Sarah Crossan – Inséparables ***

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Éditeur : Rageot – Date de parution : mai 2017 – 416 pages

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Tippi et Grâce sont deux sœurs siamoises de seize ans, unies par les hanches. Une seule paire de jambes pour deux corps. Depuis qu’elles sont nées, leurs parents se saignent pour payer les cours à domicile et les soins spécialisés. Mais l’argent vient à manquer peu à peu… Elles sont alors obligées de faire leur rentrée au lycée de Hornbeacon High pour la première fois. C’est à la fois excitant et terrifiant pour ces jeunes filles que le monde entier regarde avec fascination et répulsion. Elles y font la connaissance de deux adolescents en marge, Jasmeen et Jon, qui vont les prendre sous leur aile.

« Une histoire qui raconte ce que c’est d’être Deux. » 

Pendant huit mois, Grâce nous raconte, à la façon d’un journal intime, cette entrée au lycée. Elle nous raconte également leur quotidien familial – leur père alcoolique, qui boit pour survivre au chômage ; leur petite sœur Nicole, surnommée « Dragon » qui devient de plus en plus maigre pour satisfaire sa passion de danseuse étoile – et cette vie à deux dans un seul corps : comment se sentir unique lorsque l’on partage le même corps que sa sœur jumelle ? Comment tomber amoureuse dans ces conditions ? Avoir une intimité ?

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Les deux filles sont très différentes en terme de caractère et pourtant elles ne se considèrent pas autrement qu’en une seule et même personne. A leur entrée au lycée, Grâce et Tippi se font la promesse de ne jamais tomber amoureuses

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Un roman en vers, servi par une écriture épurée, d’une grande justesse et sans aucun pathos. Le ton est souvent impertinent et drôle malgré un thème assez complexe et rarement abordé en littérature jeunesse. Inséparables est le récit d’une relation unique et une belle réflexion sur la différence et l’acceptation de soi. Une lecture surprenante et émouvante, qui m’a secouée et que je ne suis pas prête d’oublier.

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Catherine Poulain – Le Grand marin ****

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Éditeur : Points – Date de parution : avril 2017 – 375 pages

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Cette femme qui part du jour au lendemain pour le bout du monde, l’Alaska. Elle désire ardemment embarquer sur un bateau de pêche ; elle embarquera sur le Rebel avec à bord tout un équipage d’hommes – leurs silences, leur barbarie soudaine lorsqu’ils pêchent, leur violence. La dureté des conditions de vie en mer. Lili, seule femme dans cet univers très masculin, demeure hantée par Manosque-les-Couteaux. Pourquoi cette fuite ? Pourquoi ce désir de partir aussi loin ?

« Peut-être aussi que je voulais aller me battre pour quelque chose de puissant et de beau, je continue en suivant des yeux l’oiseau. Risquer de perdre la vie mais aussi la trouver avant… Et puis je rêvais d’aller au bout du monde, trouver sa limite, là où ça s’arrête. »

Cette femme demeure profondément mystérieuse. Impulsive, farouche. Un caractère sauvage qui se reflète dans la façon d’écrire de Catherine Poulain et qui m’a séduite. Lili m’évoque par moments un Kerouac des mers, un Kerouac au féminin – dans ce désir d’embarquer à tout moment, d’être sans cesse en mer.

Les hommes et leur ivresse, leur sauvagerie ; leurs façons de repeindre la ville en rouge. Parmi ces hommes, il y a le lion des mers, le grand marin… cet homme rude aux yeux jaunes qui ne semble jamais sourire.

Wahou quel roman… Brute et sauvage. Sombre et lumineux. Des phrases courtes et affûtées comme des lames. De la poésie brute. Un roman sublime, dont l’atmosphère m’a parfois fait penser aux Déferlantes de Claudie Gallay.

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« La radio grésille, parfois quelques paroles deviennent audibles. Elles semblent naître de la nuit, messages d’autres vivants qui eux aussi parcourent le grand désert. Les cieux et la mer ne font qu’un. On avance dans la nuit. Les hommes dorment. je veille sur eux. »

« J’ai déchargé dix tonnes de poisson, je me suis battue au pic avec la glace de la cale, je me suis rebellée et j’ai fait le tour des bars, rencontré un trappeur triste. Mon skipper veut m’emmener pêcher à Hawaï et Jude au motel. Manosque-les-Couteaux m’attend toujours. C’est beaucoup pour une même journée. Les hommes sont repartis au bar. J’entends l’eau glisser sur le flanc du bateau. »

Luca Di Fulvio – Les Enfants de Venise ***

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : mai 2017 – 736 pages

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Avec Les Enfants de Venise, Luca Di Fulvio nous offre une belle fresque historique ; nous nous retrouvons plongé au cœur du XVIème siècle, en pleine Renaissance italienne. Nous sommes en 1515 – à cette époque, les Juifs sont considérés comme des suppôts de Satan, ils ont la réputation terrible d’apporter le malheur. Dans toute l’Italie, la loi les oblige à porter un bonnet jaune, ce qui leur permet d’être identifiés par les autorités.

Dans ce roman foisonnant de presque 800 pages, nous suivons un petit groupe de personnages saisissants et attachants, qui vont tous se retrouver dans la même ville, celle de Venise – interdite d’accès aux étrangers en temps de guerre…

***Il y a Isacco – médecin juif sans diplôme et ex-arnaqueur – et sa fille Giudetta, en quête d’une nouvelle vie qu’ils désirent possible à Venise ; sur leur chemin, ils rencontrent une troupe de soldats de retour de la bataille de Marignan.

*******Il y a Mercurio, Benedetta et Zolfo, ces enfants perdus, orphelins, voleurs, vivant dans les égouts de Rome et obligés de fuir à la suite d’une mauvaise rencontre.

***********Et il y a Shimon Baruch, ce juif épris de vengeance – blessé à la gorge par Mercurio et laissé pour mort – qui part sur leurs traces.

Ce roman m’a fasciné, de la première à la dernière page… On dévore à la fois une histoire d’amour entre deux enfants que tout sépare – l’un Chrétien, l’autre Juive, un roman historique et un roman d’aventure. Luca Di Fulvio dépeint à merveille cette époque de l’histoire italienne, son climat social, ses mœurs, ses excès – fanatisme, chasse aux sorcières, conflits entre Juifs et Chrétiens – mais aussi ses couleurs et ses odeurs…! Page après page, on s’y croit vraiment.

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture.

 

Anne-Laure Bondoux – Tant que nous sommes vivants ****

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Éditeur : Gallimard Jeunesse – Date de parution : 2014 – 297 pages

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« Tu crois qu’il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue ? »

L’ombre et la lumière, le bruit et le silence. L’un révèle l’autre… Bo et Hama se rencontrent à l’Usine où ils travaillent tous deux à la fabrication de machines de guerre. Hama travaille la nuit quand Bo travaille le jour. Bo se lève à l’aube quand Hama se lève au crépuscule. À la relève du matin, ils échangent leurs postes ; ils se tombent dans les bras puis tombent amoureux. Ils ne se retrouvent que le dimanche pour vivre pleinement leur amour. « Ils vivaient à l’envers l’un de l’autre, pendant que l’Usine fonctionnait sans interruption, avalant des tonnes de métal… »

Certaines nuits, le sommeil se fait désirer pour Bo qui se dirige alors vers Le Castor Blagueur, le cabaret de Titine-Grosses-Pattes où les spectacles et tours de magie s’enchaînent. Un matin, Bo n’entend pas son réveil. Un matin, l’Usine vole en éclats.

Dès les premières pages, j’ai su que je tenais une pépite entre mes mains… La langue poétique d’Anne-Laure Bondoux m’a tout de suite hypnotisée.

Quel talent de conteuse ! Sous sa plume, tout un monde prend vie : La Tsarine, le vieux Melkior et ses prédictions, le théâtre d’ombres, ces petits êtres au teint d’endive cuite portant des noms de nombres, qui vivent dans le Bas… L’écriture de Bondoux est soyeuse et poétique, en quelques mots nous basculons dans un monde unique. Un roman inoubliable sur l’amour et la perte.

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« Bo avait vu le jour dans une région sauvage, hérissée de forêts. Un pays d’herbes noires que le vent rabat sur la prairie. Où les fleuves servent de routes. Où les lacs suivent en tremblant la course des nuages. Une terre tatouée par les sabots des troupeaux, figée sous la glace de l’hiver et que chaque printemps éventre en milliers de ruisseaux. »

« Nous avions connu des siècles de grandeur, de fortune et de pouvoir. Des temps bénis où nous étions les maîtres de notre destin. Puis, sans que nous sachions pourquoi, tout cela nous avait échappé, et seule l’Usine était restée. »

« Vers quoi allions-nous ? Je n’en avais qu’une idée vague. Vers nous-mêmes, probablement, comme tous les voyageurs. (…) Devant nous s’étendait la steppe, inexplorée, sauvage. Mais nous étions deux enfants blessés et amoureux : rien ne pouvait nous résister. »

Chiara Moscardelli – Quand on s’y attend le moins ***

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Éditeur : Belfond – Date de parution : février 2017 – 336 pages

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Penelope approche dangereusement de la quarantaine et sa vie amoureuse est toujours aussi désertique. Un peu folle, ne se fiant qu’aux conseils de sa grand-mère Berta qui ne jure que par ses cartes de tarot, elle est également extrêmement maladroite – avec quelques rondeurs en trop et une mémoire exceptionnelle qui ne lui sert à rien. Après des études de lettres et de journalisme, Penelope se retrouve à travailler chez Pimpax, une entreprise de serviettes hygiéniques. De temps a autres, elle est également rédactrice de tests pour un magazine féminin.

Un soir, alors qu’elle est légèrement éméchée, Penelope renverse à vélo un homme au doux nom d’Alberto Ristori, et lui brise la jambe. Elle est convaincue que c’est l’autre moitié de sa pomme, l’homme de sa vie. Mais quand elle le voit débarquer à son travail, chargé de sauver l’entreprise de la faillite, elle croit défaillir : il se fait appeler Ricardo Galanti et semble ne pas la reconnaître… ou fait semblant ? Le mystère s’installe et Penelope se met à enquêter sur cet homme énigmatique duquel elle est malheureusement tombée amoureuse

En débutant cette lecture, j’avais peur de retrouver les clichés chers à ce genre littéraire… Je ne suis en effet absolument pas friande de cette littérature « romance » – et si je n’avais pas trouvé ce roman grâce à la chasse aux trésors de la St Valentin organisée par Belfond, je ne l’aurais certainement jamais lu. Et ça aurait été dommage car ce roman est un joli plaisir de lecture, sans prise de tête. J’ai eu le sourire aux lèvres du début à la fin.

Grâce à son humour et à son caractère farfelue, Penelope est une héroïne drôle et attachante, qui m’a fait penser à la Joséphine de Pénélope Bagieu – je me suis surprise à rire et sourire au fil des pages. Un roman italien parsemé de références littéraires et cinématographiques, bourré d’humour et d’énergie, qui se déroule  – et se dévore – à un rythme effréné.

Nicolas Antona & Nina Jacqmin – La Tristesse de l’éléphant ***

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Éditeur : Les Enfants rouges – Date de parution : janvier 2016 – 76 pages

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A l’orphelinat dans lequel il passe son enfance et son adolescence, Louis est sans cesse l’objet des moqueries de la part des autres… à cause de ses rondeurs, on l’appelle l’éléphant. Il rêve d’une famille aimante. Son seul réconfort il le puise en s’enfuyant tous les soirs à 19h pour aller voir le spectacle du cirque Marcos et savourer sa magie. Et spécialement le numéro de dresseuse d’éléphant avec la belle Clara, dont il tombe très vite amoureux… Aidé et couvert par le surveillant de l’orphelinat, Louis la rejoint tous les soirs. Lorsque le cirque part en tournée, Louis survit grâce à leur correspondance et aux romans que le surveillant lui recommande : Cyrano, Don Quichotte… Les années passent et leur amour perdure.

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La Tristesse de l’éléphant est un roman graphique sublime, qui m’a profondément touchée. Je ne m’attendais pas à ressentir une telle émotion à sa lecture. De la douceur des dessins il se dégage une force – je suis littéralement tombée amoureuse du trait de crayon. L’histoire de cet amour, de cette blessure, nous est contée dans un murmure – un vrai brise-cœur. Une lecture que je ne suis pas prête d’oublier et que je me laisse à portée de main, pour de certaines relectures.

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Sylvain Prudhomme – Les Grands **

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Éditeur : Folio – Date de parution : juillet 2016 – 249 pages

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Guinée-Bissau, 2012. Couto vient d’apprendre la mort de Dulce, la femme qu’il a aimée autrefois. Ensemble ils ont chanté au sein du groupe le Mama Djombo ; ils ont brillé sur scène il y a trente ans, le public les adulait. Alors que le climat politique est en train de changer et qu’un coup d’état se prépare dans l’ombre, Couto déambule dans la ville, au rythme des rencontres et des souvenirs fugaces qui refont surface.

Des mots en créole parsèment le texte, où les dialogues ne se distinguent pas du reste du texte, ils se fondent l’un dans l’autre, ce qui peut au début perturber le lecteur. Un roman à l’écriture déroutante, auquel je n’ai pas accroché, mais qui ne m’a pas pour autant déplu. J’ai aimé l’atmosphère et la fin très émouvante. Un texte dénué de pathos, où la douleur est présente, mais en demi-teinte, avec pudeur.

Je remercie les éditions Folio pour cette lecture que je n’aurai certainement pas faite de moi-même.

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« Couto les avait regardés. Pensant ces gosses sont la vie. La vie comme moi aussi j’ai été la vie autrefois, impétueuse,  impatiente, non lestée encore de regrets, trop pressée d’aller de l’avant pour se retourner et concevoir même qu’un jour elle ne détestera pas se retourner. »