Carmen Bramly – Hard de vivre **

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Éditeur : JC Lattès – Date de parution : janvier 2015 – 303 pages

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Je me rappelle avoir été touchée par le premier roman de Carmen Bramly, Pastel Fauve, empreint d’innocence et à l’écriture poétique. J’avais donc envie de découvrir ce nouvel  opus, mais les avis mitigés me refroidissaient un peu. Et finalement…

Thomas, Henri, Pop & Bethsabée, frère et sœur de cœur, et Sophie, la plus jeune, encore au Lycée. Ils ont entre seize et dix-neuf ans, et se sont tous les cinq rencontrés à la suite de circonstances particulières. Tous présents à une soirée, à la fin de l’été, où une adolescente aux cheveux arc-en-ciel est morte d’une overdose. Pour échapper aux flics, ils se retrouvent enfermés dans une cave. Quelques jours plus tard, ils éprouvent le besoin de se revoir. À eux se mêle Johannes, le cousin de Thomas, la vingtaine, étudiant en psychologie. Il était aussi à la soirée, mais il est parti avant le drame.

Chacun à leur façon, ils réagissent à cette soirée, et à l’événement traumatique auquel ils ont assisté. La mort de « la fille arc-en-ciel » va provoquer tout un enchaînement de hasards et de rencontres, d’amours et d’amitiés qui n’auraient a priori jamais dû voir le jour. Sa mort va bouleverser et mettre sens dessus dessous leurs petites vies.

Un livre à la saveur douce-amère, qui m’a finalement surprise dans le bon sens, même si le manque de réalisme à certains moments m’a fortement agacée. C’est un roman torturé, porté par une écriture à la fois désabusée et naïve, qui se laisse lire et qui a su me toucher malgré tout.

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« Alors c’était ça, la vie ? Une fille de dix-sept ans mourait, et au bout de la chaîne des causes et des effets, Pop publiait son premier roman et elle découvrait l’amour et l’amitié pour la première fois ? »

Milan Kundera – L’insoutenable légèreté de l’être ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2011 [1984] – 475 pages

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C’est le début d’une histoire au fond tout à fait banale : Tomas rencontre Tereza ; il se rend compte qu’il en tombe amoureux car il ne peut plus dormir sans elle, il éprouve le besoin de partager toutes ses nuits avec cette femme qui a sonné chez lui, Anna Karénine sous le bras. Mais pour autant, il n’est pas prêt à laisser tomber sa vie libertine et ses maîtresses occasionnelles ou régulières, comme l’énigmatique et entêtante Sabina. La jalousie de Tereza s’invite dans leur relation, tout comme la compassion de Tomas, chacun ne pouvant vivre l’un sans l’autre.

Nous sommes à la fin des années 60, le roman a pour toile de fond la Tchécoslovaquie, le Printemps de Prague. Puis la fuite des personnages vers Genève. Nous suivons les tergiversations et les errances amoureuses de trois personnages : Tereza, Tomas et Sabina, dans ce climat de révolution et de tensions politiques. La petite et la grande Histoire se côtoient.

Avec philosophie, une ironie parfois mordante et une justesse de regard, Milan Kundera nous dévoile les moments de ce couple ; les différentes étapes de la vie d’un couple sont disséquées minutieusement et intelligemment.

J’ai beaucoup aimé les interventions de l’auteur-narrateur – à la façon parfois d’un conteur – s’interrogeant fréquemment sur ses personnages et leur naissance. « Les personnages de mon roman sont mes propres possibilités qui ne se sont pas réalisées. » L’auteur déploie ainsi de belles réflexions sur le roman et les personnages : « Le roman n’est pas une confession de l’auteur, mais une exploration de ce qu’est la vie humaine dans le piège qu’est devenu le monde. » Ce roman est une mine d’or en terme de réflexions sur la littérature, la philosophie, l’amour, le monde… J’ai redécouvert avec délice la plume de Kundera, dont j’avais déjà lu La Valse aux adieux.

Je vous invite à lire l’analyse des personnages faite par Madame Lit, dont c’est un des romans préférés…

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« L’homme, à son insu, compose sa vie d’après les lois de la beauté jusque dans les instants du plus profond désespoir. »

« J’ai toujours devant les yeux Tereza assise sur une souche, elle caresse la tête de Karénine et songe à la faillite de l’humanité. »

« Le rêve est la preuve qu’imaginer, rêver ce qui n’a pas été, est l’un des plus profonds besoin de l’homme. »

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Livre lu dans le cadre du challenge des 100 livres !

10 / 71

Les 100 livres

Alice Kuipers – Deux filles sur le toit **

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Éditeur : Albin Michel – Date de parution : 2011 – pages

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Sophie est une adolescente qu’on découvre un peu perdue. Lorsqu’elle reprend le chemin du lycée, elle ne sait pas si elle se sentira capable de survivre. Sa mère devient folle, elle collectionne les objets que les gens ont perdus. Abi, sa meilleure amie, semble se désintéresser complètement d’elle. On sent qu’un drame s’est déroulé dans la famille de Sophie juste avant les vacances de Noël. Qu’est-il arrivé à sa sœur Emily ? L’adolescente ne parvient pas à en parler, à mettre des mots sur « ce jour où le monde s’est effondré ». Elle fait des attaques de panique. Elle écrit tous les jours dans son cahier, suivant les conseils de la psy qu’elle est obligée de voir mais à qui elle ne parle jamais. Au lycée, elle se lie d’amitié à une nouvelle élève, Rosa-Leigh, qui arrive du Canada. Ensemble, elles lisent de la poésie et se confient l’une à l’autre. Quand elle a besoin d’air, Sophie aime se percher sur le toit de sa maison, observer les étoiles, comme elle le faisait avec sa sœur…

J’ai d’emblée beaucoup aimé le ton de la voix de Sophie, qui est une adolescente touchante dans le regard qu’elle pose sur le monde. Même si ce roman n’est, en soi, pas très original et qu’il comporte quelques clichés, je me suis attachée au personnage et au vide qui l’habite depuis la disparition de sa sœur. Les sentiments sont décrits de façon très brute et juste. Enfin, j’ai aimé que la poésie apparaisse comme un subterfuge à la douleur.

Elise Fontenaille – Chasseur d’orages ***

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Editeur : Le Rouergue – Date de parution : mars 2009 – 91 pages

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Herb ne se plaît pas dans ce quartier de riches à Vancouver. Depuis la mort de John, son grand-père, il est obligé de vivre chez son père et sa belle-mère, aussi froids et peu accueillants l’un que l’autre. Avec son grand-père, Herb aimait se balader en forêt, pêcher, et tous deux avaient prévu d’aller voir les Lightning Fiels, à Santa Fe. Une gigantesque installation permettant aux passionnés d’observer les éclairs illuminer le ciel pendant un orage.

Au cœur de la nuit des Illuminares, le 28 juin, il enfourche son vélo, emportant avec lui les cendres de son grand-père. Il a décidé de se rendre aux Lightning Fiels pour les répandre. Sur sa route, il fait la connaissance de Mina, Moon et Blondie, et d’une baleine blanche illuminée. Ensemble ils montent dans un van et s’embarquent pour 2500 kms jusqu’à Santa Fe. Filant sur les routes, ils traversent la frontière, font une escale à San Francisco, plongée dans la brume, découvrent l’immensité de l’Ouest américain… Moon raconte les souvenirs et légendes de ses ancêtres indiens, les Haïdas.

Une jolie pépite jeunesse poétique et un road-trip adolescent qui donne des ailes, qui remue, qui déploie une palette d’émotions en quelques pages et nous fait rêver avec son défilé de paysages de l’Ouest américain. Si l’écriture n’a rien d’extraordinaire, et si le roman est un peu trop court à mon goût, tout se joue avec l’atmosphère que parvient à mettre en oeuvre l’auteure.

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« Le soleil vient juste de se coucher : bientôt, ce sera la nuit des Illuminares tant attendue. Pour tous les mômes, mais aussi leurs parents : « C’est la nuit où on retrouve son âme d’enfant », disait John. »

« Là, assis dans l’eau claire avec Mina, j’oubliais tout… Mon passé était loin derrière, j’avais laissé mes idées noires à la frontière. »

Eve Chambrot – La Fuite ***

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Éditeur : Envolume – Date de parution : août 2016 – 104 pages

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Un homme, chef d’une entreprise qu’il a lui-même fondée, cherche à prospérer à tout prix. Il aime gagner de l’argent. Il se marie avec Sabine, plus par nécessité que par passion. Il désire ardemment un fils, ils auront deux filles. Il commence à en vouloir à sa femme, qui n’est pas capable de lui donner un fils. Bientôt, son entreprise bat de l’aile et il se retrouve en pleine faillite…

Peu à peu, on assiste à la descente aux enfers de cet homme et au lent processus de destruction et de folie qui s’empare de lui. Il commence par perdre la foi ; lorsque son entreprise fait faillite, il se met à mentir à sa famille, afin de ne pas perdre la face et de sauvegarder les apparences. Il part tous les matins comme s’il allait travailler mais se retrouve sur une aire d’autoroute, à lire des poèmes dans sa voiture.

C’est l’histoire d’un homme qui perd pied avec la réalité. Il commence à mentir à ses amis proches et ses anciens collègues pour leur soutirer de l’argent. Tous les mensonges et les moyens sont bons pour obtenir de l’argent, il y prend goût. Il ment à sa femme, qu’il entraîne sans s’en rendre compte dans cette spirale infernale. Parallèlement, il semble de plus en plus obsédé par son ancien amour, Ornella et il demeure hanté par l’œuvre de Dante, L’Enfer.

C’est un roman qui fait littéralement froid dans le dos et qui m’a révolté tout comme il m’a fasciné ; l’aspect religieux est très présent. Le comportement de cet homme est insupportable et on ne comprend pas l’absence de réaction de sa femme. L’écriture s’avère tranchante comme une lame de rasoir et l’auteure décrit avec brio la transformation psychologique de cet homme au départ ordinaire. On sent la rage qui l’anime et son désespoir. J’ai lu ce roman, aux allures de thriller, en véritable apnée et j’en suis sortie sous le choc.

Mille mercis aux éditions Envolume pour cette lecture !

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« Son mari est comme une grenade dégoupillée qui serait posée sur la table de la cuisine, on vaque à ses occupations en la tenant à l’œil, on essaie d’éviter toute vibration intempestive et on creuse les épaules par avance en prévision de l’explosion. »

« J’ai décidé ce jour-là qu’il n’y aurait pas d’autre Noël dans ces conditions. Il fallait se résoudre, trancher dans le vif. Tout cela avait assez duré. »

« Sommes-nous, oui ou non, responsables de nos actes ? Sommes-nous responsables de nos actes quand nous y sommes poussés par la réalité extérieure, la vie à affronter, le manque de chance, l’économie qui bat de l’aile, les banquiers sourds et aveugles, le fisc en embuscade, un mariage qui se délite, la trahison des proches, les dogmes qui empêchent le bonheur ? De qui est-ce la faute, à la fin ? Est-ce la faute de la marionnette ou de Celui qui tire les ficelles ? »

Tag #9 – L’Award de l’été

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Je remercie Celina, du blog Des livres tous azimuts pour cette jolie nomination ! Je dois avoir quelques tags en retard… Et j’ai repensé à celui-ci, cette fois-ci je ne me dérobe pas, surtout qu’avec cette canicule de septembre, l’été n’a pas encore dit son dernier mot… je suis donc encore dans les temps !😀

Avant de commencer, voici les règles d’usages : remercier en premier lieu la personne qui m’a décerné l’Award, puis écrire la liste des règles, mettre la photo de l’Award, écrire 7 faits me concernant (c’est très libre, on mentionne ce que l’on veut) et passer le relais.

J’avais déjà participé à ce genre de tag où l’on doit révéler des choses sur soi, il m’a donc été difficile d’innover un peu, je pensais avoir tout dit sur ma personne… Après m’être creusée la cervelle, j’ai réussi à pondre ces quelques réponses – je ne garantie pas le tag passionnant.

  1. Mon péché mignon : la pâte d’amande.
  2. Quand je sors sans un livre dans mon sac, je me sens absolument démunie.
  3. Au cinéma, j’aime avoir le cœur serré et pleurer à chaudes larmes devant les drames et les histoires tortueuses et torturées. J’ai besoin d’en avoir pour mon compte en matière d’émotions. Mais attention, j’ai horreur des films à l’eau de rose et autres comédies mièvres, ce mélange de trop bons sentiments : j’y suis allergique !
  4. Parfois, je rêve de partir m’installer à l’étranger. Pas forcément loin, je me contenterais de Madrid, ou de Rome… Ou pourquoi pas San Francisco ?
  5. J’aimerais avoir le temps de participer à des ateliers d’écriture, des stages d’écriture créative, cela me plairait énormément. A défaut d’y participer moi-même, je vais en organiser cette année au CDI, avec une professeur de FLE et ses élèves allophones ! Un joli projet en perspective, pour leur permettre de se familiariser avec le français, et de nous raconter d’où ils viennent…
  6. Je vous ai déjà parlé de ma passion pour la littérature américaine ? Avec mes auteurs fétiches : Jack Kerouac, Joyce Carol Oates, Ron Rash… Le genre d’auteurs qui ne m’a jamais déçue ! Sans oublier Laura Kasischke, que j’ai d’ailleurs eu l’occasion de voir en vrai au Festival America (mais comme les gens faisaient dédicacer 3-4 bouquins à la suite, je n’ai pas eu le courage d’attendre…)
  7. Mon sport préféré en vacances ? Le transat’ avec un bon bouquin, les doigts de pieds en éventail.

Bon, je crois que vous savez tout sur moi maintenant…

Je passe donc le relais (sans obligation bien sûr) à…

 

Daniel Keyes – Des Fleurs pour Algernon ***

DesFleursPourAlgernon

Éditeur : J’ai Lu – Date de parution : 2011 [1966] – 542 pages

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J’ai enfin eu l’occasion de me plonger dans ce fameux roman de science-fiction dont tout le monde parle ! Et c’était aussi pour moi l’occasion de cocher un livre supplémentaire dans ma liste de 100 livres à avoir lu dans sa vie… Challenge que j’avais un peu délaissé ces derniers temps, ce qui est dommage.

Charlie Gordon est un simple d’esprit, retardé de naissance. Il a la trentaine, mais a le comportement d’un enfant vis à vis des autres et du monde qui l’entoure. Lorsque le professeur Nemur et le docteur Strauss lui proposent une opération capable de le rendre intelligent, il accepte tout de suite. Avant et après l’opération, Charlie tient un carnet de bord, sur la recommandation des scientifiques qui le suivent. Et on voit peu à peu l’évolution de son écriture et les progrès qu’il fait, après l’opération. Cette opération n’a jamais été testée sur les humains ; seulement sur Algernon, une souris blanche. On suit au plus près l’évolution psychique de Charlie ; son regard qui change sur le monde qu’il a toujours connu, sa compréhension qui s’éveille et s’aiguise et les connaissance qui s’accumulent de façon fabuleuse.

Ce roman, en regard de la description psychique du personnage, tient du génie ! Au début, l’écriture m’a un peu déstabilisée : Charlie décrit son quotidien, et son écriture est donc remplie d’inombrables fautes, sans virgule ; il écrit les mots de façon phonétique.

C’est un roman qui questionne l’intelligence : est-elle vraiment une condition du bonheur ? Ne faut-il pas au contraire envier les simples d’esprit, le fait de ne connaître qu’une partie de la vérité, de ne pas avoir accès à la connaissance. Tout au long du roman se déploie l’allégorie de la caverne de Platon. Charlie, simple d’esprit, tourne le dos à l’entrée de la caverne, et ne connaît de la réalité que les ombres projetées sur le mur. A la suite de son opération, la lumière se fait dans son esprit, pour le meilleur et pour le pire.

Une lecture que je ne regrette pas, que j’ai trouvé littéralement géniale et qui m’a hantée, longtemps après.

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« Maintenant, je comprends que l’une des grandes raisons d’aller au collège et de s’instruire, c’est d’apprendre que les choses auxquelles on a cru toute sa vie ne sont pas vraies, et que rien n’est ce qu’il paraît être. »

« Ton génie a détruit ta foi dans le monde et dans ton prochain. »

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Livre lu dans le cadre du Challenge des 100 livres !

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Les 100 livres