Mathieu Menegaux – Femmes en colère **

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Grasset – mars 2021 – 198 pages

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Juin 2020, nous sommes à la cour d’assises de Rennes. Mathilde Collignon est accusée d’un crime barbare, qu’elle a avoué. Mais elle est loin de s’en repentir et elle réclame même justice. Mathilde Collignon, c’est cette femme de 36 ans, divorcée, mère de 2 fillettes, ancienne gynécologue en milieu hospitalier. De quoi est-elle accusée? D’avoir voulu se faire justice elle-même, après son agression par deux hommes. Elle encourt jusqu’à 20 ans de prison pour son crime.

Le roman est habilement construit sur une alternance entre la voix de Mathilde et les délibérations des jurés. Les jurés, ces citoyens lambda, qui se retrouvent avec le sort de cette femme entre leurs mains. 2 hommes et 4 femmes qui vont devoir se prononcer. Mathieu Menegaux nous offre une plongée dans le monde juridique ; avec fascination nous pénétrons les coulisses du procès. Femmes en colère est un roman à l’écriture implacable, qui se dévore. Encore une fois, Mathieu Menegaux frappe fort avec un sujet au coeur de l’actualité.

Une lecture que j’ai beaucoup aimée… jusqu’à ce que je lise les dernières phrases qui m’ont plongé dans l’incompréhension ; c’est comme si l’auteur déconstruisait sournoisement le message qu’il s’est acharné à nous transmettre tout au long du roman.

Et vous qu’en avez-vous pensé?

Dalie Farah – Le Doigt ***

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Grasset – février 2021 – 224 pages

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Ce matin de janvier, une prof de philo traverse devant le lycée, en dehors du passage piéton. Une voiture klaxonne. La prof dresse un doigt d’honneur, sans un regard, comme un réflexe. L’homme sort de sa voiture, hurle et la défie : « Recommence! » Nouveau doigt d’honneur. Il la gifle brutalement.

Avec une écriture acérée, cheminant sur le fil du rasoir, Dalie Farah nous livre un récit composé de dialogues en salle des profs, réactions d’élèves et de souvenirs de la violence. Ce n’est pas la première fois que la jeune femme y est confrontée ; la violence, elle résonne avec son enfance.

Un récit saisissant qui dénonce la violence sous toutes ses formes ; celle de l’enfance, de la famille ; celle de la rue et celle des élèves. Mais c’est aussi la violence de l’indifférence administrative et du système éducatif français dans son ensemble.

Sarah St Vincent – Se cacher pour l’hiver ***

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Delcourt – octobre 2020 – 348 pages

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Kathleen travaille dans le snack d’un parc naturel en plein coeur des forêts oubliées de Pennsylvanie, les Blue Ridge Mountains. A vingt-sept ans, elle loge chez sa grand-mère, et une aura de solitude semble flotter autour d’elle.

Un soir, alors qu’elle s’apprête à fermer la boutique, un étranger débarque. Il a un drôle d’accent. Elle lui ouvre le gîte pour qu’il y passe la nuit. Il prétend s’appeler Daniil et être un étudiant ouzbek. Cet étranger l’intrigue profondément – il a l’air de fuir quelque chose. Beaucoup de questions restent sans réponses. Et pourtant, la jeune femme sent qu’elle peut lui faire confiance.

Mais le personnage le plus énigmatique demeure sans doute Kathleen. Pourquoi ne veut-elle pas parler de cette douleur qui lui paralyse parfois l’épaule et la hanche ? Pourquoi a-t-elle toujours l’air effrayée ou sur le qui-vive, comme un animal sauvage, traqué ?

Daniil. Kathleen. Deux êtres hantés par leur passé, qui passent leur temps à fuir, à leur façon, et qui vont se lier d’amitié, petit à petit. Les mots et le passé vont jaillir au fil de leurs escapades au coeur de la beauté désarmante des Blue Ridge Mountains – la majesté des forêts, leur solitude à la fois rassurante et effrayante.

Je me glisse à pas de velours dans le roman de Sarah St Vincent, saisie par le mystère qui s’en dégage, la psychologie fouillée des personnages. Et cette nature à la fois majestueuse et imposante. Un premier roman américain abouti et intense, sur la violence et la résilience, mettant en scène une rencontre entre deux personnages que je ne suis pas prête d’oublier. 

Merci au #PicaboRiverBookClub pour cette lecture !

Laurine Roux – Le Sanctuaire ***

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Les éditions du Sonneur – août 2020 – 160 pages

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Le Sanctuaire, c’est cette zone montagneuse et isolée du reste du monde où s’est réfugiée la petite famille de Gemma pour échapper à un mystérieux virus qui aurait été transmis par les oiseaux et qui aurait exterminé une bonne partie de l’humanité.

Gemma, la plus jeune des deux sœurs, est une enfant devenue chasseuse de génie, qui ne sort jamais sans son arc. Si elle connaît le moindre recoin du Sanctuaire, du monde avant la pandémie elle ne connaît en revanche que les récits de ses parents et de sa sœur June.

Leur mère est souvent plongée dans ses souvenirs du monde d’avant la pandémie, ses livres et ses récits mythologiques. Leur père est un être tyrannique qui dispense une éducation à la dure, pour permettre à ses filles de survivre dans ce monde où l’ennemi prend n’importe quelle forme, et surtout celle des oiseaux…

Un jour que Gemma s’aventure seule un peu plus loin dans la forêt, elle tombe sur un vieil homme sauvage et virulent qui vit entouré de crasse et de rapaces. Parmi eux, un aigle avec lequel l’enfant va nouer des liens spéciaux ; à son contact, elle se sent étrangement vivante. Cette vérité nouvelle percute de plein fouet celle de son père qui lui a toujours appris à maudire et abattre les oiseaux. Peu à peu, le désir de transgression la taraude et le désir de goûter à la liberté s’empare d’elle.

Dès les premières lignes, l’écriture de Laurine Roux m’a embarquée au coeur de ce monde post-apocalyptique ; le charme des mots a opéré. Le Sanctuaire est un très joli roman, sauvage et poétiquenature et poésie sont omniprésentes. 

Nathalie Bernard – Sept jours pour survivre ***

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Thierry Magnier – 2017 – 272 pages

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A Montréal, Nita Rivière se fait enlever le jour de son 13ème anniversaire, alors qu’elle chemine vers son collège. La jeune amérindienne se réveille quelques heures plus tard dans une cabane perdue au coeur de la forêt canadienne enneigée… Seule face à son agresseur au regard empreint de folie.

Nous suivons en alternance l’enquête qui s’ouvre sur l’enlèvement de l’adolescente, menée par les agents Gautier Saint-James et Valérie Lavigne. Au début, les enquêteurs pensent à une fugue ; Nita en a tout à fait le profil : son père est en prison, elle s’habille de façon gothique, est accro à une célèbre série de zombies et adore photographier les édifices et lieux désaffectés, les plaques d’égouts.

7 chapitres comme 7 leçons de survie – leçons qui vont aider l’adolescente à garder espoir et à se battre au sein de cette nature dépeuplée et hostile pendant 7 jours. Forcément je pense à mes précédentes lectures, Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Terres fauvesLe thème de la nature et de la survie ne cesse de m’attirer dans ses filets ces derniers temps.

Très vite l’intrigue m’a captivée. Sept jours pour survivre est un thriller jeunesse d’une qualité rare, impossible à lâcher, dont le rythme est soutenu – on tourne les pages en frissonnant, la boule au ventre. C’est angoissant, haletant et très bien écrit. Sur fond de thriller, Nathalie Bernard évoque la problématique des disparitions de jeunes filles amérindiennes qui demeurent inexpliquées au Canada et dont les enquêtes sont trop souvent négligées et demeurent sans suite.

Joseph Boyden – Dans le grand cercle du monde ***

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Le Livre de Poche – 2015 – 687 pages

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Joseph Boyden nous offre une immersion spectaculaire dans les grands espaces sauvages du Canada au XVIIème siècle. A cette époque, les Français commencent à s’installer dans la vallée du Saint-Laurent alors que  les Iroquois et les Hurons se livrent une guerre sans fin. L’arrivée des Blancs ne va faire qu’exacerber les tensions entre eux.

Au fil des pages, trois voix se font entendre : celle du Corbeau, un jeune jésuite français, envoyé par l’Église pour convertir ceux qu’il appelle les Sauvages. On le surnomme Corbeau à cause de son ample robe noire dont les Indiens se moquent. Celle d’Oiseau, un chef de guerre huron qui désire ardemment venger la mort de sa famille, assassinée par les Iroquois. Et celle de Chutes-de-Neige, une captive iroquoise dont les parents ont été assassinés sous ses yeux par les Hurons et qu’Oiseau a décidé d’adopter, comme compensation pour la mort des siens.

Ces trois êtres sont réunis par les circonstances, mais divisés par leur appartenance. Chacun mène une guerre ; le Corbeau souhaite à tout prix convertir les Indiens – il consigne ses observations dans son journal afin de faire connaître ce Nouveau Monde aux Européens ; Oiseau ne vit que pour venger sa famille assassinée et se méfie de ces Corbeaux qui débarquent sur leurs terres, les soupçonnant d’apporter les maladies qui déciment leurs peuples. Quant à la jeune Iroquoise, elle est au début comme un animal sauvage, hargneuse et hostile…  Elle finira cependant par se laisser apprivoiser et accepter sa nouvelle famille.

Le Grand cercle du monde est un sacré pavé pour lequel j’ai pris mon temps. Je me suis plongée dans cette fresque foisonnante et fascinante sur l’histoire des Indiens… Mais aussi tragique. En effet, c’est l’histoire du début de leur fin ; la fin d’une civilisation, la fin d’un monde.

Les voix se succèdent au fil des courts chapitres, à un rythme soutenu. L’écriture de Joseph Boyden, poétique et évocatrice, nous transporte, entre émotion et frissons – je demeure captivée par les descriptions de certaines scènes de combat et de cérémonies de tortures terrifiantes. Immersion garantie dans l’immensité sauvage du Canada au XVIIème siècle ; on suit l’évolution des relations entre Christophe Corbeau, Chutes-de-Neige et Oiseau sur plusieurs années, l’évolution de leur psychologie, de leur regard sur ce monde pétri de traditions et de valeurs anciennes qui est en phase d’être métamorphosé par l’arrivée massive des Français.

Le Grand cercle du monde est un roman chorale d’une beauté féroce, à découvrir absolument.

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« Oiseau émerge du champ, comme enfanté par le maïs. Il a le visage peint, la tête rasée d’un côté, les cheveux longs de l’autre, qui brillent dans l’éclat de la lumière. Il s’avance, le pas lent et assuré, vêtu de son seul pagne. Il est plus brun que jamais après son voyage estival sous un soleil ardent et, à la suite des semaines passées à pagayer et à porter les canots, il a acquis le physique d’un dieu romain. J’ai du mal à décrire cet être dans les lettres que j’envoie en France. Il est à la fois homme et animal sauvage. »

Henning Mankell – Daisy Sisters ***

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Seuil – 2015 – 512 pages

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Été 1941, en Suède. Vivi et Elna, deux amies de dix-sept ans, décident de partir en voyage en bicyclette à travers le pays, en longeant la frontière de la Norvège qui est occupée par les nazis. Filles d’ouvriers, elles aiment chanter et se font appeler les Daisy Sisters, à l’américaine. C’est la première fois qu’elles se rencontrent en vrai ; correspondantes depuis quelques années, elles se sont tout confié par écrit ; leurs attentes, leurs rêves, leurs doutes. Mais de ces vacances, Elna rentrera violée et enceinte…

1956. Eivor a 14 ans et est en lutte permanente contre sa mère, Elna. Mère et fille ont un tempérament de feu et s’entendent comme chien et chat. Eivor est une adolescente éprise de liberté, elle n’a qu’une envie : quitter l’école et s’installer dans une grande ville pour voler de ses propres ailes. Elna l’envie en secret ; sa propre liberté elle n’a pas vraiment pu y goûter… Lasse Nyman, un jeune délinquant évadé d’une prison pour mineurs débarque soudainement dans leur vie… L’adolescente croit voir son rêve se concrétiser le jour où ils fuguent ensemble.

Un roman puissant qui nous offre de beaux portraits de femmes en proie à leurs désirs, leurs renoncements et leurs sacrifices au sein d’une société suédoise patriarcale écrasante. A travers leur combat quotidien, on perçoit toute la violence de cette société qui les met à terre, brise leur jeunesse, coupe leurs ailes. Le personnage d’Eivor m’a beaucoup plu ; son impuissance, sa volonté malgré tout d’imposer ses choix et son indépendance. L’écriture fluide et addictive d’Henning Mankell ne m’a encore une fois pas déçue et je me suis délectée de cette lecture exaltante.

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« Est-elle de nouveau prête à s’effacer, à sacrifier son identité professionnelle et sa joie de travailler parce qu’elle est une femme? »

« Si seulement elles pouvaient se parler. Rien qu’une fois. Dire les choses telles qu’elles sont. C’est étonnant que des gens comme nous ne parlent jamais de leur vie, songe Eivor. Comme si nos sentiments profonds étaient laids et dégoûtants et ne supportaient pas la lumière du jour. Comme si c’était un signe de faiblesse de reconnaître qu’il nous arrive de nous réveiller la nuit avec l’envie de hurler. »

Joyce Carol Oates – Carthage ***

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Editions Points – 2016 – 608 pages

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Été 2005. Au Nord-Est de l’Etat de New-York, une jeune femme de dix-neuf ans disparaît en pleine nuit. Il s’agit de la fille de l’ancien maire de Carthage, Zeno Mayfield, un homme d’influence. Cressida Mayfield a été vue pour la dernière fois le soir du 9 juillet dans la réserve forestière du Nautauga – au cœur des Adirondacks – en compagnie de l’ex-fiancé de sa sœur Juliet, le caporal Brett Kincaid, qui est rentré meurtri et hanté par la guerre d’Irak.

Des cheveux et des traces de sang sont retrouvés dans sa jeep. Malgré le passage aux aveux du caporal plusieurs semaines après la disparition de Cressida, le mystère reste entier car aucun corps n’a été retrouvé. Chez les Mayfield, seul le père refuse de croire à la mort de sa fille.

Cressida est un personnage singulier, pour lequel on ne ressent ni empathie, ni rejet mais qui nous marque, indéniablement ; une jeune femme toute menue, qui ne fait pas son âge et possède un caractère ombrageux ; qui s’habille comme un garçon et n’aime pas son prénom. « Une fille menue aux yeux sombres, avec une coiffure presque afro, des cheveux sombres couleur d’encre, tout frisés […] et un visage sans expression qui ne laissait rien voir de ce qu’elle pensait. » Que lui est-il réellement arrivé ?

Ce petit pavé nous offre une lecture âpre et dense qui nous tient en haleine et nous offre le point de vue des différents personnages, fouillant leur passé, leur psychisme. Certains passages sont profondément dérangeants. Grâce à l’écriture magnétique de Joyce Carol Oates, je me suis vite retrouvée happée par le texte.

Carthage est un roman sombre et puissant qui dénonce avec virtuosité les violences de la guerre – mais aussi celles des prisons – les dégâts sur les survivants – les meurtrissures à jamais inscrites dans leur chair et leur esprit.

Seo Mi-Ae – Bonne nuit maman ***

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Matin Calme – mars 2020 – 360 pages

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« Quel est votre plus vieux souvenir? »

Seon-gyeong est criminologue ; elle donne des cours à la fac sur les tueurs en série. Elle aime s’interroger sur l’enfance des assassins… Un jour, elle apprend que Lee Byeong-do souhaite s’entretenir avec elle ; Lee Byeong-do, c’est le tueur en série qui a défrayé la chronique il y a quelques années en enlevant et assassinant treize femmes en l’espace de 3 ans. Depuis une année, il est sous les verrous. Pourquoi souhaite-t-il la voir, elle ? Alors qu’il ne la connaît pas et qu’il a toujours refusé de voir qui que ce soit.

Cet homme au visage si séduisant… Qui pourrait penser aux atrocités dont il est capable ? Le Diable avec un visage d’ange… On en apprend davantage sur son passé – les origines de la violence. Son enfance et sa relation avec une mère violente qui l’a meurtrie et lui a lacéré l’âme avec ses mots haineux, le torturant au rythme d’une seule et même mélodie, qui ne le quittera jamais et qu’il fredonnera à chacune de ses victimes… Maxwell’s Silver Hammer des Beatles.

Parallèlement, le mari de Seon-gyeong revient un soir avec la fille qu’il a eu de son premier mariage. Sa mère s’est suicidée et ses grands-parents viennent de mourir dans un incendie ; un incendie pour le moins suspect. La fillette a un comportement étrange, elle est peu bavarde. Elle semble en vouloir à Seon-gyeong et sa présence lui fait froid dans le dos.

Bonne nuit maman est un thriller psychologique implacable, addictif et angoissant à souhait qui explore la question des maltraitances infantiles et leur impact sur l’humain en devenir. Une fois commencé, on ne peut plus le lâcher. Page après page, l’atmosphère s’assombrit, l’horreur se diffuse et nous nous retrouvons captif de cette intrigue habilement ficelée.

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Catherine Poulain – Le coeur blanc **

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Editions de l’Olivier – 2018 – 256 pages

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Le coeur blanc, c’est celui de Rosalinde, jeune femme allemande qui échoue dans un village en Provence. Rosalinde est une saisonnière, une solitaire, une nomade. Elle s’achète un vieux combi Volkswagen et s’y installe, au bord d’une rivière. Elle cueille les asperges, les olives. Plante de la lavande. Seule femme parmi les hommes. Tous ces hommes qui semblent en avoir après elle, qui se disent fous d’elle, de son corps et de sa crinière rousse ; le Parisien, le Gitan, Acacio le poète libertaire au sang chaud, Paupières de Plomb, Delaroche, cet homme presque encore gamin tout maigre, engoncé dans ses vieilles nippes, qui pleure et prétend l’aimer depuis toujours.

C’est toujours louche une femme seule, que vient-elle chercher, pourquoi est-elle ici ?

Dans cet étrange roman, les rêves sont en italiques et les dialogues se fondent dans la narration. Certains passages sont des morceaux de poésie. Sublimes. Et puis soudain, la voix de Mounia, son Je, qui s’immisce dans la narration. Qui trouble. Mounia qui vit dans un petit cabanon de bois, qui attend Thomas. Toujours. Et qui va être, elle aussi, fascinée par Rosa.

Un roman comme un curieux conte moderne, un conte déchu, où les noms de lieux résonnent entre enchantement et désenchantement ; Le Pont des Mensonges, Le bar d’En Haut, Le Pic de l’Homme Fou, Le plateau des Loups…

Un roman surprenant et brutal – d’une brutalité inattendue. Âpre et animal où la beauté de la nature – la sérénité d’une rivière – contraste avec la brutalité des hommes, leur fureur, leur bêtise et leur animosité. Je n’ai hélas pas ressenti la même émotion qui m’avait saisie à la lecture du Grand Marin et si la narration m’a trop souvent perdue, je n’ai surtout pas compris le message qui nous était vraiment délivré.

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« Le chant glacé et mélodieux de la rivière, sa peur, le poids terrible d’une attente folle entre les remparts des montagnes qui la cernent, mais quelle attente cette épée qu’elle pressent toujours, suspendue dans la nuit des arbres qui l’écrase – sur son coeur blanc, sa tête rousse de gibier des bois. Oh que tout éclate enfin pour que tout s’arrête. Oui que tout s’arrête. »