Eric Chevillard – Ronce-Rose **

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Editeur : Les éditions de Minuit – Date de parution : janvier 2017 – 139 pages

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Nous découvrons dans ce curieux roman le contenu des carnets d’un drôle de personnage : Ronce-Rose. On ne sait au début pas vraiment si c’est une enfant ou une jeune femme attardée. Elle vit avec Mâchefer : est-il un père ? Un oncle ? Le monde se déroule et se révèle à travers le regard de Ronce-Rose, un regard très étonnant, à la fois naïf et aiguisé. Elle écrit ses observations journalières, son quotidien avec et sans Mâchefer. Elle aime écrire, elle en éprouve un besoin irrépressible. Même les détails les plus insignifiants, elle les consigne dans ses carnets. Elle nous livre ses réflexions sur son voisin unijambiste, une sorcière et quatre drôles de mésanges… Jusqu’au jour où Mâchefer ne revient pas.

Un roman déroutant au charme singulier. Une prose qui se révèle très drôle à cause du regard naïf de Ronce-Rose ; l’incongruité de certaines descriptions m’a fait rire. Ronce-Rose est un personnage attachant qui nous fait voir le monde différemment. Cependant, la fin du roman, abrupte, m’a sonnée et laissée bien dubitative !

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« Mais il aurait fallu lui sourire et je ne sais pas à combien de sourires on a droit dans la vie, le nombre est peut-être limité et j’en ai déjà fait plein grâce à Mâchefer. »

« Peut-être que j’ai tort de tout raconter comme ça. J’ai un peu peur de me vider. Ce qui sort n’est plus dedans. Quand on écrit, c’est vraiment comme du sang qui coule, comme le suicide par le poignet, une fois que ça a commencé à jaillir, on ne sait plus quoi faire pour stopper ça. »

« Mais quand j’écris, j’ai l’impression de défricher un espace envahi de ronces et de roses où je vais pouvoir recommencer à vivre et même à courir si je veux. »

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Raphaële Moussafir – Du vent dans mes mollets ****

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Éditeur : Intervista – Date de parution : 2006 – 111 pages

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Rachel est une petite fille de neuf ans qui dort toute habillée avec son cartable sur le dos et ses affaires de gym. Alors sa mère l’envoie chez une psychologue, Mme Trebla, pour en parler et savoir pourquoi elle fait ça. Chaque chapitre est une nouvelle séance avec Mme Trebla. Rachel y raconte son quotidien : Hortense sa meilleure amie un peu peste, avec laquelle elle discute politique et rigole en appelant au téléphone Madame Courtecuisses ; sa mémé qui dort dans sa chambre ; sa maman qui pleure pour un rien et a tout le temps peur pour elle.

On découvre une voix d’enfant singulière au caractère bien trempé, une voix très mature pour son âge. Rachel n’a pas sa langue dans sa poche, elle a énormément de répartie. Les séances chez Mme Trebla s’égrènent les unes après les autres et on en apprend davantage sur cette enfant follement attachante et drôle.

Ce court roman m’a fait glousser tout comme il a fini par m’émouvoir et me faire monter les larmes aux yeux… A la fois léger et dur, drôle et touchant, il distille une grande justesse à travers la voix de Rachel en abordant un sujet difficile comme la mort. Une voix d’enfant qui m’a marquée et que je ne suis pas prête d’oublier… Un roman que je recommande à tous, adolescents comme adultes.

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« J’ai remarqué que quand on est triste ou qu’il y a une mauvaise nouvelle, la vie autour ne change pas. Comme le jour où mamie est morte, j’étais dehors, il y avait du vent, et quand on m’a dit que mamie était morte, il a quand même continué à y avoir du vent dans mes mollets. Quand on est triste, les objets ne sont pas tristes, ils font comme si de rien n’était, et ça, ça me rend encore plus triste.