Claudie Gallay – La Beauté des jours ***

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Éditeur : Actes Sud – Date de parution : août 2017 – 416 pages

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Jeanne est mariée à Rémy et mère de jumelles ; elle aime sa petite routine, tout ce qui fait son quotidien. Sa vie est réglée comme du papier à musique, la petite famille passe ses vacances toujours au même endroit, aux mêmes dates, à Dunkerque, tout en rêvant un jour de les passer en Grèce.

Cette vie rangée rassure Jeanne. Chaque journée s’égrène à la lueur de petits rituels – comme le mardi, journée où son mari rentre avec un macaron. Chaque soir, elle regarde passer le train de 18h01. Mais elle aime aussi l’imprévu et le hasard. Par exemple, elle aime suivre au hasard un inconnu dans la rue pendant quelques minutes. Deviner sa vie.

Un jour, la photo de Marina Abramovic qu’elle conservait dans un cadre se décroche du mur. Il ne subsiste désormais qu’un rectangle blanc de lumière. Marina Abramovic, c’est cette artiste serbe qui a dédié sa vie toute entière à l’art et qu’un professeur lui avait fait découvrir l’année du bac. Jeanne aime son rapport absolu à la vie ; elle l’admire.

A partir de cet instant, sa vie semble légèrement dévier de sa trajectoire. Sa meilleure amie Suzanne se fait quitter par son mec. Puis, un jour que Jeanne suit un inconnu dans la rue, il se trouve que c’est Martin Fayolle, son amour d’adolescence, avec qui il ne s’est jamais rien passé…

Un beau roman qui se délie lentement, qui interroge l’amour et le bonheur – les choix d’une vie et la trajectoire empruntée par chacun. « Faut emmagasiner. Toutes les choses belles. Quand on va mourir, c’est ça qui nous aidera à passer de l’autre côté. Les choses belles. On se souviendra d’elles. » 

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Rébecca Lighieri – Les garçons de l’été **

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Éditeur : Folio – Date de parution : avril 2018 – 412 pages

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Thadée et son frère Zachée sont les deux fils prodigues de la famille Chastaing ; étudiants brillants et surfeurs surdoués, ils sont absolument parfaits au yeux de leur mère Mylène, qui les idéalise excessivement. Ils décident de prendre une année sabbatique pour surfer sur les plages de La Réunion. Cette famille aux apparences parfaite va peu à peu voler en éclats lorsque Thadée, l’aîné, se fait dévorer la jambe par un requin.

Un roman choral qui nous offre le point de vue de chacun des membres de cette famille bourgeoise originaire de Biarritz. Si les premières pages me rendent captive de l’histoire, annonçant un roman terrible, certains passages me plongent dans un ennui profond – ennui provoqué je pense par l’utilisation abusive du langage technique du surf…

Quant aux personnages, je ne parviens pas à m’attacher à eux, et certains me révulsent carrémentThadée le diabolique pervers… Le seul personnage pour lequel j’ai éprouvé une profonde empathie est Ysé, la petite dernière, que tout le monde oublie et qui survit au milieu de ce naufrage familial. Ysé qui collectionne les iguanes et les serpents, brûle de l’encens pour éloigner les fantômes et se scarifie dans la buanderie pour soulager sa peine. Sa voix – impertinente & sarcastique – m’a touchée et amusée.

Au fur et à mesure que la fin du roman se profile, mon estomac fait des nœuds. Un roman machiavélique qui ne m’a clairement pas laissée indifférente et m’a fait passer par différents états : l’ennui, l’exaspération, l’écoeurement, l’émotion, la perplexité… Et que j’ai malgré tout dévoré à toute allure.

Je serais du coup très curieuse d’avoir vos échos sur ce roman !

Mon avis sur son roman Je viens.

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« C’est vrai ça, qui s’occupe de mes problèmes ? Est-il normal que je me retrouve à pleurer éperdument dans une panière de linge pendant que ma mère gâtifie sur son fils aîné et que mon père s’envoie en l’air avec sa vieille maîtresse ? »

Susin Nielsen – Les optimistes meurent en premier ****

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Éditeur : Hélium – Date de parution : 2017 – 192 pages

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Attention : Pépite!

Pétula De Wilde vit à Vancouver avec ses parents. Depuis le drame qui a touché sa famille, l’adolescente a développé de nombreuses phobies : la foule, les microbes, les différents dangers de mort… De façon convulsive, elle compulse dans un album mille et un articles portant sur des morts toutes plus farfelues les unes que les autres.

Sa rencontre avec l’homme bionique – alias Jacob – à l’atelier d’art-thérapie auquel elle est obligée d’assister une fois par semaine au lycée, va la métamorphoser. Jacob est un grand dadet avec un avant-bras mécanique ; passionné de cinéma, il passe son temps à répondre par un scénario de film lorsqu’on l’interroge sur son passé. A l’atelier, tout les adolescents se sont confiés tour à tour, sauf lui…

Dès les premiers mots j’ai aimé ce roman. J’ai eu l’impression de déjà connaître Pétula, cette adolescente qui porte un regard très ironique sur le monde qui l’entoure – comme pour mieux enfouir la douleur qui l’assaille.

Un roman magnifique, drôle et émouvant, qui évoque avec justesse la culpabilité, le deuil et l’ineffable douleur. Un roman jeunesse d’une force incroyable et insoupçonnée et une lecture riche en émotions que je vous recommande… ❤

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Shida Bazyar – Les nuits sont calmes à Téhéran ***

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : 25 janvier 2018 – 246 pages

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Sorhab, Peyman et Behsad. Amis d’enfance engagés dans la révolte. Nous sommes en 1979, le Shah n’est plus au pouvoir, la révolution tant attendue a eu lieu. L’espoir anime les foules, les gens sortent dans la rue. Khomeiny, érigé en guide spirituel de la révolution islamique, devient plus imposant, ses photos envahissent les murs. Les rassemblements se déroulent à nouveau dans la clandestinité. Behsad est très impliqué dans la révolution, il s’engage dans un mouvement armé, se coupe de sa famille. Puis refait surface. Il m’a fait penser au mari de Massoumeh, l’héroïne du Voile de Téhéran. Face au destin de son pays, Behsad n’aura d’autre choix que de finir par fuir, avec sa femme et ses enfants.

Les nuits sont calmes à Téhéran est un beau roman choral qui traverse les années en donnant voix aux cinq membres d’une même famille. Behsad – Nahib – Laleh – Mo – Tara. L’histoire iranienne et son évolution se dessinent à travers les pensées et le regard de ces cinq personnages.

Un roman humain et porteur d’espoir, qui explore les liens familiaux dans l’exil et la fuite, l’attachement aux racines. Une lecture que j’ai aimée, aux personnages touchants et qui m’a captivée par son contexte historique, mais dont j’attendais peut-être un tout petit peu plus, au niveau émotionnel, pour en faire un coup de coeur.

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« Qu’est ce que ca fait d’avoir des parents qui sont soudain délivrés de leur attente ? Des parents qui ont gagné une fois dans leur vie ? »

Elena Ferrante – Poupée volée **

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Éditeur : Folio – Date de parution : septembre 2017 – 208 pages

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Leda quitte la ville pour passer des vacances en bord de mer. Se rendant chaque jour à la plage, elle observe les familles, les querelles et les discussions animées des uns et des autres. Nina et sa fille Lena captent particulièrement son attention. L’enfant passe son temps à jouer avec sa poupée, dont elle ne se sépare jamais.

Observer cette mère et sa fille, leur relation, renvoie Leda à son propre passé, sa propre relation à ses filles, à la façon d’un jeu de miroirs.

Un jour, Leda s’empare de la poupée de l’enfant, sans vraiment savoir pourquoi. Un geste insensé qu’elle ne s’explique pas, comme beaucoup de choses dans sa vie – ses accès de folie, de fureur, son comportement envers ses deux filles.

Un intriguant portrait de femme qui oscille entre raison et folie. Elena Ferrante analyse toujours avec brio la psychologie féminine, les relations entre une mère et sa fille, la maternité qui peut être vécue de façon très complexe. Il m’a cependant manqué un je ne sais quoi pour garder en mémoire ce roman sur le long terme.

Benedict Wells – La Fin de la solitude ***

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : août 2017 – 285 pages

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Après un accident de moto, Jules se réveille allongé dans un lit d’hôpital. Comment s’est-il retrouvé là ? Dans son esprit brumeux, les souvenirs refont surface. Son enfance, ses vacances en France dans les années 80… Alors qu’il n’est encore qu’un enfant, ses parents meurent dans un accident de voiture. Avec son frère Marty et sa sœur Liz, ils se retrouvent orphelins. Recueillie par leur tante, la fratrie poursuit sa scolarité dans un internat.

Chaque enfant va réagir différemment au drame. Marty s’enferme dans sa solitude et son mutisme, avec ses jeux vidéos ; il développe plein de tics, ne peut s’empêcher de fermer huit fois de suite sa porte de chambre quand il sort… Liz – la grande sœur qui semble toujours jouer la comédie, qui dessine & se vante de ses petits copains – prend goût à la drogue. Quant à Jules, le petit dernier – narrateur de cette histoire – il a l’impression parfois d’être spectateur de sa vie. Quand il prend la parole, il déforme les mots, s’habille n’importe comment. Sa rencontre avec Alva – une petite rousse aux yeux verts et froids qui a toujours le nez plongé dans un livre – va le sauver.

Jules est touchant dans ses faiblesses – plongé sans cesse dans ses rêves, vivant une vie d’ermite qu’il n’a pas vraiment voulu, désirant la solitude tout en la repoussant. Ses rêves et ses cauchemars ne le quittent jamais, le passé qui le hante en permanence. Au fond de lui, Jules se sent responsable de la mort de ses parents. A travers le défilé de ses souvenirs, les questions surgissent. De façon lancinante, il se demande : Que seraient-ils devenus si leurs parents n’étaient pas morts ?

Un roman d’une très grande justesse, qui monte en puissance au fil des pages, et qui nous invite à réfléchir sur le destin, la mort, la mémoire, le temps qui passe, inexorablement. Je me suis attachée aux personnages qui gagnent en épaisseur psychologique au fil des mots ; j’ai aimé la place que prend dans leur vie l’art, la littérature, la musique. La fin de la solitude est un quasi coup de cœur et une très belle surprise !   ❤

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture, et particulièrement à Louise ! Une maison d’édition très prometteuse et qui semble regorger de pépites littéraires…

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« Les mots déployèrent lentement leur signification monstrueuse et s’infiltrèrent partout, dans le sol qui semblait se gondoler, dans mon regard devenu flou, dans mes jambes qui me faisaient tituber dans la pièce. »

« Est-ce que ce serait vraiment mieux si le monde n’existait pas ? Au lieu de ça, on vit, on crée de l’art, on aime, on observe, on souffre, on est heureux et on rit. Nous existons tous sous des millions de formes différentes pour que le néant n’existe pas, et le prix à payer, c’est la mort. »

« Y aurait-il une nouvelle fois dans ma vie un événement qui me catapulterait encore dans cette insouciance un peu débile et grisante, même pour un instant ? »

Valentine Goby – Un paquebot dans les arbres ***

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Editeur : Actes Sud – Date de parution : août 2016 – 272 pages

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Mathilde Blanc erre en lisière de l’ancien sanatorium où son père fut interné il y a une cinquantaine d’années. Lentement, elle remonte le fil du passé, se souvient de son enfance à La Roche Guyon, avec ses parents, sa sœur Annie, et son frère Jacques. Nous sommes dans les années 50, Mathilde a neuf ans ; ses parents tiennent un bar, Le Balto, où chaque samedi soir son père organise un bal qui fait sensation dans toute la ville. Au milieu de la foule, Paulot fait danser et chanter, son harmonica rivé aux lèvres. Tout prend fin le jour où il se retrouve atteint de pleurésie. Dès lors, les mauvaises langues se délient et tout le monde évite la famille Blanc, par peur de la contagion. Les dettes s’accumulent, les séjours au sanatorium et les soins coûtent cher lorsqu’on n’a pas la sécurité sociale… La famille quitte le Balto, puis La Roche. Paulot devient méconnaissable. Lorsque les deux parents sont diagnostiqués tuberculeux, Mathilde et son frère se retrouvent placés en famille d’accueil.

Mathilde est une héroïne terriblement attachante, au caractère fougueux. C’est un vrai garçon manqué ; elle n’en loupe pas une pour impressionner son père. Elle est « la fille en short jaune prête à se rompre le cou pour arracher un regard à Paulot, qui marche en funambule sur les murs du donjon, fait craquer la glace de la Seine, peut mourir pour lui. » Inlassablement, à travers les risques qu’elle prend, Mathilde cherche l’amour de ce père qui aurait tant désiré un fils. Envers et contre tout, elle aime ce père qui l’appelle « mon p’tit gars ».

Ce roman m’a rappelé par moments Profession du père de Chalandon, pour l’époque – guerre d’Algérie – et l’amour sans concession d’un enfant pour son père. Un roman terriblement marquant et émouvant, dominé par le spectre de la tuberculose et par une figure paternelle que je ne suis pas prête d’oublier.

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« Elle accompagne le mouvement du soleil de minute en minute, une invisible migration vers l’ouest. C’est le plus grand amour, cet amour-là, elle se répète. Oui, le plus grand amour. »