Raphaële Moussafir – Du vent dans mes mollets ****

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Éditeur : Intervista – Date de parution : 2006 – 111 pages

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Rachel est une petite fille de neuf ans qui dort toute habillée avec son cartable sur le dos et ses affaires de gym. Alors sa mère l’envoie chez une psychologue, Mme Trebla, pour en parler et savoir pourquoi elle fait ça. Chaque chapitre est une nouvelle séance avec Mme Trebla. Rachel y raconte son quotidien : Hortense sa meilleure amie un peu peste, avec laquelle elle discute politique et rigole en appelant au téléphone Madame Courtecuisses ; sa mémé qui dort dans sa chambre ; sa maman qui pleure pour un rien et a tout le temps peur pour elle.

On découvre une voix d’enfant singulière au caractère bien trempé, une voix très mature pour son âge. Rachel n’a pas sa langue dans sa poche, elle a énormément de répartie. Les séances chez Mme Trebla s’égrènent les unes après les autres et on en apprend davantage sur cette enfant follement attachante et drôle.

Ce court roman m’a fait glousser tout comme il a fini par m’émouvoir et me faire monter les larmes aux yeux… A la fois léger et dur, drôle et touchant, il distille une grande justesse à travers la voix de Rachel en abordant un sujet difficile comme la mort. Une voix d’enfant qui m’a marquée et que je ne suis pas prête d’oublier… Un roman que je recommande à tous, adolescents comme adultes.

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« J’ai remarqué que quand on est triste ou qu’il y a une mauvaise nouvelle, la vie autour ne change pas. Comme le jour où mamie est morte, j’étais dehors, il y avait du vent, et quand on m’a dit que mamie était morte, il a quand même continué à y avoir du vent dans mes mollets. Quand on est triste, les objets ne sont pas tristes, ils font comme si de rien n’était, et ça, ça me rend encore plus triste.

Timothée de Fombelle – Le Livre de Perle ***

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Éditeur : Gallimard Jeunesse – Date de parution : janvier 2017 – 324 pages

1936. Un soir d’orage, sous une pluie diluvienne, un adolescent aux yeux gris, ne parlant pas français, débarque dans notre monde, venant d’on ne sait où. Il apparaît comme comme tombé du ciel, juste en face de la Maison Perle,  une boutique de guimauves. Il est recueilli par Jacques Perle et sa femme. Ces deux parents sont émus car ce garçon semble avoir le même âge que leur fils mort il y a quelques années… Il prendra alors le nom de Joshua Perle. Timothée de Fombelle nous livre, encore une fois, une histoire incroyable. Une histoire qui traverse les âges et les mondes, entre réel et imaginaire – on y apprendra qui est vraiment Joshua Perle ; on y découvrira également l’amour fou qui lie Ilian à Olia.

Chez Timothée de Fombelle, les fées existent, les chagrins sont vivants & les maisons sont remplies de valises… C’est toujours un plaisir de glisser dans les mots de cet auteur, son univers. L’imaginaire se déploie sous nos yeux de façon fabuleuse et s’invite dans la réalité à pas de velours. Une belle ode à l’imagination et aux contes de fées, à la fiction essentielle à toute vie. Un roman délicieux.

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« Je découvrais, cachée derrière le choc du premier amour, une autre balle à fragmentation qu’on appelle chagrin d’amour. C’est un fusil à deux coups qui ne pardonne pas. »

« Elle aussi découvrait ce secret interdit aux fées, l’amour, cette force qui fait vivre. C’est-à-dire qui fait naître et qui fait mourir. »

« Mais les grands secrets qu’on ne partage pas finissent par s’effacer un peu. On ne reconnaît plus les formes sur le papier glacé. Ces secrets se mélangent aux rêves. Et quand on les réveille, ils nous rappellent seulement notre solitude. »

Alice de Poncheville – Nous, les enfants sauvages ***

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Éditeur : L’Ecole des loisirs – Date de parution : 2015 – 416 pages

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Linka, sa petite sœur Oska et leur ami Milo vivent dans un orphelinat. Il y a vingt ans, un virus a touché le monde animal et les humains ont décidé d’éradiquer la moindre présence animale. Dans cette 16ème Maison des Enfants dirigée d’une main de fer par une directrice qui a des yeux partout et tient en horreur l’imagination, le quotidien des enfants est très encadré, ils n’ont que peu de marge de liberté. Linka a des envies d’évasion ; un jour qu’elle se balade sans permission, elle tombe sur un drôle d’animal qui l’intrigue… Elle ne peut s’empêcher de l’embarquer dans son cartable.

Aux côtés de cet animal qu’elle nomme Vive, et qui déploie ses ailes… tel un poisson des airs, avec un étrange sourire, Linka se sent étrangement plus forte, comme si Vive pouvait la réconforter, la comprendre instinctivement. Quelques jours plus tard, les enfants tombent sur un curieux personnages, l’énigmatique Docteur Fury, un vagabond qui prétend que Vive lui appartient.

Pour la fête des Échanges et des Dons, qui a lieu à Noël, les orphelins sont dispatchés dans des familles d’accueil. Linka se retrouve séparée de sa petite sœur. Elle va passer quelques jours dans un grand manoir avec Jonas Roumik, un vieux monsieur qui va lui apprendre bien des choses…

J’ai tout de suite aimé l’atmosphère de ce roman, entre légèreté et mystère diffus… Dans ce monde sans animaux, on s’attend à trouver du merveilleux à chaque coin de forêt. Une belle lecture jeunesse, une véritable ode à l’animalité et à l’imagination, qui mêle habilement fantastique et science-fiction… avec poésie.

Je vous invite à découvrir le billet tentateur de Bob et Jean-Michel

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« Sans imagination, nous ne pourrions pas avancer car nous serions incapables de nous projeter dans l’avenir. »

« Les voir en vie, ces oies, mais si fragiles, tellement à la merci des humains…C’était comme un coup de poignard. C’est très fort de voir une autre forme de vie que la nôtre. C’est un grand mystère. »

« Au-dessus des immeubles, la lune prodiguait sa lumière. Elle saupoudrait ses rayons sur toute chose, les unifiant sous le même voile. Elle régnait, métamorphosant les voitures en animaux assoupis, les toits des immeubles en lacs miroitants. L’animé et l’inanimé se confondaient dans les yeux ensommeillés de Linka. La clarté lunaire s’imprimait en elle. Linka se sentit à la fois vivante et morte, d’une vie très calme et d’une mort très active. »

Malorie Blackman – Entre chiens et loups ***

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Éditeur : Milan – Date de parution : 2005 – 396 pages

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Imaginez un monde à l’envers du nôtre : où les blancs seraient rejetés, traités comme moins que rien. Où les noirs les traiteraient avec dédain et supériorité. Dans ce monde, il y a les Nihils d’un côté et les Primas de l’autre. Les Nihils sont appelés de façon moqueuse les Néants… Et dans ce monde, nous faisons la connaissance de Sephy et Callum, unis par une indéfectible amitié ; ils se connaissent et jouent ensemble depuis leur plus tendre enfance. Mais l’une est Prima et l’autre Nihil… « Pourquoi la différence effrayait-elle autant? »

Le récit fait alterner les voix et les pensées des deux adolescents. Le début de ce roman m’a rappelé Sweet Sixteen de Annelise Heurtier… En effet, quatre Nihils sont acceptés pour intégrer le collège de Sephy. Mais l’intégration au collège ne se fera pas sans heurts, sans manifestations violentes et l’amitié des deux adolescents va être mise à l’épreuve et tourmentée.

Un roman que j’ai refermé un peu ahurie, sonnée. Une lecture puissante, qui donne matière à réfléchir… Malorie Blackman dépeint avec force et talent cette société devenue folle – qui pourrait dangereusement ressembler à la nôtre – , où le racisme et l’intolérance sont poussés à l’extrême. En l’espace de quelques 400 pages, la romancière parvient à nous émouvoir et nous révolter, avec ce roman jeunesse très intelligent et sensible, qui sonne comme un électrochoc.

 

Sophie Adriansen – Les Grandes jambes ***

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Éditeur : Slalom – Date de parution : juin 2016 – 112 pages

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Marion est une adolescente de douze ans comme les autres, à quelques centimètres près : ses jambes ont poussé trop vite, ce qui la complexe énormément. Impossible pour elle de trouver un jean qui soit à sa taille et qui ne laisse pas voir ses chaussettes… Elle est amoureuse de peinture et d’art et, accessoirement, de Gregory, mais sans pantalon à sa taille, rien n’est envisageable !

Dans le cadre de l’étude de la peinture flamande, la jeune fille va faire un voyage scolaire de trois jours à Amsterdam afin de visiter le musée des Beaux-Arts, la maison d’Anne Frank, faire de longues balades le long des canaux. Pour préparer ce voyage, Marion travaille sur un tableau de Rembrandt : La ronde de nuit.

Ce voyage va lui permettre de grandir intérieurement, lui faire prendre du recul, voir les choses sous un autre angle et les reconsidérer, en s’identifiant par exemple à Anne Frank. Découvrir cette ville différente va avoir pour effet de la bouleverser complètement, émotionnellement et intellectuellement. J’ai particulièrement aimé la scène où l’adolescente plonge littéralement dans le tableau en l’observant, comme si La ronde de nuit se mettait à vivre soudainement grâce aux mots.

Un joli roman, plein d’intelligence, de fraîcheur, une vraie parenthèse sensible et artistique que j’ai pris plaisir à lire. C’est une lecture différente et originale, qui se démarque dans le panorama de la littérature jeunesse. Ce rapport à l’art m’a plu ; le fait que l’on puisse avoir le tableau de Rembrandt sous les yeux, y revenir au cours de notre lecture. On commence et on termine ce roman avec le sourire et le cœur léger.

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« A partir du moment où des gens de notre âge sont morts sans le vouloir, on n’a pas le droit de ne vivre qu’à moitié. » – Tout ses espoirs sont nos possibilités.

« L’art n’est pas la vraie vie, d’accord ; mais contrairement à ce que je croyais, l’art peut changer le présent. »

Tom Kelly – Moi et Finn ***

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Éditeur : Alice éditions – Date de parution : 2009 – 361 pages

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Tout commence le jour où Danny lance une brique à trois trous dans la fenêtre du vieux Grundy, son voisin. Ce qui a pour effet d’écrabouiller sa loutre empaillée. Danny s’enfuit, le ventre vide, ils déambulent dans les rues, prend un bus. Toutes ses pensées sont tournées vers Finn, vers son absence béante.

Un roman à la première personne du singulier ; nous sommes dans la tête de cet enfant, nous (re)découvrons le monde à travers ses yeux et à travers son imagination. Tout au long de sa fugue, Danny va faire de drôles de rencontres : Carki et Louie le caniche bleu miniature, Mme E.T. et Tom Pouce, le garçon à tête de cuillère & Nulty, l’homme ravagé par la perte de sa famille.

Au fil de sa cavale, Danny laisse les souvenirs affluer. Et au fil de ma lecture, je me suis beaucoup attachée à ce petit garçon, il m’a attendrie. Ce petit garçon qui aime dresser des listes sur tout, réfléchir sur le monde et le sens de la vie. Il se pose énormément de questions, et derrière la naïveté de ses propos se cache la vérité dans toute sa pureté.

Un roman à la fois drôle et émouvant, très touchant, écrit simplement, avec des mots d’enfants, qui évoque de façon terriblement juste la perte d’une personne aimée et les façons d’y survivre.

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« Maintenant que j’y pense, je crois savoir pourquoi les gens s’agitent partout tout le temps. C’est pour échapper à leur trouille diffuse. Ils fuient pour faire comme si elle n’était pas là, comme si elle ne leur courait pas après. Ça commence le jour où on se rend compte que personne n’est éternel. »

Annelise Heurtier – Sweet Sixteen **

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Éditeur : Casterman – Date de parution : 2013 – 217 pages

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Ce roman jeunesse s’inspire de faits réels. En 1954, la Cour suprême des États Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques grâce à l’arrêt « Brown versus Board of Education » qui remet en cause une règle vieille de plus de 80 ans… En 1957, neuf adolescents noirs sont sélectionnés pour intégrer le prestigieux lycée central de l’Arkansas.

En cette rentrée scolaire 1957, nous suivons la jeune Molly, une des jeunes noires qui fait son entrée au lycée. Le texte alterne en fait deux points de vue différents : celui de Grace, une jeune blanche d’origine bourgeoise et aisée, et Molly.

Dans un climat terriblement raciste, l’intégration au lycée se révèle traumatisante à plus d’un titre et la violence est incroyable. Dire que tout cela a existé dans les années 50 fait froid dans le dos et donne la nausée… Un roman qui me semble indispensable pour garder cette conscience de l’humanité déshumanisée à ce moment de l’Histoire.

Une lecture que j’ai aimée, mais qui comporte quelques défauts, peut-être un format trop court, trop d’ellipses pour cette année scolaire. J’ai eu aussi un peu de mal à m’attacher aux deux personnages féminins. Même si j’ai été touchée et choquée, voire même très émue à la fin, j’ai eu du mal à m’identifier à ces jeunes filles.

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« Elle avait fait face à une violence ahurissante, on lui avait volé son innocence et ses seize ans. Plus rien ne serait jamais comme avant. »