Mathias Malzieu – Journal d’un vampire en pyjama ***

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Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : 2017 – 324 pages

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Mathias Malzieu commence à tenir son journal lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une maladie rare : sa moelle osseuse s’est liguée contre lui. Il est son propre ennemi. Chaque jour, il est obligé de se faire transfuser, en attendant une greffe de moelle osseuse, à laquelle il n’est même pas sûr de survivre… Comme il a besoin de sa dose de sang tous les jours, il devient un vampire – en pyjama, c’est plus sexy. Il fait la connaissance de Dame Oclés qui surgit un soir dans sa baignoire, les lèvres ourlées de rouge sang et l’épée pointée vers lui. Heureusement, il garde le sens de l’humour et de la poésie et les vers de Walt Whitman lui tiennent compagnie dans ses heures les plus sombres.

Sans jamais se départir de son sens de l’autodérision, Mathias Malzieu nous raconte son combat contre la maladie dans un style métaphorique et sensible – l »artiste se réfugie dans les mots et l’écriture. Un journal poétique, drôle et touchant, empreint d’une curieuse douceur alors que le sujet devrait pourtant nous plomber le moral.
Le récit de sa survie est suivi de son carnet de board – ou comment réaliser son rêve de voyager en skate board électrique à travers l’Islande.

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« Puisque je suis prisonnier de mon propre corps, je dois plus que jamais apprendre à m’évader par la pensée. Organiser ma résistance en mobilisant les ressources de l’imagination. »

« J’ai la rage de créer. Mettre à distance la réalité pour mieux l’affronter m’est aussi vital que les transfusions de sang. »

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Rick Bass – Le ciel, les étoiles, le monde sauvage **

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2002 – 284 pages

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Je découvre Rick Bass avec ce recueil de trois nouvelles. Trois textes plus ou moins longs dont les intrigues se déroulent au sein du monde sauvage et naturel. On découvre des personnages en proie à la solitude, et confrontés à la fuite et la rupture. Si les nouvelles sont assez inégales, je garde en mémoire deux figures de femmes, assez marquantes.

* Dans la première nouvelleJudith quitte brusquement la tanière de Trappeur, avant qu’il ne soit trop tard ; avant de s’enliser dans sa folie et sa maladie. Après une crise de trop, la jeune femme s’échappe dans la nuit en brisant une vitre. Elle fuit à cause « des bandes rouges et vertes qui striaient le ciel » – les hypnotiques aurores boréales. Trappeur à ses trousses, le cœur brisé. La chasse commence.

* Et cette femme-enfantdans la dernière nouvelle – qui se souvient de son enfance au contact de la nature, des bois et des animaux. Du jour où elle trouve le corps sans vie d’un aigle si grand qu’elle le prend au début pour un humain recouvert de plumes. Au sommet d’une falaise, la fillette l’accroche à un chêne immense afin de déployer ses ailes, et de lui relever la tête. Espérant que, dans une autre vie, il prenne son envol…

Rick Bass nous offre une palette d’émotions à travers ses descriptions de la nature ; le monde sauvage et animal nous apparaît dans toute sa pureté, sa sauvagerie poétique.
Le monde sauvage demeure « cette chose qui vous rappelle vers l’intérieur, vers les ombres et la sécurité d’un lieu qui en a toujours le respect. Dans chacun de ses atomes. »

Guy Boley – Fils du feu ***

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Editeur : Grasset – Date de parution : 2016 – 160 pages

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Le père de Jérôme était forgeron, il domptait le fer et le feu avec l’aide de Jacky. Un jour, il lui a fabriqué une arbalète dont l’unique flèche tirée s’envola à travers le bleu du ciel et ne fut jamais retrouvée. L’arbalète fut rangée pour ne plus jamais servir. Peut-être pouvons-nous y voir comme une métaphore de la perte et du deuil, deux thèmes qui poursuivent les personnages de ce roman.

Il y a Marguerite-des-Oiseaux qui prépare toujours une assiette pour son enfant disparu. Et Lucien, cet homme respectable aux cheveux brillantinés et aux joues flasques qui semble avoir muselé son enfance pour toujours et auquel Jérôme ne veut surtout pas ressembler plus tard.

Devenu peintre, le narrateur se souvient de ce jour où sa mère lui apprend la mort de son petit frère ; il se souvient de son enfance qui vole en éclats. Son père se console dans l’alcool et s’efface peu à peu du foyer ; quant à sa mère, elle vit un véritable naufrage intérieur. Chaque jour elle sombre un peu plus dans le déni, dressant le couvert du fantôme, le bordant le soir et lui achetant de nouveaux vêtements et livres scolaires.

La plume de Guy Boley est fougueuse et furieusement poétique, pétrie d’images et de sonorités. Un roman d’une énigmatique beauté qui reste imprimé un moment sur la rétine et dans la mémoire.

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« Il sait désormais qu’il mourra tel qu’il est, sans rien d’ombilical entre le monde et lui, qu’il n’enfantera que de vagues chimères, qu’il devra se construire des mondes intérieurs, s’en inventer souvent et les détruire parfois. »

Françoise Héritier – Le sel de la vie ***

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Éditeur : Odile Jacob – Date de parution : mai 2017 – 91 pages

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Un petit livre indispensable, sorte d’énumération de tout ce qui fait le sel d’une vie. Cette vie, c’est celle de l’auteure. Mais ce pourrait être la nôtre, aussi, parfois. Recueil de sensations, de souvenirs, palette d’émotions ressenties à différents âges de la vie.

« J’ai voulu traquer l’imperceptible force qui nous meut et qui nous définit. »

C’est à la suite d’une carte postale reçue par un ami de longue date – Monsieur Piette – que Françoise Héritier entreprend ce recensement, cette méditation introspective. Virgule après virgule, elle égrène les sensations, émotions et images, plaisirs et déplaisirs qui ont jalonné sa vie, et la jalonnent toujours. Elle pioche dans le passé et le présent ces petits riens. Il peut s’agir d’une brise qui vient caresser le visage comme d’une conversation animée avec une amie.

Ces mots font naître une petite musique entêtante et enivrante ; émouvante. Une flânerie poétique qui nous donne envie de nous plier au même exercice – de nous interroger sur ce qui fait le sel de notre propre vie.

 

Eric Pessan – Dans la forêt de Hokkaido ***

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Éditeur : l’école des loisirs – Date de parution : août 2017 – 132 pages

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Quand elle s’endort, Julie se retrouve dans la peau d’un petit garçon perdu dans une forêt sur l’île d’Hokkaido, au Japon. À 10000 km de chez elle. A son réveil, des mots en japonais lui viennent naturellement en tête alors qu’elle n’a jamais appris cette langue.

Et si ce n’était pas qu’un simple rêve ? Quel lien existe-t-il entre ces deux êtres ?

Julie est une adolescente de quinze ans, à l’existence à peu près banale, si ce n’est qu’elle a quelques dons : elle parvient à retrouver les objets perdus et à deviner les notes de ses contrôles à l’avance.

Le je de Julie devient le il du petit garçon perdu en pleine forêt, puis ils fusionnent pour donner le nous – deux êtres dans un même corps. De façon très habile, le texte bascule de la réalité au rêve, d’un monde à l’autre, de la chambre de l’adolescente à la forêt japonaise… « Nous sommes un pauvre garçon famélique et sans force qui vient de voir un ours. »

Un court roman poétique qui mêle réel et surnaturel de façon hypnotique, nous entraînant dans une quête singulière. La forêt, lieu fantasmagorique, cristallisation de toutes les peurs, semble être un personnage privilégié de l’univers d’Eric Pessan, découvert avec son recueil de textes sur la chasse La Hante.

Angélique Villeneuve – Maria ***

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Éditeur : Grasset – Date de parution : février 2018 – 180 pages

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Maria aime s’occuper de son petit-fils de trois ans, Marcus, qu’elle aime comme son propre enfant. Leur relation est très fusionnelle. Ensemble ils observent les oiseaux, réinventent le monde… C’est décidé, plus tard Marcus volera.

Marcus n’est pas élevé comme tous les enfants. Un jour il porte une robe à volants, le jour suivant ses ongles sont peints en rouge. Pour leur deuxième enfant, la fille de Maria a fait un choix radical : nul ne connaîtra le sexe de l’enfant. C’est un bébé. Un bébé qui s’appelle Noun. Libre à Noun de choisir son genre comme on choisit un pays.

Maria est une grand-mère touchante et singulière ; elle perçoit le monde de façon synesthésique ; les personnes qui l’entourent, les sons, les événements ont une couleur. « Maria sait la couleur des gens, la couleur des sons et celle des odeurs. Les couleurs invisibles sont son secret et son privilège. »

La naissance de Noun cause une petite révolution – si ce n’est un raz-de-marée – dans sa vie : elle perd son emploi de coiffeuse et William la quitte en laissant ces quelques mots sur la table « C’est trop difficile. » La naissance de cet enfant est aussi la naissance d’un chagrin pour Maria, il fait émerger « sa honte, sa rage inexprimable », tout comme sa crainte de mal faire ou mal dire.

Je découvre l’écriture d’Angélique Villeneuve, riche et sensorielle. Un roman délicat et poétique, qui évoque la question du genre et ses extrêmes, sans aucun jugement.

Valentine Goby – « Je me promets d’éclatantes revanches » ***

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Éditeur : L’iconoclaste – Date de parution : août 2017 – 192 pages

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« Charlotte Delbo est devenue une compagne de route, un élément de mon paysage intime. Je chuchote son nom comme un talisman et me désole de la méconnaissance qui entoure encore son œuvre. »

Dans ce très beau texte, Valentine Goby nous livre le fruit de ses réflexions et recherches sur Charlotte Delbo, une figure féminine très inspirante, une femme écrivain revenue des camps avec le désir de dire, de témoigner de ce qu’elle a vécu, de le mettre en mots. Militante, engagée dans la résistance, elle fut internée à Auschwitz et Ravensbrück. Alors qu’il aurait été si facile de s’abandonner à la mort, Charlotte Delbo choisit de vivre.

Valentine Goby rend un vibrant hommage à cette femme, dont le témoignage est resté trop souvent dans l’ombre, passé sous silence. Cette femme qui désirait mettre des mots sur Auschwitz. Trouver la force de nommer l’innommable. Écrire pour y survivre. Survivre à la perte de l’homme qu’elle aime juste avant d’être internée. Puis survivre aux conditions inhumaines du camp… Ce livre est une très belle réflexion sur la survie et le rôle de l’art, de l’écriture. « L’art naît-il et dépend-il essentiellement de notre confrontation singulière au monde ? »

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« Alors m’est venu le désir de comprendre, au-delà de ma pure sensation de lecture et à travers ses mots à elle, son geste d’écriture. Sa nécessité profonde et sa genèse. Sa singularité dans le testament collectif des rescapés et témoins. Son choix de la littérature pour revenir d’entre les morts, de ces territoires où ‘la vie est plus terrifiante que la mort’, elle qui a préféré la vie. »