Camille Laurens – Fille **

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Gallimard – août 2020 – 226 pages

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« C’est une fille ». Ce sont les premiers mots qu’elle entend à la naissance. Laurence Barraqué naît au début des années 60 et grandit à Rouen, aux côtés de sa sœur ; dans une famille qui s’attendait à un garçon, qui désirait ardemment un garçon. Pas de chance, encore une fille… Naître fille, comment y survivre ? Comment être une fille dans les années 60 ?

Enfant, Laurence se pose une foule de questions, observe et analyse ce drôle de monde où fille et garçon n’ont pas le droit au même traitement, aux mêmes attentes, aux mêmes regards.

Un roman qui commence par le tutoiement, comme pour mieux capter notre attention, nous captiver. Et puis, avec les premiers souvenirs à l’âge de 3 ans, le Je prends toute sa place et Laurence nous raconte son enfance, sa vie de fille née dans les années 60. Le regard de la société, son poids. Puis à dix ans, c’est le Elle qui s’impose et prend le relais, pour prendre de la distance, tenir à distance un souvenir lugubre. Selon les épisodes de sa vie de fille, puis de femme, d’épouse, de mère… les différents pronoms personnels alternent à travers un jeu narratif intéressant ; oscillant entre introspection et mise à distance.

Quelle force de caractère dans cette plume vive et ironique. Cette plume qui nous pique et nous capture pour mieux convoquer notre révolte. Fille est un roman qui possède une indéniable puissance mais que je n’ai pas trouvé révolutionnaire non plus.

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« Parfois, il suffit d’une phrase pour faire tomber des monuments. Donjon d’effroi, remparts de honte, la tour s’écroule dont on était à la fois la prisonnière et la geôlière, et d’un seul coup c’est plein soleil, c’en est fini des meurtrières. »

Nikki Gemmell – La Mariée mise à nu ***

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Le Livre de Poche – 2008 – 384 pages

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Une femme disparaît et c’est un membre de sa famille qui tombe sur son journal intime, le manuscrit sur lequel la jeune femme travaillait avant de mourir. Ces écrits, on a failli les effacer. Et puis finalement, on se ravise.

Dans ce journal, la jeune femme trentenaire raconte son mariage au quotidien, avec Cole. A travers 138 leçons/chapitres, elle y révèle le moindre de ses fantasmes et ses frustrations ; elle y analyse l’amour et le désir sous toutes leurs coutures, faisant voler en éclats son image d’épouse parfaitement heureuse, irréprochable.

Un journal écrit à la deuxième personne du pluriel – un « vous » qui cherche forcément à nous interpeller, à nous déranger et qui nous oblige à nous mettre à sa place, à se projeter en elle. Sans aucune censure, c’est l’intimité d’une femme, ses pensées les plus secrètes qui nous sont dévoilées – elle se met à nu. L’écriture est pour elle comme un miroir dans lequel elle se regarde, sans fard, sans artifice. « Personne n’a la moindre idée de ce qui bouillonne en vous, une vie secrète. »

Pour reprendre les mots de Vita Sackville-West, cette femme est comme un iceberg ; son mari et ses amis n’ont accès qu’à la partie émergée, ils n’ont pas la moindre idée de l’immensité qui se trouve immergée sous l’eau.

Un roman troublant et dérangeant, éminemment intelligent.

Une vraie claque.