Mélanie Chappuis – Ô vous, sœurs humaines ****

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : août 2017 – 128 pages

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Dans ce recueil de textes, Mélanie Chappuis explore la féminité sous toutes ses facettes. En six chapitres, des rivalités aux vanités, en passant par les complicités, les solidarités, les dualités et les fidélités… la romancière nous offre des instantanés de femmes, à travers les époques et les pays – une féminité qui transcende le temps et l’espace – de l’Amérique latine au Moyen-Orient, en passant par la France – mais aussi les cultures et les générations.

Texte après texte, les relations entre femmes sont savamment étudiées, esquissées en quelques mots – des mots toujours justes. L’auteure a un talent fou pour faire mouche en quelques mots et faire naître l’émotion. Certaines scènes m’ont émue par leur humanité, d’autres m’ont saisie par leur cruauté et leur violence. D’autres encore m’ont révoltée ou serrée le cœur. Autant dire que cette lecture m’a fait passer par une palette d’émotions.  

Sous la plume de Mélanie Chappuis, la vérité se révèle sans fard, mise à nue. Un recueil de voix féminines et féministes où des mères, des filles, des épouses, des maîtresses, des amies prennent la parole et se révèlent.

Un livre essentiel, qui vient compléter ma lecture récente du livre de Chimamanda Ngozi Adichie, Nous sommes tous des féministes.

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour ce coup de cœur !  ❤

 

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Valentina D’Urbano – Acquanera ***

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Éditeur : Points – Date de parution : février 2017 – 405 pages

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Après dix années d’absence, Fortuna revient à Roccachiara, petit village perdu dans les montagnes. Elle avait pourtant juré ne plus jamais y mettre les pieds. Mais des ossements ont été retrouvés dans les bois ; peut-être s’agit-il de ceux de Luce, son amie d’enfance qui a disparu le jour de ses vingt et un ans.

Valentina d’Urbano met en scène trois générations de femmes, Elsa, Onda, Fortuna. « Je suis née dans une famille étrange, une famille de femmes. » Elsa, la grand-mère, avait la réputation d’être une sorcière – elle faisait des rêves prémonitoires, annonçant les catastrophes et les morts. Quant à sa mère Onda, née le jour où le lac s’est déversé dans la vallée, elle a le don de voir les morts – les disparus viennent la visiter et lui parler. Cette figure odieuse de mère qui n’a jamais voulu l’être m’a secouée – haïr à ce point son propre enfant. Et Fortuna, élevée par sa grand-mère, à qui l’on souhaite de n’avoir aucun don. En Luce elle trouvera une alliée précieuse.

Ce roman m’a rappelé l’univers de Véronique Ovaldé – ces générations de femmes qui accouchent de filles – mais également Le Cœur des louves. C’est une belle lecture, dont l’atmosphère surnaturelle et mystique m’a beaucoup plu. Mais une lecture également terrible sur l’amour, la filiation & la mort. La plume de Valentina d’Urbano donne vie à des personnalités fortes et flamboyantes.

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« Maintenant tu auras, toi aussi, quelqu’un. Quelqu’un qui te restera, que tu porteras pour toujours en toi, y compris quand je ne serai plus là. Ton enfant te rappelleras qui tu es. »

« A qui ressemblais-je ? Qui étais-je ? On n’est jamais ce que l’on prétend être. »

« L’amour d’un enfant est le sentiment le plus obstiné qui soit. Il dure une éternité, il va à l’encontre de tout. Il est bête et incorruptible. »

Benedict Wells – La Fin de la solitude ***

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : août 2017 – 285 pages

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Après un accident de moto, Jules se réveille allongé dans un lit d’hôpital. Comment s’est-il retrouvé là ? Dans son esprit brumeux, les souvenirs refont surface. Son enfance, ses vacances en France dans les années 80… Alors qu’il n’est encore qu’un enfant, ses parents meurent dans un accident de voiture. Avec son frère Marty et sa sœur Liz, ils se retrouvent orphelins. Recueillie par leur tante, la fratrie poursuit sa scolarité dans un internat.

Chaque enfant va réagir différemment au drame. Marty s’enferme dans sa solitude et son mutisme, avec ses jeux vidéos ; il développe plein de tics, ne peut s’empêcher de fermer huit fois de suite sa porte de chambre quand il sort… Liz – la grande sœur qui semble toujours jouer la comédie, qui dessine & se vante de ses petits copains – prend goût à la drogue. Quant à Jules, le petit dernier – narrateur de cette histoire – il a l’impression parfois d’être spectateur de sa vie. Quand il prend la parole, il déforme les mots, s’habille n’importe comment. Sa rencontre avec Alva – une petite rousse aux yeux verts et froids qui a toujours le nez plongé dans un livre – va le sauver.

Jules est touchant dans ses faiblesses – plongé sans cesse dans ses rêves, vivant une vie d’ermite qu’il n’a pas vraiment voulu, désirant la solitude tout en la repoussant. Ses rêves et ses cauchemars ne le quittent jamais, le passé qui le hante en permanence. Au fond de lui, Jules se sent responsable de la mort de ses parents. A travers le défilé de ses souvenirs, les questions surgissent. De façon lancinante, il se demande : Que seraient-ils devenus si leurs parents n’étaient pas morts ?

Un roman d’une très grande justesse, qui monte en puissance au fil des pages, et qui nous invite à réfléchir sur le destin, la mort, la mémoire, le temps qui passe, inexorablement. Je me suis attachée aux personnages qui gagnent en épaisseur psychologique au fil des mots ; j’ai aimé la place que prend dans leur vie l’art, la littérature, la musique. La fin de la solitude est un quasi coup de cœur et une très belle surprise !   ❤

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture, et particulièrement à Louise ! Une maison d’édition très prometteuse et qui semble regorger de pépites littéraires…

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« Les mots déployèrent lentement leur signification monstrueuse et s’infiltrèrent partout, dans le sol qui semblait se gondoler, dans mon regard devenu flou, dans mes jambes qui me faisaient tituber dans la pièce. »

« Est-ce que ce serait vraiment mieux si le monde n’existait pas ? Au lieu de ça, on vit, on crée de l’art, on aime, on observe, on souffre, on est heureux et on rit. Nous existons tous sous des millions de formes différentes pour que le néant n’existe pas, et le prix à payer, c’est la mort. »

« Y aurait-il une nouvelle fois dans ma vie un événement qui me catapulterait encore dans cette insouciance un peu débile et grisante, même pour un instant ? »

Joël Dicker – Le Livre des Baltimore **

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Éditeur : De Fallois – Date de parution : février 2017 – 592 pages

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Dans Le Livre des Baltimore, nous retrouvons Marcus, l’écrivain-narrateur de La Vérité sur l’affaire Harry Quebert, ce petit pavé que j’avais dévoré avec délice. Marcus nous raconte ici le Drame qui a touché le Gang des Goldman – le gang qu’il formait avec ses cousins Hillel et Woody, passant tous leurs étés – inoubliables – ensemble dans les Hamptons. Nous sommes dans les années 90, l’âge d’or de leur enfance, puis de leur adolescence. Marcus et ses parents sont les Goldman de Montclair, une famille très modeste de la classe moyenne ; Tante Anita, Oncle Saul, Hillel et Woody sont les Goldman de Baltimore, le côté aisé de la famille.

En avril 2012, Marcus retourne dans la maison de son oncle Saul pour y mettre de l’ordre – deux ans après sa mort, son souvenir demeure vivace. Retrouvant Alexandra, son amour de jeunesse, Marcus ne peut s’empêcher de rappeler à lui le passé…

Mon avis sur ce roman est un peu mitigé. Je n’ai pas retrouvé le souffle qui m’avait emportée dans La Vérité sur l’affaire Harry Quebert. En effet, certains passages m’ont paru assez surfaits, un peu trop « romanesques » pour que j’y adhère vraiment – l’auteur en fait parfois trop et j’ai eu du mal à me laisser prendre au jeu.

Et pourtant je ne peux que reconnaître le talent de Joël Dicker pour raconter une histoire. C’est un roman qui se lit à toute allure, non sans plaisir. L’auteur distille un humour très plaisant, ce qui permet au roman de ne jamais sombrer dans la noirceur ou le mélodrame. Je me suis donc laissée emporter par cette plume talentueuse, mais le Drame tant attendu ne m’a pas bluffé, ni pris aux tripes… Je n’ai pas été transcendée comme j’aurais aimé l’être.

« Dans les livres, ceux qui ne sont plus se retrouvent et s’étreignent. »

Benoît Charlat – Le Bisou bulle ! ***

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Éditeur : L’école des loisirs – Date de parution : 6 septembre 2017

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C’est une petite bulle qui voyage à travers les pages et les paysages. Une petite bulle qui prend vie grâce à Dodo, ce drôle de petit être aux traits tout doux.

Les dessins de Benoît Charlat m’ont tout de suite plu : douceur et fantaisie, tout en simplicité, créant poésie et étonnement chez le lecteur.

Un joli album plein de couleurs, qui étonne et fait sourire. Il a tout de suite beaucoup plu à Babychou ; ses yeux brillaient pendant la lecture, et elle se cramponnait aux pages cartonnées.

Une lecture qui invite à plusieurs relectures. Quelques mots par page, jusqu’à la surprise finale, si drôle et légère. Quelques mots seulement, qui nous invitent à broder sur l’histoire, à raconter nous-même ce qui se passe. Un album léger, aérien, à découvrir, lire et relire !

Merci aux éditions de L’école des loisirs pour cette lecture !

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Ma sélection pour la rentrée littéraire… #2017

Rien de mieux que la rentrée littéraire pour nous réconcilier avec la rentrée scolaire… Si pour le moment je n’ai pas encore craqué, c’est surtout que je n’ai toujours pas trouvé le temps d’aller flâner en librairie. Mais cela ne saurait tarder… Comme chaque année, beaucoup de bouquins me font terriblement envie, parmi les 581 parutions de cette rentrée… Je vous propose ma petite liste d’envie, qui risque de s’agrandir, d’être agrémentée de sorties poches, aussi.

Bonne rentrée à tous !

 

CVT_La-beaute-des-jours_6598     CVT_Laube-sera-grandiose_3912    9782351781289_1_75    9782221200285    9782021373806    9782709659826-001-T    CVT_Legende-dun-Dormeur-Eveille_2090    CVT_Un-funambule-sur-le-sable_5458    CVT_Un-loup-pour-lhomme_6227    CVT_Par-le-vent-pleure_347    CVT_La-petite-danseuse-de-quatorze-ans_9270    CVT_Pour-te-perdre-un-peu-moins_101

Haruki Murakami – Ecoute le chant du vent, suivi de Flipper, 1973 ***

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Editeur : 10-18 – Date de parution : – pages

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Dans ce livre sont réunis les deux premiers textes de Murakami, Ecoute le chant du vent et Flipper, 1973. Deux textes qui en disent déjà long sur l’oeuvre à venir… Dans une introduction, le romancier japonais nous dévoile la genèse de ces écrits. On y fait la connaissance du Rat, un personnage bien singulier, ami du narrateur ; le Rat écrit des romans où jamais personne ne meurt et où il n’y a aucune scène de sexe. Le narrateur et le Rat se retrouvent souvent au J’s Bar pour boire des bières. Le narrateur nous livre ses discussions avec lui, ses amours de jeunesse, ses désirs d’écriture, sa rencontre avec une femme qui n’a que quatre doigts à la main gauche, ses rêves et cauchemars.

Il ne se passe pas grand chose dans ces deux récits mais tout tient à l’atmosphère mise en place par l’auteur – une réalité brumeuse – et à l’écriture, déjà addictive. La plume de Murakami se teinte délicieusement d’étrangeté. On y croise des êtres mélancoliques qui échangent sur la musique, la philosophie, les romans, font du flipper entre deux lectures de Kant.

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« L’odeur de la mer et celle de l’asphalte brûlant, portées par la brise légère du sud, me rappelaient les étés d’autrefois. La peau douce et tiède des filles, le vieux rock’n’roll, les chemises à pointes de col boutonnées tout juste lavées, l’odeur des cigarettes fumées dans le vestiaire de la piscine, les pressentiments esquissés, les doux rêves d’été que chacun faisait, et qui n’avaient pas de limites. Et puis, une année (quand était-ce donc ?), ces rêves n’étaient pas revenus. »