Maggie O’Farrell – En cas de forte chaleur ***

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2015 – 356 pages

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Juillet 1976. Cela fait plusieurs jours qu’une forte chaleur s’est abattue sur Londres. Robert Riordan disparaît un matin ; il part chercher le journal et ne revient pas, laissant sa femme Gretta et ses enfants, Michael Francis, Monica et Aoife, dans l’incompréhension. Robert est un père de famille avare de mots, discret et attaché à ses petites habitudes ; cette disparition leur apparaît donc complètement absurde et inattendue.

Les trois frères et sœurs se retrouvent dans la maison familiale pour tenter de comprendre ce qui a poussé leur père à partir. Chacun transporte avec lui ses bagages émotionnels, son lot de soucis… Michael Francis voit son mariage partir à vau-l’eau, Monica ne s’est jamais remise de sa rupture avec Joe… Quant à Aoife, elle est partie à New-York voler de ses propres ailes.

C’est avec plaisir que j’ai renoué avec la plume de Maggie O’Farrell – j’avais adoré La Disparition d’Esme Lennox. La romancière irlandaise a beaucoup de talent dans la mise en scène de ses différents personnages, tous attachants. Un beau roman sur la famille et les secrets qui s’y cachent, piqueté d’humour, que j’ai savouré, qui m’a émue par moments… Il m’a cependant manqué quelque chose pour que j’apprécie pleinement ma lecture.

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« Elle pose la main sur son diaphragme. Qu’il est étrange de se sentir si seule et de savoir qu’on ne l’est pas. Il y a un second cœur qui bat en elle. »

« Ces derniers temps, elle a renoncé à comprendre pourquoi certaines choses se produisaient. Cela ne sert à rien, à rien du tout. Ce qui doit arriver arrive, souvent sans raison. Mais là, c’est autre chose. Que ça arrive, que ça commence, qu’une vie soit prête à venir au monde alors que tant de gens semblent se détacher d’elle, comment est-ce possible ? »

 

Anna McPartlin – Les derniers jours de Rabbit Hayes **

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Éditeur : Pocket – Date de parution : février 2017 – 480 pages

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Mia Hayes, alias Rabbit, est atteinte d’un cancer en phase terminale, qui a fini par ronger insidieusement ses os… C’est dans une maison de soins palliatifs qu’elle passe ses derniers jours. Dès le début, nous savons que Rabbit va mourir. Les dés sont jetés, aucune surprise ne nous attend au tournant. Les uns après les autres, ses proches défilent dans sa chambre et les souvenirs de chacun resurgissent : l’enfance de Rabbit, son grand amour de jeunesse Johnny… Parents, frère et sœur, meilleure amie, tous se souviennent de la petite Rabbit, haute comme trois pommes, malicieuse et attachante. Et il y a Juliet, sa fille, à qui l’on cache pour le moment la terrible vérité.

Au début, je tourne les pages à toute allure, emportée par la douce amertume et la tendresse qui se dégagent des pages. Mais très vite je me lasse et me sens déçue par l’écriture, somme toute assez banale ; les dialogues sont plats et sonnent creux. Quant aux personnages, ils brillent pas leur absence d’épaisseur psychologique, ils pourraient être interchangeables.

Au vu des critiques unanimement élogieuses, je m’attendais à un roman bouleversant ; je m’attendais au moins à verser une petite larme (je suis quand même facilement émue). Mais je me suis franchement ennuyée et ne suis pas parvenue à m’attacher aux personnages, et surtout, à croire à cette histoire. C’est bien cela le problème : je n’y ai pas cru. Page après page, j’ai cherché l’émotion attendue, en vain. La mayonnaise n’a hélas pas pris… et pourtant j’aurais voulu aimer ce roman !

Mary Costello – Academy Street ***

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Éditeur : Points – Date de parution : avril 2016 – 188 pages

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Tess a sept ans à la mort de sa mère. Dans une confusion des sentiments, elle prend conscience qu’elle ne la reverra jamais, que sa mère est allongée dans son cercueil dans sa robe bleue, six pieds sous terre. Avec son père, ses frères et sœurs, ils habitent la campagne d’Easterfield,  non loin d’un campement de romanichels. La petite fille est intriguée et fascinée par eux. Peu après avoir assisté malgré elle à la veillée funèbre d’une enfant romanichelle de son âge, Tess perd sa voix. Pour un temps.

Une enfant qui devient adolescente puis femme, mère, grand-mère. Page après page, année après année, nous voyons Tess grandir, et quitter un beau jour son Irlande natale pour suivre sa sœur Claire à New York, où elle va poursuivre ses études d’infirmière et débuter sa carrière. Le roman nous livre ses rencontres, ses amis, son unique amour. Se déroule sous nos yeux la vie de cette femme éprise de solitude. Cette solitude fondamentale ancrée en elle depuis la mort de sa mère ; une perte qu’elle portera en elle toute sa vie.

Un roman court mais étonnement dense et émouvant, qui dresse le portrait d’une femme attachante, forte malgré ses démons intérieurs. J’ai aimé le regard que Tess porte sur la vie, son rapport au monde. Mary Costello déploie une écriture sensible, qui met en relief les émotions et les sentiments de cette femme avec beaucoup de justesse.

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« Récemment, l’idée que tout ce qui l’entoure, tout ce qui compte et l’émeut – les arbres, les champs, les animaux – cultive sa propre vie, ses propres pensées, a enfoncé en elle ses racines. Si une chose est vivante, se dit-elle, elle a forcément des souvenirs. »

« Il lui semblait parfois qu’elle était abandonnée sur une île, un abîme, large et noir, la séparant de l’amour humain dans son ensemble. Elle pensa à Claire, des années plus tôt, à sa maison et son jardin dans le New Jersey, et à la façon dont tout change, s’achève ou disparaît, comme le ferait cette journée, cet instant. Elle regarda autour d’elle. Et vous aussi, vous disparaîtrez tous. »

Paula McGrath – Génération **

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Éditeur : La Table Ronde – Date de parution : janvier 2017 – 223 pages

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De 1958 à 2027, et de Chicago à Kyoto, en passant par l’Irlande, ce roman nous transporte dans le temps et l’espace. Dans une ferme bio de l’Illinois, autour de Joe le propriétaire de l’exploitation, vont se croiser plusieurs personnages, plusieurs destins vont graviter les uns autour des autres. Il y a Carlos, qui traverse régulièrement la frontière mexicaine, pour subvenir aux besoins de sa femme et des ses filles ; Judy, fille d’immigrés allemands, qui se laisse dépérir et grossir en l’absence de son fils ; Áine fraîchement débarquée d’Irlande pour faire du wwoofing – du volontariat – au sein de la ferme de Joe et qui ne s’attend vraiment pas à ce qu’elle va découvrir…

Les premières pages sont un peu déroutantes, beaucoup de personnages apparaissent sans que l’on comprenne les liens entre eux ; puis les pièces du puzzle se mettent en place, s’imbriquent peu à peu les unes dans les autres. Des personnages qui ont tous en communs le fait de venir d’ailleurs, ou d’être fils ou filles d’immigrés.

J’ai aimé cette idée de destins croisés et cette réflexion sur la transmission de génération en génération que Paula McGrath déroule tout au long de son roman ; mais j’avoue être restée sur ma faim : j’aurais aimé en savoir plus sur certains personnages, j’ai eu l’impression de survoler les chapitres sans avoir le temps de m’attacher à l’un ou l’autre. Génération reste une lecture agréable, que j’ai lu d’une traite et dont l’atmosphère m’a plu.

Merci aux éditions de La Table Ronde pour cette lecture !

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« La puberté, ça a été comme se réveiller pour découvrir que j’avais été en prison toute ma vie, mais que le gardien avait laissé la porte ouverte. »

Kate O’Riordan – La fin d’une imposture ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : janvier 2017 – 437 pages

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La veille de Noël, deux policiers frappent à la porte d’une jolie maison d’une banlieue chic de Londres. La nouvelle qu’ils ont à annoncer va bouleverser irrémédiablement la famille de Rosalie et Luke ; leur fils, Rob, s’est noyé en Thaïlande. Cette annonce est le début d’une lente désagrégation familiale. Des mois de descente aux enfers vont suivre au sein de cette famille, dont le couple est déjà fragilisé par l’infidélité du mari. Leur fille Maddie, rongée par le chagrin, est persuadée d’être responsable de la mort de son frère ; quelques mois plus tard, elle se retrouve internée en hôpital psychiatrique, à la suite d’une violente agression dont elle ne veut rien dire.

Alors que mère et fille participent à une thérapie de groupe, elles font la connaissance de Jed Cousins, un jeune homme terriblement charismatique. La descente aux enfers semblent cesser depuis son arrivée dans leur vie : Maddie retrouve le sourire, Rosalie et Luke semblent soulagés. La présence de Jed produit un effet miraculeux sur leur vie de famille. Mais d’ou vient-il ? Qui est-il vraiment ?

Le mystère s’installe, dans une atmosphère très dérangeante. Le thriller psychologique se tisse au fil des pages, et remplace peut à peu la tragédie familiale. Le diable semble se tapir dans le moindre détail de ce huis clos familial au sein duquel un jeune homme venu d’on ne sait où s’est fait une place.

Un thriller machiavélique, où la question du divin et du diable n’est jamais loin, qui nous donne des nœuds au ventre et quelques bonnes sueurs froides. J’avais hâte de terminer ce bouquin, à la fois pour connaître le fin mot de l’histoire, mais aussi pour sortir de cette atmosphère vraiment oppressante…

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« Rosalie eut-elle un pressentiment entre la cuisine et l’entrée ? Elle se poserait par la suite des centaines de fois la question. Peut-être était-ce la tentative vaine de revivre un dernier instant ordinaire avant que sa main ne se tende vers la porte. N’importe quel dernier instant normal avant que le battant s’ouvre, et que leur famille soit à jamais bouleversée. »

Paul Lynch – Un ciel rouge, le matin ***

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Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : 2015 – 282 pages

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Irlande, 1832. Coll Coyle est un métayer qui vient d’apprendre qu’il va être expulsé avec sa famille de la terre qu’il exploite. Il décide d’aller s’expliquer avec le fils du puissant propriétaire Hamilton. Mais la confrontation entre les deux hommes tourne au drame : Coyle porte un coup mortel à Hamilton et il n’a plus d’autre choix que de fuir… C’est le début d’une véritable chasse à l’homme.

C’est un très beau roman, porté par une écriture finement ciselée et incroyablement poétique. Le style est fluide, les dialogues ne se distinguent pas de la narration, ils se fondent dans le corps du texte.

On est littéralement parachutés au début du XIXème siècle en Irlande, puis nous traversons l’Atlantique jusqu’aux Etats-Unis… Nous fuyons en même temps que Coll Coyle, qui fini par se retrouver en Pennsylvanie, participant à la construction du chemin de fer.

L’écriture est somptueuse, il n’y a pas d’autres mots. L’univers de ce roman m’a beaucoup fait penser à ceux de Ron Rash, en dépeignant un monde sans pitié, plongé dans un extrême dénuement.

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« Les lieux sont de plus en plus étrangers, il se retrouve enfin sous les mélèzes qu’il escaladait dans son enfance. Devant lui, un champ qu’il a l’impression de connaître, mais différent malgré tout, moins en raison de la nuit que le couvre que de son regard à lui, qui n’est plus le même. »

« Le vent exhale de longs soupirs, les feuilles tiennent fermement aux branches, seul l’automne les décrochera. Le monde s’enfonce dans la nuit, les oiseaux enfouissent la tête sous leur aile. Il règne un grand silence jusqu’à ce que les nuages crèvent, et un déluge descend sur la terre impassible, la vieille terre tremblante qui tourne le dos au soleil déclinant. »