Elena Ferrante – Poupée volée **

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Éditeur : Folio – Date de parution : septembre 2017 – 208 pages

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Leda quitte la ville pour passer des vacances en bord de mer. Se rendant chaque jour à la plage, elle observe les familles, les querelles et les discussions animées des uns et des autres. Nina et sa fille Lena captent particulièrement son attention. L’enfant passe son temps à jouer avec sa poupée, dont elle ne se sépare jamais.

Observer cette mère et sa fille, leur relation, renvoie Leda à son propre passé, sa propre relation à ses filles, à la façon d’un jeu de miroirs.

Un jour, Leda s’empare de la poupée de l’enfant, sans vraiment savoir pourquoi. Un geste insensé qu’elle ne s’explique pas, comme beaucoup de choses dans sa vie – ses accès de folie, de fureur, son comportement envers ses deux filles.

Un intriguant portrait de femme qui oscille entre raison et folie. Elena Ferrante analyse toujours avec brio la psychologie féminine, les relations entre une mère et sa fille, la maternité qui peut être vécue de façon très complexe. Il m’a cependant manqué un je ne sais quoi pour garder en mémoire ce roman sur le long terme.

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Benedict Wells – La Fin de la solitude ***

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : août 2017 – 285 pages

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Après un accident de moto, Jules se réveille allongé dans un lit d’hôpital. Comment s’est-il retrouvé là ? Dans son esprit brumeux, les souvenirs refont surface. Son enfance, ses vacances en France dans les années 80… Alors qu’il n’est encore qu’un enfant, ses parents meurent dans un accident de voiture. Avec son frère Marty et sa sœur Liz, ils se retrouvent orphelins. Recueillie par leur tante, la fratrie poursuit sa scolarité dans un internat.

Chaque enfant va réagir différemment au drame. Marty s’enferme dans sa solitude et son mutisme, avec ses jeux vidéos ; il développe plein de tics, ne peut s’empêcher de fermer huit fois de suite sa porte de chambre quand il sort… Liz – la grande sœur qui semble toujours jouer la comédie, qui dessine & se vante de ses petits copains – prend goût à la drogue. Quant à Jules, le petit dernier – narrateur de cette histoire – il a l’impression parfois d’être spectateur de sa vie. Quand il prend la parole, il déforme les mots, s’habille n’importe comment. Sa rencontre avec Alva – une petite rousse aux yeux verts et froids qui a toujours le nez plongé dans un livre – va le sauver.

Jules est touchant dans ses faiblesses – plongé sans cesse dans ses rêves, vivant une vie d’ermite qu’il n’a pas vraiment voulu, désirant la solitude tout en la repoussant. Ses rêves et ses cauchemars ne le quittent jamais, le passé qui le hante en permanence. Au fond de lui, Jules se sent responsable de la mort de ses parents. A travers le défilé de ses souvenirs, les questions surgissent. De façon lancinante, il se demande : Que seraient-ils devenus si leurs parents n’étaient pas morts ?

Un roman d’une très grande justesse, qui monte en puissance au fil des pages, et qui nous invite à réfléchir sur le destin, la mort, la mémoire, le temps qui passe, inexorablement. Je me suis attachée aux personnages qui gagnent en épaisseur psychologique au fil des mots ; j’ai aimé la place que prend dans leur vie l’art, la littérature, la musique. La fin de la solitude est un quasi coup de cœur et une très belle surprise !   ❤

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture, et particulièrement à Louise ! Une maison d’édition très prometteuse et qui semble regorger de pépites littéraires…

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« Les mots déployèrent lentement leur signification monstrueuse et s’infiltrèrent partout, dans le sol qui semblait se gondoler, dans mon regard devenu flou, dans mes jambes qui me faisaient tituber dans la pièce. »

« Est-ce que ce serait vraiment mieux si le monde n’existait pas ? Au lieu de ça, on vit, on crée de l’art, on aime, on observe, on souffre, on est heureux et on rit. Nous existons tous sous des millions de formes différentes pour que le néant n’existe pas, et le prix à payer, c’est la mort. »

« Y aurait-il une nouvelle fois dans ma vie un événement qui me catapulterait encore dans cette insouciance un peu débile et grisante, même pour un instant ? »

Valentine Goby – Un paquebot dans les arbres ***

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Editeur : Actes Sud – Date de parution : août 2016 – 272 pages

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Mathilde Blanc erre en lisière de l’ancien sanatorium où son père fut interné il y a une cinquantaine d’années. Lentement, elle remonte le fil du passé, se souvient de son enfance à La Roche Guyon, avec ses parents, sa sœur Annie, et son frère Jacques. Nous sommes dans les années 50, Mathilde a neuf ans ; ses parents tiennent un bar, Le Balto, où chaque samedi soir son père organise un bal qui fait sensation dans toute la ville. Au milieu de la foule, Paulot fait danser et chanter, son harmonica rivé aux lèvres. Tout prend fin le jour où il se retrouve atteint de pleurésie. Dès lors, les mauvaises langues se délient et tout le monde évite la famille Blanc, par peur de la contagion. Les dettes s’accumulent, les séjours au sanatorium et les soins coûtent cher lorsqu’on n’a pas la sécurité sociale… La famille quitte le Balto, puis La Roche. Paulot devient méconnaissable. Lorsque les deux parents sont diagnostiqués tuberculeux, Mathilde et son frère se retrouvent placés en famille d’accueil.

Mathilde est une héroïne terriblement attachante, au caractère fougueux. C’est un vrai garçon manqué ; elle n’en loupe pas une pour impressionner son père. Elle est « la fille en short jaune prête à se rompre le cou pour arracher un regard à Paulot, qui marche en funambule sur les murs du donjon, fait craquer la glace de la Seine, peut mourir pour lui. » Inlassablement, à travers les risques qu’elle prend, Mathilde cherche l’amour de ce père qui aurait tant désiré un fils. Envers et contre tout, elle aime ce père qui l’appelle « mon p’tit gars ».

Ce roman m’a rappelé par moments Profession du père de Chalandon, pour l’époque – guerre d’Algérie – et l’amour sans concession d’un enfant pour son père. Un roman terriblement marquant et émouvant, dominé par le spectre de la tuberculose et par une figure paternelle que je ne suis pas prête d’oublier.

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« Elle accompagne le mouvement du soleil de minute en minute, une invisible migration vers l’ouest. C’est le plus grand amour, cet amour-là, elle se répète. Oui, le plus grand amour. »

Maggie O’Farrell – En cas de forte chaleur ***

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2015 – 356 pages

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Juillet 1976. Cela fait plusieurs jours qu’une forte chaleur s’est abattue sur Londres. Robert Riordan disparaît un matin ; il part chercher le journal et ne revient pas, laissant sa femme Gretta et ses enfants, Michael Francis, Monica et Aoife, dans l’incompréhension. Robert est un père de famille avare de mots, discret et attaché à ses petites habitudes ; cette disparition leur apparaît donc complètement absurde et inattendue.

Les trois frères et sœurs se retrouvent dans la maison familiale pour tenter de comprendre ce qui a poussé leur père à partir. Chacun transporte avec lui ses bagages émotionnels, son lot de soucis… Michael Francis voit son mariage partir à vau-l’eau, Monica ne s’est jamais remise de sa rupture avec Joe… Quant à Aoife, elle est partie à New-York voler de ses propres ailes.

C’est avec plaisir que j’ai renoué avec la plume de Maggie O’Farrell – j’avais adoré La Disparition d’Esme Lennox. La romancière irlandaise a beaucoup de talent dans la mise en scène de ses différents personnages, tous attachants. Un beau roman sur la famille et les secrets qui s’y cachent, piqueté d’humour, que j’ai savouré, qui m’a émue par moments… Il m’a cependant manqué quelque chose pour que j’apprécie pleinement ma lecture.

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« Elle pose la main sur son diaphragme. Qu’il est étrange de se sentir si seule et de savoir qu’on ne l’est pas. Il y a un second cœur qui bat en elle. »

« Ces derniers temps, elle a renoncé à comprendre pourquoi certaines choses se produisaient. Cela ne sert à rien, à rien du tout. Ce qui doit arriver arrive, souvent sans raison. Mais là, c’est autre chose. Que ça arrive, que ça commence, qu’une vie soit prête à venir au monde alors que tant de gens semblent se détacher d’elle, comment est-ce possible ? »

 

Anna McPartlin – Les derniers jours de Rabbit Hayes **

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Éditeur : Pocket – Date de parution : février 2017 – 480 pages

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Mia Hayes, alias Rabbit, est atteinte d’un cancer en phase terminale, qui a fini par ronger insidieusement ses os… C’est dans une maison de soins palliatifs qu’elle passe ses derniers jours. Dès le début, nous savons que Rabbit va mourir. Les dés sont jetés, aucune surprise ne nous attend au tournant. Les uns après les autres, ses proches défilent dans sa chambre et les souvenirs de chacun resurgissent : l’enfance de Rabbit, son grand amour de jeunesse Johnny… Parents, frère et sœur, meilleure amie, tous se souviennent de la petite Rabbit, haute comme trois pommes, malicieuse et attachante. Et il y a Juliet, sa fille, à qui l’on cache pour le moment la terrible vérité.

Au début, je tourne les pages à toute allure, emportée par la douce amertume et la tendresse qui se dégagent des pages. Mais très vite je me lasse et me sens déçue par l’écriture, somme toute assez banale ; les dialogues sont plats et sonnent creux. Quant aux personnages, ils brillent pas leur absence d’épaisseur psychologique, ils pourraient être interchangeables.

Au vu des critiques unanimement élogieuses, je m’attendais à un roman bouleversant ; je m’attendais au moins à verser une petite larme (je suis quand même facilement émue). Mais je me suis franchement ennuyée et ne suis pas parvenue à m’attacher aux personnages, et surtout, à croire à cette histoire. C’est bien cela le problème : je n’y ai pas cru. Page après page, j’ai cherché l’émotion attendue, en vain. La mayonnaise n’a hélas pas pris… et pourtant j’aurais voulu aimer ce roman !

David Vann – Aquarium ***

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Éditeur : Gallmeister – Date de parution : 2016 – 270 pages

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Caitlin vit avec sa mère à Seattle, seules toutes les deux dans une pièce qui fait office d’appartement. Tous les jours après l’école, elle attend à l’aquarium que sa mère vienne la chercher. Elle aime observer les poissons, les identifier, en apprendre plus sur eux. « Ils étaient les émissaires d’un univers plus vaste. Ils représentaient les possibles, une sorte de promesse. » L’aquarium est un sanctuaire où Caitlin se sent bien. Un après-midi, elle y fait la rencontre d’un vieil homme avec qui elle se lie d’amitié. Chaque jour, ils discutent des poissons, de leur vie, leurs particularités. Le texte est agrémenté de dessins représentant tous ces poissons, tous plus étranges les uns que les autres, parmi lesquels on trouve le poisson-fantôme, ce poisson qui ressemble à « une feuille d’arbre qui donne naissance à des étoiles ».

Le jour où Caitlin parle à sa mère de son amitié avec le vieil homme, parce que ce dernier souhaite la rencontrer, son petit monde semble s’écrouler…

Caitlin est une enfant de douze ans à l’esprit vif, intelligente, qui se pose beaucoup de questions sans avoir les réponses. Elle est très perméable au monde qui l’entoure et elle aime le transformer en aquarium géant, filant la métaphore marine au fil du récit et des émotions qu’elle ressent, de ses impressions sur la vie, le passé de sa mère.

Très vite, nous sentons le drame pointer le bout de son nez et ramper au fil des pages. C’est une lecture qui devient vite cruelle et éprouvante… Même en connaissant l’univers de David Vann – chez qui on a rarement affaire à des familles apaisées – je ne m’attendais pas à cette violence ; certains passages sont de vrais brise-cœur.

Une lecture dont je suis ressortie le cœur lourd, malgré le dénouement. L’auteur nous offre un contraste entre l’insouciance enfantine de Caitlin et la douleur amère de la mère, à travers ce récit violent, où le passé est un démon sans cesse miroitant. Encore une fois, David Vann fait fort, même si ce roman demeure moins traumatisant que certains de ses précédents – je pense notamment à Impurs.

Un grand merci aux éditions Gallmeister pour cette lecture.

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« La planète entière, un océan. J’aimais imaginer cela. Quand je m’endormais chaque soir, je m’imaginais au fond, à des milliers de lieux de profondeur, le poids de toute cette eau, mais je glissais au-dessus du sable, à la manière d’une raie manta, planant sans bruit et sans poids sur les plaines infinies… »

« Nous sommes nous-mêmes soumis à une évolution, chacun d’entre nous, progressant d’une certaine vision du monde à une autre, chaque âge oubliant le précédent, chaque esprit passé effacé. Nous ne voyons plus du tout le même monde. »

« Comment recolle-t-on les morceaux d’une famille, et comment pardonne-t-on ? »

Maria Ernestam – Les Oreilles de Buster ****

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Éditeur : Babel Actes Sud – Date de parution : 2013 – 480 pages

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Eva a la cinquantaine. Pour son anniversaire, sa petite-fille lui offre un journal intime orné de roses, afin qu’elle puisse écrire. La nuit-même, elle s’attelle à la tâche« J’avais sept ans quand j’ai décidé de tuer ma mère. Et dix-sept ans quand j’ai finalement mis mon projet à exécution. » C’est sur ces mots que le roman débute et ce sont également les premiers mots qui figurent dans son carnet.

Écrire, Eva l’a toujours désiré sans jamais oser se lancer, de peur de ne pas savoir le faire. Au fil de l’écriture, les souvenirs affluent et elle se retrouve confrontée aux démons du passé. Eva raconte surtout sa relation avec sa mère ; une mère acerbe, profondément méchante, et aux accès de démence, qui n’a jamais été heureuse de l’élever et qui n’a jamais montré son affection, ne parvenant jamais à aimer sa fille. Après le renvoi de Britta, sa nourrice préférée, Eva, qui n’a que sept ans, décide qu’un jour elle se vengera : elle tuera sa mère.

Au fil des mots, nous découvrons l’enfant et l’adolescente qu’elle était, vivant sous la coupe d’une mère folle de méchanceté, se moquant de sa fille chaque fois qu’elle le pouvait. La fillette déploie des stratagèmes pour fomenter sa vengeance et survivre à cette enfance. Chaque nuit, le mystérieux roi de pique lui rend visite dans ses rêves…

L’écriture alterne souvenirs du passé et temps présent ; Eva vit avec Sven, ils habitent une petite bourgade, celle de ses vacances d’été. Elle aime s’occuper de son jardin, et de ses roses, qu’elle aime particulièrement. La plume de Maria Ernestam m’a vraiment impressionnée ; à la fois aiguisée, douce et glaçante Il s’en dégage une telle puissance que j’ai dévoré ce roman à la façon d’un thriller. Un roman empreint de noirceur – la relation avec la mère fait littéralement froid dans le dos – qui m’a ferrée dès les premiers mots et que j’ai lu en totale apnée.

Un vrai coup de cœur

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« Mais je devais l’éliminer. C’était elle ou moi, je le compris ce jour-là. Aussi longtemps qu’elle vivrait, elle m’empêcherait de vivre. Elle me viderait de ma substance et ne laisserait de moi qu’une écorce creuse, desséchée, qui finirait par tomber en miettes. Je n’avais que sept ans, mais j’étais parfaitement consciente de ce qu’elle m’avait fait endurer, et de ce dont elle était encore capable. Je décidai de lutter pour ma vie. »