David Vann – Aquarium ***

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Éditeur : Gallmeister – Date de parution : 2016 – 270 pages

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Caitlin vit avec sa mère à Seattle, seules toutes les deux dans une pièce qui fait office d’appartement. Tous les jours après l’école, elle attend à l’aquarium que sa mère vienne la chercher. Elle aime observer les poissons, les identifier, en apprendre plus sur eux. « Ils étaient les émissaires d’un univers plus vaste. Ils représentaient les possibles, une sorte de promesse. » L’aquarium est un sanctuaire où Caitlin se sent bien. Un après-midi, elle y fait la rencontre d’un vieil homme avec qui elle se lie d’amitié. Chaque jour, ils discutent des poissons, de leur vie, leurs particularités. Le texte est agrémenté de dessins représentant tous ces poissons, tous plus étranges les uns que les autres, parmi lesquels on trouve le poisson-fantôme, ce poisson qui ressemble à « une feuille d’arbre qui donne naissance à des étoiles ».

Le jour où Caitlin parle à sa mère de son amitié avec le vieil homme, parce que ce dernier souhaite la rencontrer, son petit monde semble s’écrouler…

Caitlin est une enfant de douze ans à l’esprit vif, intelligente, qui se pose beaucoup de questions sans avoir les réponses. Elle est très perméable au monde qui l’entoure et elle aime le transformer en aquarium géant, filant la métaphore marine au fil du récit et des émotions qu’elle ressent, de ses impressions sur la vie, le passé de sa mère.

Très vite, nous sentons le drame pointer le bout de son nez et ramper au fil des pages. C’est une lecture qui devient vite cruelle et éprouvante… Même en connaissant l’univers de David Vann – chez qui on a rarement affaire à des familles apaisées – je ne m’attendais pas à cette violence ; certains passages sont de vrais brise-cœur.

Une lecture dont je suis ressortie le cœur lourd, malgré le dénouement. L’auteur nous offre un contraste entre l’insouciance enfantine de Caitlin et la douleur amère de la mère, à travers ce récit violent, où le passé est un démon sans cesse miroitant. Encore une fois, David Vann fait fort, même si ce roman demeure moins traumatisant que certains de ses précédents – je pense notamment à Impurs.

Un grand merci aux éditions Gallmeister pour cette lecture.

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« La planète entière, un océan. J’aimais imaginer cela. Quand je m’endormais chaque soir, je m’imaginais au fond, à des milliers de lieux de profondeur, le poids de toute cette eau, mais je glissais au-dessus du sable, à la manière d’une raie manta, planant sans bruit et sans poids sur les plaines infinies… »

« Nous sommes nous-mêmes soumis à une évolution, chacun d’entre nous, progressant d’une certaine vision du monde à une autre, chaque âge oubliant le précédent, chaque esprit passé effacé. Nous ne voyons plus du tout le même monde. »

« Comment recolle-t-on les morceaux d’une famille, et comment pardonne-t-on ? »

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Laurence Tardieu – A la fin le silence ****

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Éditeur : Seuil – Date de parution : août 2016 – 176 pages

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La narratrice est en train de vivre un chagrin intérieur : on s’apprête à mettre en vente la maison de vacances familiale. Cette maison, elle la connaît depuis qu’elle a l’âge de trois ans, où elle y a passé tous ses étés, en famille, avec ses parents, ses enfants, puis entre amis ; elle y est intimement liée. Elle souhaite en faire un roman, mettre en mots la déchirure qu’elle ressent, mais les attentats du 7 et du 9 janvier 2015 surviennent à Paris… Sphère intime et sphère publique se retrouvent alors dans la même ligne de mire, se croisent et s’entrechoquent. Intérieur et extérieur se fissurent ; tout semble lui échapper. Dans le même temps, la jeune femme est occupée à donner la vie…

Par moments le texte n’a plus de points, les mots se bousculent à toute allure et sans raison dans l’esprit de la narratrice, témoignage de la confusion qui l’habite depuis ce premier mercredi de janvier 2015. Elle a littéralement « la sensation que la violence du monde nous est rentrée sous la peau. »

Au fil des mots, j’ai découvert un texte à fleur de peau, très sensible & sensitif ; un texte fait de sensations, ressenties face aux attentats mais aussi face à la perte de cette maison qui symbolise l’enfance, la joie, la jeunesse, le passé qui s’enfuit. Évocations de couleurs, d’odeurs, de souvenirs par petites touches, par détails choisis. L’écriture devient le refuge de sa douleur présente et de son bonheur passé.

L’écriture de Laurence Tardieu, infiniment poétique, nous touche droit au cœur et dans les mots / maux qui s’enchaînent les uns à la suite des autres, les uns aux autres, à bout de souffle, nous ne pouvons que nous reconnaître. Un livre qui se révèle essentiel, indispensable.

Un coup de cœur, et un livre qui se retrouve hérissé de marque-pages…

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« Au fil du temps, ma peau, mon corps, mon âme se sont attachés à la maison, à force de s’y attacher, s’y sont agrégés, à force de s’y agréger s’y sont incorporés. Ses fondations sont devenues une part de mon ossature. J’y ai construit mon espace de sécurité intérieure. »

« Par quel poignant hasard deux menaces ne cessaient-elles depuis plusieurs semaines de grandir en parallèle dans ma vie, l’une, la menace terroriste, partagée par tous et concernant le monde, l’autre, la perte de la maison, intime, si dérisoire en comparaison de la première qu’elle en devenait indicible ? »

« Il me semblait parfois que j’avais perdu quelque chose, que je l’avais perdu pour toujours,. A d’autres moments, il me semblait que j’avais été chassée du monde que j’avais toujours habité. »

« Qu’est-ce qui avait fait que jusque-là ta vie avait été préservée, même si tu avais parfois ployé, même si tu étais parfois tombée ? A quoi cela tenait-il donc que tu sois toujours vivante ? »

 

 

Richard Brautigan – Mémoires sauvés du vent ***

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 1992 – 167 pages

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L’homme qui prend la parole a une quarantaine d’années. Au fil des pages, il déroule le fil de ses souvenirs d’enfance, jusque dans les années 40, à l’époque où un événement tragique eût lieu. Cet après-midi pluvieux de février 1948, l’adolescent qu’il était alors aurait mieux fait de s’acheter un hamburger, plutôt que de pousser la porte de l’armurerie. Cette décision, qu’il va amèrement regretter, aura un impact majeur sur le reste de sa vie.

Il – on ne connaîtra pas son nom – est issu d’une famille très pauvre ;  il nous raconte les déménagements d’appartements en motels, grâce à l’Aide sociale, les petits boulots qu’il se dégote à droite, à gauche ; grâce à un vieux landau, il transporte des bouteilles de bière vides pour les revendre. Il aime passer du temps près de l’étang où il pêche et se lie d’amitié avec un vieil homme… Tous les après-midi d’été, il guette l’arrivée de ce couple en camionnette qui installe le mobilier de son salon au bord de l’étang, pour pêcher.

J’ai été immédiatement séduite par l’écriture de Richard Brautigan, poétique et brute. Elle est comme une évidence, et l’on ne peut que plonger dans l’histoire qui nous est contée. « Mémoires sauvés du vent Poussière d’Amérique » ; ce refrain revient au cours du récit de façon lancinante et énigmatique, comme une ponctuation de la tension narrative du texte.

Je me suis attachée à cette voix à la fois enfantine et adulte, aux accents naïfs, qui nous raconte un passé fait d’ombres et de lumières et nous fait prendre conscience peu à peu du drame qui eût lieu. J’ai pris plaisir à m’immerger dans les méandres de ces souvenirs d’enfance, cette atmosphère teintée de nostalgie.

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« D’où je suis assis, en ce premier août 1979, je colle mon oreille au passé, comme si c’était le mur d’une maison qui n’est plus. Je parviens à entendre le chant des merles mauvis et le souffle puissant du vent dans les roseaux. Ils bruissent dans le vent comme des épées de spectres à la bataille ; murmure aussi le lapement régulier de l’étang sur la berge ; j’en fais aussi partie, par l’imagination. »

Marie-Aude Murail – Dinky rouge sang ***

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Éditeur : L’Ecole des Loisirs – Date de parution : 1991 – 192 pages

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Repéré grâce à la jolie chronique du blog Les Livres de George Sand et moi, j’ai tout de suite craqué pour ce roman quand je suis tombée dessus en librairie. Mon tout premier Marie-Aude Murail ! J’ai tellement entendu parler de cette auteure, que j’avais hâte de rencontrer sa plume…

Nils Hazard est un détective d’un genre particulier… Professeur à la Sorbonne, passionné par les Égyptiens et les Étrusques, il adore mener l’enquête. Depuis son plus jeune âge, il est attiré par les mystères à résoudre…  Il garde sur son bureau une petite voiture rouge de la marque Dinky toy. Sa propre histoire familiale repose sur une énigme qu’il lui a fallu résoudre à l’âge de treize ans. Ses parents sont morts, il a grandi avec son grand père et sa belle mère, la femme de son grand père. Une nuit, en fouillant dans les combles, il est tombé sur un secret de famille qu’il n’aurait jamais dû connaître. A la fac, il se lie d’amitié avec une de ses étudiantes, Catherine Roque. Ensemble, ils vont résoudre les énigmes qui croisent leur chemin.

Nils Hazard aime les mystères ; il faut dire qu’il a plus d’imagination que de sensibilité. C’est son imagination qui lui permet d’ailleurs de résoudre bien des énigmes : Frédérique Roque et son tic hideux, la disparition de Paul Duvergne, le bégaiement soudain de François, ou encore la tristesse que ressent Solange lorsqu’elle boit un chocolat chaud… Pour lui, tous les êtres humains sont des énigmes ; et tous les comportements ont une explication. Il imagine ce qui se passe dans la tête des autres.

Chaque chapitre se concentre sur une énigme à résoudre, mais le roman reste très fluide. J’avoue avoir été absolument surprise par la fin de la toute dernière énigme… À laquelle je ne m’attendais pas du tout. Ce roman jeunesse m’a fait frissonner à plusieurs reprises et je me suis totalement délectée de ma lecture. L’auteure parvient à mettre en oeuvre une atmosphère de mystère, elle tire à merveille les ficelles, chaque énigme est mise en scène de façon absolument géniale. J’ai adoré cette première rencontre avec l’auteur !

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Je préfère penser qu’il y a des pourquoi qui sont veufs de parce que.

Emmanuelle Bayamack-Tam – Je viens **

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Éditeur : Folio – Date de parution : mai 2016 – 417 pages

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Charonne est adoptée à l’âge de cinq ans par Gladys et Régis qui, au bout de quelques mois, n’en veulent plus. Parce qu’elle est devenue trop noire, trop grosse, que ses cheveux sont crépus… Ce n’est pas ce qu’ils avaient commandé. Heureusement, la grand-mère Nelly va s’occuper d’elle. Charlie, le grand-père, l’emmène faire la tournée des bars avec lui ; elle y rencontre ses amis tous plus racistes et homophobes les uns que les autres. Ses parents passent leur temps à voyager et à tester de nouvelles philosophies de vie. Et puis il y a Coco son seul ami, le jeune fantôme héroïnomane et épris de poésie, que Charonne retrouve dans le bureau du haut, avec qui elle lit des contes russes.

C’est une lecture vraiment singulière, qui se déroule en trois parties ; une partie pour chacune de ces femmes : Charonne, Nelly & Gladys, trois générations de femmes différentes. Trois vérités également, trois façons de voir les choses. Charonne, la première à prendre la parole, est l’enfant abandonnée toute son enfance, rejetée par sa mère biologique puis par ses parents adoptifs. Si elle a envie de se jeter par la fenêtre à six ans, elle va finir par développer malgré tout une joie de vivre et apprendre à vivre avec sa famille en i. Nelly, ancienne vedette de cinéma, qui se désespère de vieillir, va s’occuper de cette enfant indésirable. Gladys, la non-mère, est exécrable, haineuse et mesquine, elle verra toujours en Charonne une gamine calculatrice et avide d’argent.

Une lecture dense, qui aborde au fil des pages de nombreuses questions, comme le racisme, la vieillesse, la famille et ses relations complexes… Le comportement de la mère adoptive, Gladys, m’a complètement révoltée. En fait, la plupart des personnages m’ont beaucoup agacée et je n’ai pas ressenti le moindre attachement pour eux.

Si j’ai trouvé l’écriture très belle, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman ardu… Je suis restée extérieure à l’histoire et me suis franchement ennuyée par moments. Mais il y a certains passages que j’ai beaucoup aimés, poétiques et irréels, comme ceux qui se déroulent dans le bureau et qui mettent en scène le fantôme héroïnomane, allongé nonchalamment sur l’ottomane, qui prend une allure différente en fonction des personnes qui le rencontrent.

Merci aux éditions Folio pour cette curieuse découverte !

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Je reconnais tout de suite un adulte dont l’enfance est passée inaperçue, la mienne ayant commencé par un abandon brutal. Comme je n’avais pas trois jours, je n’en veux à personne, et surtout pas à ma mère biologique, à la décharge de laquelle on peut dire qu’elle ne me connaissait pas. »

« Je crois n’avoir jamais rien vu de plus poignant que cette petite fille le jour où Gladys et Régis ont tenté d’annuler son adoption et de la rendre à l’expéditeur comme si elle n’était qu’un vulgaire colis en souffrance. »

Carole Martinez – La Terre qui penche ****

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Éditeur : Gallimard – Date de parution : 2015 – 365 pages

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Nous faisons la connaissance de Blanche, une enfant qui serait morte à l’âge de douze ans, en 1361. Le récit alterne entre la voix de son âme qui a vieillit et vécu tant de choses et la voix de son enfance qui nous raconte la petite fille que Blanche était, au présent de l’époque. Ces deux voix se font écho l’une à l’autre. La vieille âme ne se rappelle même plus les circonstances de sa mort tandis que la voix de l’enfance se rêve déjà femme libre.

Blanche est si petite que sa nourrice l’a surnommée son Oiselot, son Chardon, son Eau vive, sa Minute… « Et moi je suis sa Minute, le seul temps de bonheur qu’elle s’accorde. » Elle a les cheveux couleur de feu. Elle déteste son père, qui passe son temps à la battre avec sa badine, en la mettant en garde contre le diable, agile et filou. Elle passe ses nuits à raconter ses journées ; les mots s’échappent d’elle sans qu’elle puisse rien y faire. Blanche est éprise de liberté, elle veut apprendre à écrire, à broder son prénom en rouge sur sa petite chemise de coton blanc. Plus tard, elle aspire à devenir maîtresse d’elle-même.

Un matin, son père la fait se préparer et la mène à cheval, à travers les villages et les bois, pour la conduire au château des Murmures. Une fois arrivée sur cette terre qui penche et qui semble bruire de mystères, Blanche apprend qu’elle est destinée à épouser Aymon, un enfant simple d’esprit qui joue du pipeau, un innocent aux cheveux d’ange.

Ce roman nous offre une plongée dans un monde pétri de légendes, de contes… On y découvre la Loue, cette rivière tantôt calme, tantôt assassine qui joue les femmes amoureuses… On se perd dans des forêts épaisses et brumeuses, où les loups des sables nous guident.  On y croise la Dame verte et un cheval aux yeux d’azur… Chez Carole Martinez, les hommes sont des ogres et le Diable n’est jamais bien loin.

Le texte est émaillé de chansons, comptines et certains refrains reviennent pour rythmer les mots et les actions des personnages.

L’écriture est un rond de douceur, elle est somptueuse. J’ai du mal à trouver les bons mots pour décrire le ravissement que m’a procuré cette lecture ! Si les toutes premières pages m’ont déroutée, je n’ai plus pu me défaire de l’histoire ensuite. On découvre une écriture sensible, éminemment poétique, enveloppante. Les mots agissent sur nous comme un baume à l’âme.

On (re)découvre le monde à travers ces yeux d’enfant. La réalité devient merveilleuse et fantasmatique. Elle n’est pas une, elle est mouvante et se part des atours du conte, elle lui emprunte sa malice mais aussi sa cruauté. Ce roman est juste sublime, c’est une ode à l’enfance et à l’imagination. Il y a une telle douceur et à la fois une telle fougue dans ce récit, c’est un véritable enchantement.

En bref, vous l’aurez compris, c’est un coup de cœur !

(Un peu triste d’avoir à rendre le livre à la bibliothèque, je l’aurais bien gardé avec moi pour en relire certains passages…!)

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« L’enfant est un dévorant qui avalerait le monde, si le monde était assez petit pour se laisser saisir. »

« La nuit tombe plus vite en forêt qu’ailleurs, le soleil n’est pas couché encore, mais il fatigue, et sa lumière rasante ne parvient déjà plus aussi bien à se frayer un passage entre les feuilles et les troncs. L’humidité gagne, la brume gomme les reliefs, brouille les distances, voile les couleurs. Les êtres du jour s’effaceront bientôt, tandis que surgiront d’autres bêtes, ces créatures plus mystérieuses qui s’emparent du silence des bois dès que le jour n’est plus. C’est ce moment entre chien et loup où tout se tait. »

« Le ciel, trop lourd, ploie, il dégringole et se prend dans les branches. Les nuages piégés peinent à regagner la voûte céleste. Aymon grimpe dans tous les arbres pour tenter de les libérer. Aymon, mon chasseur de brouillard, mon grand souffleur de brumes, essaye de réparer les nuées déchirées. »

« Je suis mûre pour l’amour, je ressens cette joie qu’on éprouve à n’être qu’une part de quelque chose de plus vaste. »

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10ème roman lu pour le challenge de la rentrée littéraire…

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Alexandre Seurat – La Maladroite ****

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Éditeur : Le Rouergue – Date de parution : août 2015 – 121 pages

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Diana, 8 ans, a disparu. « Quand j’ai vu l’avis de recherche, j’ai su qu’il était trop tard. » Le roman commence comme ça. C’est son institutrice qui prend la parole en premier. Et le roman se met à dérouler sa bobine à travers ces voix, ces personnes qui prennent la parole à tour de rôle, qui se répondent et se font écho pour raconter la genèse de cette disparition.

Diana commence mal dans la vie : sa mère ne voulant pas d’elle à la naissance, elle se fait accoucher sous X et annonce à tout le monde que sa fille est mort-née. Un mois plus tard, devenant insomniaque et à moitié folle, elle retourne la chercher. Soupçonnant une violence et des mauvais traitements, la grand-mère et la tante s’inquiètent pour cette enfant, dont le prénom rappelle « une princesse brûlée vive ». Mais elles ne pourront rien pour elle, car bientôt la mère retrouve le père de l’enfant et ils déménagent, hors de portée…

Cette forme singulière de la narration introduit du tranchant, et une certaine tension s’installe et grimpe peu à peu, à travers une écriture ciselée. Le nombre de personnes croisant cette enfant qui ne ressemble pas aux autres, avec son petit visage gonflé, ses grands yeux innocent et son curieux sourire, ne cesse d’augmenter et pourtant personne ne semble pouvoir faire quelque chose ; tout le monde semble impuissant et ressent l’urgence d’agir.

Dans ce roman choral, on sent l’horreur qui se dévoile au fil des témoignages et ça fait vraiment froid dans le dos. Et l’écriture, très orale, toute en phrases courtes, brèves, sublime la douleur muette de cette enfant.

Dans les dernières pages, j’ai eu les larmes aux yeux. On a le cœur battant, les mains moites, jusqu’à la fin et cette question qui se pose. Sans réponse.

Un roman très abouti dont on ne sort pas indemne ; j’ai rarement lu un tel roman. On est secoués. Mais c’est un livre nécessaire. À lire absolument. ❤

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« Je voudrais me rappeler Diana, mieux que je ne peux en vrai. Je voudrais me rappeler tout ce que Diana et moi nous n’avons jamais fait ensemble, comme si nous l’avions fait. Parfois j’écoute des musiques de notre enfance, et je voudrais que la musique me la rappelle, mais la musique ne me rappelle rien, parce que nous n’étions pas ensemble, nous n’avons pas vécu la même enfance. »

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire!

3/6

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