Malorie Blackman – Entre chiens et loups ***

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Éditeur : Milan – Date de parution : 2005 – 396 pages

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Imaginez un monde à l’envers du nôtre : où les blancs seraient rejetés, traités comme moins que rien. Où les noirs les traiteraient avec dédain et supériorité. Dans ce monde, il y a les Nihils d’un côté et les Primas de l’autre. Les Nihils sont appelés de façon moqueuse les Néants… Et dans ce monde, nous faisons la connaissance de Sephy et Callum, unis par une indéfectible amitié ; ils se connaissent et jouent ensemble depuis leur plus tendre enfance. Mais l’une est Prima et l’autre Nihil… « Pourquoi la différence effrayait-elle autant? »

Le récit fait alterner les voix et les pensées des deux adolescents. Le début de ce roman m’a rappelé Sweet Sixteen de Annelise Heurtier… En effet, quatre Nihils sont acceptés pour intégrer le collège de Sephy. Mais l’intégration au collège ne se fera pas sans heurts, sans manifestations violentes et l’amitié des deux adolescents va être mise à l’épreuve et tourmentée.

Un roman que j’ai refermé un peu ahurie, sonnée. Une lecture puissante, qui donne matière à réfléchir… Malorie Blackman dépeint avec force et talent cette société devenue folle – qui pourrait dangereusement ressembler à la nôtre – , où le racisme et l’intolérance sont poussés à l’extrême. En l’espace de quelques 400 pages, la romancière parvient à nous émouvoir et nous révolter, avec ce roman jeunesse très intelligent et sensible, qui sonne comme un électrochoc.

 

Tom Kelly – Moi et Finn ***

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Éditeur : Alice éditions – Date de parution : 2009 – 361 pages

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Tout commence le jour où Danny lance une brique à trois trous dans la fenêtre du vieux Grundy, son voisin. Ce qui a pour effet d’écrabouiller sa loutre empaillée. Danny s’enfuit, le ventre vide, ils déambulent dans les rues, prend un bus. Toutes ses pensées sont tournées vers Finn, vers son absence béante.

Un roman à la première personne du singulier ; nous sommes dans la tête de cet enfant, nous (re)découvrons le monde à travers ses yeux et à travers son imagination. Tout au long de sa fugue, Danny va faire de drôles de rencontres : Carki et Louie le caniche bleu miniature, Mme E.T. et Tom Pouce, le garçon à tête de cuillère & Nulty, l’homme ravagé par la perte de sa famille.

Au fil de sa cavale, Danny laisse les souvenirs affluer. Et au fil de ma lecture, je me suis beaucoup attachée à ce petit garçon, il m’a attendrie. Ce petit garçon qui aime dresser des listes sur tout, réfléchir sur le monde et le sens de la vie. Il se pose énormément de questions, et derrière la naïveté de ses propos se cache la vérité dans toute sa pureté.

Un roman à la fois drôle et émouvant, très touchant, écrit simplement, avec des mots d’enfants, qui évoque de façon terriblement juste la perte d’une personne aimée et les façons d’y survivre.

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« Maintenant que j’y pense, je crois savoir pourquoi les gens s’agitent partout tout le temps. C’est pour échapper à leur trouille diffuse. Ils fuient pour faire comme si elle n’était pas là, comme si elle ne leur courait pas après. Ça commence le jour où on se rend compte que personne n’est éternel. »

Alice Kuipers – Deux filles sur le toit **

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Éditeur : Albin Michel – Date de parution : 2011 – pages

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Sophie est une adolescente qu’on découvre un peu perdue. Lorsqu’elle reprend le chemin du lycée, elle ne sait pas si elle se sentira capable de survivre. Sa mère devient folle, elle collectionne les objets que les gens ont perdus. Abi, sa meilleure amie, semble se désintéresser complètement d’elle. On sent qu’un drame s’est déroulé dans la famille de Sophie juste avant les vacances de Noël. Qu’est-il arrivé à sa sœur Emily ? L’adolescente ne parvient pas à en parler, à mettre des mots sur « ce jour où le monde s’est effondré ». Elle fait des attaques de panique. Elle écrit tous les jours dans son cahier, suivant les conseils de la psy qu’elle est obligée de voir mais à qui elle ne parle jamais. Au lycée, elle se lie d’amitié à une nouvelle élève, Rosa-Leigh, qui arrive du Canada. Ensemble, elles lisent de la poésie et se confient l’une à l’autre. Quand elle a besoin d’air, Sophie aime se percher sur le toit de sa maison, observer les étoiles, comme elle le faisait avec sa sœur…

J’ai d’emblée beaucoup aimé le ton de la voix de Sophie, qui est une adolescente touchante dans le regard qu’elle pose sur le monde. Même si ce roman n’est, en soi, pas très original et qu’il comporte quelques clichés, je me suis attachée au personnage et au vide qui l’habite depuis la disparition de sa sœur. Les sentiments sont décrits de façon très brute et juste. Enfin, j’ai aimé que la poésie apparaisse comme un subterfuge à la douleur.

Iona Grey – Lettres à Stella **

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Éditeur : Les Escales – Date de parution : mars 2016 – 487 pages

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Ce joli roman s’est retrouvé entre mes mains grâce au concours du Brocoli de Merlin 😉 que je remercie encore. Et il s’agit d’une nouvelle Lecture Commune avec Charlotte, du blog Charlitdeslivres !

Le roman se passe à Londres, à deux époques différentes. En 2011, nous suivons le parcours de Jess, une jeune femme un peu paumée qui a fuit le quotidien d’un compagnon violent et brutal. Elle trouve refuge dans une maison qui a l’air abandonnée, recouverte par le lierre, où le courrier s’entasse dans l’entrée. Un matin, une lettre tombe sur cette pile de courrier. Elle est adressée à Mrs S. Thorne… La curiosité la submergeant, Jess se met à la lire.

En 1942, en pleine Seconde Guerre mondiale, Stella, une jeune femme un peu naïve, vient tout juste de se marier avec un pasteur très taciturne et loin d’être tendre. Très vite, il part pour le front et la laisse seule. C’est dans une église en ruines, détruite par le Blitz, qu’elle fait la connaissance de Dan, un aviateur américain en permission… Ils tombent amoureux l’un de l’autre et s’écrivent des lettres lorsqu’il part. En 2011, Jess découvre cette boîte à chaussures contenant les traces du passé et décide de mener l’enquête pour savoir ce qu’il est advenu des deux amants.

A la lecture de ce roman, je me suis rendue compte que la romance n’est pas un genre fait pour moi… Au bout de 200 pages, j’ai commencé à m’ennuyer un peu… J’ai ressenti une désagréable impression de prévisibilité, de déjà lu, déjà écrit. C’est une belle histoire d’amour que nous décrit l’auteure, mais elle ne m’a pas touchée et je me suis sentie complètement extérieure à l’intrigue. J’ai cherché à être émue, en vain. Et pourtant, le sort réservé à Stella est révoltant, son mari est absolument abjecte. Mais j’ai trouvé que l’auteure tirait vraiment trop sur la corde sensible.

C’est dommage car c’était un roman prometteur. Les liens unissant les deux personnages féminins à deux époques différentes m’ont plu, ainsi que l’alternance du passé et du présent. Mais j’ai trouvé toute l’histoire clichée : j’ai eu du mal à y croire… Malgré la nostalgie qui se dégage de la fin et tous les ingrédients mis en place par l’auteure, la magie n’a pas opéré pour moi.

Je vous invite à lire la chronique de Charlitdeslivres par ici ! Et à lire d’autres chroniques, bien plus enthousiastes et positives que les nôtres, et surtout à vous faire votre propre avis 😉

C.S. Lewis – Les Chroniques de Narnia – Tome 1 : Le Neveu du Magicien ***

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Éditeur : Folio Junior – Date de parution : 2005 – 210 pages

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J’avais laissé quelque peu en plan ma participation au challenge des 100 livres ces derniers temps…! Mais je me reprends, avec le premier tome des Chroniques de Narnia… Qui date de 1955, c’est drôle, j’imaginais cette saga beaucoup plus récente !

Polly Plummer trouve que la vie est bien morne et grise à Londres, et elle a tendance à s’ennuyer ferme. Mais un jour, elle fait la connaissance de son nouveau voisin Digory, qui vit avec sa mère gravement malade chez un vieil oncle au comportement très étrange et au regard inquiétant. Cherchant à percer le mystère d’une maison vide, en passant par un tunnel dans les combles, les deux enfants se retrouvent dans le cabinet de travail interdit de l’oncle Andrew… Il va leur faire essayer à chacun une bague magique qui les enverra dans un autre monde

Comme avant de plonger dans l’univers de La Passe-Miroir, j’avoue avoir eu quelques réticences bien vite été balayées ! Guidée par la voix d’un narrateur qui aime souvent s’adresser au lecteur et prendre certaines libertés dans la narration des événements, j’ai découvert la plume de C.S. Lewis et je me suis laissée emporter.

Polly et Digory – enfants un peu trop ordinaires auxquels je n’ai pas réussi à m’attacher – vont faire des rencontres tout à fait extra-ordinaires : la Reine Jadis, le Lion Aslan qui chante et fait naître, par son chant, une nature luxuriante et des étoiles dans le ciel… Qui donne vie à tout un monde, où les animaux sont doués de paroles…

Un monde empreint de magie, et d’inventions, de créatures issues d’un imaginaire délicieusement débridé – sur la terre de Narnia, les enfants plantent un caramel dans la terre et pendant la nuit il pousse un arbre à caramels… Un monde qui m’a rappelé l’univers des contes – avec des notions de transgressions, de conditions à respecter et de missions à réaliser, comme sous la forme d’un apprentissage, d’un cheminement. Les héros ont des missions à accomplir et un destin à choisir.

Un roman intelligent qui, s’il semble léger au début, met cependant en relief un certain nombre de réflexions sur les êtres humains, la terre et leur destinle mal… C’est un roman jeunesse qui est loin d’être ordinaire et vide de sens – l’intrigue est riche d’interprétations, de références symboliques et religieuses, notamment à travers le discours et les mises en garde du Lion.

C’est un récit qui m’a fascinée et émue tout à la fois. L’auteur déploie une poésie de l’imaginaire terriblement séduisante et je me suis laissée envoûter par la voix du narrateur. Une lecture que j’ai terminée avec le sourire aux lèvres et l’envie de découvrir les autres tomes…!

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« C’est une histoire qui s’est passée il y a très longtemps, à l’époque où votre grand-père était un petit garçon. Une histoire très importante car c’est elle qui permet de comprendre comment les échanges entre notre monde et le pays de Narnia ont commencé. »

« Vous savez ce que c’est quand vous commencez à croire à ce que vous espérez du fond du cœur, vous luttez contre cet espoir, car ce serait trop beau pour être vrai ; vous avez déjà été si souvent déçu… »

« Le Lion ouvrit la gueule mais nul son n’en sortit ; il exhala un long souffle tiède qui fit vaciller les bêtes comme le vent fait frissonner une rangée d’arbres. Beaucoup plus haut, au-delà du voile de ciel bleu qui les cachait, les étoiles recommencèrent à chanter, un chant épuré, froid, aride. »

Livre lu dans le cadre du Challenge des 100 livres !

8 / 71

Les 100 livres

John Connolly – La Maison des miroirs **

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Éditeur : Pocket – Date de parution : juin 2013 – 157 pages

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John Grady a assassiné quatre enfants – que des petites filles – avant de se donner la mort dans cette maison lugubre, dont l’air semble toxique et dont les murs sont recouverts de miroirs… Des années plus tard, Charlie Parker est engagé comme détective privé par le père de Louise Matheson, une des enfants assassinées. Il est chargé de surveiller la maison à l’abandon, car on y a retrouvé récemment la photo d’une fillette. De son côté, Le Collectionneur, un homme étrange à l’allure de clochard guette également la maison, attendant qu’une obscure dette lui soit payée…

Les planchers et les murs de la maison empestent les produits chimiques, l’air suinte la toxicité et semble rendre fou ceux qui y restent trop longtemps. John Grady passait son temps à refaire les murs, à poser du papier peint et d’immenses miroirs… On raconte qu’il ne s’adressait jamais aux enfants directement, mais plutôt aux miroirs. Qu’y voyait-il ? 

L’intrigue a piqué ma curiosité au début, j’ai aimé ce flirt latent avec le surnaturel et l’atmosphère de la maison Grady qui nous glace le sang… Mais je n’ai absolument pas été convaincue par l’écriture et les personnages qui me sont apparus bien banals, avec des dialogues tout faits. J’ai eu une désagréable impression de plasticité, de déjà fait, déjà vu. Alors, même si la thématique de la maison aux miroirs était prometteuse, j’ai été déçue par ce court thriller – heureusement qu’il était court, d’ailleurs !

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« Nous ne sommes pas ce que nous sommes : nous sommes ce que nous imaginons être. Donc : qu’est-ce que John Grady voyait dans ses miroirs ? »

Frank Lyman Baum – Le Magicien d’Oz **

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Éditeur : Pocket – Date de parution : 2013 [1900] – 176 pages

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C’est l’héroïne de Solomonica de Winter, Blue, qui m’a donné envie de lire ce petit livre pour la jeunesse, dont j’ai toujours entendu parler, sans jamais l’avoir lu… C’est un livre qui l’obsède, qu’elle lit et relit et qui lui sert de refuge contre le monde extérieur. J’aime quand la lecture de livres nous amène à en lire d’autres, ces ponts d’un livre à un autre.

Dorothy vit dans une ferme du Kansas avec oncle Henry et tante Em, et passe ses journées à jouer avec son petit chien Toto… Jusqu’à ce qu’un cyclone soulève la maison et l’emporte dans un curieux pays, où tout est beau et luxuriant… Pour avoir une chance de rentrer chez elle, Dorothy doit se rendre à la Cité d’Émeraude – qui est si éclatante que ses habitants doivent chausser des lunettes aux verres verts pour se protéger les mirettes – où vit le magicien d’Oz, qui semble être autant craint qu’admiré. Pour se rendre là-bas, elle doit traverser des contrées rudes et dangereuses. Elle fera de belles et curieuses rencontres : l’Épouvantail, le Bûcheron de Fer-blanc, le Lion Froussard…

Un livre aux personnages attachants, dont le parcours de l’héroïne m’a rappelé celui d’Alice aux pays des merveilles. Mais c’est une histoire à laquelle il manque un certain grain de folie, et que j’oublierai relativement vite… Dans le genre, j’ai préféré l’univers de Lewis Carroll.

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« Moi, je préfère un cœur, répliqua le Bûcheron de Fer-blanc, parce qu’un cerveau n’a jamais rendu personne heureux, et le bonheur est la meilleure chose au monde. »