Jo Witek – Mauvaise connexion **

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Éditeur : Talents Hauts – Date de parution : 2012 – 96 pages

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Julie est une adolescente de quatorze ans. Un soir, énervée contre sa mère qui l’engueule une énième fois pour les photos qu’elle s’amuse à faire, Julie s’inscrit sur un tchat sous le pseudonyme de Marilou. Pour elle, cela fait plus sexy, plus femme. Elle s’appellera Marilou et aura seize ans. Tout de suite, il est attiré par ce prénom. Il a vingt ans et dit s’appeler Laurent, être photographe de mode à Paris. Le courant passe immédiatement et l’homme la séduit et la rassure. Julie va en tomber follement amoureuse et se laisser prendre petit à petit au piège de ses mots.

Un roman en format court, qui fait l’effet d’un électrochoc. À la façon d’un témoignage, Julie raconte ce qu’elle a vécu à l’âge de quatorze ans, comment elle est tombée sous la coupe d’un manipulateur pédophile, perdant pied, se mettant à mentir à tout le monde ainsi qu’à elle-même. Une lecture qui me semble indispensable pour mettre en garde les adolescents, mais qui je pense, pourrait choquer les plus jeunes ; le récit est en effet raconté sans concession et le lecteur n’est pas épargné.

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« Personne n’a compris comment une telle horreur avait pu se déverser dans ma chambre, à l’insu de ma famille et de mes amis. La plupart des gens pensent que ce genre de drame n’arrive qu’aux filles faibles, simplettes ou aux familles désunies. Je sais que c’est faux. Les êtres pervers et manipulateurs se baladent sur la toile comme dans la rue, mais il est beaucoup plus facile de tomber dans leur piège sur Internet que dans la vraie vie. Surtout à quatorze ans. Mon histoire n’est pas virtuelle, mais bien réelle. »

Clémentine Beauvais – Songe à la douceur ***

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Éditeur : Sarbacane – Date de parution : 2016 – pages

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« Une cinglante douceur. »

C’est la rencontre de deux adolescents, Tatiana – littéraire idéaliste et rêveuse – et Eugène – fondamentalement nihiliste et qui pense que la vie ne sera qu’ennui et vacuité – qui vont tomber éperdument amoureux l’un de l’autre, le temps d’un été. Sans que leur histoire n’aboutisse vraiment. Un amour qui aura comme un goût d’inachevé. Une dizaine d’années plus tard, ils se rencontrent par hasard dans le métro… Soudainement, leur passé resurgit, leurs souvenirs aussi, avec Lensky et Olga.

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J’avoue avoir commencé ce roman avec un mélange de sentiments : de la curiosité, de l’envie et de l’appréhension, car le précédent roman de Clémentine Beauvais, Les Petites Reines,  m’était complètement tombé des mains – je n’avais pas accroché au style et à l’humour trop gras, trop lourd…

Avec Songe à la douceur, on se plonge dans un texte qui ne ressemble à aucun autre, on découvre un roman en vers, tout simplement. Les premières pages, on est un peu surpris. Et puis on tombe sous le charme, on se love dans cette écriture pleine d’humour, de douceur et pétrie d’intelligence, où la narratrice occupe beaucoup de place à la façon d’une conteuse omnisciente et omnipotente.

Immédiatement, j’ai été séduite par ce roman en vers, à l’écriture folle et déstructurée, très imagée. Un roman profondément nostalgique, parsemé de références poétiques et littéraires, porté par un imaginaire un peu fou. J’ai été légèrement moins transportée par la fin du roman, j’ai trouvé que le texte s’essoufflait un peu.

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« Là où le présent caresse, plus tard le passé pince. »

« Tatiana chavira, sachant chimérique de cacher à sa sœur qu’elle cherchait sans succès à chasser d’inséchables chaleurs de son corps cahoté par six cents sursauts chaque heure. »

Barbara Garlaschelli – Alice dans l’ombre ***

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Éditeur : Rivages / Noir – Date de parution : 2004 – 176 pages

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Dans ce court polar, le texte alterne un présent angoissant – où une jeune femme, Alice, se trouve plongée dans le noir d’une pièce, d’une immense villa italienne, dans laquelle elle a vécu avec « lui ». Une hache à la main, elle déambule dans le labyrinthe des couloirs sans fin, « le » guettant derrière chaque porte… – et un passé où Alice est encore une enfant de neuf ans, abandonnée par un père qu’elle adorait et dont la mère ne cesse de le critiquer. Elle découvre pour la première fois cette villa dont les persiennes ne laissent filtrer qu’un soupçon de soleil, quelque soit le moment de l’année, et fait la connaissance de Sofia, la curieuse amie de sa mère, et de son fils Maxi.

Un thriller terrifiant qui se dévore d’une traite… L’angoisse et la tension montent crescendo, à travers de courts chapitres, qui tiennent parfois en quelques mots, quelques phrases ciselées. Page après page, nous cheminons à toute allure dans ce chassé-croisé entre passé et présent, dans cette chasse en huis clos, jusqu’à la révélation finale, saisissante.

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« Il y a des pensées qui ont des dents. Qui, lorsque tu les as, te font mal. Il y a des pensées que tu t’efforces de ne jamais avoir parce qu’une fois que tu les as eues, rien n’est plus jamais comme avant. Être libre. Être vivante. Pouvoir choisir. Mieux aurait valu que je n’y aie jamais pensé. Il y a des pensées qui ont des dents. Et lorsque tu les as, elles commencent à te manger. »

Bilan du mois de novembre

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Cela fait un moment que je n’ai pas publié de bilan mensuel concernant mes lectures, ayant été pas mal occupée ces derniers temps et puis, autant dire les choses simplement, j’avais attrapé une maladie qui porte le doux nom de flemme. Mais je me soigne, c’est pourquoi ce mois-ci j’ai eu envie de vous faire le compte-rendu de mes lectures du mois de novembre… 11 lectures au total, dont 10 romans et un album jeunesse.

Au programme, il y avait…

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  • Des polars, avec deux belles découvertes surprenantes : Carnaval, de Ray CelestinAlice dans l’ombre, de Barbara Garlaschelli (chronique à venir)

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  • Deux bouquins assez courts, qui ne ferons pas l’objet d’un billet sur le blog mais que j’ai malgré tout apprécié : Ce n’est pas la fin du monde, de Judy Blume & Le Ramadan de la parole, de Jeanne Benameur.

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  • Et un album jeunesse, dont je ne vous ai pas non plus parlé sur le blog, mais qui mérite quand même le détour : Moi, Ernest… de Paul Mager et Laurent Souillé

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Sur ce, je vous souhaite un beau mois de décembre, entre fêtes et lectures !

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Auður Ava Ólafsdóttir – Le Rouge vif de la rhubarbe ****

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Éditeur : Zulma – Date de parution : août 2016 – 160 pages

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Ágústína n’est pas une adolescente comme les autres. Elle s’attache aux petits détails que tout le monde oublie et au contraire, elle oublie tout ce qui est important. Quand arrivent les beaux jours, malgré ses béquilles, elle aime marcher et se poser sur la plage de sable noir, à la marée montante, à l’écart des autres et du monde. Elle aime y méditer et s’adresser à Dieu. Elle aime aussi passer des heures allongée dans son carré de rhubarbes, à flanc de montagne.

Au printemps prochain, l’adolescente souhaite escalader la Montagne. La légende familiale raconte que c’est là qu’elle aurait été conçue. Sa mère l’a quittée juste après sa naissance afin de poursuivre ses travaux de recherche à l’étranger, alors c’est Nina qui s’occupe d’elle. Les seuls contacts entre la mère et la fille se font alors par voie épistolaire. Ágústína lui envoie ainsi ses montagnes de mots ; tous ces mots qui s’accumulent en elle et qu’elle couche sur le papier. Sa mère, quant à elle, lui raconte son quotidien dans tous les pays qu’elle visite. Le récit alterne le quotidien de la jeune fille et les lettres de sa mère, qui tiennent parfois en quelques mots.

L’auteure islandaise, que j’ai découverte avec son roman Rosa Candida – un vrai coup de cœur -, nous dévoile ici un récit tout en pudeur, simplicité et poésie, où la nature se retrouve convoquée à chaque page, de sorte qu’il s’en dégage une mélodie apaisante.

Une année islandaise passe, l’hiver et sa nuit éternelle, le printemps et sa clarté nocturne.
L’auteure nous fait le récit de ces petites vies ordinaires, mais avec tellement de poésie et de douceur que ce roman en devient juste sublime. Ne passez surtout pas à côté de cette pépite !  ❤

Timothée de Fombelle – Vango, Tome 1 : Entre ciel et terre ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : octobre 2016 – 448 pages

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Une fois de plus, la plume de Timothée de Fombelle m’a charmée ; la magie était au rendez-vous… Vango, notre héros, est arrivé un matin de 1919, sur une des îles Éoliennes, Salina, à l’âge de trois ans. Il s’y est échoué avec Mademoiselle, sa nourrice. Mazetta, un homme taiseux et mystérieux, leur offre le gîte, tout en veillant sur eux. Vango est vite adopté par les habitants de cette petite île sauvage, mais son passé demeure un mystère.

Mais nous faisons la connaissance de Vango quelques années plus tard, en 1934 à Paris. Allongé sur les pavés devant le parvis de Notre Dame, le jeune homme s’apprête à être ordonné prêtre lorsque des policiers surgissent pour l’arrêter. Agile comme un oiseau, Vango leur échappe par les toits parisiens. Une longue fugue commence, qui le fera traverser l’Allemagne, l’Angleterre, l’Écosse, l’Italie, par la voie des airs…

C’est un roman foisonnant et riche, à l’origine publié en tant qu’œuvre pour la jeunesse. Le personnage de Vango est fascinant, il parle plusieurs langues, escalade des églises et des arbres. On ne sait d’où il vient, ni pourquoi il est ainsi poursuivit… La Taupe, Eckener, Ethel, Zefiro… La ribambelle de personnages qui se déploie sous nos yeux et qui gravite autour de Vango est terriblement attachante, et chacun a son histoire. Le texte est émaillé de croquis des îles Éoliennes, du ballon dirigeable de Eckener. Timothée de Fombelle a décidément beaucoup de talent dans l’élaboration et la description d’un univers à part entière et il me tarde de lire le deuxième tome des aventures de Vango.

Merci aux éditions Folio pour cette belle découverte.

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« Qui désirait la mort de Vango ? POur la première fois, il eut l’impression que sa course folle trouvait sa source dans les profondeurs du siècle et de l’histoire. Vango n’était pas un orphelin comme les autres. Il était l’héritier d’un monde englouti. »

Bertrand Santini – Hugo de la nuit ***

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Editeur : Grasset Jeunesse – Date de parution : avril 2016 – 224 pages

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« Il aurait dû ressentir de la peur, de la terreur même, à planer au-dessus du monde dans les bras d’un fantôme. Hugo n’éprouvait pourtant qu’un sentiment d’abandon, tout au plus teinté d’une vague appréhension. »

Mais comment Hugo s’est-il retrouvé dans cette situation ? Sa mère est une célèbre romancière et son père un scientifique qui se passionne pour les plantes et la botanique. Ils possèdent le cimetière Dorveille. Un jour, on découvre qu’il abrite un puits de pétrole… La nouvelle se propage à toute allure et fait des envieux. Des gens mal intentionnés commencent à leur en vouloir. Par une chaude nuit d’été, après avoir plaisanté avec son oncle Oscar, Hugo descend à la cuisine et tombe sur un homme cagoulé…

Un roman très étrange, regorgeant d’humour et profondément poétique. Surprenant aussi, teinté de violence et qui fait preuve en même temps d’une grande douceur. Certains passages burlesques m’ont fait penser à l’univers de Tim Burton ou à celui de Lewis Carrol, on y rencontre de drôles de fantômes et d’inquiétants zombies. Un joli conte qui dévoile peu à peu son jeu, dont je ne peux rien révéler d’autre sous peine de vous en gâcher le plaisir !

Il suffit simplement de se laisser porter par l’écriture délicieuse de l’auteur, à la fois drôle et grave, sensible et percutante. Entre rêve et réalité, Bertrand Santini nous promène à travers une série de rebondissements et de révélations assez étonnantes.