Rita Falk – Très vite ou jamais ***

9782210962736-g

Éditeur : Magnard Jeunesse – avril 2016 – 224 pages

*

Lorsque l’on tombe dans le coma, soit l’on en sort très vite, soit jamais… Ce sont les mots que Jan entend, lorsque Nils, son ami d’enfance, se retrouve dans le coma à la suite d’un accident de moto à l’âge de vingt-et-un ans – à cet âge-là, on est censé avoir la vie devant soi… Alors, chaque jour, Jan se rend au chevet de son ami et lui parle. Il va également se mettre à lui écrire des lettres, qu’il projette de lui faire lire à son réveil.

Dans ses lettres, Jan raconte son quotidien au Nid de coucous, l’hôpital psychiatre dans lequel il travaille, sa petite routine, la vie qui continue. Les mots de Jan sont teintés d’une bonne dose d’auto-dérision et d’humour, sans pour autant nuire à l’émotion du lecteur. On se prend peu à peu d’affection pour ce personnage qui garde espoir malgré tout et qui reste fidèle à son ami, alors même que ses proches semblent se déchirer et venir de moins en moins. Un roman jeunesse écrit avec simplicité dont la fin est prévisible, mais qui m’a faire sourire et m’a touché. *Mention spéciale pour le personnage de Sœur Barbara, extra !

Merci à Claire, du blog La tête en Claire, pour m’avoir fait découvrir ce roman !

Publicités

Elena Ferrante – Le nouveau nom ***

Le-nouveau-nom

Éditeur : Folio – Date de parution : novembre 2016 – 622 pages

*

C’est avec énormément de plaisir que j’ai retrouvé la plume d’Elena Ferrante et les aventures de ses deux héroïnes, Elena et Lila. Le premier tome m’avait vraiment marquée… Je me suis délicieusement replongée dans cette saga, renouant avec les deux jeunes filles comme si je les avais quittées hier, alors qu’un an sépare mes deux lectures. Au bal de son mariage, Lila découvre les chaussures qu’elle a confectionnées aux pieds de Marcello Solara, son pire ennemi.

Ce deuxième tome nous raconte la jeunesse d’Elena et Lila, quittant l’adolescence pour devenir des jeunes femmes. Elena poursuit ses études avec plus ou moins d’assiduité, tandis que Lila découvre la vie d’épouse… Leur amitié, atypique, fusionnelle et intransigeante se poursuit au fil des années, avec leur bande d’amis napolitains.

C’est toujours aussi bien raconté, la plume d’Elena Ferrante est littéralement géniale, et les descriptions psychologiques sont fabuleuses. La romancière, à travers la voix d’Elena, creuse savamment la profondeur des sentiments, détaille et analyse les émotions avec une précision et une justesse incroyable. Il y a dans ces mots une douce folie… Ce deuxième tome se dévore avec avidité !

***

« Qu’est-ce qui me poussait à me conduire ainsi ? Avais-je tendance à étouffer mes propres sentiments parce que j’étais effrayée par la violence avec laquelle, au plus profond de moi, je désirais les choses, les personnes, les louanges et les victoires ? »

« Je ne possédais pas cette puissance émotionnelle qui avait poussé Lila à tout faire pour profiter de cette journée et de cette nuit. Je demeurais en retrait, en attente. Alors qu’elle, elle s’emparait des choses, elle les voulait vraiment, se passionnait, jouait le tout pour le tout sans crainte des railleries, du mépris, des crachats et des coups. »

Carmen Bramly – Hard de vivre **

images

 

Éditeur : JC Lattès – Date de parution : janvier 2015 – 303 pages

*

Je me rappelle avoir été touchée par le premier roman de Carmen Bramly, Pastel Fauve, empreint d’innocence et à l’écriture poétique. J’avais donc envie de découvrir ce nouvel  opus, mais les avis mitigés me refroidissaient un peu. Et finalement…

Thomas, Henri, Pop & Bethsabée, frère et sœur de cœur, et Sophie, la plus jeune, encore au Lycée. Ils ont entre seize et dix-neuf ans, et se sont tous les cinq rencontrés à la suite de circonstances particulières. Tous présents à une soirée, à la fin de l’été, où une adolescente aux cheveux arc-en-ciel est morte d’une overdose. Pour échapper aux flics, ils se retrouvent enfermés dans une cave. Quelques jours plus tard, ils éprouvent le besoin de se revoir. À eux se mêle Johannes, le cousin de Thomas, la vingtaine, étudiant en psychologie. Il était aussi à la soirée, mais il est parti avant le drame.

Chacun à leur façon, ils réagissent à cette soirée, et à l’événement traumatique auquel ils ont assisté. La mort de « la fille arc-en-ciel » va provoquer tout un enchaînement de hasards et de rencontres, d’amours et d’amitiés qui n’auraient a priori jamais dû voir le jour. Sa mort va bouleverser et mettre sens dessus dessous leurs petites vies.

Un livre à la saveur douce-amère, qui m’a finalement surprise dans le bon sens, même si le manque de réalisme à certains moments m’a fortement agacée. C’est un roman torturé, porté par une écriture à la fois désabusée et naïve, qui se laisse lire et qui a su me toucher malgré tout.

***

« Alors c’était ça, la vie ? Une fille de dix-sept ans mourait, et au bout de la chaîne des causes et des effets, Pop publiait son premier roman et elle découvrait l’amour et l’amitié pour la première fois ? »

Meg Wolitzer – Les Intéressants ***

9782253182870-001-T

Editeur : Le Livre de Poche – Date de parution : mai 2016 – 739 pages

*

Été 1974, Julie est une adolescente de quinze ans, dont le père vient de mourir d’un cancer foudroyant. Sa mère l’encourage à partir à Spirit-in-the-Woods, un camp de vacances en pleine nature, qui met à l’honneur les arts, le théâtre, la danse, la musique… Elle y rencontrera un groupe de cinq adolescents, qui se sont baptisés Les Intéressants. Ils se retrouvent chaque soir sous un tipi et discutent, fument de l’herbe, jouent de la guitare. Il y a Ethan, petit génie des films d’animation, Goodman et sa sœur Ash, charismatiques New-yorkais, Jonah, le fils de la célèbre chanteuse de folk, Susanna Bay, et Cathy, qui rêve de devenir danseuse mais n’a pas le corps pour. Sur une quarantaine d’année, nous suivons le destin de ces adolescents découvrant le monde adulte.

Au fil des pages, les chapitres alternent passé et présent, sans linéarité temporelle. On saute d’une décennie et d’un souvenir à l’autre, pour revenir à cet été 1974 que Julie, rebaptisée Jules par la bande, n’oubliera jamais. Les adolescents se retrouveront deux étés encore, puis continueront à se voir, malgré les ruptures, les déboires avec la justice, malgré les années et les trajectoires différentes.

Les personnages sont attachants, j’ai aimé les suivre avec pour toile de fond le New-York des années 80. Chaque ami va se retrouver projeté dans le monde adulte, Spirit-in-the-Woods résonnant longtemps en eux.

C’est un roman foisonnant sur l’adolescence, l’amitié, l’art et la direction que l’on choisit ou non de donner à sa vie, dont l’écriture est un savant mélange d’ironie et de nostalgie. Chaque personnage a une épaisseur psychologique finement décrite. Une vraie lecture plaisir.

Merci aux éditions Le Livre de Poche pour cette belle lecture !

***

« Sur ce cliché, les pieds d’Ethan reposaient sur la tête de Jules et les pieds de Jules reposaient sur la tête de Goodman, et ainsi de suite. N’était-ce pas toujours ainsi ? Des parties de corps pas tout à fait alignées comme on l’aurait souhaité, un ensemble un peu de travers, comme si le monde lui-même était une séquence animée de désir et de jalousie, de haine de soi et de grandiloquence, d’échec et de succès, une boucle étrange et infinie, que vous ne pouviez pas vous empêcher de regarder car, malgré tout ce que vous saviez maintenant, c’était toujours très intéressant. »

Delphine de Vigan – D’après une histoire vraie ***

d-apres-une-histoire-vraie-de-delphine-de-vigan

 

Éditeur : JC Lattès – Date de parution : août 2015 – 478 pages

*

Il m’attendait bien sagement dans ma PAL depuis quelques mois, ce roman dont tout le monde parle… J’ai entendu tellement d’avis divergents que j’avais hâte de me faire mon propre avis sur la chose ! J’aime beaucoup la plume de Delphine de Vigan et son avant-dernier roman, Rien ne s’oppose à la nuit, était un immense coup de cœur pour moi. Elle y mettait en scène le personnage de sa mère.

Quelques mois après la parution de son roman Rien de n’oppose à la nuit, qui a connu un succès monstre auquel elle ne s’attendait pas du tout, Delphine fait la rencontre de L. Une rencontre qui va complètement bouleverser son petit univers à un moment où l’auteur ne parvient pas à faire face à « l’après best-seller », peu à peu elle n’arrive plus à écrire… Parallèlement, Delphine se met à recevoir à son domicile des lettres anonymes et menaçantes, tapées à la machine à écrire. Dans ces lettres, on lui reproche d’avoir sali son nom et sa famille…

Dès les premiers mots, on ressent la tension psychologique. On sent l’orage qui couve. L. est un personnage terriblement énigmatique. Le fait qu’elle soit désignée par une seule lettre renforce l’énigme. On se pose une foule de questions : qui est-elle – qui est L. ? D’où sort-elle ? Delphine de Vigan met en scène l’histoire de cette rencontre, de cette amitié qui devient (trop) vite indispensable. Une amitié poison, qui réveille au bout d’un moment la suspicion de l’auteur. L. semble tout connaître d’elle, même les choses les plus intimes, elle est dotée d’une telle intuition que ça en devient troublant. Dans cette amitié spéciale, l’auteur s’interroge beaucoup sur la relation à l’autre, une altérité qui lui ressemble.

Au fil des mots, on découvre de belles réflexions sur l’écriture, les personnages, la fiction et ses relations étroites avec le réel. Autant de thèmes qui me plaisent énormément.

« Il fallait en découdre avec le réel »Entre réalité et fiction, on ne saurait dire où l’auteur souhaite nous amener. Elle semble se jouer de l’argument « inspiré de faits réels » qui s’invite maintenant dans la publicité de nombreux films et romans. Mais au fond, est-ce vraiment cela qui compte, que ça soit réel ? La fiction n’aurait donc plus d’avenir ?

Qu’il s’agisse dans ce bouquin de la réalité ou que tout ne soit que pure invention, car c’est une question que l’on peut se poser, je dois dire que sincèrement je n’en ai rien à faire. Je pense d’ailleurs que tout l’intérêt du roman réside au-delà. L’auteur semble d’ailleurs se jouer de nous… Pour citer certains passages : « Et je nous mets au défi – vous, moi, n’importe qui – de démêler le vrai du faux. » ou encore « – Que la vie qu’on raconte dans les livres soit vraie ou qu’elle soit fausse, est-ce que c’est si important ? » 

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé la plume de Delphine de Vigan. Elle a une maîtrise des mots et des émotions qui me souffle à chaque fois.

La tension monte au fil des pages.. Dans les dernières pages, c’est l’angoisse qui s’installe, comme un étau qui se resserre. L’écriture fluide se déverse et on engloutit les pages les unes après les autres. On a envie de savoir le fin mot de l’histoire. Un récit très habilement construit.

Un thriller littéraire terriblement prenant, où la fiction et la réalité s’entremêlent dangereusement.

***

« Mais toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion. Il n’existe pas. Aucun livre ne devrait être autorisé à porter cette mention. »

« Mais tu sais, je ne suis pas sûre que le réel suffise. Le réel, si tant est qu’il existe, qu’il soit possible de le restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d’être incarné, d’être transformé, d’être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c’est chiant à mourir, au pire c’est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction. »

« Comment déchiffrer les traces de l’enfant sur la peau des adultes que nous prétendons être devenus ? Qui peut lire ces tatouages invisibles ? Dans quelle langue sont-ils écrits ? Qui est capable de comprendre les cicatrices que nous avons appris à dissimuler ? »

*

8ème roman lu pour le challenge.

challenge rl jeunesse

Valérie Tong Cuong – L’atelier des miracles **

latelierdesmiracles_6

Éditeur : J’ai Lu – Date de parution : mars 2014 – 250 pages

4ème de couverture : « Prof d’histoire-géo mariée à un politicien narcissique, Mariette est au bout du rouleau. Une provocation de trop et elle craque, envoyant valser un élève dans l’escalier. Mariette a franchi la ligne rouge.
Millie, jeune secrétaire intérimaire, vit dans une solitude monacale. Mais un soir, son immeuble brûle. Elle tourne le dos aux flammes se jette dans le vide. Déserteur de l’armée, Monsieur Mike a fait de la rue son foyer. Installé tranquillement sous un porche, il ne s’attendait pas à ce que, ce matin, le « farfadet » et sa bande le passent à tabac.
Au moment où Mariette, Millie et Mike heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son Atelier les âmes cassées, et dont on dit qu’il fait des miracles.
Mais peut-on vraiment se reconstruire sans affronter ses fantômes ? Avancer en se mentant et en mentant aux autres ? Ensemble, les locataires de l’Atelier vont devoir accepter leur part d’ombre, tandis que le mystérieux Jean tire les ficelles d’un jeu de plus en plus dangereux. »

***

Ce roman choral donne la parole à trois personnages que tout oppose : Millie est une jeune femme de 23 ans, un peu perdue, solitaire, trop discrète ; elle se réveille un matin et, s’apercevant que son immeuble est en flammes, elle saute par la fenêtre sans réfléchir. Monsieur Mike est un SDF raffolant de la ‘binouze’ et qui ne changerait de trottoir pour rien au monde, jusqu’au jour où le « farfadet » et ses complices décident de lui refaire la façade. Quant à Mariette, incomprise par son mari, mal-aimée par ses enfants, professeur d’Histoire-géo dépassée par des élèves se transformant en monstres à chacun de ses cours, elle fini par craquer et envoie valser un élève dans les escaliers. Leur point commun : ils vont tous les trois croiser la route de Jean, un homme mystérieux qui dirige l’association de l’Atelier. Il vient les trouver et leur promet un toit et de prendre soin d’eux pour un temps…

Ces trois personnages égarés, laissés pour compte, mal-aimés, prennent la parole à tour de rôle dans ce curieux roman qui a obtenu le « Prix de l’optimisme ». Tout cela a de quoi intriguer! Et qui est Jean ? Qui est cette bonne âme qui vient en aide aux démunis ? Pourquoi le fait-il ?

C’est l’histoire de rencontres, de solitudes et de destins qui se croisent… Un même désir anime Mariette, Millie et Monsieur Mike : changer de vie. Comment se relever après l’échec, comment donner du sens à sa vie ?

Ce roman a quelque chose de fort et de particulier. Il agit à la façon d’un baume pour le cœur. En fait, je suis passée par plusieurs états durant ma lecture : au début enchantée, curieuse, puis un peu déçue et moins convaincue au milieu du roman, et finalement séduite peu à peu par ces vies réenchantées. Même si la toute fin du roman évite de justesse de verser dans le « mélo-guimauve ». J’ai eu une affinité particulière pour le personnage touchant de Monsieur Mike! Pour finir, l’écriture a beaucoup de charme.

***

« Il y a longtemps que je l’ai compris, l’ignorance est plus dangereuse qu’une grenade dégoupillée. »

« Il faut dire que j’ai une vie nocturne très agitée depuis que je suis gosse, je promène ma grand-mère au volant d’un DB 5, j’arpente en caleçon la Vallée de la mort, je survole Teotihuacan à la brasse, je fume le cactus en Amazonie ou je me prélasse en Guyane dans des eaux couleur d’orage avec autour du cou une fille qui m’aime. Alors pourquoi un bon Samaritain ne ferait-il pas irruption dans mon sommeil, équipé d’un boulot, d’un logement et de tout le barda ? »

« Alors j’ai compris qu’il foutait le camp, le malheur, pour de bon, tout ce qui me collait aux basques depuis mes sept ans révolus, les saloperies, les trahisons, les abandons, et peut-être bien que c’était que provisoire, peut-être bien que d’autres batailles se pointeraient un jour ou l’autre, peut-être même qu’il y aurait encore quelques coups, quelques déceptions, tout ça n’avait plus vraiment d’importance : désormais j’étais bien plus fort dedans que dehors. »