Luis Miguel Rivas – Le Mort était trop grand **

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Grasset – avril 2019 – 432 pages

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Villeradieuse est une petite ville de Colombie contaminée jusqu’à la moelle par la mafia ; le terrible don Efrem règne sur la région. Chepe s’est fait assassiné il y a deux mois, dans des circonstances obscures. Un soir, alors que son ami Miguel prend un verre dans un bar, il croise un homme qui porte les bottes que Chepe avait aux pieds lorsqu’il est mort. Il en est certain, ce sont les mêmes. L’homme lui avoue qu’elles appartiennent en effet à Chepe… Mais il ne l’a pas tué ! Il les a achetées à un homme qui revend les vêtements des morts, grâce à un trafic entretenu avec les morgues…

Pour gagner du temps, les deux jeunes se rendent directement à la morgue acheter des vêtements. Miguel se retrouve avec une tenue de marque complète ; celle que portait Martel lorsqu’il est assassiné. Petit problème : il s’agit du pire ennemi de don Efrem. Miguel se retrouve poursuivit par deux hommes de main particulièrement abrutis qui pensent avoir affaire au revenant de Martel… Don Efrem est bien trop occupé à tout mettre en oeuvre pour séduire la sublime Lorena pour s’occuper de ces histoires…

Un roman tragi-comique, cocasse à souhait, mettant en scène des personnages tous plus ridicules les uns que les autres. Une comédie bien menée, que j’ai trouvée plaisante à lire – certains passages m’ont fait glousser – mais que j’oublierai certainement vite, n’étant pas une adepte de ce genre de romans.

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« Vers 5h du mat, je commence à avoir sommeil, logique, j’ai pas pris de coke. J’aime bien la coke, mais ça me détraque. Le lendemain je me réveille avec une culpabilité monstrueuse, comme si javais buté un curé et quatre bonnes sœurs. »

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Juan Gabriel Vásquez – Le bruit des choses qui tombent ***

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Éditeur : Seuil – Date de parution : août 2012 – 292 pages

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A l’aube de ses quarante ans, Antonio Yammara se souvient de Ricardo Laverde, un homme très secret qu’il a fréquenté dans une salle de billard à Bogotá. Un soir, alors qu’ils marchent dans la rue, deux hommes à moto abattent Laverde et blessent grièvement Antonio.

A la suite de cet épisode traumatique, Antonio n’est plus le même, il a peur de tout, du noir, de la ville. Deux ans plus tard, il reçoit l’appel d’une femme qui dit s’appeler Maya et qui serait la fille de Ricardo Laverde. Comprenant que pour pouvoir se débarrasser de son angoisse, il doit résoudre l’énigme Laverde, il décide de la rejoindre. Ensemble ils vont remonter le fil du passé et des souvenirs. A travers le témoignage de Maya et les lettres de ses parents, Antonio découvre peu à peu le passé de cet homme qui l’obsède tant.

Le titre énigmatique de ce roman m’a tout de suite attirée. En l’ouvrant, j’ai fait une plongée vertigineuse dans la Colombie à la fin des années 60, tiraillée par les trafics de drogue et la corruption. On suit le narrateur dans les ruelles de la Candelaria, au cœur de Bogotá, cette ville où la nuit tombe en quelques secondes, et sur les routes poussiéreuses de La Dorada, dans la vallée de Magdalena.

Dès les premières pages, j’ai été intriguée par cet homme, Ricardo Laverde : il parle peu, se confie rarement. Le narrateur ne sait pas grand chose de sa vie et nous non plus. On a envie d’en savoir plus.

L’écriture de Juan Gabriel Vásquez est sensible, très évocatrice : les mots nous transportent immédiatement. J’ai été fascinée par sa façon de raconter les histoires, la puissance poétique de ses mots et la beauté de certaines réflexions sur la mémoire, le souvenir et l’être humain en général.

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« Nul ne sait à quoi sert le souvenir, s’il s’agit d’un exercice profitable ou qui peut se révéler néfaste, ni en quoi l’évocation du passé peut changer ce que l’on a vécu, mais, pour moi, me remémorer Ricardo Laverde avec précision est devenu un besoin urgent. »

« Il n’y a pas de manie plus funeste ni de caprice plus dangereux que de spéculer ou de conjecturer sur les chemins qu’on n’a pas empruntés. »

« C’est le bruit des vies qui s’éteignent, mais aussi celui d’objets qui se brisent. Le bruit des choses qui tombent, un bruit ininterrompu et par là même éternel, un bruit sans fin qui continue de retentir dans ma tête depuis ce soir-là et ne semble pas vouloir en partir. »

« L’âge adulte nous donne l’illusion pernicieuse de contrôler notre vie et sans doute dépend-il  de ce leurre. »