Cassandre Lambert – L’Antidote mortel ***

Didier Jeunesse – 2021 – 544 pages

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L’Antidote mortel est un roman choral dense, où 3 personnages prennent la parole à tour de rôle au fil des chapitres.

Whisper, une princesse qui aura bientôt 18 ans et que personne n’est autorisé à voir. Enfermée au château, elle ne voit que son père le tyran – et son obsession morbide de la cacher aux yeux du monde – et sa gouvernante qui lui apprend à se comporter comme une princesse. Sa mère est mourante… Depuis le jour de sa naissance. Lorsque son père lui annonce qu’il compte la marier de force le jour de ses 18 ans, Whisper s’enfuit.

Eden, une orpheline hantée par son passé et qui ne vit que pour accomplir sa vengeance

Jadis, un jeune paysan au physique singulier qui a un don incroyable… Il parvient à s’attirer la sympathie des animaux, à entrer en communion/communication avec eux. Sa tante lui confie une fiole mystérieuse qu’il est censé apporter en personne à la reine pour la guérir de ses maux…

Ces 3 personnages partent en quête de quelque chose, ils quittent la vie qu’ils ont toujours connu. Et ils ont chacun un secret

Un roman décapant, au rythme intense – un roman d’aventure et d’initiation qui se dévore. Les personnages sont attachants ; l’écriture est fluide et l’intrigue rondement menée. La lecture devient vite addictive ! Merci à Mes première 68 de m’avoir fait découvrir cette jolie pépite qui flirte avec le surnaturel, je serais sinon passée à côté.

Élodie Chan – Et dans nos coeurs, un incendie ****

Editions Sarbacane – 2021 – 244 pages

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Isadora est nouvelle au lycée. Depuis la mort de son père, sa mère ne tient pas en place, les obligeant à déménager fréquemment. Elle change également souvent de mec. Quant à Tristan, grand solitaire et lecteur des Fleurs du mal, « son cœur porte un scaphandre, ses tympans sont des parois étanches ». Les autres se moquent de lui à longueur de jours.

Les deux adolescents se rencontrent dans les toilettes des garçons du lycée. Isadora est en train de fumer, à deux doigts de foutre le feu aux toilettes ; Tristan tente de se pendre avec la collection de cravates de son père. Et puis, leurs regards se croisent. Le feu s’éteint, les ciseaux d’Isadora sectionnent la corde.

Et dans nos cœurs, un incendie est un roman qui sort de l’ordinaire. Sa composition farfelue interpelle, agace ou séduit : hashtag, bulles de sms, jeux avec la typographie. L’écriture est joueuse, poétique ; les mots dérapent façon Apollinaire. La vie s’immisce dans les mots qui prennent vie, se mettent en scène.

Ce roman est un concentré d’émotions. De fureur – fureur de vivre. C’est l’adolescence et les premières fois. Le soulèvent du cœur. Les envies d’en finir alors que tout commence. Une lecture sensuelle et musicale – la playlist m’a beaucoup plu. Les cinq sens sont convoqués pour brosser le portrait de ces deux adolescents que tout semble opposer et qui pourtant s’attirent.

J’ai aimé Tristan, un personnage à la Martin Page, qui passe son temps libre à lire Baudelaire et à penser à comment se foutre en l’air. Avaler de la lessive, se couper les veines, sauter dans la Marne… Jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’Isadora, une jeune fille impulsive et explosive qui n’a pas sa langue dans sa poche.

Coup de cœur pour ce roman abrasif, incisif! Tourneboule le cœur, pique les yeux et donne la chair de poule. ❤️

Marie Reppelin – La Carte des confins ***

Pocket Jeunesse – 2021 – 456 pages

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Blake est un pirate célèbre, tout jeune capitaine de L’Avalon… Il est à la recherche d’un compas marin magique qui lui permettrait de trouver la mystérieuse carte des Confins qui, une fois en sa possession, lui donnera accès à un monde fabuleux.

Lorsque nous faisons connaissance avec le pirate fougueux, il a rendez-vous avec un receleur qui doit lui vendre le fameux compas… Un receleur qui se trouve être une surprenante jeune femme à la chevelure flamboyante et au caractère bien trempé, avec laquelle il n’est pas si simple de négocier…

La rencontre entre Blake et Callie marque le début de ce roman très prometteur! Encore une fois, Mes Premières 68 me fait sortir de ma zone de confort avec ce roman mêlant piraterie, magie et aventure.

La Carte des Confins est un roman à deux voix ; les chapitres alternent les voix de Callie et de Blake. L’écriture est fluide et l’intrigue terriblement prenante! Les rebondissements sont nombreux, les dialogues savoureux, et l’humour souvent au rendez-vous. Je me suis rapidement attachée aux deux personnages principaux et je me suis régalée avec ce roman d’aventure.

Sophie Gliocas – Les Enchanteresses ***

Hachette – 2021 – 396 pages

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Bluenn vient d’arriver dans une campagne bretonne avec son père et sa sœur. Elle a dû quitter son confort citadin et sa petite vie de lycéenne parisienne pour ce coin perdu… Autant dire qu’elle tire la tronche ; sa rentrée au lycée du village est loin de l’enchanter.

Bluenn se lie avec Flora, une ado différente, sans amie, souvent moquée par les autres. Ensemble, elles essuient remarques, moqueries de la part d’Antoine et sa bande de pimbèches. Il y a Lizig aussi, dont des photos dénudées ont circulé sur le net suite à une trahison amoureuse. Depuis, les moqueries pleuvent sur elle.

Lors d’une sortie scolaire dans la forêt de Brocéliande, les filles se retrouvent ensemble et découvrent un mystérieux grimoire. Le soir d’Halloween, les trois filles l’ouvrent et lisent une incantation… Et dès le lendemain, de curieux événements se déroulent au lycée. Il semblerait qu’elles soient désormais devenues des enchanteresses et qu’elles aient le pouvoir de se venger de leurs harceleurs

Un roman dans lequel je me glisse de prime abord avec méfiance. Et qui finalement me plaît beaucoup. Les Enchanteresses est une lecture que j’ai dévorée! Les personnages féminins m’ont beaucoup plu. C’est un roman surnaturel qui se révèle beaucoup plus fin et intelligent qu’il n’y paraît, avec des personnages féminins au tempérament fort ; un roman ensorcelant et féministe, dont j’ai très envie de découvrir la suite.

Aurélie Massé – Cette nuit-là ***

Editions Slalom – 2021 – 384 pages

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Le roman d’Aurélie Massé est ma première lecture dans le cadre de la 3e édition de Mes Premières 68 ! Cette nuit-là est un roman choral qui m’a littéralement scotchée. En l’espace de quelques pages, j’ai été happée par les voix de ces adolescents qui se succèdent. Chacun a son petit secret inavouable. La belle et gracieuse Agathe, qui glisse un soupçon de vodka dans sa bouteille d’eau, pour se sentir vivante ; Jav et sa malice inaltérable, Eden aux cheveux incandescents et son mal-être, Alex le studieux, Sarah et son obsession de la maigreur… Dans six mois, ils ont le bac ; après, chacun empruntera une direction différente. Le temps d’une nuit, tout leur petit monde vole en éclats. Tout commence par la vitre étoilée, la neige, le sang sur les mains…

Cette nuit-là est une lecture qui lacère le coeur, qui noue le ventre, à coup de chapitres courts et incisifs – l’écriture, tour à tour tranchante et sensuelle, convoque les cinq sens. En une nuit, le peu d’enfance et d’innocence qui restait en eux se fait la malle. A lire !

Moka – Possession ***

école des loisirs – Collection Médium – Janvier 2022 – 188 pages

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Moka. Je me rappelle, adolescente, mes amours de lectures horrifiques. Chair de poule, Peur bleue… Et Moka. L’enfant des ombres. J’en garde de terribles souvenirs. Alors quand j’ai vu cette nouvelle parution, j’ai sauté dessus. Une fois commencée, je n’ai pu me défaire de cette lecture!

Au 24 rue de la Roue d’Abandon se trouve une curieuse demeure, qui ne passe pas inaperçue. La famille Vendôme y a emménagé, séduite par les lieux. Mais une nuit, leur fille Lutèce se jette du toit, sous les yeux de son petit frère Malo. Ce dernier devra rester deux mois en maison de repos, sous calmant, pour se remettre.

En rentrant de son séjour, Malo retrouve ses parents et sa sœur Clélia.Il se rend compte tout de suite que quelque chose ne tourne pas rond. Sa mère est étrange, constamment obsédée par l’entretien de la maison, elle ne sort plus et passe ses journées à ranger, trier, nettoyer. Quant à son père, il est devenu mutique, il passe de longues heures à fixer son écran d’ordinateur d’un regard vide. Clélia ne va plus à l’école, elle suit des cours sur Internet. Malo retrouve son smarphone au fond de la poubelle.

Mais le pire, ce sont les phénomènes étranges qui de déroulent dans sa chambre la nuit… Ce mur qui a un angle aigu… Ces murmures qui semblent l’inciter à sortir par la fenêtre…

Possession est un roman d’horreur sur une maison qui a décidé de dévorer ses habitants – un roman aux airs d’Amithyville. Frissons garantis pour cette lecture absolument addictive! Les personnages secondaires sont très attachants. Un roman d’horreur que j’ai trouvé très original, avec cette maison fantôme qui ne laisse plus ses habitants sortir – habile métaphore de ce monde de fous dans lequel nous avons plongé depuis 2 ans ?

Isabelle Pandazopoulos – Demandez-leur la lune ***

Gallimard Jeunesse – 2020 – 352 pages

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Ils sont quatre. Quatre lycéens décrocheurs. Élèves en lycée pro, on leur propose un cours de soutien, deux fois par semaine avec Agathe Fortin, une prof de Français pas comme les autres qui va leur faire travailler l’oral et les inscrire à un concours d’éloquence

À travers les mots, Lilou, Bastien, Samantha et Farouk vont peu à peu se révéler, faire tomber le voile. Se révéler aux autres mais surtout à eux-mêmes – leurs blessures, leurs doutes. Lilou et le secret qui entoure la disparition de son frère Kylian. Samantha et le secret douloureux de sa mère, différente – leur vie miséreuse dans un mobil home.

Les masques tombent. Les adolescents découvrent le pouvoir des mots. Des mots qui ont le pouvoir de détruire ou de panser les blessures. Bastien et la pression de ses parents, qui veulent qu’il intègre l’entreprise familiale et quitte le lycée où tout le monde le juge mauvais de toute façon. Et Farouk, l’étranger, originaire de Turquie, qui semble en permanence vivre avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête.

Demandez-leur la lune est un roman qui prend aux tripes, qui secoue ; c’est émouvant et authentique. L’écriture est poétique et fascinante. L’autrice décrit avec talent les émotions qui agitent les entrailles de l’adolescence.

Nathalie Bernard & Frédéric Portalet – D.O.G ***

Editions Thierry Magnier – 2020 – 320 pages

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Valérie Lavigne est lieutenant-détective au SPVM, la police de Montréal ; elle dirige la section des disparitions de mineurs et enquête actuellement sur deux disparitions d’adolescents. Un soir, son patron l’appelle et lui demande de venir immédiatement ; une affaire vieille quelques dizaines d’années refait surface et touche la détective de plein fouet…

Parallèlement, Alicia Lavoie, quatorze ans, disparaît dans une partie désaffectée du RESO, la fameuse ville souterraine de Montréal… Juste avant, l’adolescente aurait joué au fameux jeu en ligne à la mode : Days of Grace. Un jeu vidéo qui rend accro les adolescents en leur soumettant des défis de plus en plus dangereux.

Dès les premières pages, la tension est palpable et l’intrigue est habilement construite ; parallèlement à l’enquête du détective Lavigne nous vivons l’enlèvement d’Alicia heure après heure. Et puis il y a cette mystérieuse ado, dont la voix est retranscrite en italique. Dont la mère n’est jamais là et qui semble livrée à elle-même. Qui peut-elle bien être ?

D.O.G est un véritable page turner – on ne peut s’empêcher de tourner les pages à toute allure, pour découvrir la suite. Angoisse et suspense sont de mise. Les chapitres sont courts et bien écrits, ils se dévorent et le récit devient vite addictif. Une réussite !

Delphine Pessin – Deux fleurs en hiver ***

Didier Jeunesse – 2020 – 192 pages

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C’est l’histoire d’une amitié atypique entre deux personnages aux prénoms de fleurs.

Capucine est en Terminale ; du haut de son 1m80 et avec ses perruques de différentes couleurs qu’elle change tous les jours, elle attire forcément le regard. Elle commence tout juste un stage à la maison de retraite Le Bel Air. De Capucine, on sait qu’elle a perdu sa mère il y a deux ans et qu’elle en demeure à jamais changée. Elle est souvent en colère, sa meilleure amie Margaux la surnomme le pitbull. Selon ses propres mots, elle est « une meuf compliquée » et « il faudrait un décodeur pour [la] décrypter. » Dans quelles conditions a-t-elle perdu sa mère ? Pourquoi en veut-elle autant à son père ? Et surtout, pourquoi porte-t-elle en permanence des perruques, changeant de couleurs selon l’humeur du jour ?

Violette est une petite vieille qui vient d’arriver au Bel Air et n’en est absolument pas ravie. Elle a dû abandonner son chat Crampon, dont elle n’a plus de nouvelles ; son jardin, ses petites habitudes. Pour elle, la maison de retraite est comme un mouroir.

Capucine, en débarquant au Bel Air, découvre les conditions de travail précaires, le rythme effréné, l’épuisement en fin de journée ; mais elle tisse aussi des liens avec ces petits vieux qui sont touchants, malicieux, et auxquels elle s’attache beaucoup. Et puis, il y a Violette ; qui porte un prénom de fleur, comme elle. Dont l’histoire l’émeut. Une amitié va peu à peu naître entre l’adolescente révoltée et la vieille femme courroucée.

« Alors, contrairement à la plupart des autres lycéens, je ne redoutais pas de travailler avec les ‘seniors’. Ca, c’est le terme politiquement correct pour désigner les personnes âgées. je trouve ça crétin. On dit aussi les ‘anciens’, les ‘pensionnaires’, moi je préfère les ‘vieux’. Il n’y a rien de dégradant à dire qu’ils sont vieux, c’est un fait, voilà tout. C’est même plutôt beau, quand on y pense, d’avoir déroulé le fil d’une vie et de se tenir tout au bout. »

Un court roman qui alterne deux points de vue – deux voix. Celles de Capucine et de Violette. A chaque chapitre, un petit profil différent nous indique si c’est l’une ou l’autre qui prend la parole. Un roman sensible et intelligent, qui aborde de nombreux thèmes avec tact et pudeur : la mort, la perte, la culpabilité, le pardon, la révolte, les conditions de vie en Ehpad.

Kim Liggett – L’année de grâce ****

Casterman – 2020 – 528 pages

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Thierney vit à Garner County, une singulière communauté où les hommes règnent en maître et où les jeunes filles doivent s’exiler l’année de leur seize ans. Elles sont amenées hors de la communauté pour que leur magie se dissipe dans la nature. L’année de grâce. Une année de laquelle aucune fille ne revient indemne. Une année dont personne ne parle. Une année d’épreuves ; survivre aux braconniers, à la forêt. Une année de laquelle on est même pas sûre de revenir vivante…

Dans ce comté, les filles, les femmes, n’ont pas le droit de rêver ni de chanter, doivent porter les cheveux tressés avec un ruban de couleur – blanc quand elle sont enfants, rouges quand elles sont adolescentes et noir quand elles sont épouses.

Un roman hypnotique, captivant dès les premières pages. Un roman emplit de mystère. Folie et violence à laquelle je ne m’attends pas. Un roman qui me fascine autant qu’il m’effraie ; une lecture que je lis, entre horreur et fascination. Ignorance, croyances, superstition, société patriarcale meurtrière. Un roman ado féministe d’une puissance rare.

« Parfois, j’ai l’impression que nous pourrions consumer le monde entier sous les flammes de notre amour, de notre rage et de tous les sentiments qui mènent de l’un à l’autre. »