eau. Une minuscule barque de bois qui oscillait sur les flots. Il n’était rien et laissait le monde le pénétrer. Il avait appris à comprendre la langue de la mer, les ordres du vent, le murmure des vagues. »

 

Gary D. Schmidt – Le Majordome et moi ***

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l’école des loisirs – février 2020 – 256 pages

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Il est 7h15 et dehors, un véritable déluge fait rage – une pluie digne d’un orage tropical australien. Pour couronner le tout, c’est le jour de la rentrée scolaire, la voiture est en panne et le père de famille est absent depuis trop longtemps déjà. Annie, Charlie, Emily et Carter ne sont pas en avance ; les cheveux ne sont pas tressés, une chaussette jaune manque à l’appel, maman est au bord de la crise de nerfs, il manque du lait demi-écrémé et Ned vomit partout comme tout bon teckel qui se respecte.

Soudain, on sonne à la porte. Sur le perron, le jeune Carter Jones tombe nez à nez avec… un immense majordome bedonnant, abrité sous un énorme parapluie-antenne parabolique. Il porte un petit chapeau melon comme on en trouve plus et parle d’une étrange façon, employant des mots bien compliqués… 

Le majordome semble tout droit venu d’Angleterre, avec sa voiture immense qui ressemble à une aubergine. Au début, la famille est méfiante ; qui est cet homme qui pousse la politesse et la distinction à l’extrême ? Ne serait-il pas un missionnaire ? Un serial killer ? 

Le majordome va transformer jour après jour le quotidien de cette famille nombreuse amputée d’un père et va, notamment, initier le jeune Carter au cricket, le sport le plus noble et le plus élégant au monde. 

De ce roman jeunesse, j’ai tout aimé ! Un roman qui gagne le pari d’être à la fois léger et poignant ; humour et émotion s’entremêlent habilement, on ne sait plus par instant si l’on doit rire ou pleurer, ou les deux à la fois. Le majordome est un personnage surprenant, attachant. Quant au « Jeune maître Jones », c’est un gamin émouvant et authentique – avec cette bille verte au fond de sa poche et ses souvenirs en Australie avec son père dans les Blue Mountains…

Le Majordome et moi est un quasi coup de cœur. Une fois de plus, la plume de Gary D. Schmidt fait mouche !

~> Pour lire ma chronique sur son précédent roman, c’est par ici !

Antoine Sénanque – Que sont nos amis devenus ? ****

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Grasset – mars 2020 – 224 pages

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Pierre Mourange a la cinquantaine, il est médecin et directeur d’une maison de retraite. Il est également mari et père, mais semble l’avoir oublié depuis longtemps. Un jour, il aperçoit un revolver dans le tiroir du bureau de son psychanalyste. Curieux et fasciné, Pierre s’en saisit quelques instants pendant l’absence du thérapeute. Mais quelques heures plus tard, ce dernier se suicide avec ce même revolver.

Immédiatement, Pierre se trouve être le coupable tout désigné… Interrogé par la police, il se rend compte qu’il n’a aucun alibi.

Mais qu’il a autour de lui des amis, des personnes prêtes à le sauver. Sa secrétaire Blanche, amoureuse de lui depuis toujours. Son ami d’enfance Camille, écrivain qui s’inspire souvent de sa vie pour écrire ses romans. Ses petits vieux de la maison de retraite, qu’il appelle les hiboux – Nikolas qui menace de pirater les serveurs pour lui et son fidèle compagnon Boisvieux. Et Mathilde, sa fille qu’il a trop longtemps négligé…

Ce roman est une belle surprise ; tous les ingrédients étaient réunis pour me plaire. La plume légère et poétique. L’humour qui se révèle entre les lignes. La tendresse du narrateur envers ses personnages.

J’ai aimé aussi la référence à la poésie de Rutebeuf contenue dans le titre ; le jeu avec la fiction ; et cette amitié qui me rappelle celle de Montaigne et La Boétie. Une amitié absolue. A travers Camille et Pierre, l’auteur questionne la trahison et la loyauté amicaleQue sont nos amis devenus ? nous offre une mise en abyme fictionnelle ; avec Camille comme double littéraire de l’auteur, qui ne peut s’empêcher de mettre en roman son ami, d’en faire un personnage de son oeuvre.

Il se dégage de ce texte une indéfinissable mélancolie, qui m’a aimantée. C’est un coup de cœur, un coup au cœur, tout en douceur. ❤

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« Les mots restaient à la surface des sensations, comme les souvenirs à celles de la vérité. Personne ne savait comment faire pour ressusciter une émotion. Elle finissait toujours par mourir en paix, du seul coeur qui l’avait éprouvée. »

Mesha Maren – Sugar Run ***

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Gallmeister – janvier 2020 – 384 pages

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Jodi McCarty a trente-cinq ans lorsqu’elle sort enfin de prison, après avoir obtenu sa liberté conditionnelle. Accusée du meurtre de son amie Paula, elle est condamnée à perpétuée à l’âge de dix-sept ans. Elle passe plus de la moitié de sa vie dans la prison de Jaxton.

A trente-cinq ans, Jodi va tenter de reprendre le cours de sa jeunesse interrompue brutalement et se racheter une conduite. Direction les Appalaches, pour retrouver sa famille, ainsi qu’un petit bout de terrain légué par sa grand-mère Effie qui l’a élevée. Mais elle désire avant cela descendre un peu plus au sud, en Georgie, afin de retrouver un ami et tenir une promesse

Sur sa route, elle fait la connaissance de Miranda, une jeune femme brisée, dont le mari menace de lui retirer la garde de ses trois enfants. Si Jodi s’en méfie, elle se sent malgré tout attirée par cette femme, ses blessures. Leurs solitudes se font douloureusement écho et elles deviennent amantes.

Au fil des chapitres, le récit, composé de nombreux flash-back, lève le voile sur le passé de Jodi et Paula. Deux époques se superposent, nous permettant de voyager de l’été 2007 à la fin des années 80, juste avant que Jodi ne se retrouve derrière les barreaux. En 1988, elle a dix-sept ans et passe son temps avec son petit ami Jimmy, à boire du whiskey tout en se laissant hypnotiser par les machines à sous du casino. C’est dans ce même casino qu’elle rencontre Paula, une femme plus âgée qui l’aimante immédiatement

Sugar Run est un premier roman sombre et singulier, porté par une écriture magnétique qui nous ferre, mettant en scène des êtres blessés par la vie, en proie à la fatalité, qui vont chercher un refuge dans une nature tout aussi écorchée – fameuse fracturation hydraulique. Quels secrets se trouvent enfouis en chacun de nous ?

Stefan Merrill Block – Le noir entre les étoiles ****

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Albin Michel – Terres d’Amérique – février 2020 – 448 pages

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Il y a dix ans, à 21h13 précises, le 15 novembre, une fusillade éclate au bal du lycée de Bliss – petite ville du Texas, à quelques dizaines de kilomètres de la frontière mexicaine. Une zone où les tensions entre blancs et latinos sont palpables.

Oliver Loving figure parmi les victimes de la fusillade et se retrouve dans le coma – il se trouvait au mauvais endroit, au mauvais moment… « Il était une fois un garçon qui tomba dans une faille temporelle. » Aujourd’hui, il y est toujours plongé. Il est allongé depuis dix ans, dans cette chambre d’hôpital, dans ce lit numéro quatre.

Après la fusillade, la ville de Bliss plonge dans le désarroi et la famille Loving se disloque. Le père, professeur d’arts plastiques et artiste maudit, trouve refuge dans l’alcool ; le petit frèreCharlie – quitte ce climat familial oppressant et ce grand frère encombrant pour trouver refuge à New York, embarquant le journal poétique d’Oliver dans l’espoir de devenir l’écrivain de la famille.

Quant à la mère, Eve, elle ne quitte plus le chevet d’Oliver, refusant de perdre espoir, d’oublier son enfant. Ce garçon qui aimait « Bob Dylan, la poésie, la science-fiction et les histoires extraordinaires » et qui vivait son premier amour. Cette mère que le chagrin a sublimé, et qui s’est transformée en voleuse compulsive, ne parvient pas à faire son deuil, elle est déterminée à croire qu’un jour, Oliver se réveillera.

A sa demande, les médecins réalisent une IRM qui va révéler une activité cérébrale… Chacun se retrouve alors au chevet d’Oliver, en proie à ses propres démons, ses propres défaites. Chacun, en fait, se raconte sa propre histoire.

La narration alterne présent et passé afin de nous révéler la vérité sur le 15 novembre. Chaque chapitre se concentre sur un membre de la famille Loving. Les chapitres sur Oliver sont à la deuxième personne du singulier – ce qui nous permet de nous identifier au personnage, de se glisser dans sa peau, son esprit et ses souvenirs.

Le noir entre les étoiles file la métaphore de l’Univers, se concentrant sur les survivants de la fusillade et nous entraînant dans les méandres de l’histoire familiale des Loving ; une famille en proie au chagrin, minée par la culpabilité et les secrets, et dont chaque membre va trouver des parades pour survivre… Qu’advient-il d’une famille après un tel drame ? Et puis, au fond, qu’est-ce qui détermine le fait d’être vivant ?

J’ai eu un véritable coup de ❤ pour ce roman ; les descriptions psychologiques et les émotions des personnages sont décrits avec une telle justesse… La langue poétique de Stefan Merrill Block nous transporte dans ce Texas aux cieux étoilés et aux allures marsiennes, avec ses étendues désertiques rappelant les terres désolées de la planète rouge.

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« Comme ton père et ton frère, tu as toujours été fasciné par les choses invisibles à notre œil : les mondes ensevelis et l’action fantôme à distance, les effets mystérieux de l’énergie noire et les mathématiques hallucinantes de la théorie des cordes. »

« Partout dans le cosmos, les choses naissent et s’achèvent de la même façon : dans un unique point lumineux. »

« C’est là que tu as échappé à ta famille, happé par un de ces corps célestes que ton père avait décrits un soir, dans son atelier de peintre. Un trou noir où aucun télescope ne pourra jamais te localiser. Un lieu où les années volent en éclats, un aveuglement d’une densité infinie, une île déserte abandonnée dans l’immensité croissante. Où tes proches pouvaient-ils alors te trouver ? Seulement dans une idée extravagante, peut-être. Dans les histoires auxquelles ils essayaient encore de croire. »

Fabrice Caro – Le discours **

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Folio – février 2020 – 224 pages

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Lors d’un dîner en famille, Adrien apprend qu’il doit faire un discours pour le mariage de sa sœur Sophie, alors qu’il a encore du mal à se remettre de sa rupture avec Sonia, qui date du mois dernier. « C’est le plus beau cadeau que tu puisses faire à ta sœur » lui dit son beau-frère… 

Le problème d’Adrien, c’est qu’il n’ose pas dire non. Il n’ose pas, tout court. On peut très bien l’appeler Aurélien pendant deux ans sans qu’il nous corrige. 

Et puis, il faut dire qu’il n’arrive pas à se sortir de la tête son ex, à qui il a envoyé un sms à 17h24, et auquel elle n’a jamais répondu.

Adrien se retrouve pris au piège ; entre le gratin dauphinois et le gâteau au yaourt, il va tenter de sauver sa peau tout en essayant de renouer avec son ex. 

Le temps d’un dîner en famille, nous nous retrouvons plongés dans les pensées de ce quarantenaire à la personnalité un peu farfelue ; Adrien est un anti-héros lâche, peureux, hypocondriaque et superstitieux. 

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé le style complètement absurde et cocasse qui m’avait pliée en deux dans Zaï Zaï Zaï Zaï. Certaines scènes m’ont vraiment fait exploser de rire, je me suis surprise à ricaner toute seule, mon livre à la main. Si j’ai passé un savoureux moment de lecture, je ne suis pas certaine que ce roman me reste autant en mémoire que la BD…

Claire Messud – La fille qui brûle ***

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Folio – 2019 – 294 pages

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Julia et Cassie sont amies depuis toujours. Meilleures amies, quoi qu’il arrive. Puis se profile l’adolescence. L’été de leurs douze ans, elles travaillent ensemble dans un chenil, puis découvrent, enfoui au coeur de la forêt, un ancien asile psychiatrique. Il n’y a rien à faire l’été dans ce petit bled de Royston, elles s’ennuient. Alors elles s’inventent des vies dans les bâtiments lugubres et fascinants de l’asile – ce lieu abandonné, rien qu’à elles. Le temps passant, l’asile symbolisera l’enfance perdue, les derniers temps de l’insouciance – le théâtre de leurs derniers jeux d’enfants, le temps d’un été.

C’est le dernier été – avant l’éloignement, la trahison. A la rentrée suivante, elles entrent au collège ; Cassie laisse tomber Julia pour une fille insupportable – Le Poison. Et puis, des rumeurs commencent à courir sur Cassie. Jusqu’à sa disparition.

Cette histoire d’amitié a provoqué en moi de nombreux échos littéraires – elle m’a rappelé l’amitié si complexe qui uni Lila et Elena dans la saga de L’Amie prodigieuse de Elena Ferrante. J’ai aussi pensé à Joyce Carol Oates ; cette façon de décrire l’adolescence – une insidieuse métamorphose – et ses dérives, l’atmosphère du roman, l’analyse de l’amitié qui se retrouve étouffée par l’adolescence.

Un roman sombre et puissant porté par une écriture flamboyante et magnétique, qui m’a happée et fascinée.

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« Vous entrez au collège, et vous réfléchissez à toutes ces choses. Le monde s’ouvre sous vos yeux ; l’histoire se déploie derrière vous et l’avenir devant vous, et vous prenez soudain conscience de la vie intérieure, sauvage et inconnaissable, de chaque personne autour de vous, conscience que chacun vit dans un monde muet aussi riche et étrange que le vôtre, et que vous n’avez aucun espoir de connaître quoi que ce soit à fond, pas même vous. »

« Comment aurais-je pu expliquer que, pour moi, tout est jeu, tout est théâtre ? Chacun de nous revêt son costume de scène, son masque, et fait semblant. Nous prenons le vaste tourbillon insaisissable et infini d’événements et d’émotions qui nous entoure, dans lequel nous sommes immergés, et nous en faisons un récit simplifié, une histoire simple que nous présentons comme une vérité. »

Nastasia Rugani – Tous les héros s’appellent Phénix ****

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Ecole des loisirs – 2014 – 205 pages

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Phénix et sa petite sœur Sacha rentrent de cours à pieds. Ce soir-là, la voiture de monsieur Smith s’arrête sur le bas côté. Monsieur Smith n’est autre que le professeur le plus fascinant et séduisant du lycée, charismatique à souhait, il a plus de connaissances qu’un Trivial Poursuit. A bord de sa Chevrolet immaculée, il propose aux deux sœurs de les raccompagner chez elles.

Quand ils arrivent devant leur maison, ils découvrent Erika, la mère, devant un brasier composé des meubles du père. Ce père parti sans donner de nouvelles, les abandonnant du jour au lendemain, un 1er juillet devenu maudit. Ce père complice, avec lequel les deux sœurs faisaient les 400 coups. Qui aimait les livres et les plantes. De lui, il ne reste que sa serre, somptueuse. Phénix en garde la clé, précieusement attachée à son cou.

Le quotidien d’Erika et des sœurs Coton va changer radicalement le jour où Jessup Smith entre dans leurs vies. Il réussi à conquérir le coeur de Sacha, puis celui d’Erika. Seule Phénix demeure un peu sur ses gardes. Les étranges sautes d’humeur autoritaires et cassantes sans raison de Jessup ne lui échappent pas et lui mettent la puce à l’oreille… Cet homme aux faux airs de Gregory Peck va rapidement faire partie de la famille, et révéler un tout autre visage.

Comme j’ai aimé ces deux sœurs, les liens si forts qui les unissent. Phénix, l’aînée, solitaire, amoureuse d’un beau blond qu’elle attend secrètement chaque vendredi au détour d’un couloir au lycée. Et Cha, petite fille de huit ans très sensible, plus intelligente que la normale, fan de films d’horreur. Les sœurs dévorent les livres et sont déjà incollables sur Gatsby, Tchekhov…

Une lecture intense qui m’a fait renouer avec la plume si singulière et poétique de Nastasia Rugani, nourrie de nombreuses références littéraires. Une lecture effectuée comme en apnée, le ventre noué, le coeur lacéré pour ces deux gamines livrées au Diable.

J’avais déjà eu un beau coup de ❤ pour Milly Vodovic.