Pauline Clavière – Laissez-nous la nuit ***

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Grasset – janvier 2020 – 624 pages

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Maxime Nedelec, la cinquantaine passée, divorcé, vient d’être arrêté. À force de micmacs avec sa société, refusant jusqu’au bout de mettre la clé sous la porte, il franchit la frontière de l’illégalité. Des documents falsifiés et une amende impayée – ou plutôt dont le paiement ne parviendra jamais aux caisses du Trésor Public… Son imprimerie, héritée de son père fait faillite et se retrouve en liquidation financière. Les flics l’attendent devant chez lui et l’embarquent, sans ménagement. Il n’a même pas la possibilité d’appeler Mélo, sa fille. Ni de dire au revoir à Beckett, son chien.

Max se retrouve en prison. Au trou. Il a du mal à s’y faire. Ce lieu d’une laideur et d’une grisaille à couper le souffle. Lugubre. Sans soleil. Ces longs couloirs monotones comme autant de boyaux sans fins. Qui l’avalent et le digèrent. Ces portes qui parlent et se taisent.

En prison, il va faire des rencontres. Et découvrir tout un monde parallèle… Si beaucoup de monstres s’y terrent, de belles et improbables rencontres l’attendent malgré tout. Ilan alias Bambi, son compagnon de cellule, qui ne doit pas avoir plus de 18 ans et qui a fui l’horreur de la Syrie pour se retrouver derrière des barreaux et harcelé par des bourreaux. Sarko, ce grand black aux mains gigantesques qui terrorise tout le monde sans dire un mot. Marcos, la montagne de chair avec qui il partage sa cellule, qui peut se mettre dans des rages incroyables et gober drogues et psychotropes à outrance, mais qui a un coeur grand comme ça, et se révèle attachant. La Bête à trois têtes, trois voyous qui fusionnent avec les trafics et que personne n’ose approcher. Et de belles âmes comme celle de Françoise Rosier, la médecin dont tous les hommes sont fous ; celle de Joël, le surveillant attachant.

Sous la plume empathique et incisive de Pauline Clavière, c’est toute une galerie de personnages étonnants qui prennent vie. La jeune écrivaine a le don de brosser un portrait psychologique, une personnalité ; en quelques lignes on est embarqués. La prison apparaît comme une fourmilière, le point de convergence de plusieurs destinées, entre matons et codétenus ; on la perçoit très vite comme un personnage à part entière du roman.

La narration est singulière ; elle se trouve jalonnée par de nombreux extraits du règlement intérieur de la prison qui font froid dans le dos. Les pensées de Maxime, en italique, se démarquent du reste du texte. Pas de guillemets pour les dialogues. Des paragraphes aérés. Quelques longueurs, mais un style fluide, qui se lit bien, à la fois tendre et ironique.

Un premier roman dense, intelligent et malicieux qui nous offre une immersion vertigineuse dans l’univers carcéral. 4 chapitres comme 4 saisons. 4 saisons en enfer.

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« Elle est vivante, elle se déplace. Elle est comme un monstre qui rampe. »

Victor Jestin – La chaleur ***

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Flammarion – août 2019 – 144 pages

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« Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. Il est mort étranglé par les cordes d’une balançoire, comme les enfants dans les faits divers. »

Ce sont les premiers mots, glaçants, de ce court roman qui nous raconte la dernière journée de vacances que passe Léonard dans un camping des Landes. Léonard a dix-sept ans cet été là lorsqu’il se retrouve face à Oscar, un autre adolescent, en train d’agoniser sous ses yeux ; il reste paralysé, figé, n’esquissant pas un seul geste pour le sauver. Dans la panique, il éprouve le besoin de traîner le cadavre d’Oscar sur plusieurs dizaines de mètres et de l’enterrer sur la plage.

A la lecture du premier roman de Victor Jestin, on éprouve une certaine nausée, des frissons… Les pages tournent et le thermostat grimpe en même temps que l’angoisse. Léonard se sent assailli par la chaleur et torturé par la culpabilité ; le dernier regard d’Oscar le hante et le suit, où qu’il aille. Un roman caniculaire et glaçant, porté par une écriture sensitive que j’ai dévoré le temps d’une soirée, le cœur battant et les mains moites.

« C’était comme une longue attente en suspens : nous tous, elle et moi et les autres, il semblait que nous n’étions qu’un seul grand corps allongé sur le sable, à attendre là, dans nos adolescences, que quelque chose advienne. »

Merci Elise pour le prêt 😀 ❤

Pour découvrir sa chronique, c’est par ici.

Marion Richez – L’Odeur du Minotaure ***

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Sabine Wespieser – août 2014 – 128 pages

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C’est dans une boîte à livres vendéenne que j’ai déniché ce roman, déposé par une bibliothèque qui s’en séparait. Le titre et la quatrième de couverture m’intriguaient.

Aussitôt déniché, aussitôt lu. Un court récit que j’ai dévoré le temps d’une journée.

Marjorie est une petite fille d’abord, qui ne garde de son échappée près des vaches dans un champ, qu’une trace sur le bras. La trace des barbelés contre lesquels elle a lutté. On la retrouve plus tard, jeune fille vivant sa première histoire d’amour. Elle l’oubliera vite, de même que son enfance campagnarde un peu morne. Elle devient l’attachée privilégiée d’un ministre. Sûre d’elle, belle et vaniteuse, menant une vie aisée, elle se joue des hommes et de son passé. Elle serait même un peu croqueuse d’homme…

Et puis, un matin, un numéro s’affiche sur son téléphone… Sa mère lui annonce que son père est mourant. Au volant de sa voiture, Marjorie fonce sur l’autoroute. Puis la quitte brusquement. Se retrouve sur une sinueuse route de campagne. Il fait nuit. L’angoisse l’écrase et soudain un choc ébranle sa voiture. Elle vient de percuter un cerf immense.

Le cerf rend son dernier souffle et la vie de Marjorie bascule. Désormais, plus rien ne sera comme avant…

L’odeur du Minotaure est un roman d’une âpre beauté qui nous raconte la métamorphose d’une femme. Armée d’une écriture ciselée et poétique, Marion Richez raconte l’animalité qui colonise peu à peu Marjorie – ce « je » qui oscille entre humanité et bestialité. Un récit envoûtant et surprenant, qui m’a rappelé un ouvrage d’Eric Pessan sur le même thème – La Hante. De ce roman, j’ai tout aimé, sauf l’épilogue, qui m’a laissée profondément perplexe…

Rocco Giudice – Mangoustan **

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Allary éditions – 22 août 2019 – 240 pages

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Dans ce court roman, nous suivons le destin de trois femmes.

~ Celui de Laure, à Singapour. Après trente ans de vie commune et deux enfants, son mari la quitte pour leur femme de ménage. Laure a la cinquantaine bien entamée et ne s’attendait pas à un tel coup du sort. Elle se retrouve seule à l’autre bout du monde, le cœur brisé, humiliée.

~ Celui d’Irina, à Genève. Mariée à un homme de bonne famille, de vingt ans son aîné, la jeune femme d’origine ukrainienne ne cesse de vouloir toujours plus ; toujours plus d’argent, de pouvoir. Sa relation se trouve ternie par son désir obsessionnel de revanche sur la vie… Elle ne parvient pas à accepter son enfance rustre et pauvre à Kiev ; cette enfance qu’elle enfouie, qu’elle renie, et dont elle a profondément honte.

~ Enfin, le destin de Melania à Washington. Melania, la femme de Trump. La femme de cette aberration. First Lady contre son gré, elle multiplie les signes d’opposition à son mari grâce à un code vestimentaire très élaboré.

Mais quels liens unissent ces trois femmes ? Chacune a un parcours de vie différent mais elles subissent ou ont subi la domination masculine, elles ont eu des rêves, des illusions, puis ont renoncé aux premiers et perdu les dernières.

Elles vont se retrouver toutes les trois à Hong Kong un weekend de septembre ; pile au moment où le typhon répondant au nom de Mangoustan – du nom d’un savoureux fruit thaïlandais – s’apprête à s’abattre sur la ville.

Un roman qui se lit avec plaisir, mais qui m’a semblé un peu léger ; en effet, j’ai eu l’impression que ces trois portraits de femmes n’étaient qu’esquissés. J’ai été frustrée d’en apprendre au fond si peu sur chacune d’elles. Quant à l’utilisation d’une personnalité réelle, cela m’a quelque peu déroutée et agacée, ne connaissant pas la vie personnelle et publique de Melania, je n’ai pas su sur quel pied danser – réalité ou imagination ? Finalement, Mangoustan est un premier roman à l’écriture travaillée qui propose un questionnement féminin intéressant.

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« Louloute, tu comprendras bientôt que la vie, faut pas la laisser couler. Il faut la secouer, la violenter, lui faire rendre tout son jus. Il fait désirer, aimer, chanter, lire, danser, manger, t’enivrer, rire, pleurer même, mais il ne faut pas la regarder passer et ceci justement parce quelle passe. »

Joseph Ponthus – À la ligne **

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La Table ronde – janvier 2019 – 272 pages

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Le narrateur est ouvrier intérimaire ; il travaille ponctuellement dans les conserveries de poissons et abattoirs bretons… Il embauche tous les matins à 4h, 5h ou 6h… et quand il débauche, les odeurs d’écailles ou de boyaux lui collent à la peau. Il dort le jour, vit la nuit. Il s’immerge jour après jour dans cet entêtant travail à la chaîne, à la ligne. Égoutteur de tofu pendant toute une nuit ; dépoteur de chimères, préparateur de couronnes de crevettes ou de poissons panés… Huit heures par jour derrière des machines.

Et le besoin d’écrire s’incruste en lui ; écrire sur la paradoxale beauté de l’usine. L’usine, ce monde à la fois fascinant et glauque, ce monde parallèle, il ressent le besoin de le mettre par écrit. Proust, Ronsard, Apollinaire… Peu à peu, les auteurs resurgissent et viennent au secours de cet ancien étudiant en lettre et éducateur dans le social. La littérature est sa victoire sur l’aliénation et la violence de l’usine.

Entre les mots, on découvre aussi la femme aimée, la figure maternelle, la mer aussi. Figures féminines si fortes et présentes.

La ligne ici c’est la ligne de production mais c’est aussi la ligne d’un récit qui prend la forme d’une « odyssée où Ulysse combat des carcasses de bœufs et des tonnes de bulots comme autant de cyclopes. » (pour reprendre les mots de la 4ème de couverture).

L’écriture tour à tour drôle, distanciée, révoltée et fraternelle met en relief l’absurdité de la réalité et charrie des descriptions parfois glauques et écœurantes. L’auteur de ce premier roman très ambitieux joue sur les mots, jongle avec les phrases ; le texte défile comme une succession de poèmes en prose, ponctués d’une ironie mordante. La poésie déboule, ça secoue, ça ébouriffe, ça percute. Ça chamboule. C’est beau. C’est curieux.

Benedict Wells – La Fin de la solitude ***

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Éditeur : Slatkine & Cie – Date de parution : août 2017 – 285 pages

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Après un accident de moto, Jules se réveille allongé dans un lit d’hôpital. Comment s’est-il retrouvé là ? Dans son esprit brumeux, les souvenirs refont surface. Son enfance, ses vacances en France dans les années 80… Alors qu’il n’est encore qu’un enfant, ses parents meurent dans un accident de voiture. Avec son frère Marty et sa sœur Liz, ils se retrouvent orphelins. Recueillie par leur tante, la fratrie poursuit sa scolarité dans un internat.

Chaque enfant va réagir différemment au drame. Marty s’enferme dans sa solitude et son mutisme, avec ses jeux vidéos ; il développe plein de tics, ne peut s’empêcher de fermer huit fois de suite sa porte de chambre quand il sort… Liz – la grande sœur qui semble toujours jouer la comédie, qui dessine & se vante de ses petits copains – prend goût à la drogue. Quant à Jules, le petit dernier – narrateur de cette histoire – il a l’impression parfois d’être spectateur de sa vie. Quand il prend la parole, il déforme les mots, s’habille n’importe comment. Sa rencontre avec Alva – une petite rousse aux yeux verts et froids qui a toujours le nez plongé dans un livre – va le sauver.

Jules est touchant dans ses faiblesses – plongé sans cesse dans ses rêves, vivant une vie d’ermite qu’il n’a pas vraiment voulu, désirant la solitude tout en la repoussant. Ses rêves et ses cauchemars ne le quittent jamais, le passé qui le hante en permanence. Au fond de lui, Jules se sent responsable de la mort de ses parents. A travers le défilé de ses souvenirs, les questions surgissent. De façon lancinante, il se demande : Que seraient-ils devenus si leurs parents n’étaient pas morts ?

Un roman d’une très grande justesse, qui monte en puissance au fil des pages, et qui nous invite à réfléchir sur le destin, la mort, la mémoire, le temps qui passe, inexorablement. Je me suis attachée aux personnages qui gagnent en épaisseur psychologique au fil des mots ; j’ai aimé la place que prend dans leur vie l’art, la littérature, la musique. La fin de la solitude est un quasi coup de cœur et une très belle surprise !   ❤

Merci aux éditions Slatkine & Cie pour cette lecture, et particulièrement à Louise ! Une maison d’édition très prometteuse et qui semble regorger de pépites littéraires…

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« Les mots déployèrent lentement leur signification monstrueuse et s’infiltrèrent partout, dans le sol qui semblait se gondoler, dans mon regard devenu flou, dans mes jambes qui me faisaient tituber dans la pièce. »

« Est-ce que ce serait vraiment mieux si le monde n’existait pas ? Au lieu de ça, on vit, on crée de l’art, on aime, on observe, on souffre, on est heureux et on rit. Nous existons tous sous des millions de formes différentes pour que le néant n’existe pas, et le prix à payer, c’est la mort. »

« Y aurait-il une nouvelle fois dans ma vie un événement qui me catapulterait encore dans cette insouciance un peu débile et grisante, même pour un instant ? »

Astrid Manfredi – La petite barbare ***

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Éditeur : Belfond – Date de parution : août 2015 – 153 pages

Présentation de l’éditeur : « En détention on l’appelle la Petite Barbare ; elle a vingt ans et a grandi dans l’abattoir bétonné de la banlieue. L’irréparable, elle l’a commis en détournant les yeux. Elle est belle, elle aime les talons aiguilles et les robes qui brillent, les shots de vodka et les livres pour échapper à l’ennui. Avant, les hommes tombaient comme des mouches et elle avait de l’argent facile. En prison, elle écrit le parcours d’exclusion et sa rage de survivre. En jetant à la face du monde le récit d’un chaos intérieur et social, elle tente un pas de côté. Comment s’émanciper de la violence sans horizon qui a fait d’elle un monstre ? Comment rêver d’autres rencontres et s’inventer un avenir ? »

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La narratrice, dont on ne connait pas le nom, mais qui se fait appeler « la Petite Barbare », est en prison. A l’isolement pour six mois. Peu à peu, le texte nous révèle pourquoi et comment elle s’est retrouvée là. Elle raconte son enfance en quelques mots, son adolescence. La cité, les mauvaises fréquentations, la drogue, le sexe et l’argent facile…

« Je suis née belle à pleurer un jour de grand froid et d’arbres morts, de parents enterrés avant d’avoir commencé. Ils m’ont légué leur vie, leurs mauvais films et leurs fins de mois difficiles. Il paraît qu’on peut en guérir. C’est loin d’être sûr. »

Le verbe est cru, le regard désillusionné et blasé. Sans appel, sans espoir. Et au milieu de tout ça, elle aime lire. Lire et écrire. Elle découvre la poésie avec Henri Michaux. Elle lit Boris Vian et elle découvre Marguerite Duras avec L’Amant, qu’elle lit et relit, qui lui donne envie d’écrire. Ecrire pour exorciser ses démons et pour oublier les quatre murs qui la retiennent. « Parce qu’il faisait soif et qu’il fallait bien crever les poches de gris, j’ai appris encore un peu plus la littérature. J’aime ça, j’ai toujours aimé ça, lire. J’espère que ça ne me grillera pas trop dans la cité. Je ne veux pas qu’on pense que je suis de la haute, mais il faut que je la finisse, cette putain d’histoire. »

On découvre une verve puissante, et une écriture aussi tranchante que la lame d’un rasoir. En effet, la narratrice n’a pas sa langue dans sa poche et on sent dans ses mots une soif de vivre, une rage contre le monde dans lequel elle a grandit et un désir de s’en sortir. Le ton est mordant, ironique et désabusé. L’auteur joue avec le langage dans ce texte presque « slamé », et c’est tour à tour un plaisir et un coup de poing que l’on se prend.

***

« Mais je ne pleure plus, je suis devenue un bout du Sahara. »

« J’ai huit ans. Le temps passe comme le jambon dans la trancheuse du charcutier. On a huit tranches et on n’a rien remarqué. Drôle de métier. »

« Je m’en fous de respirer, je veux mourir essoufflée. Du bruit et de la fureur, voilà ce qui germe dans le cœur de mon cœur. Ça gronde, c’est un orage et aucun présentateur météo ne pourra prédire où il va s’abattre. »

« Avancer coûte que coûte, voir la mer grise. Contempler cette étendue qui nous rappelle qu’il ne faut pas déconner, qu’il y a plus grand que nous, qu’on n’est rien que des microbes vaniteux agrippés à tout ce qui finira par crever. Nous les premiers. »

« Un bouquin c’est pas le paradis, c’est un ciel en flammes. »

 

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire!

5/6

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Pépites dénichées dans une braderie…

Petits moments de bonheurs simples en ce samedi frileux de la fin novembre : dénicher quelques bouquins à petits prix en fouinant dans une braderie du quartier! De quoi réchauffer le cœur et mettre de bonne humeur 😀 Ce qui n’est pas évident en ce moment… Je viens de perdre ma voix – aphonie totale – et lundi à midi j’ai ma première inspection au collège… Y’a plus qu’à prier pour que je retrouve ma voix d’ici là !!

 

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  • Les humeurs insolubles, de Paolo Giordano

Présentation de l’éditeur : « Pendant des années ils se sont abandonnés à ses soins, à la sécurité qu’elle leur transmettait : madame A., la servante au grand cœur, a élevé avec amour le petit Emanuele et materné ses parents, faisant face à toutes leurs incertitudes. Aussi, quand elle s’éloigne discrètement pour affronter seule la maladie, le monde semble s’écrouler. Nora et le narrateur s’aiment, mais cela ne suffit pas; ils se sentent soudain démunis, ne savent comment s’y prendre, et les humeurs de chacun prennent le dessus. Contrairement à ce qu’ils pensaient, les fluides qui coulent en eux ne peuvent se mélanger. Mais, avant de les quitter définitivement, madame A. saura leur insuffler le courage de prendre en main leur vie. Dans ce roman d’apprentissage familial, intimiste, habité, une histoire de deuil se mue en histoire d’amour. »

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  • Petits moments de bonheur volés, de Francesco Piccolo

Présentation de l’éditeur : « Errer de nuit dans les rues désertées de Rome en plein mois d’août. Monter dans le train et espérer trouver quelqu’un à sa place pour l’en chasser avec délectation. Rester sagement assis, pendant que tous les invités se ruent sur le buffet, parce qu’un ami est allé nous chercher à manger…
À mi-chemin entre Je me souviens de Perec et La Première Gorgée de bière de Philippe Delerm – mais avec cette petite touche de fantaisie si italienne –, Francesco Piccolo met à nu les plaisirs les plus inavouables, les petits vices et les faiblesses avec lesquels nous avons tous composé un jour… »

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  • La petite barbare, de Astrid Manfredi

Présentation de l’éditeur : « Moi, monsieur, je suis pleine du bruit assourdissant de vivre. » De la vénalité apprise dès l’enfance à l’incarcération pour complicité de meurtre, une fille de vingt ans jette à la face du monde le récit d’un chaos intérieur et social. Comment devenir une autre ? Est-ce possible ? Le roman brut et stupéfiant d’un monstre de beauté animé par la rage de vivre…

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Deux romans italiens qui m’avaient fait de l’œil en librairie et un premier roman dont j’ai beaucoup entendu parler sur la blogosphère 🙂

Pascal Manoukian – Les échoués ***

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Éditeur : Don Quichotte – Date de parution : août 2015 – 297 pages

4ème de couverture : « 1992. Lampedusa est encore une petite île tranquille et aucun mur de barbelés ne court le long des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla. Virgil, le Moldave, Chanchal, le Bangladais, et Assan, le Somalien, sont des pionniers. Bientôt, des millions de désespérés prendront d’assaut les routes qu’ils sont en train d’ouvrir.
Arrivés en France, vivants mais endettés et sans papiers, les trois clandestins vont tout partager, les marchands de sommeil et les négriers, les drames et les petits bonheurs. »

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Ce premier roman de Pascal Manoukian, nous raconte le destin de trois clandestins, au début des années 90. Trois hommes qui ont fui un pays de malheur pour chercher un monde meilleur, plus au Nord, plus à l’Ouest. Trois hommes qui ont échoué en France, en espérant y trouver une vie meilleure. Ils sont Moldave, Bangladais, Somalien. Ils s’appellent Virgil, Chanchal, Assan.

La voix d’un narrateur omniprésent et omnipotent nous raconte leur traversée, leur périple pour atteindre la terre promise et surmonter les obstacles. « Comment témoigner de ces neuf mois de route, de ces blessures à jamais ouvertes, des humiliations, de ce monde empreint de lâcheté, de violence, du manque d’humanité, de cette négation de la vie… »

S’ils font face à l’inhumanité la plus totale durant leur périple, sous le joug de la barbarie, frôlant la mort, ils font également de belles rencontres, lumineuses, qui les changeront à jamais.

Une écriture sobre, qui met à distance la douleur des personnages, leur calvaire, leurs souffrances. Une écriture dénuée de tout pathos et qui n’est jamais larmoyante.

Un roman très fort et touchant, un de ceux dont on ne sort pas indemne, les oreilles bourdonnantes et les pensées en émoi. Virgil, Chanchal et Assan, personnages très attachants, ne s’estomperont pas de sitôt de ma mémoire… L’auteur trouve les mots justes et porte un regard terriblement intelligent et lucide sur l’état du monde à l’aube du XXIème siècle. 

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« Aujourd’hui encore, il ne trouve aucun mot dans aucune langue, aucun dictionnaire, pour décrire ce que furent ces dix-huit jours de traversée, ces deux cent quatre-vingt-seize kilomètres qui séparent l’Afrique sans espoir de l’Europe de toutes les attentes. »

« En voulant mettre si peu de barrières à l’islam, Assan pensait qu’on prenait le risque de laisser les fous et les barbares parler en son nom. En Afghanistan, en Somalie, ils décapitaient et lapidaient déjà, invoquant une religion que lui ne reconnaissait plus. Partout, ces attardés réclamaient le sang au nom du saint Coran, s’essuyant les pieds sur la foi de millions de musulmans comme lui, les désignant du doigt aux frontières, aux aéroports, aux entretiens d’embauche. »

Livre lu dans le cadre du Challenge 1% Rentrée Littéraire!

4/6

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Véronique Ovaldé – Le sommeil des poissons ****

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Éditeur : Points – Date de parution : 2013 – 160 pages

4ème de couverture : « Tout en haut du mont Tonnerre, dans un drôle de village peuplé de femmes, l’une d’entre elles, la mano triste, attend patiemment dans sa maison à courants d’air. Elle attend les hommes qui remontent du fleuve à chaque saison douce, et surtout Jo géant, avec son cœur tout miel… Un voyage aux airs de conte, doux et inquiétant. »

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Le sommeil des poissons est le tout premier roman de Véronique Ovaldé, qui s’est surtout fait connaître grâce à son roman Ce que je sais de Vera Candida, qui a obtenu en 2009 le Prix Renaudot des Lycéens et le Prix France Télévisions. Ce premier roman ouvre le bal d’un univers très singulier et étonnant ; c’est en effet un véritable ovni littéraire : est-ce un conte ? une fable ? un roman ? ou encore, un thriller ?

Tout en haut du mont Tonnerre, il existe un village peuplé essentiellement de femmes, les « madous ». Parmi elles, il y a la mano triste, jeune femme en proie aux idées noires, qui semble toujours au seuil de l’attente dans sa grande maison à courants d’air. Le quotidien de ces femmes est rythmé par le cycle des saisons. Les hommes remontent le fleuve à chaque saison douce et la saison des pluies marque l’arrivée de la maladie grise qui s’empare des femmes trop vulnérables… La mano triste attend, luttant contre la maladie grise qui rampe sur les murs et tente de s’emparer d’elle, dans sa maison absorbée par la pluie, aux remugles de pierres humides, de terre et de mousse. Un jour, Jo le géant débarque au volant de sa Chevrolet jaune citron, « gros insecte acidulé qui bourdonnait sur les routes », avec le Bikiti, petite fouine, petit ragondin qui lui sert de « homme managé ».

A travers ce roman aux accents surnaturels, nous pénétrons dans des contrées inconnues et lointaines ; l’époque et le lieu sont indéterminé, l’intrigue pourrait très bien se dérouler n’importe où dans le monde, ou en dehors du monde… Les personnages comme les lieux sont empreints d’une inquiétante étrangeté. On est immergé dans un univers tout aussi étrange que déroutant, où la folie, la solitude et la sorcellerie hantent ce village perché.

Autant le dire tout de suite, c’est un roman qui peut séduire immédiatement tout comme il peut rebuter et faire fuir  : l’écriture est très particulière. Elle reproduit le style oralisé propre à l’énonciation des conteurs; les marques d’oralité sont nombreuses, les tournures de phrases très familières dans certains cas, et le texte est parsemé de tics de langage, de jeux de mots insolites, de mots qui semblent inventés tellement ils sont curieux. Dans mon cas, ce fut un coup de cœur! De ce roman spectaculaire, il émane une force d’écriture singulière, voire irréelle. On est véritablement saisi et captivé à sa lecture.

Le récit frôle l’horreur, il est empreint de la féerie des contes, de leur folie… Véronique Ovaldé se joue de la noirceur des contes, elle les réinvente à sa façon. L’auteur dépeint un monde très fantaisiste qui reprend le non-sens et les non-lois de l’univers merveilleux, tout en les détournant dans un savant jeu de cache-cache avec le réel.

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« L’été, sous le mont Tonnerre, est une longue saison de tambour et d’hébétude. Les petits sont dehors et se chamaillent en criailleries aiguës. Les plus jeunes gravissent le mont, se mettent en boule et roulent comme des cailloux jusqu’en bas, débargoulant à toute allure en glapissant. Ronds comme des porcs-épics, ils tournent et tournent dans un grand bruit d’apocalypse. »

« Là-bas, dans la forêt, les singes hurleurs honorent leur nom, les arbres s’agitent dans un froussement d’ailes – les ailes multipliées de milliers d’oiseaux envolés, un bruit de plumes et d’effarouches -, là bas, au fond du fleuve, les poissons dorment, les yeux ouverts, et attendent patiemment leur heure. »