Gilles Marchand – Un funambule sur le sable ****

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Éditeur : Aux forges de Vulcain – Date de parution : 2017 – 354 pages

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Stradi est né avec un violon coincé dans le cerveau. Cette étrange anomalie ne se voit pas de l’extérieur, Stradi pourrait être un petit garçon comme les autres. Mais il ne peut ni courir, ni aller à l’école, ni sauter… Car l’on ne sait comment réagirait le violon dans sa tête. Alors à la place, l’enfant lit. Il dévore des livres. La lecture devient un de ses besoins les plus fondamentaux.

Quand Stradi rêve ou cauchemarde, son violon s’anime et joue de la musique. Quand son esprit vagabonde, son violon joue aussi de la musique. L’instrument qui fait partie de lui joue au gré des humeurs et des émotions qui le traversent… Il lui permet également de communiquer avec les oiseaux.

À l’école primaire à laquelle il finit par être accepté, Stradi se lie d’amitié avec Max, un garçon qui boite. Tous deux différents, tous deux marginaux, à cause d’une jambe ou d’un violon mal placé, les deux garçons ne se quitteront plus. Un jour, il rencontre Lélie, l’amour de sa vie.

Son amour pour Lélie, son amitié avec Max, la lecture, les oiseaux… autant de choses qui l’aident à s’accepter comme il est, à oublier plus ou moins la douleur avec qui il a rendez-vous pendant des années chaque 25 du mois – une piqûre dans l’oreille nécessaire pour l’entretien des cordes de son violon.

Un roman initiatique décalé, poétique, absurde – drôle et triste à la fois – qui m’a complètement charmée. Des personnages un peu fous – mais qui peut vraiment affirmer qu’il est sain d’esprit ? – mais si attachants. Les mots de Gilles Marchand sont un délice, ils se lisent et se relisent, se savourent… Je referme ce roman absolument conquise. ❤

 

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Julien Cabocel – Bazaar ***

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Éditeur : L’Iconoclaste – Date de parution : 29 août 2018 – 198 pages

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Ce roman au curieux titre m’intriguait énormément. Derrière celui-ci se cache la fuite en avant de Dominique Chevalier. Un homme – publicitaire de métier – qui se réveille un jour avec l’envie de tout plaquer. En réaction à la vacuité de son existence, de son métier notamment. Il jette par dessus l’épaule son gps, glisse son trousseau de clés dans sa boîte aux lettres et fait le plein d’essence.

Au départ, il pensait juste rouler vers le sud jusqu’à assécher complètement son réservoir. C’est le moteur qui finit par lâcher, au bord d’une falaise. Dominique se met alors à marcher sous un soleil de plomb. A la tombée de la nuit, il arrive dans un drôle d’endroit ; une espèce de station-service, dont l’enseigne lumineuse BAZAAR clignote dans la nuit.

Dans ce Bazaar il fait la connaissance de drôles de personnages, qui semblent tout droit sortis d’un rêve un peu fou. Il y a Stella, une ancienne amante, Théo et son troupeau de bêtes inventées de toutes pièces… Gene qui l’initie aux joies aériennes du planeur sur la steppe ensauvagée – images qui me rappellent Arizona Dream. Dan qui lui parle d’étoiles. Et ce vieil homme énigmatique qui lui parle de désir et qui prend des photos de tout pour avoir « des preuves que les choses ont existé, que je les ai vécues (…) Parce que sinon, merde, comment être sûr que tu existes vraiment, hein? » Il lui raconte aussi son amour fou pour Ilda. Ce lieu perdu au milieu du causse semble abriter tous les possibles, héberger toutes les vies qu’il aurait pu avoir.

L’écriture de Julien Cabocel est un vrai plaisir : elle fourmille d’humour et de poésie, elle est imagée et fraîchement inventive. « Le soleil [s’emmêle] les rayons sur la dentelle des arbres », « le bois de l’escalier a craqué comme une étreinte ». Il se dégage de ce roman une atmosphère onirique qui m’a complètement charmée. Et si la fin résonne de façon un peu trop clichée à mon goût, cela ne gâche en rien le plaisir que j’ai ressenti à déguster cet étonnant roman.

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« La nuit se tenait là tout entière. Elle a filé à mon passage et s’est mise à courir sur le causse. »

Mathias Malzieu – Journal d’un vampire en pyjama ***

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Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : 2017 – 324 pages

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Mathias Malzieu commence à tenir son journal lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une maladie rare : sa moelle osseuse s’est liguée contre lui. Il est son propre ennemi. Chaque jour, il est obligé de se faire transfuser, en attendant une greffe de moelle osseuse, à laquelle il n’est même pas sûr de survivre… Comme il a besoin de sa dose de sang tous les jours, il devient un vampire – en pyjama, c’est plus sexy. Il fait la connaissance de Dame Oclés qui surgit un soir dans sa baignoire, les lèvres ourlées de rouge sang et l’épée pointée vers lui. Heureusement, il garde le sens de l’humour et de la poésie et les vers de Walt Whitman lui tiennent compagnie dans ses heures les plus sombres.

Sans jamais se départir de son sens de l’autodérision, Mathias Malzieu nous raconte son combat contre la maladie dans un style métaphorique et sensible – l »artiste se réfugie dans les mots et l’écriture. Un journal poétique, drôle et touchant, empreint d’une curieuse douceur alors que le sujet devrait pourtant nous plomber le moral.
Le récit de sa survie est suivi de son carnet de board – ou comment réaliser son rêve de voyager en skate board électrique à travers l’Islande.

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« Puisque je suis prisonnier de mon propre corps, je dois plus que jamais apprendre à m’évader par la pensée. Organiser ma résistance en mobilisant les ressources de l’imagination. »

« J’ai la rage de créer. Mettre à distance la réalité pour mieux l’affronter m’est aussi vital que les transfusions de sang. »

Anne Brouillard – La Grande Forêt. Le Pays des Chintiens ****

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : 2016

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Au Pays du Lac Tranquille, alors qu’il pleut des trombes et que l’été est déjà bien entamé, Vari Tchésou n’est toujours pas là. Ses amis Killiok et Veronica sont inquiets – d’autant plus qu’une série de mystères semble avoir pris possession du Pays. Qui sont ces inconnus qui rôdent dans le parc du Laboratoire ? Et cette roulotte qui stationne sur la Colline aux Herbes sèches, en plein cœur de la Grande Forêt ? Le chien noir et la fillette décident de partir à la recherche de leur ami, direction la Grande Forêt où les arbres ont des yeux et les buissons murmurent. Dépassant la Montagne aux Fourmis, ils s’enfoncent dans les vallées marécageuses, sac au dos.

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Page après page, un univers à part entière se déploie sous nos yeux et l’on se laisse gagner par l’enchantement qui émane des images et des mots. On y croise des animaux qui parlent et vivent comme des humains, des Bébés Mousse qui provoquent des pluies sur leur passage, des hommes qui s’envolent en fouettant l’air avec un batteur à crème fraîche, créant de petits nuages crémeux sur leur passage…

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Dès les premières pages j’ai eu le sentiment de détenir un petit bijou entre les mains : à la fois album et roman graphique, les bulles de BD se mêlent au texte. Les dessins, empreints de poésie et d’onirisme, sont une véritable invitation au voyage. Un très joli conte qui m’a complètement séduite !

Coup de ❤ !

 

Eric Pessan & Patricia Cartereau – La Hante ***

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Éditeur : L’Atelier contemporain – Date de parution : 2015 – 145 pages

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La Hante est un recueil de textes sur le thème la chasse et l’imaginaire qui se déploie dans son sillage, les fantasmes qui lui sont associés – cette magie du sauvage. Eric Pessan puise son inspiration dans les récits mythologiques, Ovide, les contes et légendes et traduit à merveille l’univers bestial, la forêt, ses mystères et sa sauvagerie.

La forêt nous apparaît d’ailleurs comme un personnage à part entière. L’instant d’avant enchanteresse, l’instant suivant dangereuse. Elle demeure insaisissable.

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Dans ces récits, on croise un homme qui se réveille dans la peau d’un gibier – « Tu t’es endormi homme, tu t’es réveillé gibier. » – un autre qui craque en pleine forêt. Il y a ceux qui se perdent dans cette forêt devenue comme « une langue étrangère » ou « une longue phrase qu’ils ne savent pas lire. » Et cette enfance qui transgresse les règles ; car la chasse c’est ce domaine réservé aux adultes, qui intrigue les enfants et les pousse à la transgression.

L’auteur explore le point de vue humain, mais aussi animal ; nous nous retrouvons ainsi dans la peau et la tête d’un sanglier ; sentant son cœur battre, le sang pulser dans ses veines.

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Un recueil de textes plus ou moins brefs servis par une plume à la fois poétique et sensuelle où le sauvage et la liberté l’emportent toujours. Les illustrations à l’encre de Patricia Cartereau viennent épouser et sublimer les mots d’Eric Pessan. Dégageant quelque chose de magnétique, elles suggèrent la métamorphose et donnent naissance au surnaturel.

Lu dans le cadre d’une masse critique Babelio.

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Jean-Baptiste Andrea – Ma Reine ****

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Éditeur : L’Iconoclaste – Date de parution : août 2017 – 221 pages

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L’été 1965 s’installe dans la Vallée de l’Asse, en Provence. Shell a douze ans et des parents rabat-joie qui tiennent la station service du coin. Shell n’est pas un enfant comme les autres ; solitaire et retardé, il ne va plus à l’école. Le médecin dit que son cerveau a cessé de grandir. Shell sait juste qu’il a beaucoup de larmes, que le temps qui passe est incompréhensible et que les lettres se mettent à danser devant ses yeux lorsqu’il tente de lire.

Un jour, il décide de partir à la guerre, pour prouver à tous qu’il est un homme, un vrai. Il se retrouve sur le plateau qui surplombe la Vallée et nulle guerre à l’horizon. Seulement une fille – Viviane – aux yeux plein de colère et aux mèches blondes ensauvagées. Viviane devient sa Reine ; pour la garder auprès de lui, Shell est prêt à toutes les folies qu’elle lui propose. Par le jeu et les mots de sa Reine, la réalité se métamorphose, l’impossible devient possible, le merveilleux remplace un réel souvent cruel et décevant.

Un conte aux éclats d’enfance, dont la langue poétique et lancinante m’a émue aux larmes. Je me suis attachée à Shell – simple d’esprit et grand sensible – et à Viviane, cette enfant brisée. Pour reprendre les mots de la quatrième de couverture, ce livre est « une ode à la liberté, à l’imaginaire et à la différence ».

Un roman puissant que je ne suis pas prête d’oublier – ❤

De nombreux billets sur la blogosphère, dont ceux de Lilylit & Fanny.

La page Facebook du roman.

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« Mais j’avais une reine, je savais déjà que je ferais tout pour elle, pas parce que j’avais juré mais parce que j’en avais envie, et j’ai pensé que c’était peut-être ça, être un héros : faire des choses qu’on n’est pas obligé de faire. »

« J’ai allumé assez de bougies pour chasser la nuit du plateau entier. J’avais mille ans, j’étais vieux comme les pierres et les petites flammes brillaient partout, il n’y avait pas assez de place dans l’univers pour les faire tenir. Je les ai toutes soufflées et la nuit est revenue. »

Anne-Laure Bondoux – Tant que nous sommes vivants ****

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Éditeur : Gallimard Jeunesse – Date de parution : 2014 – 297 pages

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« Tu crois qu’il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue ? »

L’ombre et la lumière, le bruit et le silence. L’un révèle l’autre… Bo et Hama se rencontrent à l’Usine où ils travaillent tous deux à la fabrication de machines de guerre. Hama travaille la nuit quand Bo travaille le jour. Bo se lève à l’aube quand Hama se lève au crépuscule. À la relève du matin, ils échangent leurs postes ; ils se tombent dans les bras puis tombent amoureux. Ils ne se retrouvent que le dimanche pour vivre pleinement leur amour. « Ils vivaient à l’envers l’un de l’autre, pendant que l’Usine fonctionnait sans interruption, avalant des tonnes de métal… »

Certaines nuits, le sommeil se fait désirer pour Bo qui se dirige alors vers Le Castor Blagueur, le cabaret de Titine-Grosses-Pattes où les spectacles et tours de magie s’enchaînent. Un matin, Bo n’entend pas son réveil. Un matin, l’Usine vole en éclats.

Dès les premières pages, j’ai su que je tenais une pépite entre mes mains… La langue poétique d’Anne-Laure Bondoux m’a tout de suite hypnotisée.

Quel talent de conteuse ! Sous sa plume, tout un monde prend vie : La Tsarine, le vieux Melkior et ses prédictions, le théâtre d’ombres, ces petits êtres au teint d’endive cuite portant des noms de nombres, qui vivent dans le Bas… L’écriture de Bondoux est soyeuse et poétique, en quelques mots nous basculons dans un monde unique. Un roman inoubliable sur l’amour et la perte.

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« Bo avait vu le jour dans une région sauvage, hérissée de forêts. Un pays d’herbes noires que le vent rabat sur la prairie. Où les fleuves servent de routes. Où les lacs suivent en tremblant la course des nuages. Une terre tatouée par les sabots des troupeaux, figée sous la glace de l’hiver et que chaque printemps éventre en milliers de ruisseaux. »

« Nous avions connu des siècles de grandeur, de fortune et de pouvoir. Des temps bénis où nous étions les maîtres de notre destin. Puis, sans que nous sachions pourquoi, tout cela nous avait échappé, et seule l’Usine était restée. »

« Vers quoi allions-nous ? Je n’en avais qu’une idée vague. Vers nous-mêmes, probablement, comme tous les voyageurs. (…) Devant nous s’étendait la steppe, inexplorée, sauvage. Mais nous étions deux enfants blessés et amoureux : rien ne pouvait nous résister. »