Bérengère Cournut – Née contente à Oraibi ****

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Le Tripode – 2016 – 304 pages

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Mon premier roman de l’autrice, découvert dans le cadre du challenge #LEteIndienEnLecture lancé par Aurore @papiercrepon sur Instagram.

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Née contente – alias Tayatitaawa – est une jeune amérindienne qui doit son prénom au rire qu’elle a fait retentir à sa naissance, lorsqu’on l’a présentée au soleil. Elle vit sur les terres arides de l’Arizona et appartient au peuple hopi, et plus particulièrement au clan du Papillon.

Tayatitaawa nous raconte son quotidien et celui de son peuple, rythmé par les cérémonies, les rites, les prières, la danse des esprits ; elle nous partage ses balades avec son père qui lui apprend tout de la nature, ensemble ils observent les aigles, les faucons, les serpents.

A travers ce singulier roman initiatique, Bérengère Cournut nous offre un fascinant voyage au cœur de la culture hopie ; nous découvrons son histoire, ses racines, ses légendes… Grand-Mère Araignée, le voyage de Tayatitaawa dans son paysage intérieur, les traversées des canyons arides et caniculaires, la Maison des morts, les Deux-Cœurs, les hommes et femmes-médecines… Un voyage sublimé par les photographies disponibles en fin d’ouvrage.

Je suis tombée complètement sous le charme de cette lecture immersive qui nous dépayse complètement. L’héroïne est touchante dans son apprentissage de la vie, je me suis prise d’affection pour elle. J’ai lu les derniers mots de son récit presque à regret, me sentant tout à coup orpheline de ce monde dans lequel l’autrice nous a immergé pendant quelques trois-cent pages.

Coup de cœur  ❤

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Comme à chacun de mes retours, mon coeur se remplissait de joie à la vue du relief particulier de la Troisième Mesa. A mesure que je m’approchais de notre village, l’horizon reprenait sa forme « exacte », celle que j’avais toujours connue, comme pour me dire : « Tu es d’ici, et de nulle part ailleurs. »

David Grann – La Note américaine ***

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Pocket – avril 2019 – 432 pages

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Au XVIIème siècle, les Indiens Osages ont dû quitter leurs terres du Kansas pour être parqués dans une réserve de l’Oklahoma. A la fin du XIXème siècle, on découvre qu’un océan de pétrole coule sous leur réserve… l’or noir. Une véritable hystérie contamine les foules ; les vautours blancs et les colons les plus avides se mettent à affluer dans la région, attirés comme des mouches.

« Les Blancs nous ont regroupés ici dans ce coin perdu, l’endroit le plus aride des Etats-Unis, en pensant : ‘On va envoyer ces Indiens dans la rocaille et on les laissera là.’ Maintenant que ces cailloux valent des millions, tout le monde veut venir ici et repartir les poches pleines. »

Années 1920. Un matin, Anna, la sœur de Mollie, ne rentre pas à la maison. Une semaine après, son corps est découvert. Une balle dans la tête. Au même moment, le corps de Charles Withehorn est retrouvé. Anna et Charles, deux riches Osages trentenaires. L’un après l’autre, les plus riches Osages sont assassinés. Les morts suspectes se succèdent dans l’entourage de Mollie et au sein de la tribu osage, peu à peu rongée par la terreur : attentats, empoisonnements, balles dans la tête, incendies…

L’époque est tellement sanglante qu’elle sera appelée Le Règne de la terreur. Tous ceux qui enquêtent et s’approchent trop près de la vérité finissent par trouver la mort… Une seule question se retrouve sur toutes les lèvres : « Qui sera le prochain? »

C’est finalement le tout jeune FBI, qui à l’époque s’appelle encore le BOI – Bureau Of Investigation -, dirigé par Egdar Hoover, qui se charge de l’enquête. Tom White va diriger une équipe spéciale… Un ancien shérif qui se glisse dans la peau d’un vieux gardien de troupeau du Texas, un Ranger qui apparaît sous les traits d’un éleveur de bétail, un vendeur d’assurances, un Indien qui se fait passer pour un chaman à la recherche de membres de sa famille.

La Note américaine est un documentaire sur une page de l’histoire américaine souvent occultée. Un récit absolument fascinant, remarquablement écrit et mené tambour battant que j’ai dévoré à toute allure, éprouvant effroi et terreur, comme si j’étais plongée dans un thriller.

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« L’Histoire est un juge impitoyable. Elle expose au grand jour nos erreurs les plus tragiques, nos imprudences et nos secrets les plus intimes ; elle jouit de son recul sur les événements avec l’arrogance d’un détective qui détiendrait la clé du mystère depuis le début. »

Jim Harrison – Dalva ***

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Editions 10-18 – 2016 – 471 pages

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Nous sommes dans les années 80. Dalva a la quarantaine et décide de s’installer dans le ranch familial du Nebraska ; les souvenirs l’assaillent : son adolescence, l’amour de Duane, la présence indéfectible de son grand-père complice, sa grossesse à l’âge de seize ans et ses mois de randonnées en Arizona avec son oncle Paul. Les deuils ; ces êtres chers partis beaucoup trop tôt. L’arrachement brutal à son fils nouveau-né qu’elle recherche obsessionnellement. Dalva a connu des pertes irrémédiables alors qu’elle n’est qu’au début de sa vie.

« Sois courageux, seule la terre perdure. » Ce sont les mots délivrés par son grand-père, qui lui reviennent en mémoire comme un mantra, tout au long du roman.

Grâce à Michael, son amant professeur alcoolique et névrosé, nous nous plongeons dans l’histoire familiale de Dalva à travers les journaux de son arrière-grand-père Northridge, écrits entre 1865 et 1890 ; ses mots racontent la douleur, les batailles et conflits qui opposent gouvernement américain et Amérindiens. Le massacre de Wounded Knee, Crazy Horse… l’histoire amérindienne défile sous nos yeux.

Lorsque j’entame ce roman, j’en trouve la lecture laborieuse ; j’ai du mal à me frayer un passage dans cette histoire de famille. Et puis, la magie commence à opérer au bout d’une centaine de pages. Je découvre un destin fascinant, une héroïne forte et émouvante, à laquelle je m’attache irrémédiablement.

Dalva est un de ces grands romans – qu’on n’oublie pas – porté par une prose incroyable ; on y découvre l’histoire de cette femme impétueuse au sang sioux, l’histoire de sa famille liée au peuple sioux. Dalva, c’est le roman des grands espaces – du Nebraska à l’Arizona en passant par la Californie… Jim Harrison nous offre une immersion au cœur des grandes plaines de l’ouest américain et un vibrant hommage aux peuples amérindiens.

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« Alors je me suis mise à pleurer. Je n’avais pas pleuré lors de l’enterrement, mais tous ceux que j’avais déjà perdus au cours de ma brève existence, deux pères, un fils, un amant, ont commencé de tourbillonner dans mon esprit, dans l’air du canyon, plus loin sur la rivière et jusque dans le ciel.