Karine Martins – Ceux qui ne peuvent pas mourir Tome 1: La Bête de Porte-Vent ***

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Gallimard Jeunesse – septembre 2019 – 320 pages

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Dans la France de la fin du XIXème siècle, Gabriel Voltz est un enquêteur pas comme les autres. Immortel et doué d’une force herculéenne, il a pour mission de chasser tous les Égarés, ces créatures hérétiques qui se cachent sous une apparence humaine – lycans, cocatrix, vampires, et autres loups-garous… Il travaille pour l’Ordre de la Sainte-Vehme, une confrérie très ancienne qui tient à rester secrète. Il leur cache donc qu’il a pris sous son aile Rose, une orpheline aux cheveux de feu, aussi têtue, fouineuse que fougueuse, et aussi courageuse qu’attachante. 

Lorsque Gabriel reçoit un ordre de mission qui réclame sa présence dans le Finistère pour élucider une mystérieuse affaire de meurtres, il embarque Rose avec lui, à ses risques et périls. Car si la Sainte-Vehme découvre son existence, ils la tueront. Sur place, son équipe d’enquêteurs se trouve au complet avec Grégoire, un jeune curé qui en sait beaucoup trop et Annwenn, une guérisseuse au charme troublant qui semble cacher bien des secrets.

Ce premier tome est addictif : des personnages attachants qui ont tous quelque chose à cacher… Une intrigue qui se dévore… Des dialogues drôles et savoureux… Un récit bien écrit, intelligent et aux nombreux rebondissements… Ceux qui ne peuvent pas mourir est en somme une saga qui s’annonce prometteuse et une très jolie surprise littéraire !

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Pierre-Antoine Brossaud – Guenon **

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Le Rouergue – 2019 – 200 pages

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Manon est une adolescente très timide et réservée de quinze ans. Traverser la cour de récréation au collège, c’est comme pénétrer sur un terrain miné, c’est l’épreuve de force. Elle regarde ses pieds et fonce. Manon n’a pas d’amis ; elle ne parvient à se lier avec personne. Par contre, elle voue une véritable passion aux Flamby – elle peut en avaler six en une nuit. Quant aux KitKat, elle les engloutit sans cérémonie.

Manon est en surpoids, ce qui fait d’elle une cible idéale pour toutes les moqueries. Les filles, comme les garçons, l’appellent Guenon, grosse truie ; sur son passage on la traite de moche, de grosse. Le harcèlement dont elle est victime est d’une violence inouïe

L’adolescente n’ose en parler à personne. Elle se replie sur elle-même toujours plus et s’interdit tellement de choses. Les cours de sport sont un supplice

Et puis un jour, elle rencontre enfin une belle personne. Amaury, un garçon avec qui elle s’entend bien.

Un roman sur le harcèlement adolescent très cruel, violent, mais hélas tellement réaliste. L’écriture de Pierre-Antoine Brossaud rend compte de toute la violence qui peut exister au collège. Et cette violence, elle est avant tout verbale : les insultes, les souillures indélébiles que laissent certains mots. Certains passages m’ont révoltée, révulsée, ils m’ont donné un nœud à l’estomac. La souffrance de Manon est palpable. Une lecture comme une brûlure, dont la fin m’a prise au dépourvu

Nastasia Rugani – Tous les héros s’appellent Phénix ****

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Ecole des loisirs – 2014 – 205 pages

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Phénix et sa petite sœur Sacha rentrent de cours à pieds. Ce soir-là, la voiture de monsieur Smith s’arrête sur le bas côté. Monsieur Smith n’est autre que le professeur le plus fascinant et séduisant du lycée, charismatique à souhait, il a plus de connaissances qu’un Trivial Poursuit. A bord de sa Chevrolet immaculée, il propose aux deux sœurs de les raccompagner chez elles.

Quand ils arrivent devant leur maison, ils découvrent Erika, la mère, devant un brasier composé des meubles du père. Ce père parti sans donner de nouvelles, les abandonnant du jour au lendemain, un 1er juillet devenu maudit. Ce père complice, avec lequel les deux sœurs faisaient les 400 coups. Qui aimait les livres et les plantes. De lui, il ne reste que sa serre, somptueuse. Phénix en garde la clé, précieusement attachée à son cou.

Le quotidien d’Erika et des sœurs Coton va changer radicalement le jour où Jessup Smith entre dans leurs vies. Il réussi à conquérir le coeur de Sacha, puis celui d’Erika. Seule Phénix demeure un peu sur ses gardes. Les étranges sautes d’humeur autoritaires et cassantes sans raison de Jessup ne lui échappent pas et lui mettent la puce à l’oreille… Cet homme aux faux airs de Gregory Peck va rapidement faire partie de la famille, et révéler un tout autre visage.

Comme j’ai aimé ces deux sœurs, les liens si forts qui les unissent. Phénix, l’aînée, solitaire, amoureuse d’un beau blond qu’elle attend secrètement chaque vendredi au détour d’un couloir au lycée. Et Cha, petite fille de huit ans très sensible, plus intelligente que la normale, fan de films d’horreur. Les sœurs dévorent les livres et sont déjà incollables sur Gatsby, Tchekhov…

Une lecture intense qui m’a fait renouer avec la plume si singulière et poétique de Nastasia Rugani, nourrie de nombreuses références littéraires. Une lecture effectuée comme en apnée, le ventre noué, le coeur lacéré pour ces deux gamines livrées au Diable.

J’avais déjà eu un beau coup de ❤ pour Milly Vodovic.

Annelise Heurtier – La fille d’avril ***

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Casterman – 2018 – 300 pages

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En montant au grenier avec Izia sa petite-fille – à la recherche de cette incroyable mini-robe argentée qu’elle portait sur une photo de sa jeunesse – Catherine tombe sur une boîte autrefois blanche. Une boîte portant l’inscription « La fille d’avril » et qui fait resurgir le passé, loin du grenier et de son odeur de fleur d’oranger et de poussière. Cette fille d’avril, c’est Catherine, à la fin des années 60. Grand-mère et petite-fille s’apprêtent à voyager dans le temps, et plus précisément en septembre 1966.

En 1966, Johnny Hallyday a fait une tentative de suicide et Polnareff fait polémique avec son tube L’amour avec toi. Les jeunes filles lisent en cachette des bonnes sœurs Mademoiselle Âge Tendre et Salut les copains. En 1966, les filles convenables ne courent pas à travers champs pour rentrer chez elles. Elles surveillent leur tenue vestimentaire – une jupe à bonne hauteur de genoux et des bas immaculés.

En 1966, Catherine a 15 ans, elle grandit dans une famille nombreuse, catholique et ouvrière ; elle a été admise dans un collège de jeunes filles bourgeoises et catholiques grâce à une bourse. Un soir, en rentrant chez elle, Catherine se met à courir. Et y découvre un plaisir fou et une sensation de liberté incroyable. Elle a enfin l’impression de décider de quelque chose. « Je me sentais habiter mon corps. Je me sentais vivante. Puissante. »

Catherine se pose beaucoup de questions et elle va ouvrir petit à petit les yeux sur cette société patriarcale dans laquelle les femmes sont reléguées au rang de ménagères, épouses, mères. Courir est dangereux pour une femme. Porter des pantalons : impensable! Il se dit même que courir pourrait être fatal pour leur utérus, qui risquerait de se décrocher ; comble de l’horreur, une barbe se mettrait à surgir ainsi qu’une abondante pilosité.

Avec Catherine, la révolte gronde en nous, on ressent son choc face à la découverte d’une telle société et son envie d’en découdre. Catherine se sent de plus en plus enfermée, prisonnière d’un rôle à tenir, qui n’est pas le sien. Un roman jeunesse intelligent et marquant – une lecture nécessaire pour tous, filles comme garçons.

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« J’avais l’impression d’être un chat caché dans une petite souris : c’était très inconfortable, un peu étouffant et il fallait rentrer ses griffes. Mais cela me permettait de ne pas me faire remarquer et de rester dans l’illusion que le présent durerait pour l’éternité. »

Agnès Desarthe – La plus belle fille du monde ***

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école des loisirs – 2009 – 162 pages

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Sandra a 14 ans et une petite bande de potes qu’elle connaît depuis l’enfance – Allison, Fleur et Mon Commandant. D’ailleurs, l’enfance la questionne beaucoup : quand est ce que ça s’arrête ? Comment sait-on qu’elle est finie et qu’on est devenu adulte ?

Le jour où une nouvelle élève, Liouba Gogol, débarque dans leur salle de classe, Sandra se rend compte amèrement que plus rien ne sera jamais comme avant. En effet, Liouba est la plus belle fille du monde…

« Qui avait décidé qu’un nez globuleux et une petite bouche pincée rendent moche? Naissions nous avec, encodée dans notre cerveau, l’image de l’humain idéal? Était-ce quelque chose que l’on construisait en grandissant? »

Un joli roman à la fois déluré et réaliste, qui aborde une variété de thèmes à travers les questionnements d’une héroïne attachante et vraie ; l’amitié, l’enfance, la beauté et la laideur… Bien sûr, ce qui fait avant tout la saveur de ce roman, c’est l’humour d’Agnès Desarthe ! Une valeur sûre.

Anne Cortey – En émois ****

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école des loisirs – août 2019 – 160 pages

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Avant même d’ouvrir ce livre, je savais déjà que j’allais l’aimer. L’illustration de la couverture me happe immédiatement. Des tons mauves et jaunes, des airs mélancoliques. Le trait de crayon est connu, c’est celui de Cyril Pedrosa.

Ce roman nous propulse dans les collines de Provence, en plein été. La canicule bat son plein. Jeanne, comme tous les ans, ne part pas en vacances. Ses parents sont débordés au magasin à cause de la saison touristique, elle est livrée à elle-même toute la journée. Elle donne à boire aux ânes, aide ses parents, s’occupe de son frère Ulysse lorsqu’il rentre du centre aéré. Son seul vrai plaisir, c’est d’aller se baigner au lac avec son ami Gwen. Un après-midi, elle y entend la sonnerie d’un téléphone… l’appareil se trouve caché derrière des herbes. Au bout du fil, une voix cherche un certain Kevin.

Parallèlement au quotidien de Jeanne, nous découvrons celui d’un garçon qui a fugué. Il ne désire qu’une chose : partir. Loin du collège et ses ses souvenirs de harcèlement ; loin de ses parents qui ne l’entendent ni le comprennent, qui demeurent une entrave à ses rêves – un père aux propos violents et une mère effacée. Ce qui le fait vivre et survivre, c’est le volley-ball. Il veut entrer en lycée sport études à la rentrée mais son père s’y oppose violemment. Il est anéanti.

Les voix des deux adolescents se succèdent. Le passé du garçon nous parvient sous la forme de flash-back qui s’insèrent dans la narration grâce à des pages rose saumon. Cyril Pedrosa nous offre d’incroyables illustrations sur deux doubles pages qui rendent plus immersive la lecture.

Je suis absolument conquise par ce roman, original dans la forme et prodigieusement juste et bouleversant dans le fond. Cette Provence écrasée de chaleur, cette adolescence si bien décrite dans ses premiers émoisJ’ai été happée par cette histoire au doux parfum de mélancolie et par cette nature omniprésente qui semble exacerber les émotions et les sentiments qui agitent les personnages. L’écriture d’Anne Cortey est fluide et subtilement évocatrice.

Vous l’aurez compris, c’est un coup de ❤

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« Quand je regarde devant moi, j’ai le vertige. Est-ce que ça ressemble à ça, la vie ? A cette sensation de devoir sauter dans le vide, sans trop savoir où on va ? »

Marie-Aude Murail – Sauveur & Fils – Saison 5 ***

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Ecole des loisirs – septembre 2019 – 320 pages

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Quel délice de retrouver notre cher Sauveur, sa drôle de famille recomposée et ses patients au lubies parfois curieuses. Entre la saison 4 et la saison 5, il s’est écoulé deux ans. Louise vit toujours avec Sauveur et Lazare et ses deux enfants Paul et Alice. Le vieux briscard de Jovo traîne toujours dans le coin, se vantant avec effusion de son braquage et de ses meurtres légendaires…

Sauveur se retrouve envahi par toute une clique de nouveaux patients qui le croient psychologue animalier… On le consulte pour connaître son animal de soutien émotionnel, pour soigner la dépression de son chien, pour découvrir qu’un perroquet du Gabon peut devenir muet après un divorce ou encore que les chats sont plus efficace qu’un antidépresseur.

Mais des patients un peu plus traditionnels le consultent aussi ; comme Louane qui a peur d’une main sorte du trou des cabinets pour l’y entraîner, Frédérique qui découvre que Donald Trump est son père, Samuel qui suit un stage pour apprendre à draguer.

Une saison 5 qui garde le rythme, savoureuse à souhait, qui regorge d’humour et aborde les thèmes propres à l’adolescence contemporaine – harcèlement, questions de genre, relations parentales – avec justesse et bienveillance.

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{Chroniques des précédents tomes : Saison 1 – Saisons 2 & 3 – Apparemment je n’ai pas chroniqué la saison 4.}