Estelle-Sarah Bulle – Les fantômes d’Issa ***

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L’école des loisirs – janvier 2020 – 128 pages

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Issa a 12 ans, la peau chocolat, de longues tresses jusqu’aux fesses, quelques poignées d’amour et un secret qui l’étouffe et la fait cauchemarder depuis quatre ans. Pour tenter de s’en libérer, l’adolescente décide d’écrire un journal ; être enfin honnête avec elle-même et raconter par le début l’histoire de ce sombre secret, qu’elle n’ose révéler à personne, et surtout pas à ses parents.

Issa a la chance d’avoir une véritable amie depuis quelques mois, Charline, qui est tout son contraire ; elle a un an de plus et c’est la fille la plus libre, la plus « capée » qu’elle connaisse. Elle fume comme un pompier et se fiche des apparences. Quant à Issa, son style girly masque un grand manque de confiance en elle et une timidité. Les autres ne s’approchent pas trop d’elle.

Voici un petit roman que j’ai dévoré le temps d’une après-midi volée. Une écriture concise et limpide et une héroïne tourmentée et solitaire, qui devient vite attachante. Un très joli roman jeunesse, une intrigue toute simple mais efficace qui m’a captivée et chamboulée.

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C’est avec Les Fantômes d’Issa que je termine l’aventure de Mes Premières 68 ! Une belle aventure qui m’a offert la lecture de jolies pépites… Cliquez sur les liens ci-dessous pour retrouver l’ensemble de mes chroniques.

 

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Louise Erdrich – Omakayas ***

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L’école des loisirs – 2002 – 203 pages

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Omakayas est une petite fille de sept ans, maigre mais endurante et costaude qui vit avec sa famille sur la petite île de Moningwanaykaning, l’île du Pic à poitrine d’or. En langue Anishinabeg, Omakayas signifie Petite Grenouille ; la fillette est ainsi nommée car son tout premier pas a été un saut. Elle escalade, saute et grimpe partout. C’est une enfant vive et insouciante qui a parfois des vertiges, comme si elle surprenait une conversation entre deux esprits et qui a une relation privilégiée avec le monde animal.

Dans la famille d’Omakayas, il y a Grand-mère Nokomis, Mama, sa grande sœur Angelina qu’elle admire, Bébé Neewo qui gazouille et observe le monde et à qui il va bientôt falloir trouver un nom. Deydey, le père, qui part souvent en expédition. Il n’y a que son frère Petit Pinçon qui insupporte Omakayas ; elle le trouve bruyant, coquin et toujours accroché aux jupes de Mama. Pour veiller sur eux il y a Andeg, la petite corneille apprivoisée qui ne les quitte jamais.

Ensemble ils construisent leur cabane de leurs propres mains, à partir de l’écorce des arbres, ils chassent pour se nourrir, tannent les peaux pour en faire des couvertures, des mocassins.
Vie sauvage et heureuse, jusqu’au jour où un trappeur inconnu débarque… et que la variole s’empare de la petite communauté. Le roman bascule soudain dans l’horreur. Omakayas se retrouve seule pour sauver sa famille en proie à la fièvre et au délire.

Le roman de Louise Erdrich est étonnant et émouvant ; le temps d’une année, il nous offre une belle immersion au sein d’une famille amérindienne originaire des grandes forêts du Nord de l’Amérique. L’écriture poétique nous invite au plus proche de ses coutumes et de ses traditions. On savoure chaque détail, on se délecte des contes sur le monde des manitous et des windigos racontés par Grand-mère et des aventures racontées par Deydey à la nuit tombée.

Gary D. Schmidt – Le Majordome et moi ***

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l’école des loisirs – février 2020 – 256 pages

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Il est 7h15 et dehors, un véritable déluge fait rage – une pluie digne d’un orage tropical australien. Pour couronner le tout, c’est le jour de la rentrée scolaire, la voiture est en panne et le père de famille est absent depuis trop longtemps déjà. Annie, Charlie, Emily et Carter ne sont pas en avance ; les cheveux ne sont pas tressés, une chaussette jaune manque à l’appel, maman est au bord de la crise de nerfs, il manque du lait demi-écrémé et Ned vomit partout comme tout bon teckel qui se respecte.

Soudain, on sonne à la porte. Sur le perron, le jeune Carter Jones tombe nez à nez avec… un immense majordome bedonnant, abrité sous un énorme parapluie-antenne parabolique. Il porte un petit chapeau melon comme on en trouve plus et parle d’une étrange façon, employant des mots bien compliqués… 

Le majordome semble tout droit venu d’Angleterre, avec sa voiture immense qui ressemble à une aubergine. Au début, la famille est méfiante ; qui est cet homme qui pousse la politesse et la distinction à l’extrême ? Ne serait-il pas un missionnaire ? Un serial killer ? 

Le majordome va transformer jour après jour le quotidien de cette famille nombreuse amputée d’un père et va, notamment, initier le jeune Carter au cricket, le sport le plus noble et le plus élégant au monde. 

De ce roman jeunesse, j’ai tout aimé ! Un roman qui gagne le pari d’être à la fois léger et poignant ; humour et émotion s’entremêlent habilement, on ne sait plus par instant si l’on doit rire ou pleurer, ou les deux à la fois. Le majordome est un personnage surprenant, attachant. Quant au « Jeune maître Jones », c’est un gamin émouvant et authentique – avec cette bille verte au fond de sa poche et ses souvenirs en Australie avec son père dans les Blue Mountains…

Le Majordome et moi est un quasi coup de cœur. Une fois de plus, la plume de Gary D. Schmidt fait mouche !

~> Pour lire ma chronique sur son précédent roman, c’est par ici !

E.S. Green – Steam Sailors ***

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Gulf Stream – 26 mars 2020 – 384 pages

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Ouvrir ce roman, c’est pénétrer dans le monde singulier de E.S. Green ; un monde où, depuis que la Grande-Fracture a eut lieu, les Alchimistes qui vivaient dans le Haut-Monde ont été exterminés par les Industriels. Folles rumeurs et légendes incroyables circulent depuis ce temps sur le Haut-Monde qui fait l’objet de tous les fantasmes ; on aurait aperçu des navires volants et le ciel serait habité par des sorciers, des sauvages cannibales et des pirates… Ce sont les histoires terrifiantes et fascinantes que les enfants se racontent entre eux à la tombée de la nuit.

Prudence est une orpheline du Bas-Monde ; à l’âge de 13 ans, elle quitte le couvent des Terres-Humides et se retrouve au service du docteur Oktavus qui lui apprend à lire et à confectionner potions et médicaments. Prudence se révèle être une gamine douce et intelligente qui collectionne les plantes et soigne les animaux blessés qu’elle croise en forêt. Les rêves prémonitoires qu’elle fait chaque nuit l’obligent à vivre en véritable paria ; les personnes comme elles sont appelées des Irréguliers et sont très mal vus par la société du Bas-Monde. Mais la jeune fille s’est habituée à sa solitude et se suffit à elle-même.

Un jour, Prudence se fait enlever par des pirates du ciel et se retrouve sur l’Héliotrope, un navire volant qui vogue sur une mer de nuages. L’équipage profite de son don pour la médecine et l’engage à l’infirmerie. Se faisant toute petite, Prudence observe la vie à bord du navire, jour après jour. Elle écoute discrètement les conversations… Et apprend que les pirates du ciel sont à la recherche d’un trésor.

Un roman littéralement fabuleux, qui nous offre un bien singulier voyage ! Je me suis laissée embarquée sans hésitation aux côtés de Prudence, me laissant kidnapper par cette bande de pirates hargneux puis finalement très attachants, voguant au gré des courants aériens, à bord de ce navire des airs, qui m’a clairement rappelé l’univers onirique de Miyazaki. Un univers enchanteur et mystérieux, qui m’a envoûtée grâce à l’écriture fluide et une intrigue prenante et poétique. J’ai eu du mal à m’extraire de ce premier tome très ambitieux et je n’ai qu’une hâte : découvrir la suite.

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Laura Jaffé – Journal d’une fille chien ***

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La Ville brûle – 2018 – 104 pages

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La voix qui s’élève de ce journal intime est celle de Josépha Bellini, une adolescente pas comme les autres. Nous sommes en 2038 et Josépha possède une intelligence hors du commun et est atteinte d’une maladie rare, l’hypertrichose, autrement appelée le syndrome du loup-garou. Comme Anne Franck, elle tutoie son journal intime, qui devient un ami imaginaire, son confident de papier.

La société dans laquelle l’adolescente vit a vu la montée au pouvoir d’un parti fasciste, le PUP – Parti Unique du Progrès – qui a fermé les frontières du pays et menace de regrouper dans des camps d’internement tous les handicapés, les différents et marginaux.

Toujours élue élève la plus méritante du collège, Josépha se trouve, du jour au lendemain, dénigrés par les professeurs et les élèves fomentent un coup monté pour la faire renvoyer. La jeune fille se retrouve enfermée chez elle, avec une mère débordante de mépris et de haine. Quelques temps plus tard, la fille chien est envoyée dans un de ces fameux centres où sont atterrissent tous les adolescents qui ne rentrent pas dans la norme physique et psychique.

Josépha porte un regard acéré et sans pitié sur elle-même. Journal d’une fille chien est un roman qui m’a glacé le sang, figée sur place ; une dystopie intelligente qui s’inspire de faits réels empruntés à la période nazie que j’ai lu d’une traite, scotchée par la voix de Josépha.

Alice Parriat – Des yeux de loup ***

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Ecole des loisirs – février 2020 – 164 pages

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La mère de Volga adore l’entraîner au fond des bois ; mère et fille se gorgent de l’odeur des pins, elles écoutent le pouls de la nature. Elles se lèvent à l’aube pour découvrir les forêts et les lacs alentours. Et puis un jour, elles découvrent des empreintes de loup… ou plutôt de louve.

« Ma poésie à moi, c’était celle des écorces de pin qui craquent et chantent, du vent dans les ramures, du bruissement des bêtes rampant sous la terre. » Volga est une adolescente marginale, elle aime passer des heures dans la nature, loin des bars et des soirées auxquelles se rendent les ados de son âge. Mais elle aime aussi les livres, les mots ; qu’elle ne partagerait pas avec n’importe qui.

Et puis un jour, une nouvelle élève débarque au lycée. Mado a des cheveux d’encre, débrayés, un curieux style vestimentaire… Et des yeux magnétiques. Comme des yeux de loup. Immédiatement, Volga est se sent attirée par elle et le halo de mystère qui l’entoure.

L’écriture poétique et soyeuse d’Alice Parriat nous attire dans ses filets. Les chapitres, très courts, permettent au roman d’infuser lentement en nous. Qui est l’animal ? Le loup ou l’adolescent ? Avec talent, l’autrice parvient à décrire la fougue adolescente et le tumulte qui agite les cœurs. Un texte d’une beauté !

Hélène Duvar – Mon Eden **

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Le Muscadier – juin 2019 – 216 pages

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Erwan ne parvient pas à se remettre du suicide de sa sœur jumelle, Eden. Depuis sa mort, il n’a plus goût à rien, reste vautré chez lui, ne répond plus à ses amis. Et surtout, il ne comprend pas pourquoi elle a fait ça ; il cherche à comprendre le geste d’Eden, et ça le rend lentement fou. Et puis, un soir, il tombe sur le journal intime que sa sœur tenait. Lui qui pensait la connaître, il a soudain l’impression de lire les mots d’une étrangère. Et qui se cache sous l’initiale D ? Qui a brisé le cœur de sa sœur ? Erwan va passer par toutes les étapes du deuil jusqu’au moment où il sera prêt à accepter la réalité.

La narration est entrecoupée de pages du journal intime d’Eden et d’articles issus de sites Internet sur le suicide, la gémellité.

L’écriture d’Hélène Duvar ne m’a pas franchement transcendée, je l’ai trouvée assez enfantine et plaintive… Et pour mon plus grand désarroi je suis demeurée hermétique aux émotions pourtant intenses qui traversent Erwan. J’ai eu beau chercher, les mots ne m’ont transmis aucune émotion… c’est peut-être le côté très bavard de ce roman qui m’a dérangée ; bref, cette lecture ne m’a pas convaincue.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ? Avez-vous d’autres lectures à me conseiller sur le sujet ?

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« Eden. J’ai perdu mon ombre, mon double. J’ai perdu mon autre moi, mon reflet, mon miroir. »

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Frédéric Vinclère – Nos Bombes sont douces **

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Le Calicot – avril 2019 – 188 pages

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Joris a toujours aimé le foot. Pour l’amour du foot, il a arrêté le lycée et s’y consacre entièrement. Il lit la fierté dans les yeux de son père. Cette fierté et ces attentes paternelles qui lui mettent la pression. Après un énième échec, il décide de tout plaquer. Mais que faire après ? Sans le foot, il n’est plus rien. Il n’est plus qu’une coquille vide, sans avenir.

Et puis il y a Margaux, la fille qui fait battre son cœur et semble le détester. Et Oriane, avec sa tache de naissance sur le visage et sa personnalité lumineuse et entière.

Son oncle Jean-Philippe, militant écolo virulent, lui propose de s’engager dans la lutte à ses côtés. Joris décide alors de rejoindre sa bande de guérillos. Des jardiniers terroristes qui détruisent le béton pour planter des fruits, des légumes, des fleurs… Leur guérilla jardinière cherche à végétaliser les sites à l’abandon, les immeubles désertés. Ils fabriquent leurs propres bombes : des bombes de terre à lancer pour disséminer des graines, des bombes qui ne sèment pas la mort, mais la vie.

Nos bombes sont douces est un roman qui sort du lot ; par son sujet original, son doux militantisme et par sa plume, sans fioriture, touchante, brute et douce à la fois. Joris est un héros ordinaire qui pourrait être un proche, un adolescent attachant dans sa quête personnelle, son idéalisme et son engagement pour l’avenir.

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Aylin Manço – Ogresse ****

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Sarbacane – février 2020 – 278 pages

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L’héroïne de ce curieux roman s’appelle Hippolyte. Mais l’adolescente préfère qu’on l’appelle « H ». Son coeur fait dix fois trop de bruit dans sa cage thoracique ; elle n’entend que lui – bam bam bam. Son coeur fait des basse de techno, son coeur martèle et rythme chacun de ses gestes. Depuis que ses parents se sont séparés, H a tout le temps peur.

Elle vit seule avec sa mère, en bordure de la forêt. Sa mère, qui est infirmière. Sa mère, qui a un drôle de comportement ces derniers temps. En effet, chaque nuit, la mère d’Hippolyte descend à la cave et s’y enferme soigneusement. Elle achète de la viande en grande quantité qu’elle fait manger à sa fille tout en refusant de manger devant elle. Et puis, un soir, elle lui saute dessus pour la mordre.

Dans le même temps, leur vieille petite voisine, Madame Muños, disparaît sans laisser de trace.

Ogresse est un roman qui se dévore sans en laisser un seul mot, que l’on ne peut s’empêcher de lire jusqu’à découvrir le fin mot de l’histoire – Aylin Manço nous tient habilement en haleine jusqu’au point final.

Ce pourrait être un roman adolescent tout ce qu’il y a de plus banal – un divorce mal digéré, une histoire d’amour, le quotidien d’une bande de potes… Mais son basculement presque immédiat dans le fantastique en fait un petit ovni littéraire prodigieusement fascinant dans lequel il est question de relation mère-fille, de famille, d’amour dévorant, qu’il soit maternel ou adolescent, de découverte du désir. À quelle sauce ta mère te mangera ? J’ai beaucoup aimé le jeu avec les chapitres ; tous ont pour titre un aliment, quelque chose qui se boit, se mange, se consomme.

Gros coup de ❤ pour ce roman délicieusement sanglant, à la plume alerte et acérée, qui ne pourra vous laisser indifférent – vous serez tour à tour fasciné, dérangé, hilare, ému – et qui vous poursuivra longtemps

Karine Martins – Ceux qui ne peuvent pas mourir Tome 1: La Bête de Porte-Vent ***

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Gallimard Jeunesse – septembre 2019 – 320 pages

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Dans la France de la fin du XIXème siècle, Gabriel Voltz est un enquêteur pas comme les autres. Immortel et doué d’une force herculéenne, il a pour mission de chasser tous les Égarés, ces créatures hérétiques qui se cachent sous une apparence humaine – lycans, cocatrix, vampires, et autres loups-garous… Il travaille pour l’Ordre de la Sainte-Vehme, une confrérie très ancienne qui tient à rester secrète. Il leur cache donc qu’il a pris sous son aile Rose, une orpheline aux cheveux de feu, aussi têtue, fouineuse que fougueuse, et aussi courageuse qu’attachante. 

Lorsque Gabriel reçoit un ordre de mission qui réclame sa présence dans le Finistère pour élucider une mystérieuse affaire de meurtres, il embarque Rose avec lui, à ses risques et périls. Car si la Sainte-Vehme découvre son existence, ils la tueront. Sur place, son équipe d’enquêteurs se trouve au complet avec Grégoire, un jeune curé qui en sait beaucoup trop et Annwenn, une guérisseuse au charme troublant qui semble cacher bien des secrets.

Ce premier tome est addictif : des personnages attachants qui ont tous quelque chose à cacher… Une intrigue qui se dévore… Des dialogues drôles et savoureux… Un récit bien écrit, intelligent et aux nombreux rebondissements… Ceux qui ne peuvent pas mourir est en somme une saga qui s’annonce prometteuse et une très jolie surprise littéraire !

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