Lauren Wolk – Longtemps j’ai rêvé de mon île ***

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école des loisirs – janvier 2019 – 344 pages

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Nous sommes dans les années 1920. Osh découvre Corneille alors qu’elle n’est qu’un tout petit bébé avec une tache de naissance en forme de plume sur la joue, attachée à une minuscule barque, la voix toute enrouée d’avoir autant pleuré et hurlé. Portée par la marée, Corneille débarque dans la vie d’Osh, qui la recueille et l’élève dans son cabanon au bord de la plage.

L’enfant grandit sur la petite île de Cuttyhunk, dans l’archipel des Elizabeth Islands ; elle apprend à lire, à pêcher, avec Miss Maggie, leur voisine. Plus elle grandit et plus elle se pose de questions sur ses origines. Qui sont ses véritables parents ? Qui abandonnerait un nouveau-né en l’attachant au fond d’un vieux rafiot, le laissant à la merci de l’océan ? Et une question la hante particulièrement : pourquoi les autres habitants de l’île l’évitent-ils à ce point ? Pourquoi semblent-ils avoir peur d’elle ?

Une nuit, alors que la jeune fille a douze ans, elle voit brûler un feu au loin, sur l’île de Penikese. Cette île où plus personne ne va. Cette île qui abritait il y a quelques années encore une léproserie. Cette île où, désormais, ne vivent que des oiseaux. Corneille va mener l’enquête, au risque de contrarier Osh.

Longtemps j’ai rêvé de mon île est un roman d’apprentissage émouvant et romanesque ; Lauren Wolk a décidément beaucoup de talent dans l’art de l’évocation et la mise en scène d’une atmosphère empreinte de mystère et de suspense. On se surprend à tourner les pages comme si l’on était plongé dans un thriller. Si j’ai de loin préféré La Combe aux loups, il n’en demeure pas moins que ce roman est tout aussi puissant et poétique. Et cette couverture… ❤

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Timothée de Fombelle & Isabelle Arsenault – Capitaine Rosalie ****

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Gallimard Jeunesse – 2018 – 64 pages

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Avant même d’ouvrir cet album, je sais que j’ai affaire à un petit bijou… Timothée de Fombelle et Isabelle Arsenault sont pour moi deux belles personnes, deux artistes que j’admire énormément.

Rosalie, c’est cette enfant de 5 ans et demi aux cheveux roux, planquée au fond de la salle de classe, à demi cachée par les manteaux des grands, qui dessine dans son cahier du matin au soir. Une enfant qui cache une âme de capitaine et qui a une mission à accomplir… « Chaque jour, je suis à mon poste, capitaine Rosalie, au fond de la classe en embuscade sous les manteaux. » Sa mère travaille à l’usine depuis le début de la guerre et son père est au combat. Nous sommes en 1917.


 

Je n’en dis pas plus pour vous laissez le plaisir de découvrir cet album sublime.

 


Poésie, délicatesse, malice. Et flamboyance des illustrations. Ombre et lumière s’épousent. Force et douceur se dégagent des illustrations : cette lecture m’a donné des frissons et m’a émue à un point... Timothée de Fombelle est un conteur hors pair et Isabelle Arsenault une magicienne. Définitivement. ♥️

 

Parinoush Saniee – La Voix cachée ***

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Éditeur : Points – Date de parution : janvier 2018 – 288 pages

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À quatre ans, Shahaad ne parle toujours pas. Alors tout le monde pense qu’il est attardé, gogole… autrement dit débile. Pour sa famille et pour ses proches, cet enfant n’est pas normal. Les surnoms et les moqueries pleuvent sur lui sans qu’il s’en rende vraiment compte. Shahaad est un enfant plein de joie de vivre, naïf, qui prend plaisir à rendre heureux ses cousins. Mais c’est surtout une âme solitaire ; il aime jouer et parler avec ses amis imaginaires, Asi et Babi.

Et puis, l’enfant finit par se rendre compte que tout le monde se moque de lui. Ce jour là, le monde autour de lui s’effondre et la colère s’empare de son cœur, l’embrase.

La voix cachée est un roman sensible et poétique qui délivre l’histoire d’une famille aux multiples paradoxes. A travers les voix du fils et de la mère, le récit évoque également le quotidien en Iran ; la police des mœurs, les relations amoureuses interdites hors mariage, le climat de tension qui règne…

Un roman émouvant et juste qui met l’accent sur l’écoute, l’importance de la bienveillance et de l’amour pour s’épanouir et grandir au sein d’une famille…

Faïza Guène – Millénium Blues ***

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Éditeur : Fayard – Date de parution : janvier 2018 – 234 pages

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Zouzou a le Millénium Blues... C’est le blues des années 90. Zouzou se souvient de cette époque et laisse les souvenirs affluer dans un ordre plus ou moins chronologiqueDe la fin des années 90 à nos jours, nous la suivons dans ses souvenirs d’enfant, d’adolescente et de femme, de mère aussi… et c’est un peu de notre propre histoire qui refait surface ; de près ou de loin l’histoire intime de Zouzou se mêle aux événements de ces années-là.

Les pages de ce roman éminemment nostalgique mettent en relief ces événements qui constituent notre mémoire collective. La victoire des Bleus en 98, le résultat du second tour des présidentielles en 2002, le 11 septembre 2001… 

Le roman s’ouvre sur la canicule infernale de l’été 2003, Zouzou a dix-sept ans. Elle est avec sa meilleure amie Carmen quand l’accident survient.

J’étais moi-même enfant dans les années 90 alors, forcément, ce roman m’a touchée et beaucoup parlé – je n’ai que quatre ans de différence avec Zouzou. Au fils des mots, la nostalgie s’est emparée de moi et j’ai eu ma petite larme aussi.

Millénium Blues, c’est l’histoire d’une génération mais c’est surtout l’historie d’une amitié indéfectible, qui survit coûte que coûte, malgré les épreuves de la vie – Carmen c’est la sœur que Zouina aurait rêvé d’avoir. L’auteure développe une belle réflexion sur le passé – ce présent qui se transforme si vite en passé – et les liens qui nous unissent les uns aux autres.

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« Avant l’an 2000, tout paraissait possible. Les seules frontières étaient celles de notre imagination. Le nouveau millénaire apportait avec lui sont lot de promesses. »

« J’aime pas les fêtes parce qu’à peine ça commence, je pense déjà au moment où va falloir s’arrêter de danser… » Si on considère que la vie est une fête, c’est la meilleure définition de la nostalgie qu’il m’ait été donné d’entendre. »

« La nostalgie nous consume, on donnerait tout pour y revenir, à cette époque, c’était l’apogée. C’était quelque chose de grandir dans les années 90. Ça a été une chance d’appartenir à cette génération. On a le vague à l’âme en repensant à ce billet de 20 francs froissé, planqué au fond de notre banane Lacoste, aux épisodes d’Hélène et les garçons qu’on se lassait pas de regarder… »

« L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe. » Gustave Flaubert

Brad Watson – Miss Jane **

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Éditeur : Grasset – Date de parution : septembre 2018 – 384 pages

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(Je n’ai pas pu m’empêcher d’afficher la couverture de la version originale du roman, tellement je la trouve sublime…)

Jane Chisolm vient au monde en 1915, dans une petite ferme du Mississippi. Le docteur Thompson, qui assiste à sa naissance, se rend compte qu’elle a une malformation. Malgré tout, cette belle enfant blonde aux yeux bleus, d’un caractère enjoué et insouciant, va survivre et grandir, toujours dans les jupes de sa sœur Grace, sa mère ayant besoin de temps pour souffler.

C’est vers l’âge de six ans que Jane se rend compte qu’elle est différente des autres. Elle a besoin de couches, et ne peut se retenir quand une envie pressante survient. L’enfant vagabonde et crapahute dans les bois et les pâturages alentours, suit les cours d’eau, aux côtés de son chien Manitou. Elle s’évade ainsi et semble oublier sa différence, pour un temps. Envers et contre tous, elle désire aller à l’école.

Un roman étrange et beau. Profondément triste aussi. Je ne saurais en fait pas comment le définir… J’ai aimé cette lecture, même si au fond, il ne s’y passe pas grand chose. Jane est cet oiseau, inaccessible, insaisissable, pour qui l’amour n’est pas possible et qui se résigne à la solitude.

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« À la fin du printemps, l’année de ses six ans, une conscience plus complexe d’être différente des autres avait commencé à se former dans son esprit, telle la racine d’une plante étrange au plus profond des bois. À certains moments, elle avait l’impression d’être une créature étrange et silencieuse m, un être invisible, davantage un fantôme qu’une personne, un enfant, une petite fille. »

Guy Boley – Quand Dieu boxait en amateur ****

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Éditeur : Grasset – 29 août 2018 – 192 pages

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Besançon. Le père de Guy Boley y est né, dans un quartier périphérique, loin des
Notaires et des godasses, près d’un no man’s land de locomotives. Ce quartier, il ne l’a jamais quitté ; il y est mort.

Guy Boley écrit sur cet homme qui l’a tant marqué ; il nous raconte ce père aimé et admiré ; ce père qui fut champion de boxe, acteur, chanteur, acrobate et forgeron. Enfant, il craignait que son père ne souffre trop sur scène lorsqu’il interprétait Jésus crucifié. A l’époque, son père c’est Dieu. Et il y croit dur comme fer. « Roi sur un ring, Jésus sur scène, Zeus dans la forge, il était monté bien trop haut pour se permettre de descendre comme un simple mortel… »

Au début des années 90, il fait un AVC, devenant hémiplégique et perdant l’usage de la parole. Après sa mort, Guy fait la découverte d’un petit carnet – remplis de chansons, poèmes, mots farfelus. Le fils décide de raconter le père, ce héros – son héros. « Il me faut désormais le recoudre, ce passé déchiré, assembler pièce par pièce le manteau d’Arlequin… »

L’écriture de Guy Boley fait mouchevirtuose, elle mêle poésie, humour et émotion brute. L’écrivain sublime la figure paternelle par la fiction.

Il ne m’a suffit que de quelques mots pour être embarquée dans ce roman biographique. Les personnages ont pris vie sous mes yeux presque instantanément, grâce à une langue poétique et imagéeFils du feu m’avait bluffée ; la magie opère à nouveau avec ce nouvel opus… Un gros coup de cœur et un incontournable de cette rentrée littéraire ! ❤ ❤ ❤

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« Quand on se façonne un destin sur l’enclume ou sur le ring, forgeron ou boxeur, qu’importent les matériaux : ferraille ou chair humaine c’est du pareil au même. »

Rick Bass – Le ciel, les étoiles, le monde sauvage **

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2002 – 284 pages

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Je découvre Rick Bass avec ce recueil de trois nouvelles. Trois textes plus ou moins longs dont les intrigues se déroulent au sein du monde sauvage et naturel. On découvre des personnages en proie à la solitude, et confrontés à la fuite et la rupture. Si les nouvelles sont assez inégales, je garde en mémoire deux figures de femmes, assez marquantes.

* Dans la première nouvelleJudith quitte brusquement la tanière de Trappeur, avant qu’il ne soit trop tard ; avant de s’enliser dans sa folie et sa maladie. Après une crise de trop, la jeune femme s’échappe dans la nuit en brisant une vitre. Elle fuit à cause « des bandes rouges et vertes qui striaient le ciel » – les hypnotiques aurores boréales. Trappeur à ses trousses, le cœur brisé. La chasse commence.

* Et cette femme-enfantdans la dernière nouvelle – qui se souvient de son enfance au contact de la nature, des bois et des animaux. Du jour où elle trouve le corps sans vie d’un aigle si grand qu’elle le prend au début pour un humain recouvert de plumes. Au sommet d’une falaise, la fillette l’accroche à un chêne immense afin de déployer ses ailes, et de lui relever la tête. Espérant que, dans une autre vie, il prenne son envol…

Rick Bass nous offre une palette d’émotions à travers ses descriptions de la nature ; le monde sauvage et animal nous apparaît dans toute sa pureté, sa sauvagerie poétique.
Le monde sauvage demeure « cette chose qui vous rappelle vers l’intérieur, vers les ombres et la sécurité d’un lieu qui en a toujours le respect. Dans chacun de ses atomes. »