Audur Ava Ólafsdóttir – Miss Islande ***

LeVieuxJardinAW+

Zulma – 2019 – 261 pages

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Hekla doit son prénom à son père, fasciné par les volcans depuis toujours. Alors qu’elle n’a que quatre ans, le volcan dont elle porte le prénom entre en éruption et son père l’embarque pour le voir d’un peu plus près… L’enfant reviendra de cette excursion métamorphosée, prenant l’habitude de disparaître pour aller contempler le ciel, les nuages, les étoiles.

En 1963, Hekla a 21 ans lorsqu’elle quitte la ferme de ses parents dans les Dalir et débarque à Rekjavik. A peine arrivée, on lui propose déjà de participer à Miss Islande… De façon agaçante, tout le monde ne semble voir en elle qu’une future reine de beauté – Miss Islande doit savoir coudre, cuisiner comme un cordon bleu, être impeccable. Mais Hekla n’est venue dans la capitale que pour une seule chose : accomplir son destin et devenir écrivaine.

Elle retrouve son amie d’enfance Ísey si bavarde, qui accumule les mots comme des trésors et se cache pour les inscrire dans son journal, fabrique des histoires sur tout et rien – comme pour oublier qu’elle a 22 ans et déjà 2 enfants et qu’elle ne bougera jamais. Elle retrouve aussi Jón John, son premier amant et meilleur ami, qui rêve de devenir costumier au Théâtre National, et se cache pour aimer des hommes.

Les années 60 à Rekjavik ne sont pas idylliques… Les homosexuels sont presque des criminels, le patriarcat est écrasant et le sexisme omniprésent.

Quel plaisir de retrouver la plume rafraîchissante de l’autrice de Rosa Candida. Audur Ava Ólafsdóttir possède une écriture insolite empreinte d’une douce malice – un humour discret mais efficace – et nous offre un roman féministe sur la création, l’écriture, la liberté« Arrange toi pour qu’arrive ce qui n’arrive pas. Fais que les mots deviennent chair. »

C’est poétique et profondément mélancolique. Avec des personnages qui rêvent, beaucoup. C’est aussi un touchant portrait de femme qui se dessine sous nos yeux – Hekla et son tempérament farouche, fougueux, qui devra choisir entre l’amour et la création. J’ai tout aimé de ce roman islandais, sauf la fin qui m’a laissé le coeur pincé et surpris.

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Florence Hinckel – Renversante ***

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école des loisirs – février 2019 – 104 pages

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Dans le monde de Léa et Tom, les rues et les établissements scolaires ont des noms de femmes célèbres et ce sont les hommes qui s’occupent des enfants et du ménage car « c’est bien connu, les hommes ont en moyenne une plus grande force physique que les femmes. Il paraît qu’ils ont aussi le cœur mieux accroché. Ça leur donne une plus grande capacité à supporter les trucs un peu dégueulasses et qui puent comme le caca et le vomi d’un bébé ou encore le nettoyage des sanitaires d’une maison. » En grammaire c’est le féminin qui l’emporte sur le masculin. Léa et Tom vivent dans une société matriarcale ; les femmes accèdent naturellement aux postes les plus importants et les hommes récoltent harcèlement de rue et compagnie.

C’est dans ce contexte que le papa de Léa lui demande d’observer le monde qui l’entoure et d’écrire sur la place des hommes et des femmes dans la société.

Avec un ton caustique, Florence Hinckel tourne en ridicule tous les préjugés et les pensées sexistes en donnant vie à ce monde parallèle où les rôles sont inversés entre les hommes et les femmes. Le sexisme et ses remarques deviennent grotesques. C’est drôle et excessif. Et ça produit son petit effet ! Un bouquin drôle et intelligent – une réflexion originale sur la place des femmes et des hommes dans la société – qui nous invite à changer de point de vue, et qu’il est nécessaire de glisser dans toutes les bibliothèques d’enfants et adolescents, histoire de réveiller les consciences le plus tôt possible.

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« Est-ce que tout ce que l’on vit ne serait pas juste une question de point de vue ? Je ne savais plus bien, et ça m’a collé le vertige… »