Antonio Da Silva – ABC … ***

Editions du Rouergue – 2020 – 176 pages

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Depuis l’âge de six ans, Jomo est fou de basket. Onze ans après son premier panier, il est recruté par un dénicheur de jeunes talents pour intégrer un club en France, celui de Tony Parker. Le coeur lourd, il quitte son quartier pauvre de Bamako pour la première fois, transporté par le rêve de devenir joueur professionnel.

« J’ai eu la nostalgie de ma vie d’avant, avant même de la quitter. »

Mais en arrivant à Lyon il se heurte à l’animosité de certains, la moquerie d’autres… Un monde nouveau s’offre à lui. Il va apprendre à lire et rencontrer des personnes hautes en couleur dont une qui va particulièrement faire battre son coeur… Rosa-rose comme il l’appelle. Rosa-rose qui va lui lire des livres et lui donner le goût des mots autant que de l’amour.

Un roman touchant aux singuliers personnages ; Rosa-rose qui se joue des apparences, aussi fragile que coriace – son père dont l’absence est béante. Jomo ce géant dégingandé au grand coeur, qui apprend à écrire et lire. Un roman dans lequel il n’est pas seulement question de basket. Où l’amour est pur comme celui des premières fois. C’est tendre et impitoyable ; drôle et tragique.

Marion Brunet – Vanda ***

Le Livre de Poche – mars 2021 – 224 pages

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De Vanda, personne ne sait grand chose ; son passé demeure obscure. C’est une femme aux cheveux fous, aux tatouages hypnotiques, qui vit seule avec Noé son fils de six ans, dans un minuscule cabanon, au bord de la Méditerranée. Noé, alias Bulot, qui n’a jamais connu son père. Mère et fils vivent tous les deux en marge des autres, de la ville. Ils n’ont besoin de personne d’autre ; ils se suffisent à eux-mêmes.

« Toi et moi contre le reste du monde. »

Vanda est une vraie mère louve, sauvage, protectrice, possessive. Elle aime son fils à la folie. « Rien que son fils et elle, il n’y a que ça qui compte vraiment, au final. Son visage dans sa nuque, elle renifle son odeur comme une bête, se retient de le mordre. » Leur relation est fusionnelle.

Et puis un jour, Simon, le père de l’enfant, débarque dans leur vie après sept ans d’absence. Sept ans pendant lesquels il ne s’est jamais douté qu’il avait un fils. Le monde de Vanda s’apprête à voler en éclats.

Vanda m’a littéralement bouleversée. Cette femme éprise de liberté, solitaire, qui se fout du regard des autres, folle de son fils – prête à tout pour ne pas le perdre et dont la rage ne demande qu’à être libérée.

Marion Brunet nous offre à travers une écriture violemment poétique un saisissant portrait de femme et de mère ; quand la sphère intime se heurte à la violence de la société. L’émotion des dernières pages est intense.

Une lecture comme un uppercut, de laquelle je ne sors pas indemne.

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« Vanda a admis très tôt qu’elle était seul, comme on est seule au jour de sa mort. Elle en a consommé la douleur jusqu’à en faire une identité, une armure. »

« Quand son fils est né, quand elle l’a reçu contre elle la première fois, ça a déchiré quelque chose, en dedans. Il était là et il n’avait qu’elle. Il va t’aimer toute sa vie, elle se répétait, et elle ne savait pas si c’était un bonheur ou une putain de malédiction. »

« Le coeur de Noé tremble jusqu’aux prémices d’un sanglot mais la peur est trop grave pour libérer de nouvelles larmes. Il est trop tôt. A moins que la seule défense possible soit l’envol, l’envolée d’un rire qui ne prend sa source dans aucune drôlerie, qui se suffit à soi-même, un rire qui s’écoute grelotter, racler, battre le bruit des vagues. Un rire qui ne tient pas la distance. Le même rire que celui de sa mère. Il a six ans, il va tout perdre. »

Pierre-François Kettler – Je suis innocent ***

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Talents Hauts – mars 2020 – 256 pages

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Jean a sept ans et le coeur innocent. En rwandais, il se nomme Munyangoma, « celui qui frappe du tambour ». Ce jour de janvier 1994, c’est son anniversaire, il joue avec sa sœur Agathe dans les marais – elle lui révèle ses secrets.

Au fil des chapitres, Jean prend la parole et nous raconte son histoire. Celle de son pays – celle du jour où les hommes sont devenus fous. Ses mots claquent dans l’obscurité, résonnent avec pureté, clarté. Ils révèlent toute l’innocence et la candeur d’un enfant qui s’apprête à découvrir l’horreur d’un génocide.

Les accords d’Arusha, la France… Jean perçoit le chaos et la tension dans les voix des adultes, lorsqu’ils prononcent ces mots. On peint des croix blanches dans la nuit sur les portes de certaines familles. « Inyenzi! » La chasse aux Tutsis est lancée…

Et puis, il y a ce matin d’avril 1994. Où des coups retentissent à la porte de leur maison. Où sa mère lui ordonne de rester caché. Où sa famille disparaît ; Jean ne comprend pas sur le moment qu’ils ont tous été assassinés. Sa maison est pillée. Et cette phrase qui va revenir désormais comme un refrain « Il faut que je vive ! » – en souvenir des derniers mots de sa mère.

« Un mamba me sauve la vie. Je suis un enfant. Je ne comprends rien à la vie. Je suis vivant. »

Je suis innocent, c’est le regard d’un enfant sur le génocide des Tutsis qui a meurtri le Rwanda. Un regard qui comprend sans comprendre. L’enfance ne peut pas accepter ce qu’il se passe ; alors Jean trouve des métaphores pour digérer le réel ; ces corps ensanglantés, privés de leurs membres sont comme des poissons, des sacs, baignant dans le jus de maracujas… Et dans ses rêves, son frère Aristophane apparaît et l’aide à survivre.

Je suis innocent est un récit poignant, terrifiant – l’innocence incarnée se retrouve dépouillée par la pire des abominations. Un roman que je lis en apnée, séduite par l’écriture dépouillée, empreinte de poésie et de candeur malgré l’horreur.

« Je suis un enfant. Je suis fou. Je ne suis pas fou. Je suis vivant. »

Dan Gemeinhart – L’incroyable voyage de Coyote Sunrise ***

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Coyote a douze ans et elle vit avec son père Rodeo dans un vieux bus scolaire, qu’ils ont surnommé Yageur. Yageur est aménagé comme une maison ; on y retrouve un coin bibliothèque, un vieux canapé déglingué, un coin cuisine et même un petit jardin…

Ensemble, ce duo père et fille trace la route, sans destination précise, sans attache, au gré de leurs envies. Cela fait des années qu’ils sillonnent les routes américaines – depuis le drame qui les a touchés. Des kilomètres avalés. Rodeo est un père atypique, à la barbe hirsute et longue, aux fringues trouées ; pieds et torse nus, ce père aux allures de vieux hippie attire l’attention mais aussi l’affection. Coyote est une gamine à la fois candide et intelligente, davantage meurtrie par la solitude que lui impose son quotidien que par son passé.

Ils accueillent des voyageurs, le temps de quelques centaines de kilomètres, ils se racontent des histoires – « Il était une fois ». Se confient les rêves Velu qui s’emparent d’eux soudainement.

Quand Coyote apprend que le parc de son enfance va être détruit, elle décide d’y retourner. Sauf qu’ils sont actuellement en Floride et que le-dit parc se trouve dans l’état de Washington… à l’autre bout du pays. Et sauf que son père n’a jamais voulu revenir sur ces lieux chargés de souvenirs… Elle a 4 jours pour traverser le pays d’Est en Ouest. Le compte à rebours est lancé.

On se glisse dans ce petit pavé comme dans un pull tout doux et chaud en plein hiver. On se prend d’affection pour cette famille bancale et insolite qui va étrangement s’agrandir au fil des kilomètres avalés.

L’histoire aurait pu être mièvre… Mais c’est de la fraîcheur qui se dégage de ce roman au doux parfum de liberté – on y réfléchit au sens de la famille, au deuil, aux relations humaines. Une lecture pépite qui se révèle grisante et nous invite au voyage – exactement le genre de lecture dont j’avais besoin en ce moment.

David Vann – Komodo **

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Gallmeister – mars 2021 – 304 pages

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Lecture effectuée dans le cadre du précieux #PicaboRiverBookclub

Tracy quitte la Californie avec sa mère pour retrouver son frère Roy ; elles débarquent sur la petite île indonésienne de Komodo. Au programme : une petite semaine de détente et de plongée en compagnie des requins et raies mantas. Quoi de mieux qu’une île paradisiaque pour réparer les liens qui les unissent et se sont fragilisés au fil des dernières années ? Roy vient de divorcer ; écrivain aux nombreux prix littéraires, la cinquantaine tassée, il vit à Komodo depuis un mois et termine une formation pour devenir divemaster. Pour Tracy, ce sont les premières vacances qu’elle s’accorde en cinq ans ; cinq ans durant lesquels elle s’est dévouée corps et âme pour son ingrat de mari et ses jumeaux turbulents. Pour la première fois, elle les laisse seuls. Ce voyage est aussi l’occasion pour elle de se ressourcer, d’éviter le burn out qui menace de l’étrangler.

Dès les premiers moments en famille, la tension est palpable ; Tracy ne peut s’empêcher d’être agressive et odieuse avec son frère. Elle ne lui pardonne pas son divorce. Les reproches et souvenirs culpabilisants s’accumulent. Tracy est un personnage peu amène – si peu attachant. Elle est grossière, vulgaire, agressive. Elle crache son venin et cherche sans cesse le conflit. A cela s’ajoute la nourriture exécrable et l’atmosphère hostile qui règne au centre de formation.

Les seuls moment de paix ont lieu durant les plongées sous-marines, toutes plus incroyables les unes que les autres. Mais Roy se révèle étourdi, peu réactif et le drame semble n’être jamais loin, à portée de palmes… On retient notre souffle devant la beauté des descriptions de la vie sous-marine tout comme face aux dialogues de plus en plus chargés de violence.

Le malaise rôde, sournois. La tension dramatique imprègne les mots ; pour finir par atteindre son paroxysme. Avec une écriture toujours aussi vive et efficace, empreinte d’humour noir, David Vann joue avec nos nerfs et dresse le terrible portrait d’une femme – une mère et une épouse – au bord du gouffre. Tracy perd lentement pied et la lecture des dernières pages se fait en apnée. La fin, pourtant, me laisse dubitative et presque déçue… Ce n’est clairement pas mon roman préféré de l’auteur ! Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Giosuè Calaciura – Borgo Vecchio ***

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Folio – janvier 2021 – 160 pages

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L’intrigue se déroule dans un quartier pauvre de Palerme, le Borgo Vecchio. Mimmo et Cristofaro sont amis à la vie à la mort. Ils passent leur temps ensemble ; ils s’échappent et traversent la ville pour aller se baigner. Ils volent. Le soir, chacun rentre chez soi. Cristofaro retrouve son alcoolique de père qui le bat jusqu’au sang après avoir écumé son pack de bières quand Mimmo est occupé à guetter l’énigmatique Celeste recluse sur son balcon pendant que sa mère Carmela fait défiler les hommes dans son lit, sous les yeux de la Vierge au Manteau. Carmela qui fait tomber les hommes comme des mouches et provoque le fruit des commérages féminins incessants. Mais il n’y a que Totò le voleur, dont elle est amoureuse et que tous les gamins du Quartier rêvent d’avoir comme père.

Un court roman au charme fou ; en ouvrant ses pages, on se retrouve dans une ambiance qui nous rappelle le quartier pauvre de Naples d’Elena Ferrante ; il y a le parfum du pain, à l’aube et au crépuscule, tout comme celui des embruns. La folie des hommes et la misère des femmes.

La tension monte lentement au fil des pages, à mesure que le drame se profile et on se laisse porter par la beauté de la langue. Giosuè Calaciura nous raconte une histoire d’amitié tragique tout en nous livrant une fresque poétique et sensuelle du quotidien de ce quartier en proie à la folie, à la misère et à la délinquance.

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« En regardant les arbres, ils furent pris d’une mélancolie qu’ils ne pouvaient s’expliquer. Peut-être était-ce tout ce vert qui n’avait pas de saisons et ne vieillissait jamais, peut-être étaient-ce ces femmes noires qui se vendaient le long des avenues et, pour s’amuser, faisaient des clins d’œil à Mimmo qui répondait d’un geste de la main. Peut-être était-ce seulement la fin de l’été et sentaient-ils que le temps passait comme si on guérissait d’une maladie. »

Franck Bouysse – Né d’aucune femme ****

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Le Livre de Poche – août 2020 – 336 pages

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Le père Gabriel a l’habitude des confessions. Dans le petit village où il vit, il connaît la voix de tous ses habitants ; quotidiennement, ils viennent absoudre leur péchés. Mais un jour, la voix d’une femme qu’il ne reconnaît pas se fait entendre derrière la cloison du confessionnal. « Mon père, on va vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. » Une voix qui hésite à parler. Et qui finit par lui confier le secret des carnets de Rose ; ces carnets cachés sous la robe de ce corps sans vie. Ces carnets qui vont hanter le père jusqu’à sa mort.

Les carnets de Rose s’ouvrent à nos yeux et commence alors un roman à l’atmosphère lourde de mystère, épaisse comme la pois. Qui est Rose, cette femme dont on dit qu’elle a tué son enfant ? D’abord hésitante, la voix entame son récit et imprime immédiatement les esprits. Rose, c’est cette adolescente de quatorze ans, que son père, en proie aux démons de la pauvreté, vend à une famille aussi mauvaise qu’impénétrable.

Né d’aucune femme est un roman qui nous immerge dès les premières pages dans une spirale de noirceur. Au fil des mots de Rose, on s’enlise dans la douleur et l’obscurité, saisis d’effroi par la confession de la jeune fille. C’est noir de chez noir, aucune chance ne semble laissée à l’espoir…

Beauté fulgurante de ce roman – qui nous serre le coeur comme un étau, qui nous le serre jusqu’à le briser. Qui nous maintient en alerte jusqu’au dernier mot. Quelle puissance ! Les mots me manquent pour parler de cette lecture dont on ne sort pas indemne.

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« La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient. Au mois, les mots, eux, ils me laissent pas tomber. Je les respire, les mots-monstres et tous les autres. Ils décident pour moi. Je désire pourtant pas être sauvée. »

Valérie Perrin – Changer l’eau des fleurs ****

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Le Livre de Poche – 2019 – 672 pages

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Violette Toussaint a des voisins assez peu bruyants… Forcément, ils sont tous enterrés six pieds sous terre. Violette est gardienne de cimetière et habite donc juste à côté ; elle ouvre et ferme les grilles, entretien les tombes et recueille les confidences de tous – des gens de passage comme des habitués.

D’elle, personne ne sait grand chose, à part que son mari a mystérieusement disparu il y a vingt ans.

Chapitre après chapitre – comme autant de citations et d’épitaphes – les souvenirs de Violette nous sont dévoilés – à travers une subtile alternance du passé et du présent – et nous prenons connaissance du drame qui a touché sa vie et l’a menée jusqu’à ce cimetière qu’elle ne peut quitter.

Un matin très tôt, un homme frappe à sa porte. Les cheveux en bataille, une allure un peu triste ; il se dit commissaire. Il doit réaliser les dernières volontés de sa mère : répandre ses cendres sur la tombe d’un homme qu’il n’a jamais connu.

Changer l’eau des fleurs est un roman que j’ai dégusté lentement ; c’est une lecture douce et mélancolique. Le texte se déroule à la façon d’une lente mélopée, il suffit de se laisse emporter par les mots et la vie de Violette. Un roman dense qui questionne le deuil, la mort, l’amour, les deuxièmes chances et le passé-douleur qui encombre et plane comme une ombre. Une lecture qui émeut, qui remue, qui secoue, empreinte de douleur mais aussi de douceur et d’espoir. Beauté de ce roman qui m’a saisie par surprise. ❤

Elizabeth Jane Howard – Étés anglais ***

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La Table Ronde – mars 2020 – 576 pages

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Après en avoir entendu parler pendant des mois, j’ai enfin succombé au charme des chroniques de la famille Cazalet

Nous sommes en 1937, c’est l’été au coeur du Sussex en Angleterre. Toute la famille Cazalet et les pièces rapportées s’apprêtent à se rassembler à Home Place, la maison familiale au bord de la mer. Trois frères et leurs femmes et enfants respectifs. Leur sœur, Tante Rachel, célibataire. Et toute la clique de domestiques.

On découvre les membres de cette famille, des personnages tous aussi bien croqués les uns que les autres ; certains m’ont interpellée, m’ont touchée plus que d’autres.

Comme la jeune Louise, quatorze ans, qui se sent à la fois encore enfant et déjà profondément vieille. Qui peut citer du Shakespeare pour n’importe quelle situation et rêve de devenir comédienne. Son père Edward qui se délecte d’avoir une double vie, dont personne ne soupçonne l’existence. Sa mère Villy qui cherche en vain un sens à sa vie conjugale à laquelle elle prend si peu goût au fond ; pour laquelle elle a dû abandonner sa passion pour la danse.

L’oncle Hugh qui est revenu meurtri par la guerre et appréhende celle qui semble se profiler… Sa femme Sybil, enceinte jusqu’aux yeux. Leur fille Polly, inséparable avec sa cousine Louise. La pauvre Clary, mal dans sa peau, dont la mère est morte en donnant naissance à Neville son frère. Leur père Rupert qui s’est remarié, avec Zoé, une jeune femme aussi séduisante que décérébrée, que personne ne semble apprécier.

Je me suis délectée de ces chroniques d’une famille de l’aristocratie anglaise de la fin des années 30, entre journées à la plage, dîners, parties de tennis, commérages et mensonges. Drames chuchotés derrière les portes. Et le spectre de la guerre qui plane insidieusement.

Etés anglais est un roman absolument savoureux, qui fourmille, qui jongle entre subtile ironie et drame, dont j’ai aimé l’écriture légère et truculente, imagée et évocatrice. Un roman qui se déguste avec une tasse de thé brûlante.

Elizabeth Jane Howard nous livre une analyse fouillée de l’âme humaine, entre légèreté et profondeur. L’autrice révèle un certain génie pour nous livrer le portrait aiguisé de ces personnages, leurs désarrois, leurs atermoiements, leurs excès et leurs joies. Dès les premiers mots, on plonge vertigineusement entre ces pages. Etés anglais est le premier tome d’une saga qui s’annonce mémorable.

Caroline Dorka-Fenech – Rosa dolorosa ***

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Editions de La Martinière – août 2020 – 281 pages

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Rosa vit avec son fils Lino, seulement 19 ans les séparent. Ils sont inséparables, très fusionnels. Ils rêvent d’ouvrir un hôtel dans le Vieux-Nice ; un hôtel dans lequel un immense aquarium accueillerait des méduses ; ces êtres empreints de féérie qui semblent sans cesse se mouvoir dans un étrange ballet. Un beau projet à succès qui est vite anéanti par l’arrestation brusque de Lino, accusé d’avoir tué un enfant.

Un roman qu’il m’est impossible de lâcher, dès les premières pages. Très vite, on plonge dans le gouffre avec la mère ; le coeur s’emballe, palpite au rythme des mots. On éprouve littéralement le désespoir qui s’empare de Rosa. On ressent toutes les émotions, toutes les souffrances qui la traversent ; la colère, le chagrin, l’incompréhension, l’effroi, l’espoir. C’est viscéral. l’écriture de Caroline Dorka-Fenech est tellement saisissante et évocatrice que l’on ne peut que se mettre à la place de Rosa.

Rosa qui ne lâchera rien, jamais. Qui se battra jusqu’au bout pour défendre son fils. Son fils qu’elle est incapable de croire coupable. « La rage à défendre son fils avait commencé à vicier tous ses mots, tous ses actes. »

Rosa dolorosa est un premier roman bluffant, qui nous interpelle, nous prend aux tripes et dont on ressort complètement transi.

« Et elle le prit dans ses bras et le serra contre elle, encore, de toutes ses forces, comme si elle avait voulu qu’il se fonde en elle. Comme si elle avait voulu qu’il redevienne fœtus. Qu’il redevienne ovule. Qu’il redevienne elle. Qu’il se soude à sa chair et qu’il n’en sort plus. »