Vehlmann & Kerascoët – Jolies ténèbres ***

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Éditeur : Dupuis – Date de parution : 2017 – 112 pages

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C’est l’histoire d’une petite femme, Aurore, qui prend le thé avec un jeune prince distingué. Soudain, le monde autour d’eux s’effondre, coule, les englue, les noie. Ils parviennent à s’échapper… ils se retrouvent à l’extérieur, dans une clairière. On découvre alors qu’il s’agit d’une multitude de petits êtres qui sortent d’un cadavre de fillette. Hé oui, la demeure d’Aurore n’était rien d’autre que le cadavre d’une enfant gisant abandonnée dans les sous-bois. Normal quoi !

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Mélange d’horreur et de naïveté, de glauque et de merveilleux… Frissons de dégoût ou mignonitude, on passe de l’un à l’autre de ces sentiments en quelques secondes. Une BD on ne peut plus dérangeante et déroutante qui prend les traits d’un conte cruel.

La beauté des images tranche avec la cruauté de beaucoup de scènes. Il y est question de mort, de meurtre, d’abandon ; c’est sanglant et purulent et pourtant les personnages sourient et ont la banane. C’est glauque aussi. En refermant ce roman graphique, je n’ai qu’un mot à la bouche : terrible ! Jolies Ténèbres est un véritable ovni graphique.

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Joann Sfar – Aspirine **

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Éditeur : Rue de Sèvres – Date de parution : juin 2018 – 130 pages

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Aspirine est un vampire coincé depuis 300 ans dans le corps d’une adolescente. Depuis trois siècles, Aspirine traîne sa crise d’adolescence et son physique ingrat derrière elle comme des boulets… Elle envie sa sœur qui a toujours eu vingt-trois ans et se venge en égorgeant tous ses amants. Puis, elle fait la connaissance d’Idgor en cours de philosophie, après avoir été tentée de vider de son sang leur professeur.

Aspirine est cruelle, haineuse et grossière et son passe-temps favori est de mordre les gens qu’elle croise. C’est donc un personnage qui n’est vraiment pas attachant. Quant à Idgor, il est sans contours, un peu fade et amorphe, sans couleurs face à la chevelure flamboyante de l’adolescente vampiresque. Toujours en quête de magie à apporter à sa vie infusée aux jeux de rôle, Idgor est tout de suite fou d’Aspirine. Il devient son serviteur, pour ne pas avouer qu’il est son seul ami… ensemble ils cherchent une solution à la rage qui anime la jeune fille trois fois centenaire.

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Ce roman graphique de Joann Sfar m’intriguait beaucoup. J’ai découvert l’auteur avec l’œuvre réalisée en collaboration avec Véronique Ovaldé – qui m’avait conquise – et son adaptation du Petit Prince – qui m’avait touchée. Mais avec Aspirine, j’ai été plutôt déçue : au fil des pages, un ennui grandissant m’a assailli et le langage très vulgaire et grossier d’Aspirine m’a profondément agacée. C’est une BD qui a beaucoup de potentiel mais qui, à mon sens, manque cruellement de poésie.

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Frédéric Rébéna – Bonjour tristesse ***

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Éditeur : Rue de Sèvres – Date de parution : avril 2018 – 96 pages

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1954. Cécile passe l’été de ses dix-sept ans dans une villa en bord de mer, avec son père Raymond, en pleine crise de la quarantaine, et sa toute jeune conquête amoureuse, Elsa. Cécile et son père ont une relation fusionnelle, faite de plaisirs et d’insouciance. Cécile connaît ses premières étreintes avec Cyril et se met à l’écriture d’un roman au fil du temps qui passe. L’arrivée d’Anne« L’orgueilleuse, l’indifférente Anne Larsen » – une vieille amie de la famille, va perturber l’équilibre de ses vacances. Pourquoi vient-elle ?

Cécile est une adolescente en butte avec le monde, au caractère cruel ; mal dans sa peau, elle n’a pas sa langue – fourchue – dans sa poche. Anne est une femme stricte et moralisatrice, qui aime la culture, les bonnes manières et l’intelligence… Dès son arrivée, un subtil affrontement commence entre les trois femmes. Elsa est vite évincée. Quant à Cécile, elle craint de perdre la complicité qui la lie à son père, ainsi que leurs libertés. Cécile se plonge dans l’écriture et réfléchit à un moyen d’écarter la présence menaçante d’Anne ; la fin de son roman, elle la connaît déjà.

J’ai lu le roman de Sagan il y a quelques années et je dois avouer que je ne m’en souviens qu’à moitié… L’adaptation graphique de Frédéric Rébéna est un très bel objet graphique que j’ai lu d’une traite, le temps d’une soirée. Les premières bulles annoncent d’emblée la fin, tragique. La beauté des illustrations épouse la froideur et la distance du texte ; peu à peu, nous ressentons un effet de malaise. Le contraste entre le cadre idyllique – un ciel dans le bleu duquel on a envie de se noyer – et le venin qui coule dans les veines de ces femmes est saisissant. Il me reste à relire le roman de Sagan pour comparer mes deux lectures…!

 

Maïté Verjux – Petite balade et Grande Muraille ***

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Éditeur : Fei – Date de parution : janvier 2018 – 180 pages

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À travers ses dessins, Maïté nous raconte son voyage en Chine ; à l’âge de vingt-trois ans, la jeune femme décide de partir à 8000 kilomètres de chez elle pour trois mois afin de changer d’air et de décor et d’expérimenter la communication par le dessin, sans avoir rien lu sur le pays, sa culture et ses mœurs et sans parler un mot de chinois – juste quelques bases en anglais. Maïté loge à Pékin dans une drôle de collocation où tout le monde s’entasse dans une minuscule chambre ; elle ne sera rejointe qu’un mois plus tard par une amie. Avec humour, l’auteure croque chaque visage et chaque personnalité qu’elle croise dans cet appartement et dans cette ville qui ne cesse de la déconcerter.

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La barrière de la langue lui fait ressentir une grande solitude ; une solitude paradoxale car en Chine, la foule semble vouloir nous engloutir à chaque coin de rue, au même titre que la pollution.

Une très chouette BD, bourrée d’humour, qui se déguste rapidement. Les dessins de Maïté Verjux fourmillent de détails souvent drôles sur ce périple de trois mois pendant lesquel le second degré et le dessin seront ses alliés les plus précieux pour survivre au mal du pays.

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BD lue dans le cadre d’une Masse critique Babelio !

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Jim & Mig – Un petit livre oublié sur un banc ****

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Éditeur : Grand Angle – Date de parution : mars 2014

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Camélia trouve un livre sur un banc. Intriguée, la jeune femme lit les premières lignes puis le rapporte chez elle. Si elle le trouve ennuyeux au début, elle finit par le dévorer. Elle le lit, puis le relit. Remarque des mots qui sont entourés en rouge et découvre que, mis bout à bout, ils forment une phrase… Commence alors une drôle de quête – enquête – pour la jeune femme, qui se saisit de ce prétexte pour s’extraire d’une vie de couple peu épanouissante et d’un quotidien qui ne l’excite plus, dans lequel elle a l’impression de s’enliser – en couple depuis douze ans, son mec passe sa vie sur les écrans – que ce soit la télévision, ou son téléphone dernier cri.

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Les deux tomes de ce roman graphique très addictif se dévorent à toute allure ! Le scénario nous tient en haleine, à la façon d’un savoureux polar. On découvre une histoire pétillante et intelligente, au suspense savamment travaillé et au charme fou.

Un vrai plaisir de lecture qui nous offre une réflexion sur le couple et l’amour mais aussi sur la lecture et la littérature et leur nécessité à l’ère du numérique et des écrans.

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Isabelle Arsenault & Fanny Britt – Louis parmi les spectres ***

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Éditeur : La Pastèque – Date de parution : octobre 2016 – 160 pages

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« Je me souviens qu’en dehors des voitures de police banalisées, rien, nulle part, dans ma vie, n’est simple. »

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Après avoir eu un coup de ❤ pour Jane, le renard et moi, c’est avec bonheur que j’ai retrouvé le duo créateur Isabelle Arsenault & Fanny Britt. Dès les premières pages, l’émotion était au rendez-vous, encore une fois.

On découvre l’histoire de Louis et de son petit frère Truffe – l’innocence incarnée. Des parents qui se séparent. Deux frères qui se trouvent alors ballotés entre un père alcoolique et une mère angoissée.

 

Louis est amoureux de Billie, une « sirène à lunettes, une tempête de pluie, une fontaine à chocolat, une reine muette » qu’il n’ose pas aborder. Elle parle peu, défend les opprimés de la cour de récré et lit un livre par semaine.

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Des dessins en noir et blanc – l’intervention de la couleur symbolisant l’espoir et ces petits bonheurs qui font irruption dans un quotidien souvent terne et triste. Crayon et aquarelle. Délicatesse, douceur et poésie composent ce roman graphique. Un vrai moment de poésie, une lecture en suspension.

Loïc Clément & Anne Montel – Chaussette ***

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Édition : Delcourt Jeunesse – Date de parution : avril 2017

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Chaussette est une petite mamie qui habite la maison d’à côté. Merlin n’a jamais réussi à prononcer son nom correctement : Josette est devenue Chaussette… et l’est restée. Chaussette a sa petite routine, rassurante. Tous les jours de la semaine, elle emprunte le même parcours avec Dagobert, son petit chien fougueux. Jusqu’au jour où Dagobert ne l’accompagne plus… Merlin se met alors à suivre la petite mamie, à la recherche d’un sens à donner à cette routine brisée.

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Un roman graphique adorable, aux dessins simples et touchants, qui évoque la perte et l’absence avec justesse. Une lecture tout en simplicité, qui m’a fait sourire, beaucoup, et pleurer, un peu… Des couleurs soyeuses, un soucis du détail et une fraîcheur dans le trait de crayon. Une lecture douceur de vivre & indispensable, qui se déguste comme une viennoiserie !

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