Marie-Aude Murail – Miss Charity ****

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Éditeur : l’école des loisirs – Date de parution : 2008 – pages

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Nous sommes à la fin du XIXème siècle en Angleterre. Charity est une enfant débordante de curiosité envers le monde, assoiffée de paroles et d’échanges. Sa personnalité se heurte bien souvent aux carcans de la société anglaise des années 1880, tirée à quatre épingles, dans laquelle une petite fille ça doit se taire et ne pas trop se montrer. Sa mère la vouvoie et lui parle rarement sauf pour l’interroger sur sa connaissance du Guide spirituel du jeune enfant et lui demander de l’accompagner à l’église ; elle n’a jamais regardé son père dans les yeux ; quant à sa bonne Tabitha, qui ne cesse de lui dire qu’elle est mauvaise et possédée par le démon, elle lui raconte des histoires d’horreur juste avant de dormir…

Charity est drôle et attachante. Malgré son univers morose et sa solitude, elle garde sa joie de vivre. A l’âge de cinq ans, elle se découvre une passion pour les animaux : elle les recueille, les soigne, s’essaye à quelques expérimentations scientifiques, reconstituent des squelettes de loir… Rats, escargots, lapins, oisillons, poussins, souris… Charity recueille la moindre petite bête en détresse.

Elle apprend à lire en volant des livres dans la bibliothèque de son père ; se met à apprendre par coeur Hamlet, à en déclamer des passages entiers devant son rat Julius et son lapin Peter, à qui elle apprend des tours. Son corbeau Petruchio se mettra à réciter certaines répliques de Shakespeare.

Avec Mademoiselle Blanche sa gouvernante, Charity apprend l’aquarelle ; une véritable révélation de couleurs. Elle se met à peindre ses animaux, puis à inventer des histoires les mettant en scène.

Avec cette biographie romancée de Beatrix Potter, Marie-Aude Murail nous offre un roman savoureux, au ton éminemment caustique, avec des dialogues mis en scène comme au théatre ; un roman qui dépeint à merveille la condition féminine de l’époque. On y croise Oscar Wilde et Bernard Shaw. C’est délicieusement drôle, plein d’esprit et attachant. Bref, une petite merveille, un coup de ❤ !

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Jörg Mühle – Au bain, Petit Lapin ! ****

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Éditeur : l’école des loisirs – Collection Pastel – Date de parution : septembre 2017

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Nous avions déjà fait la rencontre de Petit Lapin dans l’album Au lit, Petit Lapin ! qui m’avait fait complètement craquer ; il s’agissait de mettre au lit notre petit héros, de le border… une lecture terriblement mignonne, juste avant de se coucher. Avec ce nouvel opus, nous donnons le bain à Petit Lapin. Au fil des pages, le livre invite le petit lecteur à participer, l’interpelle et le convoque.

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Je suis complètement fan de ce genre de livre qui permet à l’enfant de prendre véritablement part à la lecture ; la lecture en devient active et ludique. Et le Petit Lapin est juste adorable, on ne peut que craquer pour cette frimousse tout mignonne !

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Un livre à tapoter, à souffler, à lire et relire – avant ou après le bain, à aimer…

Rita Falk – Très vite ou jamais ***

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Éditeur : Magnard Jeunesse – avril 2016 – 224 pages

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Lorsque l’on tombe dans le coma, soit l’on en sort très vite, soit jamais… Ce sont les mots que Jan entend, lorsque Nils, son ami d’enfance, se retrouve dans le coma à la suite d’un accident de moto à l’âge de vingt-et-un ans – à cet âge-là, on est censé avoir la vie devant soi… Alors, chaque jour, Jan se rend au chevet de son ami et lui parle. Il va également se mettre à lui écrire des lettres, qu’il projette de lui faire lire à son réveil.

Dans ses lettres, Jan raconte son quotidien au Nid de coucous, l’hôpital psychiatre dans lequel il travaille, sa petite routine, la vie qui continue. Les mots de Jan sont teintés d’une bonne dose d’auto-dérision et d’humour, sans pour autant nuire à l’émotion du lecteur. On se prend peu à peu d’affection pour ce personnage qui garde espoir malgré tout et qui reste fidèle à son ami, alors même que ses proches semblent se déchirer et venir de moins en moins. Un roman jeunesse écrit avec simplicité dont la fin est prévisible, mais qui m’a faire sourire et m’a touché. *Mention spéciale pour le personnage de Sœur Barbara, extra !

Merci à Claire, du blog La tête en Claire, pour m’avoir fait découvrir ce roman !

Ramadier & Bourgeau – Le Livre amoureux ****

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Éditeur : l’école des loisirs – Date de parution : septembre 2017

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C’est l’histoire d’un livre amoureux… Mais amoureux de qui ? De toi ! Hé oui, rien que ça… La mise en scène de ce livre est à la fois tendre et drôle : c’est une petite souris rose qui recueille les émotions et confidences d’un livre tour à tour morose, timide, rougissant…

J’ai trouvé cet album jeunesse original et craquant ! Le visage du livre change d’expression au fil des pages et des émotions qui le traverse. Un album qui invite le mini lecteur à le toucher, lui faire un câlin, un dessin, et à interagir avec lui.

Un vrai plaisir de lecture, que ce soit pour bébé ou maman !

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Merci aux éditions de l’école des loisirs pour cette jolie découverte plein de mignonitude ❤

 

Anne-Laure Bondoux – Tant que nous sommes vivants ****

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Éditeur : Gallimard Jeunesse – Date de parution : 2014 – 297 pages

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« Tu crois qu’il faut toujours perdre une part de soi pour que la vie continue ? »

L’ombre et la lumière, le bruit et le silence. L’un révèle l’autre… Bo et Hama se rencontrent à l’Usine où ils travaillent tous deux à la fabrication de machines de guerre. Hama travaille la nuit quand Bo travaille le jour. Bo se lève à l’aube quand Hama se lève au crépuscule. À la relève du matin, ils échangent leurs postes ; ils se tombent dans les bras puis tombent amoureux. Ils ne se retrouvent que le dimanche pour vivre pleinement leur amour. « Ils vivaient à l’envers l’un de l’autre, pendant que l’Usine fonctionnait sans interruption, avalant des tonnes de métal… »

Certaines nuits, le sommeil se fait désirer pour Bo qui se dirige alors vers Le Castor Blagueur, le cabaret de Titine-Grosses-Pattes où les spectacles et tours de magie s’enchaînent. Un matin, Bo n’entend pas son réveil. Un matin, l’Usine vole en éclats.

Dès les premières pages, j’ai su que je tenais une pépite entre mes mains… La langue poétique d’Anne-Laure Bondoux m’a tout de suite hypnotisée.

Quel talent de conteuse ! Sous sa plume, tout un monde prend vie : La Tsarine, le vieux Melkior et ses prédictions, le théâtre d’ombres, ces petits êtres au teint d’endive cuite portant des noms de nombres, qui vivent dans le Bas… L’écriture de Bondoux est soyeuse et poétique, en quelques mots nous basculons dans un monde unique. Un roman inoubliable sur l’amour et la perte.

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« Bo avait vu le jour dans une région sauvage, hérissée de forêts. Un pays d’herbes noires que le vent rabat sur la prairie. Où les fleuves servent de routes. Où les lacs suivent en tremblant la course des nuages. Une terre tatouée par les sabots des troupeaux, figée sous la glace de l’hiver et que chaque printemps éventre en milliers de ruisseaux. »

« Nous avions connu des siècles de grandeur, de fortune et de pouvoir. Des temps bénis où nous étions les maîtres de notre destin. Puis, sans que nous sachions pourquoi, tout cela nous avait échappé, et seule l’Usine était restée. »

« Vers quoi allions-nous ? Je n’en avais qu’une idée vague. Vers nous-mêmes, probablement, comme tous les voyageurs. (…) Devant nous s’étendait la steppe, inexplorée, sauvage. Mais nous étions deux enfants blessés et amoureux : rien ne pouvait nous résister. »

Benoît Charlat – Le Bisou bulle ! ***

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Éditeur : L’école des loisirs – Date de parution : 6 septembre 2017

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C’est une petite bulle qui voyage à travers les pages et les paysages. Une petite bulle qui prend vie grâce à Dodo, ce drôle de petit être aux traits tout doux.

Les dessins de Benoît Charlat m’ont tout de suite plu : douceur et fantaisie, tout en simplicité, créant poésie et étonnement chez le lecteur.

Un joli album plein de couleurs, qui étonne et fait sourire. Il a tout de suite beaucoup plu à Babychou ; ses yeux brillaient pendant la lecture, et elle se cramponnait aux pages cartonnées.

Une lecture qui invite à plusieurs relectures. Quelques mots par page, jusqu’à la surprise finale, si drôle et légère. Quelques mots seulement, qui nous invitent à broder sur l’histoire, à raconter nous-même ce qui se passe. Un album léger, aérien, à découvrir, lire et relire !

Merci aux éditions de L’école des loisirs pour cette lecture !

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Stéphane Servant – Le Cœur des louves ***

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Editeur : Rouergue – Date de parution : août 2013 – 541 pages

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Alors que l’été touche à sa fin, Célia arrive seule dans la vieille maison de sa grand-mère, où elle attend que sa mère la rejoigne. Mère et fille se retrouvent dans ce petit village perdu au fond d’une vallée, entouré de montagnes couvertes de forêts, avec son lac Noir, aux eaux si sombres qu’elles ont fait naître de curieuses légendes. Leur retour fait resurgir de vieilles rumeurs sur la grand-mère ; on dit qu’elle était une sorcière. Dans ce genre de petit village, tout le monde se connaît, les langues – de vipère – se délient facilement et rien ne s’oublie.

A deux reprises, Célia est mise en garde : elle doit se tenir à l’écart du Moulin, où vivent Andréas et Alice, avec leur père alcoolique et violent, Thomas. Alice, c’est l’enfant solitaire aux yeux couleur de nuit avec qui Célia jouait – elle lui racontait que les marques qu’elle avait sur le corps, c’était les bêtes de la forêt qui les lui faisaient. Devant tant de mystère, et face à l’obscurité de son passé, Célia cherche des réponses.

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Un roman énigmatique, qui oscille de façon entêtante entre réel et fantastique… Les chapitres alternent le présent de Célia et le passé de Tina, la grand-mère. Un roman sublime et terrible, qui se déploie peu à peu, qui monte en puissance au fil des mots qui défilent, entre synesthésie et animalité.

L’atmosphère de ce petit pavé est envoûtante, empreinte de mystère – entre mensonges, trahisons et superstitions. Ce retour à l’état sauvage et ces légendes vieilles comme le monde m’ont beaucoup plu. C’est brut, poétique, sauvage. Je me suis délectée en plongeant dans ce roman de Stéphane Servant, dont l’univers m’a par moment rappelé celui de Carole Martinez.

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« Un soir où les mots sont épuisés, elle réalise que dans chaque histoire se cache un mensonge, comme un serpent sous une pierre. Et c’est à ce moment-là, elle en est presque sûre, qu’elle cesse d’être une enfant. »

« Tous vivent avec le poids d’un rôle qui leur a été assigné. C’est comme une mauvaise pièce de théâtre où les acteurs ne pourraient jamais retrouver qui ils étaient, qui ils sont vraiment. Condamnés à être quelqu’un d’autre. A vivre à côté de leur vie. »

« Parce que nos cœurs blessés nous rendent plus sauvages que des animaux. Parce qu’un amour déçu tue plus sûrement que la haine. »