Claudie Gallay – La Beauté des jours ***

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Éditeur : Actes Sud – Date de parution : août 2017 – 416 pages

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Jeanne est mariée à Rémy et mère de jumelles ; elle aime sa petite routine, tout ce qui fait son quotidien. Sa vie est réglée comme du papier à musique, la petite famille passe ses vacances toujours au même endroit, aux mêmes dates, à Dunkerque, tout en rêvant un jour de les passer en Grèce.

Cette vie rangée rassure Jeanne. Chaque journée s’égrène à la lueur de petits rituels – comme le mardi, journée où son mari rentre avec un macaron. Chaque soir, elle regarde passer le train de 18h01. Mais elle aime aussi l’imprévu et le hasard. Par exemple, elle aime suivre au hasard un inconnu dans la rue pendant quelques minutes. Deviner sa vie.

Un jour, la photo de Marina Abramovic qu’elle conservait dans un cadre se décroche du mur. Il ne subsiste désormais qu’un rectangle blanc de lumière. Marina Abramovic, c’est cette artiste serbe qui a dédié sa vie toute entière à l’art et qu’un professeur lui avait fait découvrir l’année du bac. Jeanne aime son rapport absolu à la vie ; elle l’admire.

A partir de cet instant, sa vie semble légèrement dévier de sa trajectoire. Sa meilleure amie Suzanne se fait quitter par son mec. Puis, un jour que Jeanne suit un inconnu dans la rue, il se trouve que c’est Martin Fayolle, son amour d’adolescence, avec qui il ne s’est jamais rien passé…

Un beau roman qui se délie lentement, qui interroge l’amour et le bonheur – les choix d’une vie et la trajectoire empruntée par chacun. « Faut emmagasiner. Toutes les choses belles. Quand on va mourir, c’est ça qui nous aidera à passer de l’autre côté. Les choses belles. On se souviendra d’elles. » 

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Jim & Mig – Un petit livre oublié sur un banc ****

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Éditeur : Grand Angle – Date de parution : mars 2014

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Camélia trouve un livre sur un banc. Intriguée, la jeune femme lit les premières lignes puis le rapporte chez elle. Si elle le trouve ennuyeux au début, elle finit par le dévorer. Elle le lit, puis le relit. Remarque des mots qui sont entourés en rouge et découvre que, mis bout à bout, ils forment une phrase… Commence alors une drôle de quête – enquête – pour la jeune femme, qui se saisit de ce prétexte pour s’extraire d’une vie de couple peu épanouissante et d’un quotidien qui ne l’excite plus, dans lequel elle a l’impression de s’enliser – en couple depuis douze ans, son mec passe sa vie sur les écrans – que ce soit la télévision, ou son téléphone dernier cri.

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Les deux tomes de ce roman graphique très addictif se dévorent à toute allure ! Le scénario nous tient en haleine, à la façon d’un savoureux polar. On découvre une histoire pétillante et intelligente, au suspense savamment travaillé et au charme fou.

Un vrai plaisir de lecture qui nous offre une réflexion sur le couple et l’amour mais aussi sur la lecture et la littérature et leur nécessité à l’ère du numérique et des écrans.

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Françoise Héritier – Le sel de la vie ***

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Éditeur : Odile Jacob – Date de parution : mai 2017 – 91 pages

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Un petit livre indispensable, sorte d’énumération de tout ce qui fait le sel d’une vie. Cette vie, c’est celle de l’auteure. Mais ce pourrait être la nôtre, aussi, parfois. Recueil de sensations, de souvenirs, palette d’émotions ressenties à différents âges de la vie.

« J’ai voulu traquer l’imperceptible force qui nous meut et qui nous définit. »

C’est à la suite d’une carte postale reçue par un ami de longue date – Monsieur Piette – que Françoise Héritier entreprend ce recensement, cette méditation introspective. Virgule après virgule, elle égrène les sensations, émotions et images, plaisirs et déplaisirs qui ont jalonné sa vie, et la jalonnent toujours. Elle pioche dans le passé et le présent ces petits riens. Il peut s’agir d’une brise qui vient caresser le visage comme d’une conversation animée avec une amie.

Ces mots font naître une petite musique entêtante et enivrante ; émouvante. Une flânerie poétique qui nous donne envie de nous plier au même exercice – de nous interroger sur ce qui fait le sel de notre propre vie.

 

Lucie Land – La débrouillardise ***

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Éditeur : Grasset – Date de parution : février 2018 – 342 pages

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La voix qui s’élève de ces pages appartient à Katarina, une jeune Rom de dix-sept ans. Virée de son lycée, elle passe ses journées à errer dans Paris. Chaque nuit, elle retrouve son père et ses musiciens de frères qui vivent dans un campement.

Katarina est une adolescente au cœur vagabond, elle aime battre le pavé, faire de nouvelles rencontres et dévorer des romans – elle en a toujours un dans son sac. Sa voix est magnétique, incisive. Le texte est rythmé par des phrases courtes, il épouse la cadence des pas de Katarina qui battent le pavé. Une adolescente qui ne tient pas en place, toujours en mouvement« Le mouvement est ma maison. »

Une adolescente déterminée en quête de liberté, qui ne s’embarrasse de rien, vit comme elle l’entend. Et ce regard qu’elle porte sur le monde et sur sa condition, à la fois candide et désabusé, m’a beaucoup plu. Certaines phrases sont des morceaux de poésie – elles m’émeuvent. « Longtemps mon dernier sursaut avant le sommeil était de donner une couleur à ma journée. »

La débrouillardise est un roman lumineux, qui nous fait voyager dans les rues de Paris, mais aussi celles de Marseille, où Katarina fera une rencontre décisive… C’est une voix qui résonnera longtemps en moi, une fois la dernière page tournée, et qui va me manquer.

Guillaume Para – Ta vie ou la mienne ***

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Éditeur : Anne Carrière – Date de parution : février 2018 – 250 pages

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Hamed et Léa sont les deux personnages phares de ce roman. Deux adolescents qui n’auraient jamais dû se croiser ; ils ne sont pas issus du même milieu social, n’ont pas les mêmes origines, ont vécu deux enfances radicalement différentes. Et pourtant…

….Hamed a passé son enfance à Sevran. Orphelin à treize ans, il part vivre chez son oncle et sa tante à Saint-Cloud, une commune assez bourgeoise qui le change complètement d’univers. Grâce aux entraînements de foot, il retrouve le sourire, laisse de côté l’obscurité de son passé. Il y rencontre François, le petit gros qui se laisse toujours taper dessus. François qui devient son meilleur ami et dont sa famille, les Villeneuve, vont se prendre d’affection pour Hamed.

……..Léa est née dans le 16ème, elle habite la partie la plus bourgeoise de Saint-Cloud, dans une belle demeure dans le Parc de Montretout qui surplombe la ville. Elle se rend dans une école privée catholique. Elle a tout pour être heureuse, son enfance est des plus épanouies. Mais à l’âge de treize ans, elle sombre brusquement dans une sorte de dépression, sans que ses parents comprennent pourquoi ni comment.

Les deux adolescents vont se retrouver quelques années plus tard dans le même lycée. Ils sont trop différents, et pourtant ne peuvent s’empêcher de se sentir aimanté l’un vers l’autre. Ils restent d’abord à distance, puis ils finissent par céder. Jusqu’à la nuit du drame.

Guillaume Para nous offre un premier roman dur et âpre, profondément touchant, porté par une écriture ciselée et incisive, qui m’a captivée dès les premières pages.

Ari Folman & David Polonsky – Le Journal d’Anne Frank ****

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Éditeur : Calmann Levy – Date de parution : octobre 2017 – 162 pages

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Ce roman graphique est une adaptation du Journal d’Anne Frank de grande qualité. Quelques libertés sont prises dans la transformation du texte en image ; des morceaux entiers du journal sont retranscrits aux côtés de bulles de bande dessinée.

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Si j’ai lu le journal quand j’étais au collège – j’avais l’âge d’Anne Frank – je me suis rendue compte au cours de ma lecture de la BD que j’avais oublié des passages entiers… J’ai également pris conscience de la force et de la poésie qui se dégagent des mots et des réflexions d’Anne. Pour son âge, la jeune fille fait preuve d’une étonnante maturité et d’une incroyable lucidité sur sa condition.

Les dessins m’ont tout de suite plu, ils retranscrivent tellement bien l’humour et l’émotion dont fait preuve l’adolescente, nous offrant une belle mise en lumière du tempérament d’Anne – cet âge adolescent où l’on se sent en rébellion contre le monde entier. Ces envies d’être ailleurs, et cette rage envers les autres, la vie. Et pourtant, Anne doit attendre que le monde extérieur retrouve la raison, se taire toute la journée et rester cloîtrée dans l’Annexe, tout en cohabitant avec des inconnus.

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C’est un très bel hommage au texte original grâce auquel je redécouvre une Anne Frank féministe, révoltée contre l’injustice, en quête d’indépendance & d’émancipation, qui n’a pas sa langue dans sa poche. Un roman graphique sublime, qui a su m’émouvoir tout autant que me faire rire.

 ❤ ❤ ❤

Eric Pessan – Dans la forêt de Hokkaido ***

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Éditeur : l’école des loisirs – Date de parution : août 2017 – 132 pages

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Quand elle s’endort, Julie se retrouve dans la peau d’un petit garçon perdu dans une forêt sur l’île d’Hokkaido, au Japon. À 10000 km de chez elle. A son réveil, des mots en japonais lui viennent naturellement en tête alors qu’elle n’a jamais appris cette langue.

Et si ce n’était pas qu’un simple rêve ? Quel lien existe-t-il entre ces deux êtres ?

Julie est une adolescente de quinze ans, à l’existence à peu près banale, si ce n’est qu’elle a quelques dons : elle parvient à retrouver les objets perdus et à deviner les notes de ses contrôles à l’avance.

Le je de Julie devient le il du petit garçon perdu en pleine forêt, puis ils fusionnent pour donner le nous – deux êtres dans un même corps. De façon très habile, le texte bascule de la réalité au rêve, d’un monde à l’autre, de la chambre de l’adolescente à la forêt japonaise… « Nous sommes un pauvre garçon famélique et sans force qui vient de voir un ours. »

Un court roman poétique qui mêle réel et surnaturel de façon hypnotique, nous entraînant dans une quête singulière. La forêt, lieu fantasmagorique, cristallisation de toutes les peurs, semble être un personnage privilégié de l’univers d’Eric Pessan, découvert avec son recueil de textes sur la chasse La Hante.