Anne Brouillard – La Grande Forêt. Le Pays des Chintiens ****

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Éditeur : école des loisirs – Date de parution : 2016

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Au Pays du Lac Tranquille, alors qu’il pleut des trombes et que l’été est déjà bien entamé, Vari Tchésou n’est toujours pas là. Ses amis Killiok et Veronica sont inquiets – d’autant plus qu’une série de mystères semble avoir pris possession du Pays. Qui sont ces inconnus qui rôdent dans le parc du Laboratoire ? Et cette roulotte qui stationne sur la Colline aux Herbes sèches, en plein cœur de la Grande Forêt ? Le chien noir et la fillette décident de partir à la recherche de leur ami, direction la Grande Forêt où les arbres ont des yeux et les buissons murmurent. Dépassant la Montagne aux Fourmis, ils s’enfoncent dans les vallées marécageuses, sac au dos.

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Page après page, un univers à part entière se déploie sous nos yeux et l’on se laisse gagner par l’enchantement qui émane des images et des mots. On y croise des animaux qui parlent et vivent comme des humains, des Bébés Mousse qui provoquent des pluies sur leur passage, des hommes qui s’envolent en fouettant l’air avec un batteur à crème fraîche, créant de petits nuages crémeux sur leur passage…

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Dès les premières pages j’ai eu le sentiment de détenir un petit bijou entre les mains : à la fois album et roman graphique, les bulles de BD se mêlent au texte. Les dessins, empreints de poésie et d’onirisme, sont une véritable invitation au voyage. Un très joli conte qui m’a complètement séduite !

Coup de ❤ !

 

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Jim & Mig – Un petit livre oublié sur un banc ****

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Éditeur : Grand Angle – Date de parution : mars 2014

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Camélia trouve un livre sur un banc. Intriguée, la jeune femme lit les premières lignes puis le rapporte chez elle. Si elle le trouve ennuyeux au début, elle finit par le dévorer. Elle le lit, puis le relit. Remarque des mots qui sont entourés en rouge et découvre que, mis bout à bout, ils forment une phrase… Commence alors une drôle de quête – enquête – pour la jeune femme, qui se saisit de ce prétexte pour s’extraire d’une vie de couple peu épanouissante et d’un quotidien qui ne l’excite plus, dans lequel elle a l’impression de s’enliser – en couple depuis douze ans, son mec passe sa vie sur les écrans – que ce soit la télévision, ou son téléphone dernier cri.

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Les deux tomes de ce roman graphique très addictif se dévorent à toute allure ! Le scénario nous tient en haleine, à la façon d’un savoureux polar. On découvre une histoire pétillante et intelligente, au suspense savamment travaillé et au charme fou.

Un vrai plaisir de lecture qui nous offre une réflexion sur le couple et l’amour mais aussi sur la lecture et la littérature et leur nécessité à l’ère du numérique et des écrans.

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Ari Folman & David Polonsky – Le Journal d’Anne Frank ****

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Éditeur : Calmann Levy – Date de parution : octobre 2017 – 162 pages

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Ce roman graphique est une adaptation du Journal d’Anne Frank de grande qualité. Quelques libertés sont prises dans la transformation du texte en image ; des morceaux entiers du journal sont retranscrits aux côtés de bulles de bande dessinée.

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Si j’ai lu le journal quand j’étais au collège – j’avais l’âge d’Anne Frank – je me suis rendue compte au cours de ma lecture de la BD que j’avais oublié des passages entiers… J’ai également pris conscience de la force et de la poésie qui se dégagent des mots et des réflexions d’Anne. Pour son âge, la jeune fille fait preuve d’une étonnante maturité et d’une incroyable lucidité sur sa condition.

Les dessins m’ont tout de suite plu, ils retranscrivent tellement bien l’humour et l’émotion dont fait preuve l’adolescente, nous offrant une belle mise en lumière du tempérament d’Anne – cet âge adolescent où l’on se sent en rébellion contre le monde entier. Ces envies d’être ailleurs, et cette rage envers les autres, la vie. Et pourtant, Anne doit attendre que le monde extérieur retrouve la raison, se taire toute la journée et rester cloîtrée dans l’Annexe, tout en cohabitant avec des inconnus.

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C’est un très bel hommage au texte original grâce auquel je redécouvre une Anne Frank féministe, révoltée contre l’injustice, en quête d’indépendance & d’émancipation, qui n’a pas sa langue dans sa poche. Un roman graphique sublime, qui a su m’émouvoir tout autant que me faire rire.

 ❤ ❤ ❤

Elizabeth Brundage – Dans les angles morts ****

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Éditeur : La Table Ronde – Date de parution : janvier 2018 – 528 pages

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1979. En rentrant chez lui un soir de tempête de neige, George Clare retrouve sa femme Catherine assassinée dans leur chambre, encore en chemise de nuit. Leur fille Franny, qui n’a que trois ans, est restée seule dans sa chambre toute la journée. Pour le shérif Lawton, le mari a tout du coupable idéal…

Cette vieille ferme, entourée de champs à perte de vue, ils l’ont eu pour une bouchée de pain, huit mois plus tôt lors d’une vente aux enchères. Ce que le mari a caché à sa femme, c’est que la ferme fut le théâtre du suicide d’un couple de fermiers criblé de dettes ; les parents des frères Hale, Eddy, Wade et Cole. Ils se sont suicidés dans la chambre où George et Catherine dorment. Cette même chambre où la jeune femme sera retrouvée assassinée à coup de hache.

Elizabeth Brundage déroule les quelques mois qui précèdent la mort de Catherine ; la rencontre, le mariage, l’arrivée de la famille à Chosen suite à la prise de poste de George à l’université. La façon dont Catherine s’est tout de suite sentie épiée dans cette ferme, ne s’y sentant pas à sa place. Les courants d’air froid dans certaines pièces – comme si des fantômes hantaient les lieux. Le caractère singulier de George, qui nous est dévoilé à travers les gens qui le côtoient. On en apprend davantage aussi sur l’histoire des frères Hale.

Dans les angles morts est une belle surprise. Un roman profondément beau et complexe, aux allures trompeuses de thriller. En effet, il s’agit davantage d’un roman psychologique aux accents surnaturels, dont l’écriture poétique et ciselée m’a émue et transportée. J’ai aimé ces deux histoires familiales qui se lient l’une à l’autre à travers leurs fantômes ; et notamment l’histoire de ces deux femmes qui rêvaient d’une autre vie, l’une d’air et l’autre de chair.

Au fil des chapitres, l’auteure fait défiler les personnages pour nous permettre de comprendre ce qui s’est passé. Une lecture lente et dense, qui prend son temps pour se dévoiler – on retient son souffle jusqu’aux derniers mots, jusqu’aux derniers instants. Un livre puissant sur les amours contrariées, la culpabilité et le mensonge, aux personnages tantôt attachants tantôt repoussants, dont la psychologie demeure très travaillée.

Un coup de ❤

Découvrez les avis de Jostein & Céline.

Cathy Ytak – D’un trait de fusain ****

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Éditeur : Talents Hauts – Date de parution : septembre 2017 – 253 pages

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Nous sommes en janvier 1992Monelle, Marie-Ange, Julien et Sami sont dans le même lycée, ils suivent les mêmes cours de dessins pour lesquels des hommes et des femmes posent, nus. C’est comme ça que le petit groupe fait la connaissance d’un de ces modèles grandeur nature : Joos. Un jeune homme drôle et pétillant, qui ne laisse personne indifférent, surtout Marie-Ange. Marie-Ange qui déteste son prénom, qui dessine des autoportraits au fusain, devant sa glace, nue, sans concession. Dont les parents sont hyper conformistes, étroits d’esprit et réac’. Elle compte les jours jusqu’à ses dix-huit ans pour pouvoir enfin les quitter.

Les quatre adolescents sont inséparables. Au printemps, ils décident de partir à Saint Malo, le temps d’un week-end. Des amours naissent, Monelle et Julien. Sami et Joos, qui les a rejoint. Joos dont Marie-Ange tombe aussi amoureuse… Un amour qu’elle doit réprimer.

« Une vie d’adulte avant l’âge, peut-être, qui oscille sans cesse entre la fête et le désespoir. » – Et puis au retour des vacances d’été, Marie-Ange devient Mary. Et elle apprend que Joos est séropositif. C’est le choc. Et l’incompréhension. Mary décide de s’engager aux côtés d’autres jeunes, au sein d’Act Up. Elle descend dans la rue.

Un roman fougueux et percutant, qui m’a noué la gorge et fait battre le coeur. J’ai aimé cette héroïne qui se lance dans le militantisme – une lutte contre les préjugés d’une époque – avec la rage et l’envie d’en découdre avec la maladie qui s’est attaquée à ses amis, s’immiscant sans ménagement dans leur amitié.

Une lecture émouvante que je n’oublierai pas de sitôt ; à l’image de cette scène en plein Paris où cinquante personnes s’allongent dans la rue, comme mortes, pour dénoncer l’indifférence des autres au mépris des uns.

 

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« Mary pense que tout ce qui vient de se passer n’est pas vrai. Elle a eu une hallucination. Parce que ce genre de chose, ça n’arrive pas à des gens comme eux, Sami ou Joos. Ils sont trop jeunes, trop ordinaires, trop… quelconques., Ce genre de chose, ça ne peut arriver qu’à des… dépravés. La pensée est si forte qu’elle la fait sursauter. »

« S’habituer… S’habituer à passer du rire aux larmes en quelques secondes. De la plaisanterie la moins fine à la peur la plus forte. Avec la mort infiltrée. Mais sérieusement, quand on a dix-sept ou dix-huit ans, ça veut dire quoi, mourir, si on n’a rien vécu ? »

Jean-Baptiste Andrea – Ma Reine ****

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Éditeur : L’Iconoclaste – Date de parution : août 2017 – 221 pages

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L’été 1965 s’installe dans la Vallée de l’Asse, en Provence. Shell a douze ans et des parents rabat-joie qui tiennent la station service du coin. Shell n’est pas un enfant comme les autres ; solitaire et retardé, il ne va plus à l’école. Le médecin dit que son cerveau a cessé de grandir. Shell sait juste qu’il a beaucoup de larmes, que le temps qui passe est incompréhensible et que les lettres se mettent à danser devant ses yeux lorsqu’il tente de lire.

Un jour, il décide de partir à la guerre, pour prouver à tous qu’il est un homme, un vrai. Il se retrouve sur le plateau qui surplombe la Vallée et nulle guerre à l’horizon. Seulement une fille – Viviane – aux yeux plein de colère et aux mèches blondes ensauvagées. Viviane devient sa Reine ; pour la garder auprès de lui, Shell est prêt à toutes les folies qu’elle lui propose. Par le jeu et les mots de sa Reine, la réalité se métamorphose, l’impossible devient possible, le merveilleux remplace un réel souvent cruel et décevant.

Un conte aux éclats d’enfance, dont la langue poétique et lancinante m’a émue aux larmes. Je me suis attachée à Shell – simple d’esprit et grand sensible – et à Viviane, cette enfant brisée. Pour reprendre les mots de la quatrième de couverture, ce livre est « une ode à la liberté, à l’imaginaire et à la différence ».

Un roman puissant que je ne suis pas prête d’oublier – ❤

De nombreux billets sur la blogosphère, dont ceux de Lilylit & Fanny.

La page Facebook du roman.

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« Mais j’avais une reine, je savais déjà que je ferais tout pour elle, pas parce que j’avais juré mais parce que j’en avais envie, et j’ai pensé que c’était peut-être ça, être un héros : faire des choses qu’on n’est pas obligé de faire. »

« J’ai allumé assez de bougies pour chasser la nuit du plateau entier. J’avais mille ans, j’étais vieux comme les pierres et les petites flammes brillaient partout, il n’y avait pas assez de place dans l’univers pour les faire tenir. Je les ai toutes soufflées et la nuit est revenue. »

Danielle Younge-Ullman – Toute la beauté du monde n’a pas disparu ****

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Éditeur : Gallimard jeunesse – Date de parution : 2017 – 369 pages

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Ingrid est envoyée par sa mère à Peak Wilderness, un camp de survie en pleine nature, avec huit autres adolescents au passé trouble et à l’âme plus ou moins torturée.

L’adolescente ne comprend pas comment sa mère a pu l’envoyer dans un tel camp. Elle tente de faire face aux conditions extrêmes, aux adolescents perturbés… et à son propre passé qui la rattrape.

Les chapitres alternent passé et présent de l’aventure, afin de nous faire comprendre petit à petit le pourquoi de l’histoire et la relation complexe qui unit mère et fille. Comment vivre avec une mère chanteuse d’opéra qui un jour perd sa voix et se retrouve à passer des journées entière au lit. Comment passer d’une vie nomade faite de voyages à travers l’Europe au gré des tournées, à une vie sédentaire au Canada, dans une nouvelle ville. Comment devenir brusquement adulte à l’âge de onze ans ?

Je me suis tout de suite attachée au personnage d’Ingrid, cette adolescente au caractère bien trempé, qui se retrouve au bord du gouffre et qui finalement se rend compte de son désir de vivre. J’ai aimé le ton mordant et ironique dont elle ne se départi jamais.

Mortifiée, éreintée, ne parvenant même pas à savourer la beauté des paysages qui l’entourent, Ingrid se retrouve à manger des insectes en guise de dîner, apprendre à monter une tente, construire un abri, porter un kayak, marcher dans la nature sauvage en évitant les obstacles… Elle se heurte à ses propres démons, lutte, pleure, mais se relève.

Je ne m’attendais pas à aimer autant ce roman. Entre rire et larmes, j’ai littéralement dévoré ce roman d’apprentissage. Si je me suis doutée de la fin, cela ça n’a rien changé à la magie de ce roman. Un coup de coeur inattendu  ❤

L’avis tout aussi enthousiaste de Mes échappées livresques !

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« J’ai l’impression que je pourrais passer cent ans à dormir, j’ai envie de pleurer, de chanter, de poser mes lèvres sur les siennes, de me glisser dans un terrier et d’y passer le reste de ma vie. J’ai envie de m’allonger sur le dos pour contempler le ciel et de laisser les étoiles me tomber dans les yeux. »