Dominique Paquet – Prête-moi tes ailes ****

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Editions Théâtrales – 2019 – 43 pages

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L’été débute. Un jeune garçon, les yeux remplis de larmes, est assis au bord d’une rivière, solitaire. Une libellule se pose sur son bras et se met à lui parler. Ils se retrouvent ainsi au fil des jours pour discuter, dialoguer. De liberté entravée. De danse. Cette danse que le garçon aime tellement et qu’on lui interdit de pratiquer. Il évoque le chagrin qu’il éprouve. Et il ouvre ainsi son coeur à cette libellule bavarde.

« Libellule. – Et tu ne te sens pas fille aussi quelque fois ?

Lui. – Si. Mais pas à un moment particulier. Et puis tout de suite après, je me sens garçon. Non, ce n’est pas tout à fait vrai… Je me sens vivant. Être humain. Surtout quand je cours dans le vent. Ou à vélo sur une pente. Quand je danse, j’ai la sensation de voler. »

Ensemble ils refont le monde, interrogent le sens de la vie. Le sens de ces conventions sociales qui entravent les humains. Le garçon se surprend à rêver. La libellule devient consolatrice et philosophe.

Prête-moi tes ailes est une très jolie pièce de théâtre sous forme de conte philosophique qui nous délivre un questionnement sur les normes de la société.

Élise Fontenaille – Alcatraz Indian Land ****

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Oskar Jeunesse – 2018 – 80 pages

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Un matin, Marylin alias Little bird, reçoit une lettre de la mairie de San Francisco, lui soumettant une bien intrigante demande… Venir réaliser à nouveau les graffitis qu’elle a réalisés à la fin des années 60 sur le château d’eau de l’île d’Alcatraz.

Cette lettre plonge la vieille femme dans ses souvenirs. Elle se retrouve en 1969. Elle a seize ans. Le charismatique Richard Oakes vient la sortir de sa réserve et l’emmène à San Francisco. Elle se souvient de Richard, Yvonne, No Name… L’exaltation de cette époque l’envahit, sa fougue, leurs espoirs et leur sentiment de liberté… Le récit de Marylin prend la forme d’une lettre à sa petite-fille Eden, qui a l’âge qu’elle avait en 1969 ; elle lui raconte ce qu’elle a vécu sur l’île.

À la fin des années 60, un groupe de jeunes activistes amérindiens, mené par Richard Oakes, rêve de transformer Alcatraz, la célèbre prison abandonnée depuis quelques années, en un territoire indien – un Indian Land – et d’y créer une université pour toutes les tribus indiennes. Ils choisissent la date symbolique de Thanksgiving pour envahir l’île. Une centaine d’étudiants amérindiens se retrouvent ainsi sur l’île et célèbrent un Unthanksgiving.

Dévoré en une soirée, ce récit très court (peut-être un peu trop) m’a fascinée et emportée. Un roman fulgurant et émouvant ; on y ressent toute la fougue de cette époque et l’espoir qui anime cette jeunesse amérindienne. Un combat qui mènera à la naissance de l’Indian Pride.

Sophie Divry – Trois fois la fin du monde **

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Éditeur : Notabilia – Date de parution : août 2018 – 240 pages

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Joseph Kamal se retrouve en prison après un braquage qui tourne mal ; son frère y trouve la mort. Inculpé pour complicité, il est incarcéré à la prison de F. Exiguïté de la cellule, puanteurs des couloirs, violences quotidiennes… C’est un véritable enfer. Gardes et détenus rivalisent de violences et d’humiliations. L’explosion d’une centrale nucléaire va le libérer de ce cauchemar.

Le jeune homme, transfiguré par la prison, trouve refuge dans une cabane au fond des bois, seul au milieu de l’immensité végétale. En pleine zone contaminée. Après la violence de l’enfermement, Joseph découvre l’intensité de la solitude et trouve réconfort et affection auprès d’un mouton et d’un chat.

Le silence de cette nature dépeuplée, de nouveau rendue à la sauvagerie, dépourvue de toute présence humaine, a quelque chose de fascinant. Ces maisons abandonnées telles quelles. Joseph tente de s’oublier dans la nature et l’accomplissement de ses tâches, jour après jour. Il tente de maintenir à distance l’angoisse. Mais la solitude va peu à peu le submerger, jusqu’à la folie… 

Un roman qui avait tout pour me plaire : une fin du monde, une immersion en pleine nature… Et ce Robinson Crusoé d’un nouveau genre m’intriguait. Mais je n’ai pas accroché plus que cela. J’ai cherché en vain l’émotion et suis restée bien hermétique à la poésie que l’on m’avait tant vantée.