Bren McClain – Mama Red ***

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Le Nouveau Pont – 8 octobre 2019 – 330 pages

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Avec son premier roman Mama Red, Bren McClain nous offre une plongée dans l’Amérique profonde des années 50 ; nous atterrissons dans une petite ferme de Caroline du Sud. On y rencontre des personnages en proie aux mêmes démons : le passé, la famille, l’éducation violente, la pauvreté…

Sarah se retrouve désemparée après la mort de Harold, son alcoolique de mari, et toute seule pour élever un enfant de six ans, qui n’est pas vraiment le sien… Emerson Bridge est en effet le fils que son mari a eu avec la voisine, Mattie, la meilleure amie de Sarah…

Bren McClain nous peint le portrait d’une mère qui peine à joindre les deux bouts – certains matins, Sarah n’a même pas de quoi préparer un petit déjeuner à Emerson. C’est aussi une femme qui demeure hantée par son passé et notamment l’éducation plutôt violente que sa mère lui a donné. Les derniers mots, empreints de haine, que cette dernière lui a adressés : « Tu ne feras jamais une bonne mère. » restent gravés dans son cœur. Jour après jour, Sarah compte ses dettes, coud des robes, et son passé la rattrape.

Quand elle apprend qu’un enfant a remporté près de 680 dollars à la foire au bétail grâce à un bœuf, Sarah en veut absolument un pour son fils… Il comblerait le vide laissé par son père et permettrait de gagner l’argent qui leur manque.

Ce veau, ils vont pouvoir l’acheter grâce à Ike Trasher, un propriétaire terrien à la générosité providentielle qui débarque un matin dans leur vie. Un curieux personnage, qui fait tout pour devenir un homme, un vrai, selon le vœu de son père.

Et Mama Red ? C’est une vieille vache à qui Sarah va beaucoup se confier. Une vache qui est avant tout une mère ; qui va briser sa clôture à s’en blesser le cou, parcourir plusieurs kilomètres en pleine nuit, afin de rejoindre son veau. Grâce à Mama Red, la jeune femme va enfin comprendre ce qu’est l’essence d’une mère.

Ce roman, c’est aussi le destin de LC Dobbins, inscrit au concours de bétail par son père, un éleveur de renom prêt à tout pour gagner et qui ne cesse de vouloir faire de son fils un homme, un vrai. Qui lui farci la tête avec les valeurs viriles et la chasse… LC est élevé à la dure, les claques sont quotidiennes et la douceur, la tendresse n’ont pas lieu d’être.

Le premier roman de Bren McClain est écrit avec simplicité et justesse ; il aurait pu verser dans le mélo ou la miévrerie, mais non. Il à réussi à me prendre aux tripes, véritablement. Un roman étonnant qui m’a tour à tour émue et révoltée. Mama Red ne nous épargne pas et nous délivre de belles réflexions sur la bienveillance, l’attachement maternel, la maternité – mais aussi la paternité, la violence faite aux êtres humains mais aussi aux animaux. Enfin, c’est surtout un roman sur la résilience.

Lecture dévorée dans le cadre du #PicaboRiverBookClub ❤

Violaine Huisman – Fugitive parce que reine ***

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Folio – avril 2019 – 304 pages

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C’est à travers les yeux de la petite fille qu’elle était que Violaine raconte son enfance tumul-tueuse auprès d’une mère pas comme les autres. Une mère un peu folle, qui oscille entre ombre et lumière, qui survit malgré ses blessures et sa défaillance. Une mère dont le diagnostique tombe quand l’enfant a dix ans : elle est maniaco-dépressive.

L’enfant nous raconte tout : les séjours en hôpital psychiatrique, les visites récurrentes des pompiers pour réanimer la mère… Ses coups d’éclats, ses folies en voiture… Leur quotidien complètement barré qu’il faut cacher aux autres afin que la famille ne vole pas en éclats.

Un récit qui bouillonne et qui fourmille de détails, de souvenirs, d’anecdotes ; ça part dans tous les sens. Le texte semble vouloir rendre compte de la folie de cette mère, sans rien omettre de cette enfance instable. Un récit auquel j’ai du mal à accrocher car il arrive après ma lecture de Dites-lui que je l’aime. Je me sens agacée par cette lecture et je décroche un peu – j’ai déjà lu ça.

Et puis dans la deuxième partie, l’auteure prend ses distances avec l’intime et nous raconte l’histoire de sa mère, le récit de sa vie, depuis sa naissance. L’immersion dans le texte commence enfin. Et le roman de Violaine prend le dessus sur celui de Clémentine. Fugitive parce que reine me prend par surprise, je ne m’attendais pas à être autant émue.

Un récit autobiographique déchirant qui nous dévoile les questionnements d’une femme sur le deuil de la mère, la maternité, la folie. La fin m’a particulièrement émue. On fait la connaissance d’une femme qui s’est toujours revendiquée libre, jusqu’à la fin. Une femme blessée dans son enfance, qui ne s’en est jamais remise, qui a toujours voulu donner à ses filles ce qu’elle n’avait pas eu.

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« La vérité d’une vie n’est jamais que la fiction au gré de laquelle on la construit. »

« Qu’est-ce qu’on garde d’une vie ? Comment la raconter ? Qu’en dire ? Est-ce qu’une vie compte autrement que dans l’enfantement ou la création ? Quelle vie vaut la peine d’être retenue ? De qui se souvient-on ? De qui se souviendra-t-on ? »

Clémentine Autain – Dites-lui que je l’aime ***

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Grasset – mars 2019 – 162 pages

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Comédienne qui crève l’écran dans les années 70, Dominique Laffin est aujourd’hui oubliée. Femme fascinante, radieuse et libérée, elle a trente ans lorsqu’elle décède brutalement. Sa fille Clémentine en a douze. Ce n’est que trente ans plus tard que la jeune femme parvient à mettre des mots sur cette mère que Dominique fut pour elle – une mère en souffrance, alcoolique, multipliant les amants et les coups d’éclats. Cette mère, elle en est d’abord obsédée à l’adolescence. Puis elle comprend plus tard qu’il faut l’effacer pour avoir une chance de survivre et de se construire.

Clémentine raconte son enfance avec cette mère, entre lumière et noirceur. Une femme capable du meilleur comme du pire, qu’elle aime à la folie mais qui parfois lui fait peur. Elle la tutoie, et cela a pour effet de nous convoquer, de nous prendre à partie et de nous immerger dans le récit.

Les souvenirs resurgissent à mesure que l’écriture délivre la narratrice. Les rencontres avec les anciens amants, les réalisateurs et les amies de sa mère se succèdent ; Clémentine désire confronter l’image qu’ils avaient de sa mère avec la sienne« C’est la révolution intérieure. Dans ma tête, tu renais. Par touches successives, mon rapport à toi a changé. Il s’est ouvert, adouci, apaisé. »

Elle met des mots sur le sentiment d’abandon qui lui colle à la peau depuis tout ce temps… C’est aussi le mystère autour de sa mort qu’elle souhaite questionner, éclaircir. L’écriture lui permet finalement de faire son deuil.

Dites-lui que je l’aime me fait forcément penser au livre de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit. C’est un beau récit féminin qui interroge la figure maternelle disparue mais aussi la femme que la petite fille abandonnée est devenue, se construisant autour de ce vide.

Une belle déclaration d’amour et un portrait de femme(s) écrit avec une sincérité et une simplicité qui m’ont beaucoup émue.

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« Quand tu es morte, j’ai passé des heures et des heures devant le miroir à répéter maman. Ce mot m’apparaissait aussi magique que mystérieux. (…) Je n’avais plus de raison de dire maman mais j’avais besoin de dire maman. »

Véronique Ovaldé – Personne n’a peur des gens qui sourient ***

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Flammarion – février 2019 – 270 pages

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En une heure, Gloria boucle ses valises et dit adieu à sa maison, sans un seul regard en arrière. Elle file récupérer ses filles à l’école, Stella et Loulou, pour les embarquer sans préavis pour un long voyage. Mère et filles quittent la douceur du Sud et les rives de la Méditerranée pour le Nord et la maison alsacienne de la grand-mère acariâtre de Gloria, maison de son enfance, en pleine forêt de Kayserheim. Mais pourquoi une fuite aussi soudaine ?

Les chapitres alternent le présent et le passé de Gloria, nous permettant de comprendre petit à petit le sens de cette fuite… L’enfance de Gloria se déploie sous nos yeux ; la gamine abandonnée à l’âge de sept ans par sa mère qui se carapate avec son dentiste. Puis la jeune fille confiée à Tonton Gio à la mort de son père, son héritage restant bloqué jusqu’à ses dix-huit ans. Sa rencontre avec l’avocat de la famille, Santini. Une succession d’événement qui aboutissent à la nuit où Samuel, son mari et le père de ses enfants, trouve la mort… Quel lien entre tous ces faits ?

Avec plaisir, j’ai retrouvé l’univers de Véronique Ovaldé ; sa plume fantaisiste, son humour fin et ses expressions imagées uniques en leur genre« Il passait son temps à dessiner des huit langoureux autour des mollets de Loulou en ronronnant comme un frigo qui va rendre l’âme. » Ajouter à cela une ambiance de thriller et un soupçon de surnaturel savamment distillé.

J’ai aimé ce personnage féminin en fuite, ce personnage de mère femme-enfant qui est prête à tout pour sauver ses enfants. Un roman qui nous fait réfléchir sur la maternité : jusqu’où peut-on aller pour protéger ses enfants ? De quoi une mère est-elle capable ?

Un roman sous tension, beau et impétueux, tempétueux, qui nous délivre un magnifique portrait de femme et de mère, à la fois touchant et inquiétant.

Merci encore à Lilylit pour le prêt ❤

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« Chaque matin Gloria se disait, Aujourd’hui je ne me mettrai pas en colère. Et chaque jour elle échouait. Que fait-on d’une colère que l’on garde toujours en soi ? Devient-elle une vilaine tumeur ? Un mélanome sur la peau du bras ? Une petite boule de cheveux au fond de l’utérus ? »

Salvatore Basile – Petits miracles au bureau des objets trouvés ***

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Folio – 21 mars 2019 – 400 pages

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Dans la petite gare italienne de Miniera di Mare, Michele collectionne les objets qu’il trouve sur les sièges du train lorsqu’il fait sa tournée le soir. Depuis 30 ans, le jeune gardien n’a jamais quitté cette gare où, enfant, il a vu sa mère disparaître en emportant son journal intime.

Michele est un homme solitaire et naïf qui ne parle quasiment pas. Il demeure marqué à vie par l’abandon de sa mère et par l’idée que les gens – et en l’occurrence les femmes – finissent toujours par s’en aller. Le jeune homme s’est juré de ne jamais plus faire confiance à personne. C’est tellement plus simple de ne faire confiance qu’aux objets, ils ne parlent pas ne pensent pas et ne trahissent pas. Michele est paralysé par la peur d’un nouvel abandon et sa petite routine le rassure.

Un soir, Elena, une jeune femme de 25 ans, frappe à sa porte, à la recherche de sa poupée Milù. C’est un ouragan qui débarque alors dans sa vie. C’est la première femme qui lui parle après tant d’années, la première personne à pénétrer son antre et à faire voler en éclat sa solitude.

Quelques jours plus tard, pendant sa tournée rituelle des wagons, Michele découvre, coincé entre deux sièges, le journal intime de son enfance, ce cahier à la couverture flamboyante.

L’aventure prend Michele à bras le corps ; il va devoir sortir de sa coquille, faire des rencontres, adresser la parole à des inconnus… Il rencontrera une vieille femme aux cheveux violets et un olivier avec une trace d’ongle ; une jeune femme aveugle qui lui apprendra à voir le monde autrement ; un vieux Grec un peu fou qui voyage depuis le toit-terrasse de sa maison, en quête du Paradis Terrestre… A l’image de cet homme qui abandonne femme et enfant pour se lancer à la poursuite de l’ours polaire.

Le roman de Salvatore Basile est profondément bienveillant, on y rencontre des personnages auquel on ne peut que s’attacher. J’aurais pu le trouver trop niais, trop attendu… être déçue par l’écriture, qui ne m’a pas toujours convaincue – pas mal de répétitions, certaines lourdeurs…

Mais l’impression que je garderais est celle d’un roman lumineux – un vraie bouffée d’oxygène – qui offre une belle réflexion sur l’amour, la confiance et l’abandon. Un roman qui a un petit côté bouleversant. Je me suis finalement laissée émouvoir par son message optimiste et j’ai simplement savouré ces petits miracles, je m’en suis nourris et délecté.

Isabelle Spaak et Florence Billet – Une mère, etc. ***

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L’Iconoclaste – février 2019 – 192 pages

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« Dans ma famille, ils sont grands, minces, cheveux blonds, yeux bleus. Je suis brune, petite, teint mat. Que voulez-vous savoir? Comment j’ai été adoptée? Si je l’ai toujours su? Si j’ai envie de retrouver ma mère? »

Emmanuelle vouvoie ses parents, porte des jupes bleu marine parce que le noir c’est trop femme. Elle n’a le droit de traîner qu’avec des garçons de bonne famille, comme ses cousins : ils se nomment Gonzague, Gontran, Hugues… Elle passe ses dimanches matins à la messe, ses vacances aux JMJ ou dans les châteaux de leurs ancêtres et dans de jolies demeures avec piscine.

En grandissant, Emmanuelle s’affranchit peu à peu des codes de ce milieu ; elle lit, elle voyage. Et puis, trois semaines avant son départ pour la Colombie, la jeune femme perd son passeport. Obligée de réclamer son extrait d’acte de naissance à sa mère, elle tombe sur le nom de sa mère biologique écrit en toutes lettres…

Blanca Nohora Granados.

Son cœur défaille. Ce nom flamboie en elle et l’abandon refait surface ; « sept lettres qui giflent, détruisent, minent, empêche de grandir, s’épanouir, s’attacher. »

Emmanuelle se jette à corps perdu dans sa quête d’identité. Sa recherche maternelle qui devient une obsessionnelle ; i savoir devient pour elle une nécessité vitale. Pendant trois ans, elle fait tout pour la retrouver. Elle sillonne la Colombie, dépense toutes ses économies, néglige ses parents et frères et sœurs, diffuse des messages à la radio…

Isabelle Spaak nous délivre un roman court et puissant, librement inspiré de l’histoire personnelle de Florence Billet. Poignant et haletant. J’ai lu ce roman en apnée, captivée par  la quête de vérité d’une héroïne traversée de contradictions, déchirée entre son pays d’adoption et son pays d’origine, entre ses souvenirs et ses racines. ❤

Bruno Masi – La Californie **

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JC Lattès – janvier 2019 – 200 pages

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Marcus a treize ans. C’est l’été, les grandes vacances battent leur plein. Sa mère n’est plus là depuis une semaine. Marcus se retrouve désœuvré dans cette ville désertée de ses habitants et écrasée par la chaleur. Il embrasse une fille pour la première fois. Fuit comme la peste son frère Dimitri, qui le cogne sans raison particulière. Fait du vélo. Il passe ses journées le walkman vissé sur les oreilles. Rêve d’une autre vie, rêve de l’Amérique, la Californie. Traîne avec son pote Virgile. Ensemble, ils passent de longs moments les pieds dans le vide sur une passerelle au-dessus de l’autoroute à regarder filer les voitures. Cette même portion d’autoroute qui a fauché la vie de leur ami Alex.

Un roman qui laisse un drôle d’arrière-goût, un peu amer. Face à cet été qui n’en finit pas, et face à l’évaporation de sa mère, une certaine langueur s’empare de l’adolescent ; le spleen lui colle à la peau. « J’aurais aimé être un autre que moi mais je ne savais pas lequel exactement. »

L’ennui et le désœuvrement imprègne ces pages et son âme. Bruno Masi décrit avec justesse le mal-être adolescent« Je n’avais que treize ans et je ne pouvais pas poser des mots sur le flot d’émotions qui me saisissait la poitrine. » Marcus pressent la fin d’une époque ; il se tient comme au bord du précipice, les amitiés de toujours semblant se fissurer et l’absence maternelle devenant lancinante.

Un roman étrange et sombre, d’une tristesse insondable, traversé par une bande-son séduisante – de Mylène Farmer à The Cure, en passant par les Pink Floyd – où le quotidien se délite peu à peu, dans le sillage de la disparition maternelle. Une lecture en demi-teinte, qui ne m’a convaincue qu’à moitié et qui s’évaporera certainement rapidement de mon esprit.