Eleanor Henderson – Cotton County ****

9782226322791-j

Albin Michel – mars 2019 – 656 pages

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Cotton County, Géorgie, 1930. La toute jeune Elma Jesup – à peine vingt ans, fille de métayer, fiancée à Freddie Wilson, le petit-fils du propriétaire de leurs terres – met au monde des jumeaux, dont l’un est blanc et l’autre noir… Passée la stupéfaction, viennent les comptes à régler… C’est Genus Jackson qui en fait les frais ; l’ouvrier noir qui travaille dans les champs de coton alentours sous les ordres de Juke, le père d’Elma, est immédiatement accusé de l’avoir violée. Pendu à un arbre, il est ensuite lynché par une foule haineuse, puis traîné sur des kilomètres histoire que tout le monde puisse se délecter de sa mise à mort.

Malgré la suspicion générale et la ségrégation raciale qui bat son plein dans le Sud à cette époque, Elma choisit d’élever ses enfants sous le toit de son père avec l’aide de Nan, sa jeune et fidèle domestique noire qu’elle considère comme sa sœur. Cette dernière est la fille de Ketty, leur ancienne domestique, emportée par un cancer il y a quelques années ; ce même cancer que la mère voulu tenir éloigné de sa fille en lui coupant la langue à l’âge d’un an… Les deux enfants ont grandi ensemble dans cette ferme à l’intersection de la String Wilson Road et de la Twelve-Mile Road. L’une dans l’absence maternelle et l’autre dans l’attente du retour paternel. L’une parlant pour l’autre.

Je découvre un récit dense qui déroule au fil des chapitres l’histoire de cette famille atypique. La petite et la grande histoire s’entremêlent avec talent sous la plume de Eleanor Henderson. Cotton County est un de ces romans américains qui, une fois commencé, devient complètement addictif ; les pages se tournent toutes seules. Pas une seule longueur à déplorer, la romancière tient en haleine son lecteur et le ferre du premier au dernier mot.

L’intrigue nous fait voyager dans le temps, on passe d’un personnage à l’autre et d’une génération à l’autre avec une grande fluidité. Une fresque familiale impressionnante se dessine sous nos yeux, entre bestialité humaine et grandeur d’âme.

Un roman époustouflant et virtuose – qui nous rappelle à la fois Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur et l’atmosphère d’un roman de Carson McCullers – qui m’a fait palpiter le cœur et que je ne suis pas prête d’oublier… Elma, Nan, Juke, Sterling et Ketty vont occuper encore un moment ma mémoire.

Lecture effectuée dans le cadre du #PicaboRiverBookClub

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« Elle repensa alors au couteau de sa mère, à sa langue, enterrée là-bas sous l’arbre à calebasses, et pendant un instant vertigineux, elle comprit : lorsqu’on vous a fait du mal, il vous faut parfois faire du mal en retour à ceux que vous aimez, pour être capable de supporter l’amour que vous leur vouez. »

Annelise Heurtier – Sweet Sixteen **

sweet

Éditeur : Casterman – Date de parution : 2013 – 217 pages

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Ce roman jeunesse s’inspire de faits réels. En 1954, la Cour suprême des États Unis rend inconstitutionnelle la ségrégation raciale dans les écoles publiques grâce à l’arrêt « Brown versus Board of Education » qui remet en cause une règle vieille de plus de 80 ans… En 1957, neuf adolescents noirs sont sélectionnés pour intégrer le prestigieux lycée central de l’Arkansas.

En cette rentrée scolaire 1957, nous suivons la jeune Molly, une des jeunes noires qui fait son entrée au lycée. Le texte alterne en fait deux points de vue différents : celui de Grace, une jeune blanche d’origine bourgeoise et aisée, et Molly.

Dans un climat terriblement raciste, l’intégration au lycée se révèle traumatisante à plus d’un titre et la violence est incroyable. Dire que tout cela a existé dans les années 50 fait froid dans le dos et donne la nausée… Un roman qui me semble indispensable pour garder cette conscience de l’humanité déshumanisée à ce moment de l’Histoire.

Une lecture que j’ai aimée, mais qui comporte quelques défauts, peut-être un format trop court, trop d’ellipses pour cette année scolaire. J’ai eu aussi un peu de mal à m’attacher aux deux personnages féminins. Même si j’ai été touchée et choquée, voire même très émue à la fin, j’ai eu du mal à m’identifier à ces jeunes filles.

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« Elle avait fait face à une violence ahurissante, on lui avait volé son innocence et ses seize ans. Plus rien ne serait jamais comme avant. »