Bruno Masi – La Californie **

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JC Lattès – janvier 2019 – 200 pages

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Marcus a treize ans. C’est l’été, les grandes vacances battent leur plein. Sa mère n’est plus là depuis une semaine. Marcus se retrouve désœuvré dans cette ville désertée de ses habitants et écrasée par la chaleur. Il embrasse une fille pour la première fois. Fuit comme la peste son frère Dimitri, qui le cogne sans raison particulière. Fait du vélo. Il passe ses journées le walkman vissé sur les oreilles. Rêve d’une autre vie, rêve de l’Amérique, la Californie. Traîne avec son pote Virgile. Ensemble, ils passent de longs moments les pieds dans le vide sur une passerelle au-dessus de l’autoroute à regarder filer les voitures. Cette même portion d’autoroute qui a fauché la vie de leur ami Alex.

Un roman qui laisse un drôle d’arrière-goût, un peu amer. Face à cet été qui n’en finit pas, et face à l’évaporation de sa mère, une certaine langueur s’empare de l’adolescent ; le spleen lui colle à la peau. « J’aurais aimé être un autre que moi mais je ne savais pas lequel exactement. »

L’ennui et le désœuvrement imprègne ces pages et son âme. Bruno Masi décrit avec justesse le mal-être adolescent« Je n’avais que treize ans et je ne pouvais pas poser des mots sur le flot d’émotions qui me saisissait la poitrine. » Marcus pressent la fin d’une époque ; il se tient comme au bord du précipice, les amitiés de toujours semblant se fissurer et l’absence maternelle devenant lancinante.

Un roman étrange et sombre, d’une tristesse insondable, traversé par une bande-son séduisante – de Mylène Farmer à The Cure, en passant par les Pink Floyd – où le quotidien se délite peu à peu, dans le sillage de la disparition maternelle. Une lecture en demi-teinte, qui ne m’a convaincue qu’à moitié et qui s’évaporera certainement rapidement de mon esprit.

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Amandine Dhée – La femme brouillon **

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Folio – novembre 2018 – 144 pages

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Ce court roman nous offre le témoignage d’une jeune femme qui attend un enfant. Qui se retrouve enceinte sans vraiment s’y attendre. Et qui se sent complètement à côté de la plaque – « Moi je pourrais être mère, avoir un enfant ? » Quand certaines écoutent, émues aux larmes, les battements de cœur de leur bébé pendant la première échographie, cette femme pense à Alien.

Avant même de tomber enceinte et de devenir mère, la femme lézard – comme elle aime s’appeler – a en horreur cette image de la mère parfaite et pure. Devenir mère n’est pas le destin d’une femme et elle le revendique haut et fort. Elle n’a pas attendu la maternité pour donner un sens à sa vie.

La jeune femme raconte son quotidien de femme enceinte – transports, regards des autres, commentaires sexistes, déplacés – tout en s’attachant à déconstruire le mythe et les diktats de la mère parfaite. « Je décapite la mère parfaite qui menace en moi. » 

Un récit qui décomplexe énormément, au ton révolté et féministe, et aux réflexions souvent justes, que j’ai pris plaisir à lire et dans lequel je me suis reconnue, parfois.

Je n’ai cependant pas adhéré à tous ses propos, notamment lorsqu’elle aborde l’éducation bienveillante ; elle juge ce discours moralisant, comme si les parents qui adoptent et revendiquent l’éducation positive étaient des donneurs de leçons, des parents parfaits : alors que c’est tout le contraire, c’est une remise en question incessante, c’est dire « je suis imparfait mais j’essaye de faire au mieux »…

Quant aux mots de la fin, ils résonnent avec justesse et émotion. Elle m’émeut finalement cette femme lézard, cette femme brouillon qui tâtonne et tente de se faire une place dans le monde, comme nous toutes, comme nous tous.

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« L’humanité commence avec un sourire, j’en suis témoin. À quel moment cette magie se perd-elle? Quand est-ce qu’on s’use des autres? »

« Je n’en reviens toujours pas d’être capable de vie »

Marie Pavlenko – Je suis ton soleil ****

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Éditeur : Flammarion – Date de parution : mars 2017 – 472 pages

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Déborah démarre son année de terminale avec aux pieds ses bottes à tête de grenouille parce que Isidore le chien-clochard a dévoré ses chaussures. Selon le théorème de la scoumoune, si un pigeon se balade au dessus de 300 personnes, c’est forcément sur sa tête qu’il va se soulager.

Ces derniers temps, Déborah préfère être au Clapier – le lycée où les élèves s’entassent tous comme des lapins en batterie – plutôt qu’à l’appartement avec ses parents… En effet, sa mère passe ses journées en pyjama à broyer du noir et son père n’est jamais là. Elle en comprend la raison le soir où elle le croise en train d’embrasser à pleine bouche une femme qui n’est pas sa mère – « une grue à moumoute bouclée ». Et puis il y a ce mystérieux numéro de téléphone qui apparaît sur plein de post-it dans l’entrée…

Mais ce n’est pas tout ; Éloïse, sa meilleure amie, la délaisse peu à peu pour vivre une passion avec Erwann, un adolescent au crâne un peu vide. Heureusement, il y a Carrie, sa libraire préférée, chez qui Déborah se réfugie pour consoler son âme avec des mots. En cette rentrée chaotique, ce sera Victor Hugo et ses Misérables. Avec un tel pavé en deux tomes, il y a de quoi assommer tous les soucis. L’adolescente se rapproche aussi d’un autre Victor, beau barbu déjà pris et de Mygale-man, l’étrange adolescent qui collectionne les araignées (coucou Gertrude velue).

Les chapitres se succèdent, ponctués de coquillettes. Dès les premières pages, le ton est donné : d’expressions loufoques en métaphores à hurler de rire, Déborah déroule la bobine de son quotidien qui dérape…

Comme j’ai aimé ce personnage adolescent ! Son langage très imagé et truffé de métaphores toutes plus cocasses les unes que les autres. On se poile toutes les deux minutes, au détour des pages, on pleure aussi.

Un roman sans faux-semblants, désopilant et émouvant, qui nous livre une tranche de vie, sans fioriture. Qui nous fait connaître de beaux personnages, avec une vraie présence, une épaisseur psychologique complexe. Aucun cliché, aucun manichéisme et c’est ce qui fait la force de ce roman : on est de plain-pied dans la réalité, dans le quotidien de Déborah, souvent terne et fadasse mais duquel l’adolescente se sauve par le rire et l’amitié.

Un joli petit pavé doré, drôle et impertinent, que l’on quitte à regret !

Diane Ducret – La meilleure façon de marcher est celle du flamant rose ***

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Éditeur : Flammarion – Date de parution : février 2018 – 273 pages

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Enaid se fait larguer au téléphone dans le taxi qui l’emmène à Gdansk, Pologne. Pour couronner le tout, Léna, sa mère biologique qu’elle n’a jamais revu depuis l’enfance, lui annonce qu’elle a un cancer en phase terminale.

À trente-trois ans, la jeune femme n’a jamais pu se défaire d’une indéfinissable sensation de manque ; depuis l’enfance elle sent que quelqu’un ou quelque chose lui manque. Et selon la loi d’Enaid, le pire lui arrive toujours. « Tout ce qui est susceptible de mal tourner tournera encore plus mal qu’on aurait humainement pu le prévoir. » C’est une loi de Murphy puissance dix.

Ces deux mauvaises nouvelles permettent à la jeune femme de faire un bond en arrière dans ses souvenirs et d’évoquer son enfance et son adolescence, de Paris à Biarritz, en passant par Rome, Le Caire et San Diego, Enaid l’enfant surdouée cherche à combler ce manque en elle.

Elle se souvient de Léna, éternel oiseau de nuit, qui l’a enlevée à l’âge de six ans à la sortie de l’école pour l’embarquer dans sa vie, lui faisant croire à un voyage en Amérique.

Elle se souvient d’Yvette, sa mère adoptive, qui a pour unique obsession de faire en sorte qu’Enaid ne devienne pas une traînée comme Léna. A l’adolescence, elle se rend compte que ses parents adoptifs sont vraiment vieux. En fait, Yvette et André sont ses grands-parents. Et ils ne rient jamais.

Ce bouquin à la couverture ornée d’un flamant rose est une très belle surprise ! Avec un ton délibérément mordant et tordant, Enaid se livre sur sa vie, le manque de sa mère, ses échecs. Un beau roman initiatique à l’humour décapant – laissant aussi la place à l’émotion – qui met en lumière une relation mère-fille caractérisée par l’absence.

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« Vient ensuite la déferlante de lieux communs, à commencer par le : « C’est pas toi, c’est moi. »  J’imagine Hitler disant aux Juifs de Varsovie : « C’est pas vous, c’est moi. » Ou l’ours sur la banquise en train de chiqueter un phoque : « C’est pas toi, c’est moi. »

« Je ne sais pas comment ils vivent, ceux qui n’ont pas songé à mourir au moins une fois, ceux qui n’ont pas pleuré jusqu’à leur bile, ceux qui sont tout de suite heureux. »

« Toutes les fois où je me suis ramassée m’ont laissé la pire cicatrice qui soit, la peur. Celle d’aimer, qu’on ne m’aime pas, d’être seule, de tomber, d’être loin de chez moi. Vivre me fait mal aux coutures à peine cicatrisées, ça me tire trop fort. Je suis un Frankenstein aux cent bouts rapiécés. »

 

Marie-Sophie Vermot – Soixante-douze heures ****

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Éditeur : Thierry Magnier – Date de parution : février 2018 – 170 pages

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Irène B. a dix-sept ans et vient d’accoucher sous X. Cela fait neuf mois qu’elle a pris la décision de ne pas élever l’enfant qu’elle met au monde. Soixante douze heures, c’est le temps qu’il lui reste pour réfléchir à son choix, et éventuellement revenir sur sa décision…

Dès les premiers mots, ce roman m’émeut comme jamais. Un texte troublant de vérité, qui s’élabore au fil des souvenirs de l’adolescente. Sa rencontre avec Alban Z., dans le grenier de sa grand-mère, le secret qu’elle a tenu jusqu’à ses sept mois de grossesse et qu’elle cachait sous d’amples vêtements ; la réaction des parents, du frère, de la petite sœur attardée. Nous découvrons une relation mère-fille complexe, une relation étouffante où la culpabilité règne en maître et les raisons d’Irène s’éclaircissent.

Un livre puissant et magnifique sur l’adolescence et la maternité, que j’ai lu le cœur serré, la boule au ventre et que je termine les larmes aux yeux, bouleversée.

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« Je pense à l’empreinte que Max a laissée sur mon utérus et dans le passage du col. Je pense au placenta que quelqu’un a dû jeter puisque tout allait bien. Je pense à comment l’imperceptible devient bébé. »

« Profite bien du jour qui passe et qui ne reviendra pas. Profite de ta jeunesse, la vie file si vite, tu sais, la vie s’écoule rarement comme on l’espère. »

« L’acte de mise au monde laisse sur la peau une empreinte indélébile et fait de vous à jamais une personne différente de celle que vous étiez avant que la grande aventure commence. »

 

Danielle Younge-Ullman – Toute la beauté du monde n’a pas disparu ****

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Éditeur : Gallimard jeunesse – Date de parution : 2017 – 369 pages

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Ingrid est envoyée par sa mère à Peak Wilderness, un camp de survie en pleine nature, avec huit autres adolescents au passé trouble et à l’âme plus ou moins torturée.

L’adolescente ne comprend pas comment sa mère a pu l’envoyer dans un tel camp. Elle tente de faire face aux conditions extrêmes, aux adolescents perturbés… et à son propre passé qui la rattrape.

Les chapitres alternent passé et présent de l’aventure, afin de nous faire comprendre petit à petit le pourquoi de l’histoire et la relation complexe qui unit mère et fille. Comment vivre avec une mère chanteuse d’opéra qui un jour perd sa voix et se retrouve à passer des journées entière au lit. Comment passer d’une vie nomade faite de voyages à travers l’Europe au gré des tournées, à une vie sédentaire au Canada, dans une nouvelle ville. Comment devenir brusquement adulte à l’âge de onze ans ?

Je me suis tout de suite attachée au personnage d’Ingrid, cette adolescente au caractère bien trempé, qui se retrouve au bord du gouffre et qui finalement se rend compte de son désir de vivre. J’ai aimé le ton mordant et ironique dont elle ne se départi jamais.

Mortifiée, éreintée, ne parvenant même pas à savourer la beauté des paysages qui l’entourent, Ingrid se retrouve à manger des insectes en guise de dîner, apprendre à monter une tente, construire un abri, porter un kayak, marcher dans la nature sauvage en évitant les obstacles… Elle se heurte à ses propres démons, lutte, pleure, mais se relève.

Je ne m’attendais pas à aimer autant ce roman. Entre rire et larmes, j’ai littéralement dévoré ce roman d’apprentissage. Si je me suis doutée de la fin, cela ça n’a rien changé à la magie de ce roman. Un coup de coeur inattendu  ❤

L’avis tout aussi enthousiaste de Mes échappées livresques !

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« J’ai l’impression que je pourrais passer cent ans à dormir, j’ai envie de pleurer, de chanter, de poser mes lèvres sur les siennes, de me glisser dans un terrier et d’y passer le reste de ma vie. J’ai envie de m’allonger sur le dos pour contempler le ciel et de laisser les étoiles me tomber dans les yeux. »

Sophie Adriansen – Linea Nigra ****

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Éditeur : Fleuve – Date de parution : septembre 2017 – 493 pages

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Je vous présente aujourd’hui un curieux objet littéraire : à la fois roman, enquête et essai sur la maternité, la grossesse et la condition féminine, la façon dont une femme devient une mère. Tous les changements intérieurs et extérieurs qu’une femme va connaître à partir du moment où elle apprend qu’elle est enceinte. Ce livre est aussi une belle histoire d’amour, celle de Stéphanie et de Luc, qui se rencontrent un soir. Puis, quelques mois plus tard, décident de devenir parents.

Je ne sais pas si c’est un livre qu’il faut avoir lu avant d’accoucher. En tous cas, neuf mois après avoir rencontré ma fille, il m’a profondément émue. Sophie Adriansen trouve les mots justes pour décrire cet état dans lequel on est lorsqu’on devient mère, jour après jour. Ce deuil de la femme que l’on était avant l’accouchement. Tout ce qui peut se passer dans notre petite tête et dans notre corps, irrémédiablement changé par un tel événement.

Ce livre est un trésor dans lequel je me suis plongée, dans lequel je me suis reconnue et qui m’a bouleversée. J’ai compatis, souris, pleuré – mes propres souvenirs ont refait surface… Un roman écrit avec sensibilité et justesse, qui nous livre une histoire d’amour, de naissance, une histoire de femme(s).

La grossesse vécue, mois après mois. Puis l’accouchement, la mise au monde d’un enfant, cette épreuve que vivent les femmes et que ne connaîtront jamais les hommes ; le fossé immense creusé entre eux. Donner la vie, rien que ça.

Au fil des pages, nous découvrons des anecdotes à propos de la maternité, de l’accouchement, la césarienne, l’allaitement, les conséquences physiologiques et psychologiques chez la femme. Des réflexions sur la pma, l’adoption, et les limites de ce droit à l’enfant, ce désir d’enfant. Le ton est parfois caustique, révolté – quand il s’agit de dénoncer les pratiques médicales abusives. Un livre féministe et militant, aux témoignages multiples – kaléidoscope féminin qui offre une palette de mots et de regards sur la maternité.

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« J’ignorais que le bonheur pouvait être aussi violent. Qu’il pouvait cogner aussi fort. Qu’il pouvait faire aussi mal. Je n’étais pas préparée. »

« Je partage à jamais un secret avec mon bébé, le secret de sa vie in utero, le secret de la façon dont mon corps l’a bercé, l’a porté, l’a fait grandir. Chacun a offert un cadeau à l’autre, qui n’avait rien demandé. Moi celui de le faire naître. Lui celui de me transformer. A jamais. Le secret qu’à un moment donné de l’existence, lui et moi avons fusionné. »

« Désormais je ne suis plus dans l’attente de quoi que ce soit, il me faut vivre. Embrasser la vie. La prendre à bras-le-corps. Y plonger, tout entière, en cessant de retenir mon souffle. »