Olivier Norek – Surface ****

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Pocket – mars 2020 – 394 pages

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La capitaine de police Noémie Chastain reçoit une décharge de fusil de chasse en plein visage pendant une descente dans l’appartement d’un narco-trafiquant. Nous la retrouvons quelques heures plus tard sur son lit d’hôpital, à sa sortie du bloc opératoire. Une quinzaine de plomb ont atteint la partie droite de son visage comme autant d’étoiles inscrites dans sa chair ; une cicatrice en forme de croissant de lune est désormais gravée sur sa joue droite.

Dans le miroir, Noémie ne se reconnaît pas ; cette femme défigurée ne peut pas être elle. Et puis son homme prend la fuite… Alors désormais, elle sera No, tout court.

No n’a qu’une hâte, réintégrer son poste à la brigade des Stups pour se jeter à corps perdu dans le travail. Mais le prestigieux 36 Quai des Orfèvres ne veut plus de cette capitaine de police hier encore héroïne nationale… On prépare sa mise au placard en l’envoyant un mois dans l’Aveyron, à Decazeville, un petit village bien trop paisible.

Surface est un polar qui se révèle fascinant dès les premières pages. L’écriture me captive dès les premiers mots. Noémie Chastain est un personnage très singulier, blessée et attachante. On se prend d’affection pour elle immédiatement ; sa vulgarité, son franc parler, sa vulnérabilité qu’elle masque avec une ironie et une répartie sans pareilles. Un portrait de femme unique ! Olivier Norek nous livre un thriller efficace et percutant, à l’intrigue bien ficelée et aux nombreux rebondissements jusqu’à la dernière page…! Une vraie réussite

Seo Mi-Ae – Bonne nuit maman ***

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Matin Calme – mars 2020 – 360 pages

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« Quel est votre plus vieux souvenir? »

Seon-gyeong est criminologue ; elle donne des cours à la fac sur les tueurs en série. Elle aime s’interroger sur l’enfance des assassins… Un jour, elle apprend que Lee Byeong-do souhaite s’entretenir avec elle ; Lee Byeong-do, c’est le tueur en série qui a défrayé la chronique il y a quelques années en enlevant et assassinant treize femmes en l’espace de 3 ans. Depuis une année, il est sous les verrous. Pourquoi souhaite-t-il la voir, elle ? Alors qu’il ne la connaît pas et qu’il a toujours refusé de voir qui que ce soit.

Cet homme au visage si séduisant… Qui pourrait penser aux atrocités dont il est capable ? Le Diable avec un visage d’ange… On en apprend davantage sur son passé – les origines de la violence. Son enfance et sa relation avec une mère violente qui l’a meurtrie et lui a lacéré l’âme avec ses mots haineux, le torturant au rythme d’une seule et même mélodie, qui ne le quittera jamais et qu’il fredonnera à chacune de ses victimes… Maxwell’s Silver Hammer des Beatles.

Parallèlement, le mari de Seon-gyeong revient un soir avec la fille qu’il a eu de son premier mariage. Sa mère s’est suicidée et ses grands-parents viennent de mourir dans un incendie ; un incendie pour le moins suspect. La fillette a un comportement étrange, elle est peu bavarde. Elle semble en vouloir à Seon-gyeong et sa présence lui fait froid dans le dos.

Bonne nuit maman est un thriller psychologique implacable, addictif et angoissant à souhait qui explore la question des maltraitances infantiles et leur impact sur l’humain en devenir. Une fois commencé, on ne peut plus le lâcher. Page après page, l’atmosphère s’assombrit, l’horreur se diffuse et nous nous retrouvons captif de cette intrigue habilement ficelée.

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Xavier de Moulins – La vie sans toi **

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JC Lattès – mars 2019 – 304 pages

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Eva et Paul sont restés ensemble malgré le drame qui les a ébranlés il y a 8 ans. Eva passe sa vie à voyager pour le travail, sauter dans l’Eurostar pour Londres, attraper des vols pour l’Amérique du Sud. Tout ça pour gérer l’argent des riches. Les rendre encore plus riches. Elle vit à cent à l’heure, immergée dans les chiffres, le monde de la finance. Les sables mouvants des marchés financiers. Quant à Paul, il peint dans son atelier – il se retrouve en panne d’inspiration alors que son exposition a bientôt lieu.

Le père s’est réfugié dans sa peinture et la mère dans son travail.

Les voix de l’homme et de la femme alternent, chapitre après chapitre. Les Je se succèdent, se répondent. Qu’est ce qui les ronge depuis 8 ans ?

Eva fait la connaissance d’Andreas Serain, comme serein mais avec un a. Un homme doux et mystérieux. Qui l’attire dans ses filets. Parfaite occasion pour la mère de famille meurtrie de s’extraire de cette vie peuplée par les fantômes du passé.

Décidément les thrillers ne me réussissent pas ces derniers jours. Encore une déception. La vie sans toi est un thriller psychologique avec une pointe de surnaturel sur le deuil, les fantômes du passé qui s’est révélé bien vite addictif et dont j’ai tourné les pages avec avidité. Mais quelle fin décevante ! Un retournement de situation auquel je n’ai pas cru le moins du monde ; la dissociation d’identité, voie de la facilité ? …

Salvatore Minni – Anamnèse *

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Slatkine & Cie – octobre 2019 – 288 pages

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Chaque nuit, Marie rêve d’une femme en sang, poignardée, qui la supplie. Chaque matin, elle se lève, en état de choc, pour aller travailler. Elle est psychanalyste, elle reçoit ses patients et analyse leurs rêves – des cas souvent complexes et délicats. Parmi eux, Jack Lee, un homme profondément torturé et versatile, traumatisé par la mort de sa femme et de sa fille. Quand Marie ne cauchemarde pas, elle reçoit des appels d’un homme qu’elle ne connaît pas et qui l’appelle Vanessa et réclame vengeance…

Un thriller étrange et tortueux qui distille l’angoisse petit à petit. Des personnages énigmatiques mais avec finalement assez peu de profondeur et une intrigue sombre et surprenante, qui nous égare beaucoup trop. Ajoutez à cela des dialogues un peu guindés… Quelle déception ! J’ai fini par trouver ce thriller complètement tiré par les cheveux avec un retournement de situation incompréhensible et une fin alambiquée. Bref, j’ai cru tout comprendre au bout de 100 pages pour finir par ne plus rien comprendre du tout.

David Grann – La Note américaine ***

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Pocket – avril 2019 – 432 pages

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Au XVIIème siècle, les Indiens Osages ont dû quitter leurs terres du Kansas pour être parqués dans une réserve de l’Oklahoma. A la fin du XIXème siècle, on découvre qu’un océan de pétrole coule sous leur réserve… l’or noir. Une véritable hystérie contamine les foules ; les vautours blancs et les colons les plus avides se mettent à affluer dans la région, attirés comme des mouches.

« Les Blancs nous ont regroupés ici dans ce coin perdu, l’endroit le plus aride des Etats-Unis, en pensant : ‘On va envoyer ces Indiens dans la rocaille et on les laissera là.’ Maintenant que ces cailloux valent des millions, tout le monde veut venir ici et repartir les poches pleines. »

Années 1920. Un matin, Anna, la sœur de Mollie, ne rentre pas à la maison. Une semaine après, son corps est découvert. Une balle dans la tête. Au même moment, le corps de Charles Withehorn est retrouvé. Anna et Charles, deux riches Osages trentenaires. L’un après l’autre, les plus riches Osages sont assassinés. Les morts suspectes se succèdent dans l’entourage de Mollie et au sein de la tribu osage, peu à peu rongée par la terreur : attentats, empoisonnements, balles dans la tête, incendies…

L’époque est tellement sanglante qu’elle sera appelée Le Règne de la terreur. Tous ceux qui enquêtent et s’approchent trop près de la vérité finissent par trouver la mort… Une seule question se retrouve sur toutes les lèvres : « Qui sera le prochain? »

C’est finalement le tout jeune FBI, qui à l’époque s’appelle encore le BOI – Bureau Of Investigation -, dirigé par Egdar Hoover, qui se charge de l’enquête. Tom White va diriger une équipe spéciale… Un ancien shérif qui se glisse dans la peau d’un vieux gardien de troupeau du Texas, un Ranger qui apparaît sous les traits d’un éleveur de bétail, un vendeur d’assurances, un Indien qui se fait passer pour un chaman à la recherche de membres de sa famille.

La Note américaine est un documentaire sur une page de l’histoire américaine souvent occultée. Un récit absolument fascinant, remarquablement écrit et mené tambour battant que j’ai dévoré à toute allure, éprouvant effroi et terreur, comme si j’étais plongée dans un thriller.

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« L’Histoire est un juge impitoyable. Elle expose au grand jour nos erreurs les plus tragiques, nos imprudences et nos secrets les plus intimes ; elle jouit de son recul sur les événements avec l’arrogance d’un détective qui détiendrait la clé du mystère depuis le début. »

Richard Lange – La dernière chance de Rowan Petty ***

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Albin Michel – février 2019 – 416 pages

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Rowan Petty est un escroc en fin de parcours : ses arnaques commencent à s’essouffler. Quand il n’arnaque pas les petits vieux et les veuves esseulées, il triche au poker pour joindre les deux bouts. Sa femme l’a quitté pour un autre il y a dix ans, sa fille ne lui adresse plus la parole depuis des années…

Et puis un jour, il reçoit l’appel de Don, un vieil ami de son père qui lui propose une mission de la dernière chance : filer à Los Angeles où seraient planqués 2 millions de dollars détournés en Afghanistan par des soldats américains. Le souci, c’est que l’info provient d’un détenu complètement camé… Alors y croire ou pas ?

Los Angeles, ville de tous les fantasmes, ville qui miroite dans ses yeux… C’est aussi celle de tous les camés et paumés. Mais Los Angeles, c’est surtout la ville où vit sa fille, Sam. Alors Rowan accepte de se lancer dans l’aventure, avec l’aide de Tinafey, une prostituée black croisée dans la rue, et en profite pour revoir sa fille. Il ne sait pas encore que c’est sa vie qu’il engage.

Le dernier roman de Richard Lange réunit tous les ingrédients pour en faire une lecture addictive. Une intrigue parfaitement menée qui tient en haleine, un escroc attachant pour lequel on ressent énormément d’empathie et un roman aux forts accents de thriller. La dernière chance de Rowan Petty, c’est aussi un roman sur la parentalité ; Rowan et le sentiment de honte qu’il le hante face à l’abandon de sa fille, sa culpabilité, ses petites trahisons mesquines. La relation de Rowan et Sam met aussi en lumière le système de santé américain catastrophique.

Lecture faite dans le cadre du #PicaboRiverBookclub

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« Ils n’en finissaient plus de monter quand, brusquement, ils sortirent du canyon et se retrouvèrent sur une route où chaque virage révélait une vue différente sur Los Angeles et son quadrillage orangé s’étalant à l’infini. Le spectacle de la ville tentaculaire enchanta Petty. Tant de rues, connectant tant de gens. »

Celle qui s’enfuyait – Philippe Lafitte ***

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Éditeur : Grasset – Date de parution : mars 2018 – 224 pages

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Phyllis est une femme de soixante ans, afro-américaine, qui a choisi de vivre dans un petit hameau du sud de la France, où vivent à peine une centaine d’âmes. Éloignée volontairement de toute civilisation, elle y vit paisiblement avec sa chienne Douze. Quand elle ne court pas dans les bois, elle écrit des polars sous pseudonymes.

Un matin dans les bois, Phyllis se fait tirer dessus. C’est Douze qui meurt sous les balles. Qui est cet homme qui roule en clinquante Mercedes de location et qui en a après elle ? Pour le savoir, nous plongeons par intermittence dans le passé empreint d’ombres de ces deux personnages – Phyllis et Corso -, tous deux originaires de New York. Se dessinent en toile de fond les émeutes des années 60 aux Etats-Unis, le conflit racial, les violences policières…

Celle qui s’enfuyait est un roman qui se révèle peu à peu passionnant, et plus profond qu’il n’y paraît au premier abord. L’écriture de Philippe Lafitte, fine et ciselée, nous plonge dans le passé de Phyllis et Corso, tous deux orphelins de père, tous deux ayant grandi dans la rage et le désir de se venger, de s’en sortir et de se battre pour ça. Il s’agit d’obtenir réparation.

La fuite dans ce roman est à double tranchant : c’est une fuite dans l’imagination et une fuite d’un pays à l’autre. Un beau roman énigmatique qui prend les traits d’un thriller psychologique prenant qui m’a agréablement surprise.

« Elle continua de courir, oubliant la douleur du corps et de l’exil, fourmi obstinée perdue dans un paysage de sauvagerie et d’harmonie féroce. Un espace qui l’envahissait et la protégeait de tout. »