Rosa Montero – L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir ***

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Éditeur : Métailié – Date de parution : janvier 2015 – 177 pages

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« Comment manier la substance toujours radioactive de la réalité. »

Rosa Montero est contactée par une éditrice pour réaliser la préface du journal que Marie Curie a tenu après la mort de son mari, Pierre Curie. Très vite, les mots de « Mme Curie » s’impriment en elle et lui rappellent sa propre histoire : la mort de son mari il y a quelques années, le deuil impossible. Les douleurs des deux femmes se font écho l’une à l’autre.

Dès les premières pages, j’ai senti que ce récit serait bouleversant ; l’auteure mêle sa propre vie, intime, à celle de la célèbre scientifique, sous la forme d’une biographie tout à fait originale. Rosa Montero se retrouve beaucoup dans l’écriture de Marie Curie ; lire son journal semble l’avoir aidée à guérir.

Ecrire la préface de ce journal permet à l’auteure de mettre des mots sur la douleur que cause la perte de l’être aimé, et son absence irrémédiable. La romancière évoque également le sens de la mise en récit : comment le fait de mettre en mots sa vie, de la raconter, permet de lui donner un certain sens. Elle souligne les liens entre l’écriture, la fiction et la réalité. Car pour Rosa Montero, « trouver du sens au récit de la vie est un acte de création ».

C’est un livre puissant ; Marie Curie est admirablement racontée et décrite par l’auteure. Elle apparaît comme une femme fascinante, sur laquelle j’en ai beaucoup appris. Il s’agit de la première femme à recevoir un prix Nobel, puis deux, à être diplômée en sciences à la Sorbonne, à obtenir un doctorat de sciences en France, à avoir une chaire

De belles et magistrales réflexions sont développées sur la femme et sa place dans le monde, l’écriture, la mort, l’absence et la perte de l’être aimé… On a l’impression que l’auteure nous offre une véritable nourriture spirituelle et intellectuelle. On se nourrit de ses mots, qui sonnent de façon tellement juste.

Sont évoquées également toutes ces coïncidences entre vie et écriture, comment les deux se font écho de façon parfois magique, ou tragique. Ce livre est un petit bijou qui tente de mettre des mots sur ce qui n’a justement pas de mots

– Le seul petit bémol : les hashtags qui reviennent fréquemment. Je n’ai pas réellement compris leur utilité…

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« Parfois, j’ai l’impression que l’on se déplace dans la vie en passant et repassant toujours aux mêmes endroits, comme dans un jeu de l’oie déconcertant. »

« La douleur véritable est ineffable, elle nous rend sourds et muets, elle est au-delà de toute description et de toute consolation. La douleur véritable est une baleine trop grande pour être harponnée. Et pourtant, malgré ça, les écrivains s’efforcent de poser des #Mots sur le néant. Nous jetons des #Mots comme on jette des cailloux dans un puits radioactif jusqu’à le combler. »

« Oui, les peines d’amour ouvrent des abîmes insoupçonnés, des spasmes d’agonie qui, je crois, se rapportent en réalité à autre chose, qui vont au-delà de l’histoire d’amour particulière, qui touchent à quelque chose de très basique dans notre construction émotionnelle. »

« Pour vivre, nous devons nous raconter. Nous sommes un produit de notre imagination. »

« Les êtres humains se défendent de la douleur insensée en l’ornant de la sagesse de la beauté. Nous écrasons du charbon à mains nues et nous réussissons parfois à faire ressembler ça à des diamants. »

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