Rocco Giudice – Mangoustan **

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Allary éditions – 22 août 2019 – 240 pages

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Dans ce court roman, nous suivons le destin de trois femmes.

~ Celui de Laure, à Singapour. Après trente ans de vie commune et deux enfants, son mari la quitte pour leur femme de ménage. Laure a la cinquantaine bien entamée et ne s’attendait pas à un tel coup du sort. Elle se retrouve seule à l’autre bout du monde, le cœur brisé, humiliée.

~ Celui d’Irina, à Genève. Mariée à un homme de bonne famille, de vingt ans son aîné, la jeune femme d’origine ukrainienne ne cesse de vouloir toujours plus ; toujours plus d’argent, de pouvoir. Sa relation se trouve ternie par son désir obsessionnel de revanche sur la vie… Elle ne parvient pas à accepter son enfance rustre et pauvre à Kiev ; cette enfance qu’elle enfouie, qu’elle renie, et dont elle a profondément honte.

~ Enfin, le destin de Melania à Washington. Melania, la femme de Trump. La femme de cette aberration. First Lady contre son gré, elle multiplie les signes d’opposition à son mari grâce à un code vestimentaire très élaboré.

Mais quels liens unissent ces trois femmes ? Chacune a un parcours de vie différent mais elles subissent ou ont subi la domination masculine, elles ont eu des rêves, des illusions, puis ont renoncé aux premiers et perdu les dernières.

Elles vont se retrouver toutes les trois à Hong Kong un weekend de septembre ; pile au moment où le typhon répondant au nom de Mangoustan – du nom d’un savoureux fruit thaïlandais – s’apprête à s’abattre sur la ville.

Un roman qui se lit avec plaisir, mais qui m’a semblé un peu léger ; en effet, j’ai eu l’impression que ces trois portraits de femmes n’étaient qu’esquissés. J’ai été frustrée d’en apprendre au fond si peu sur chacune d’elles. Quant à l’utilisation d’une personnalité réelle, cela m’a quelque peu déroutée et agacée, ne connaissant pas la vie personnelle et publique de Melania, je n’ai pas su sur quel pied danser – réalité ou imagination ? Finalement, Mangoustan est un premier roman à l’écriture travaillée qui propose un questionnement féminin intéressant.

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« Louloute, tu comprendras bientôt que la vie, faut pas la laisser couler. Il faut la secouer, la violenter, lui faire rendre tout son jus. Il fait désirer, aimer, chanter, lire, danser, manger, t’enivrer, rire, pleurer même, mais il ne faut pas la regarder passer et ceci justement parce quelle passe. »

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Sebastian Barry – Des jours sans fin ***

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Folio – avril 2019 – 304 pages

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Nous sommes dans les années 1850, Thomas McNulty n’a même pas quinze ans et il débarque d’Irlande, fuyant la Grande Famine, pour tenter sa chance en Amérique. Au détour de ses errances, il rencontre John Cole, qui devient son seul ami et l’amour de sa vie. John et ses « yeux profonds comme une rivière ». Ensemble, ils cherchent à survivre, ils cherchent du travail : le « pain céleste ». C’est Thomas qui prend la parole et raconte leurs aventures, parfois tendres, souvent cruelles : « On était comme deux copeaux de bois dans la rudesse du monde. »

Jeunes adolescents, ils commencent par se travestir en jeunes filles et dansent dans un saloon pour divertir des mineurs. Ils s’enrôlent ensuite dans l’armée, se mettent en route vers la Californie et combattent sauvagement les Indiens des Plaines de l’Ouest, les colons souhaitant qu’on les en débarrassent… C’est au cœur des ces scènes d’une sauvagerie innommable qu’ils se prennent d’affection pour une enfant sioux, Winona. Leur service accompli, ils se travestissent à nouveau en femmes et montent des spectacles. Et puis, la guerre de Sécession s’invite dans la danse.

Sebastian Barry s’intéresse ici à une période de l’histoire américaine qui m’intéresse particulièrement ; une période âpre et noire. Brutale aussi, où la sauvagerie n’épargne ni les femmes ni les enfants. On suit cette famille insolite, composée d’un couple homosexuel et de leur fille adoptive sioux, Winona.

Un roman magnifique, porté par la voix émouvante de Thomas – ou Thomasina. Avec ses propres mots, sa façon de parler, cet homme déraciné tiraillé entre deux pays et deux identités nous livre son témoignage. Mêlant la grande Histoire à la petite, son regard se pose sur son époque avec acuité et lucidité.

Des jours sans fin est un roman qui m’a pris aux tripes et m’a fait battre le cœur.

« Pourquoi Dieu veut qu’on se batte comme des maudits héros, tout ça pour nous réduire à des morceaux de chaire calcinée dont même les loups voudraient pas ? »

« On est bizarres, nous autres soldats engoncés dans la guerre. On est pas en train de discuter des lois à Washington. On foule pas leur grandes pelouses. On meurt dans des tempêtes ou des batailles, puis la terre se referme sur nous sans qu’il y ait besoin de dire un mot, et je crois pas que ça nous dérange. On est heureux de respirer encore quand on a vu la terreur et l’horreur qui, juste après, se font oublier. »

« Parfois, on sait qu’on est pas très intelligent. Pourtant, parfois le brouillard de vos pensées se lève, et on comprend tout, comme si le paysage venait de se dégager. On se trompe en appelant ça sagesse, c’en est pas. Il paraît qu’on est des chrétiens, des choses comme ça, mais c’est pas vrai. On nous raconte qu’on est des créatures de Dieu supérieures aux animaux, mais tout homme qui a vécu sait que c’est des conneries. »

 

Henry D. Thoreau – La Succession des arbres en forêt ***

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Le mot et le reste – juin 2019 – 80 pages

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Henry David Thoreau, ce nom me fascine depuis longtemps. J’ai son journal dans ma pal. Et j’ai très envie de découvrir son fameux Walden, rédigé à partir de sa retraite dans une cabane qu’il a construite près du lac Walden. Henry David Thoreau, c’est cet homme amoureux de la nature, qui rejette le conformisme de la civilisation ; à la fois homme de science et littéraire, il est considéré comme étant à l’origine du nature writing.

Ce petit ouvrage est constitué autour du texte d’une conférence que Thoreau a tenue devant la société d’agriculture du Middlesex à Concord, en 1860 – deux ans avant sa mort, à quarante cinq ans. Il s’adresse donc à des fermiers, des agriculteurs. Il y démontre le lien entre le déplacement des graines par divers agents de la Nature – écureuils, oiseaux et autres petites bestioles – et le renouvellement des arbres en forêts. Il prouve ainsi qu’il s’agit d’un phénomène naturel alors que certains abusent encore des théories créationnistes. Un texte fort et engagé qui résonne encore aujourd’hui et demeure actuel ; Thoreau apparaît comme un précurseur en matière d’écologie. L’introduction et la postface permettent d’éclairer la pensée du naturaliste et apportent des éléments de réflexion supplémentaires.

Lu dans le cadre d’une masse critique Babelio

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Pouchkine – Eugène Onéguine ***

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Folio – 1996 – 336 pages

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Ce classique de la littérature russe, je n’en ai entendu vraiment parler que lorsque j’ai lu le roman de Clémentine Beauvais, Songe à la douceur. Depuis, j’avais très envie de découvrir l’Eugène de Pouchkine…

C’est par la voix d’un narrateur très présent, un ami proche des deux héros, que nous est racontée la jeunesse d’Eugène ; son goût pour les femmes, le dandysme, les bals. Sa rencontre avec Lenski. Sa rencontre avec la douce Tatiana, timide, amoureuse de la nature, contemplative. Une fille simple avec ses rêves qui découvre la passion et ses souffrances.

Tatiana déclare sa flamme à Eugène à travers une longue lettre mais il se fiche de ses élans, elle est trop jeune. Il est las des mondanités, tout l’ennuie. Après une provocation en duel avec son ami de toujours qui y perd la vie, Eugène prend le large et se retire du monde. Des années plus tard, il retrouvera Tatiana, mariée à un général, changée. Il en tombera follement amoureux

Eugène Onéguine est un roman en vers, un long poème, avec des passages fulgurants et sublimes. Un petit bijou poétique de l’époque romantique. Un chant d’amour et de spleen, en huit chapitres qui se lisent avec délectation.

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Barbara Kingsolver – L’Arbre aux haricots ****

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Rivages – 1995 – 288 pages

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Marietta Greer saute dans la voiture offerte par sa mère et quitte son Kentucky natal un matin. Elle quitte cette région où les filles commencent à faire des bébés avant même de connaître leurs tables de multiplication.

Au volant de sa vieille coccinelle Volkswagen, la jeune femme ne désire qu’une seule chose : rouler vers l’ouest jusqu’à ce que sa voiture rende l’âme. Gardant en tête le 1-800-Seigneur, la ligne d’appel de secours qu’elle se remémore comme un mantra, juste au cas où.

Elle se choisit un nouveau nom aussi, au hasard des hameaux qu’elle traverse : ce sera Taylor. À cause de l’arbre de transmission de sa voiture qui tombe en rade, Taylor se retrouve dans un petit coin paumé de l’Oklahoma, en plein milieu des Grandes Plaines. Sur le parking d’un bar miteux, une femme lui dépose un bébé sur le siège passager de la voiture… une petite indienne. A qui elle donnera le nom de Turtle. Et qu’elle va finir par considérer comme son enfant.

C’est un pneu crevé qui les amène à s’arrêter en Arizona, à Tucson, au petit garage Seigneur Jésus, Pneus d’occasion. Elle y rencontre la douce Mattie, garagiste au grand cœur qui héberge des clandestins. Et Lou Ann, originaire du Kentucky comme elle, larguée par son macho d’Angel alors qu’elle était enceinte de son fils, Dwayne Ray. Elles partagent ensemble une maison.

L’Arbre aux haricots est un roman doux et drôle à l’écriture sensitive et magnétique. Comme je l’ai aimé ; émouvant juste ce qu’il faut. Je me suis prise d’affection pour Turtle et Taylor avec son ton toujours à moitié moqueur et bravache ; un délice. Je n’avais pas la moindre envie de les quitter. En fait, tous les personnages de ce roman sont attachants ; ces amitiés, ces liens indéfectibles qui naissent. Ce livre est une douceur ; il nourrit nos réflexions sur la vie, la mort, le destin et la filiation. La perte, aussi. Une petite pépite de littérature américaine que je range sur l’étagère des indispensables.

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Jim Harrison – Un bon jour pour mourir **

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Editions 10-18 – 2003 – 224 pages

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Quasiment 20 jours sans chroniques… et pour cause, je suis depuis le 8 juillet en plein road trip dans l’Ouest américain! Pas beaucoup le temps de lire, et donc pas le temps de chroniquer. Vous pouvez suivre mon voyage sur Insta. Mais je profite malgré tout d’une insomnie pour vous parler de ce roman de Jim Harrison, lu avant mon départ. Et ça tombe bien car dans quelques heures, nous serons au Grand Canyon.

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De Key West au Grand Canyon, ce court roman de Jim Harrison nous offre un petit road trip dans l’Amérique des années 60 avec trois compagnons de route assez spéciaux…

Le narrateur – il restera anonyme, caché derrière le Je – est un trentenaire amateur de pêche, un peu paumé, coureur de jupons. Il se réveille trop souvent sans aucun souvenir de la veille, sans connaître le nom de la femme qui se trouve dans son lit… Alcoolique mélancolique et camé plus que de raison.

C’est dans un bar que tout commence ; il fait la connaissance de Tim, un drôle de type qui a combattu avec les marines au Vietnam. Après une partie de billard, ils décident de prendre la route vers le Grand Canyon pour faire sauter le barrage qui serait en train d’y être construit… Sans vérifier l’information, ils entament leur road trip en embarquant Sylvia, la petite amie de Tim. Une jeune femme amoureuse et torturée, aux longues jambes, de qui le narrateur tombe forcément amoureux et pour qui il se meurt de désir du début à la fin du voyage.

Un récit déjanté et tragique, entre drogue, alcool, dynamite et amours contrariées. On pense forcément à Kerouac et aux beatniks. Pas mon préféré de l’auteur mais très plaisant à lire malgré tout.

Dan O’Brien – Rites d’automne ***

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Editions 10-18 – 1993 – 224 pages

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Dan O’Brien est spécialiste des espèces en voie de disparition. Dans les années 80, il s’occupe de la réinsertion de faucons pèlerins dans les Rocheuses. Après l’échec de la remise en liberté de quatre faucons, Dan rentre tout penaud avec un seul faucon auquel il finit par s’attacher plus que de raison.

Ce faucon privé d’apprentissage naturel l’émeut et il éprouve le besoin de lui donner malgré tout sa chance. Il était censé entamer la migration hivernale propre à son espèce… Alors Dan entreprend ce voyage migratoire avec l’oiseau au regard perçant qu’il a surnommé Dolly. De la frontière canadienne au golfe du Mexique, imitant ainsi le trajet des faucons sauvages.

Ce récit est un voyage inoubliable à travers le grand Ouest américain et un hommage vibrant à la beauté sauvage des faucons pèlerins. L’auteur nous offre des descriptions de paysages à couper le souffle.

Dan O’Brien convoque Yeats et Crazy Horse – figure incontournable de la liberté absolue – et nous délivre un texte sublime sur la liberté, établissant un parallèle entre le faucon et les Sioux. Une très belle lecture, ensauvagée et poétique.

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« Le pèlerin exerce un pouvoir sur l’imagination de l’homme parce qu’il est source d’inspiration. C’est un oiseau magnifique, d’une beauté discrète.les adultes ont le dos recouvert de minuscules plumes bleu-noir, qui ont toutes leur dégradé de couleur particulier, et un large poitrail d’un blanc saumoné, piqueté de taches sombres. »

« Si les yeux sont le miroir de l’âme, l’âme du pèlerin doit être impénétrable et majestueuse. Il y a des rivières impétueuses dans ces yeux là, des montagnes, des océans, et aussi la hâte et la volonté d’englober tous ces éléments dans la sphère d’influence du pèlerin. »