Bernard Comment – Neptune Avenue ***

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Grasset – mars 2019 – 272 pages

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Neptune Avenue, au fin fond de Brooklyn, près de Cosney Island. C’est là qu’habite le narrateur. Handicapé à cause d’une maladie, il est bloqué au 21ème étage d’un building sans charme dont les ascenseurs sont en panne depuis quelques jours. Mais il n’y a pas qu’eux ; le monde à l’entour ploie sous la canicule et semble pris dans une curieuse brume laiteuse et tous les appareils électroniques sont tombés en panne. Internet ne fonctionne plus.

La maladie du narrateur, peu à peu, ronge ses dernières forces. Ses muscles sont usés comme s’il était un vieillard alors qu’il a la cinquantaine. Il a quitté la Suisse il y a deux ans, après la mort de sa mère et après avoir fait fortune dans la finance, attiré par New York et l’espoir d’y retrouver des cousins. Savoir que Bijou s’y trouvait ne pouvait que le motiver davantage. Mais qui est Bijou ? Pourquoi le narrateur veut-il à ce point la retrouver, se rapprocher d’elle ? Qu’est-elle pour lui ? Cette jeune femme qui n’a pas trente ans, ne jure que par la décroissance et ne connaît que l’amour multiple.

Dans ce monde comme suspendu, en attente, le narrateur n’a d’autre choix que de méditer sur la terrasse, avec pour seule compagnie un verre de vin blanc et un bol de cornichons. Et Bijou quand elle passe le voir… Les souvenirs de sa jeunesse avec Bob et Nina et ceux de son unique amour, trop tôt disparu, s’imposent à lui et le plonge dans une douce nostalgie.

L’écriture de Bernard Comment m’a séduite immédiatement. Empreinte d’une solitude et d’une tristesse latentes, elle rend compte de l’indolence des jours s’égrenant dans l’incertitude du futur.

Neptune Avenue est un roman qui ressemble à un chuchotement poétique, une lecture énigmatique et belle, qui nous fait réfléchir sur le destin, la passé, la mort et la vie.

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« L’autre vie commençait pour moi. Elle n’a jamais vraiment cessé depuis. Et j’ai parfois l’impression que je suis venu ici pour fermer la parenthèse, et retrouver le fil, un fil ancien, incertain, mystérieux. »

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Yannick Haenel – Tiens ferme ta couronne ***

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Folio – février 2019 – 368 pages

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Jean a écrit un scénario long et indigeste sur la vie de Melville, que seul Michael Cimino, le réalisateur maudit de Voyage au bout de la nuit, pourrait réaliser. En cherchant à le rencontrer, Jean se retrouve à New York à la Frick Collection, à patienter devant Le Cavalier polonais de Rembrandt.

Jean a 49 ans ; plutôt solitaire, il passe ses journées seul à siroter de la vodka et à buller devant des films – il développe une obsession pour Apocalypse Now. Il aime aussi déclamer des noms de poètes dans la nuit. Jean est un personnage loufoque et décalé, un peu timbré et complètement à la ramasse. « Il faut être fou, sans doute, pour éprouver une telle insouciance alors qu’on frôle le gouffre. » Il n’a plus d’argent sur son compte, ne fréquente quasiment plus personne à part son voisin Tot, un homme curieux qui collectionne les fusils de chasse et qui s’absente souvent en lui demandant de s’occuper de Sabbat, son dalmatien.

A la poursuite du daim blanc de la vérité, Jean nous embarque dans une aventure aux accents cinéphile et littéraire, franchement surréaliste, de Paris à New York, en passant par Colmar et le lac de Némi en Italie.

Tiens ferme ta couronne est un roman halluciné à l’écriture séduisante qui m’a au début pas mal déroutée : je ne voyais absolument pas où j’allais, et puis, j’ai cessé de me poser la question et j’ai savouré cette curieuse lecture. Au fil des pages, je me suis laissée emporter par cette drôle d’histoire, oscillant entre scepticisme, curiosité et attachement.

Petit clin d’œil à un précédent roman de l’auteur, Les Renards pâles. Dans lequel Jean vivait dans une voiture, stationnée au 27 rue de la Chine ; « nous n’avions plus d’identité car l’identité n’était qu’un piège, un consentement au contrôle ».

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« J’ai pensé que peut-être il me fallait devenir fou pour devenir sage. »

Edward Lewis Wallant – Moonbloom ***

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Éditeur : Points – Date de parution : janvier 2018 – 336 pages

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Norman Moonbloom est le gérant de quatre immeubles à New York. Chaque semaine, il rend visite à ses locataires, un par un, pour prélever le loyer. Et à chaque visite, chaque locataire lui assène une tranche de sa vie, lui raconte ses petites misères, ses obsessions, lui expose ses réclamations, se confie, se plaint… Moonbloom est le confident idéal.

Nous découvrons une palette de personnages tous plus fous et perchés les uns que les autres ; comme cet italien obsédé par le mur de ses toilettes, ou ce professeur d’anglais alcoolique qui lui récite du TS Eliot avec fureur… ou encore ce vieil homme presque centenaire qui accumule la crasse et la saleté chez lui, attirant blattes et cafards dans son immeuble.

A chaque visite, Moonbloom accumule les promesses. Il ne supporte plus ces locataires mais pourrait-il vraiment se passer d’eux ? Au fond, qui a le plus besoin des autres ? Le jeune homme va découvrir que le rire et la tristesse ne sont qu’une seule et même chose. Le rire n’est que la face cachée de la tristesse. Douleur et joie demeurent interchangeables. Devant la misère des autres il se met à rire, sans pouvoir se contrôler. Comme un instinct de survie ?

« Les pleurs et le rire exprimaient tous les deux ce que la vie pouvait avoir d’irrésistible : la douleur et la joie étaient interchangeables. Comment avait-il choisi le rire? »

Moonbloom est un drôle de personnage, en proie à la solitude, pas plus sain d’esprit que ses locataires geignards. Il n’a jamais rien fait d’excessif, n’a jamais dépassé les bornes. C’est le type normal à qui on fait confiance immédiatement. Jusqu’au jour où il pète les plombs. Le roman de Edward Lewis Wallant est un subtile mélange d’absurde et de drame ; où la vérité se délivre à travers le masque de l’humour.

Celle qui s’enfuyait – Philippe Lafitte ***

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Éditeur : Grasset – Date de parution : mars 2018 – 224 pages

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Phyllis est une femme de soixante ans, afro-américaine, qui a choisi de vivre dans un petit hameau du sud de la France, où vivent à peine une centaine d’âmes. Éloignée volontairement de toute civilisation, elle y vit paisiblement avec sa chienne Douze. Quand elle ne court pas dans les bois, elle écrit des polars sous pseudonymes.

Un matin dans les bois, Phyllis se fait tirer dessus. C’est Douze qui meurt sous les balles. Qui est cet homme qui roule en clinquante Mercedes de location et qui en a après elle ? Pour le savoir, nous plongeons par intermittence dans le passé empreint d’ombres de ces deux personnages – Phyllis et Corso -, tous deux originaires de New York. Se dessinent en toile de fond les émeutes des années 60 aux Etats-Unis, le conflit racial, les violences policières…

Celle qui s’enfuyait est un roman qui se révèle peu à peu passionnant, et plus profond qu’il n’y paraît au premier abord. L’écriture de Philippe Lafitte, fine et ciselée, nous plonge dans le passé de Phyllis et Corso, tous deux orphelins de père, tous deux ayant grandi dans la rage et le désir de se venger, de s’en sortir et de se battre pour ça. Il s’agit d’obtenir réparation.

La fuite dans ce roman est à double tranchant : c’est une fuite dans l’imagination et une fuite d’un pays à l’autre. Un beau roman énigmatique qui prend les traits d’un thriller psychologique prenant qui m’a agréablement surprise.

« Elle continua de courir, oubliant la douleur du corps et de l’exil, fourmi obstinée perdue dans un paysage de sauvagerie et d’harmonie féroce. Un espace qui l’envahissait et la protégeait de tout. »

Dylan Landis – D’extase et d’amour féroce **

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Éditeur : Plon – Date de parution : août 2016 – 248 pages

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Nous sommes dans les année 70 à New-York, Greenwich Village. Rainey Royal a seize ans, elle passe son temps avec sa meilleure amie Tina. Ensemble, elles aiment aguicher leurs professeurs masculins, jouer le jeu de la séduction. Rainey n’a pas une vie très équilibrée pour une adolescente de son âge : sa mère a déserté la maison depuis un an pour vivre dans un ashram, son père Howard est musicien de jazz et passe son temps à inviter des musiciens qui squattent leur maison de jour comme de nuit. Gordy, le meilleur ami de son père, a pris l’habitude de border Rainey chaque soir et de lui caresser les cheveux de façon très ambiguë.

Rainey se comporte comme une garce, et elle aime ça. Avec Tina, elles harcèlent leurs camarades de classe, ou les gens dans la rue, pour les voler. La jeune femme aime également passer des heures au musée pour reproduire les œuvres qu’elle admire et qui la fascinent. Son cœur penche entre son admiration pour la vie de sainte Catherine de Bologne et son goût prononcé pour la séduction. On suit la jeune femme et ses amies jusqu’à leur vingt-cinq ans, et le roman prend la forme de chroniques d’une jeunesse.

Une lecture qui ne m’a pas convaincue… ça se laisse lire, mais je n’ai pas su où l’histoire nous amenait, où l’auteure voulait en venir. Je suis restée extérieure, n’éprouvant aucune empathie pour ces adolescentes. C’est un roman qui met sensiblement mal à l’aise et qui m’a un peu déçue ; j’en avais entendu d’excellentes et enthousiastes critiques, je m’attendais donc à autre chose. Même si, par moments, j’ai aimé l’ambiance, il m’a manqué quelque chose pour apprécier ma lecture.

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« Rainey aime les motifs, elle aime les kaléidoscopes, elle aime les ailes de papillons qui dessinent des mandalas et que l’on place sous verre, et elle aime les rosaces dans les cathédrales, tous les éléments de la nature et de l’homme qui s’imbriquent et forment un système à part entière. »

Jesse Kellerman – Les Visages **

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Éditeur : Points – Date de parution : 2011 – 473 pages

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Ethan Muller tient une galerie d’art dans le quartier de Chelsea, à New York. Un matin, l’homme de main de son père l’appelle : dans un appartement déserté et insalubre, on vient de découvrir la plus grande oeuvre d’art jamais créée. Ethan décide aussitôt d’exposer ces étranges tableaux qui mêlent des décors tortueux et torturés avec des visages de chérubins innocents. L’événement a un succès fou et l’oeuvre, fragmentée en plusieurs tableaux, s’arrache à des prix exorbitants. Mais un matin, Ethan reçoit l’appel d’un policier à la retraite qui lui affirme que ces visages sont ceux d’enfants victimes de meurtres irrésolus

La quatrième de couverture alléchante avait tout pour plaire et elle m’a instinctivement glacé le sang. Le roman alterne les incursions dans le passé de la famille Muller – que l’on ne comprend pas de prime abord – et le déroulement de l’intrigue au présent ; il faut essuyer quelques longueurs avant de pouvoir être vraiment captivé par ce roman policier d’un genre singulier – le narrateur lui-même, Ethan, ne cessera d’ailleurs de le répéter, soulignant l’absence de rebondissements ou de tension dramatique lorsqu’il raconte l’histoire. Il ressent quand même cette nécessité de raconter ce qui lui est arrivé, tant cela l’a bouleversé.

Alors en effet, le suspens n’est pas insoutenable mais Les Visages reste un thriller très intelligent qui se lit bien, et qui s’avère prenant, malgré beaucoup de longueurs qui m’ont empêché d’accrocher tout de suite à l’intrigue, qui se fait désirer. Par moment, je me suis fait la réflexion qu’il s’agissait plus d’un roman-fleuve que d’un thriller à proprement parler. Il faut simplement aller au-delà de ces petites longueurs, pour comprendre qu’elle ont tout leur sens…

Alecia McKenzie – Trésor ***

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Éditeur : Envolume – Date de parution : mai 2016 – 182 pages

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Dulcinea Gertrude Evers, jeune peintre d’origine jamaïcaine dont le succès est fulgurant à New York, vient de mourir. Au lendemain de ses funérailles, c’est Cheryl, sa meilleure amie, qui se charge de rapporter une partie de ses cendres aux Etats-Unis.

Entre Kingston et New York, les personnes qui ont connu Dulci vont prendre la parole à tour de rôle pour dresser le portrait de cette jeune femme… A travers le regard de chacun – la meilleure amie, le père, l’amant, la femme de l’amant, le mari… – nous découvrons l’enfant à la peau de miel et au caractère bien trempé, l’adolescente effrontée, butée, la femme déterminée

« Comme elle oubliait souvent le nom des gens, ta mère appelait tout le monde trésor, toi y compris, mais elle ne le disait pas sur le même ton lorsqu’elle s’adressait à sa « seule et unique » fille. »

Les pages défilent à toute allure, j’ai littéralement dévoré ce petit roman choral au charme fou. Les personnages, brossant le portrait de Dulci, se dévoilent un à un ; j’ai aimé leurs traits de caractères, propres à chacun, les rendant tous attachants.

Je crois qu’au delà de Dulcinea, c’est le destin et le récit empreint de nostalgie de tante Mavis qui m’a le plus touchée… On a l’impression de voyager dans le temps et l’espace. La Jamaïque se déploie sous nos yeux, charriant son lot de superstitions et d’esprits ; un pays sublime où les ouragans rythment la mémoire.

L’auteur a un talent fou, son écriture est incroyablement vivante et colorée. Je me suis retrouvée en immersion totale, sentant presque le goût des mangues et du rhum, et le soleil qui brûle la peau.

L’objet livre en lui-même m’a séduite : une couverture douce et légèrement scintillante ; il s’en échappe tout de suite un parfum d’été.

C’est avec regrets que j’ai quitté ces personnages hauts en couleur que j’aurais souhaité connaître un peu plus.

Mille mercis aux éditions Envolume de m’avoir permis de découvrir cette pépite aux accents exotiques !

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« En emménageant dans cette maison, nous avions également hérité d’un cotonnier dans un coin du jardin. Il donnait de petits nuages de coton, blancs et irréguliers, que nous ramassions de temps en temps. Ma mère nous avait dit de ne jamais jouer près de l’arbre après le coucher du soleil. Comme tous les gens de notre quartier, elle pensait que les esprits vivaient sous les cotonniers pendant la nuit. »

« Il doit y avoir une pointe de nostalgie dans cette toile-ci, quelque chose qui rappelle ces journées où la télévision n’existait pas, quand les gens lisaient l’unique journal de l’île et écoutaient l’une des deux stations radio. (…) Dessine un grand terrain autour de chaque maison, et peins les nuances de vert des pawpaw, des mangues, des corossols, des fruits à pain – et le violet des pommes de lait. »