Susin Nielsen – Les optimistes meurent en premier ****

les-optimistes-meurent-en-premier-couv

Éditeur : Hélium – Date de parution : 2017 – 192 pages

*

Attention : Pépite!

Pétula De Wilde vit à Vancouver avec ses parents. Depuis le drame qui a touché sa famille, l’adolescente a développé de nombreuses phobies : la foule, les microbes, les différents dangers de mort… De façon convulsive, elle compulse dans un album mille et un articles portant sur des morts toutes plus farfelues les unes que les autres.

Sa rencontre avec l’homme bionique – alias Jacob – à l’atelier d’art-thérapie auquel elle est obligée d’assister une fois par semaine au lycée, va la métamorphoser. Jacob est un grand dadet avec un avant-bras mécanique ; passionné de cinéma, il passe son temps à répondre par un scénario de film lorsqu’on l’interroge sur son passé. A l’atelier, tout les adolescents se sont confiés tour à tour, sauf lui…

Dès les premiers mots j’ai aimé ce roman. J’ai eu l’impression de déjà connaître Pétula, cette adolescente qui porte un regard très ironique sur le monde qui l’entoure – comme pour mieux enfouir la douleur qui l’assaille.

Un roman magnifique, drôle et émouvant, qui évoque avec justesse la culpabilité, le deuil et l’ineffable douleur. Un roman jeunesse d’une force incroyable et insoupçonnée et une lecture riche en émotions que je vous recommande… ❤

Walking on sunshine katrina and the waves

Publicités

Richard Wagamese – Les Etoiles s’éteignent à l’aube ****

les-etoiles-s-eteignent-a-l-aube-500x750

Éditeur : Zoé – Date de parution : 2016 – 284 pages

*

C’est tout à fait par hasard que j’ai déniché ce roman à la bibliothèque, sans en avoir jamais entendu parler… La poésie de son titre m’a suffit pour l’embarquer.

Franklin Starlight, jeune Indien de seize ans, est appelé au chevet de son père alcoolique et mourant qu’il ne voit pour ainsi dire jamais – « un étranger aux lisières de sa vie ». Depuis sa naissance, c’est le vieil homme qui l’a élevé. Il lui a tout appris, comment chasser, se déplacer dans la nature sans faire de bruit, suivre à la trace les animaux, apprendre les signes… Comme un véritable Indien. Le père, Eldon, va lui faire une curieuse demande : il veut partir randonner dans les montagnes avec son fils pour y passer les dernières heures de sa vie. Ils se mettent en route pour la nature sauvage et peu à peu les mots entre eux se délient.

Un magnifique roman de nature writing, grâce auquel on se retrouve immergé en pleine nature – la forêt, les sons, les signes. Une nature sensitive qui contraste avec la rugosité des paroles échangées par le père et le fils, leur économie de mots, l’importance qu’ils prennent lorsque les souvenirs jaillissent.

Au fur et à mesure de leur marche, son père lui livre ses souvenirs, son enfance, des bribes d’une vérité tant attendue. Les vestiges de la guerre de Corée, à laquelle a participé son père, refont surface à la lueur du feu. Faisant écho au propre tumulte qui agite leurs cœurs.

Un roman qui parfois m’a rappelé le bouquin de Joseph Boyden, Le Chemin des âmes, une pure merveille. Il se dégage de l’oeuvre de Richard Wagamese une atmosphère tout aussi séduisante et singulière.

Un récit poétique où la douleur, la perte et la mort sont sublimés. La douleur des souvenirs s’épanouit dans l’immensité sauvage de la nature. Un somptueux roman sur la relation d’un père et de son fils, que je garderai longtemps en moi.

***

« Il entendait les symphonies du vent sur les crêtes, et les cris stridents des faucons et des aigles étaient pour lui des arias ; le grognement des grizzlys et le hurlement perçant d’un loup contrastaient avec l’œil impassible de la lune. Il était indien. Le vieil homme lui avait dit que c’était sa nature et il l’avait toujours cru. »

« La lueur des étoiles naissantes dans le manteau violine du ciel. Le susurrement du vent qui se lève dans les cimes. Il ferma les yeux, rentra tout cela en lui et se sentit en paix ; il tourna son visage vers les cieux, resta ainsi bouche bée, à respirer, sans rien voir, mais à entendre les mouvements de la vie autour de lui. »

Aki Shimazaki -Hôzuki ***

hozuki

Éditeur : Actes Sud – Date de parution : mai 2016 – 144 pages

*

Mitsuko tient une petite librairie d’occasion. Elle vit avec sa mère et son fils Tarô, sourd-muet, ainsi que son chat Socrate. Chaque vendredi soir, elle travaille dans un bar très chic qui n’est fréquenté que par des intellectuels, artistes et écrivains. Ce travail lui permet de vivre confortablement. Un jour, une femme élégante et distinguée, Madame Sato, pousse la porte de la librairie pour acheter des ouvrages de philosophie. Elle est accompagnée de sa petite fille, Hanako, qui se lie immédiatement avec Tarô. Les deux enfants semblent être attirés l’un vers l’autre, comme s’ils se connaissaient déjà.

Pourquoi Madame Sato s’intéresse-t-elle à Mitsuko ? Un secret semble habiter cette élégante femme de diplomate et un sombre passé la ronger…

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé l’écriture de Shimazaki, dont j’avais adoré la première saga. J’aime ces destinées, ces liens que l’auteure tisse avec talent entre les personnages d’une même série ; à chaque roman l’on découvre une intrigue pétrie de détails et de petites coïncidences. Je n’ai pas lu le premier tome de cette nouvelle saga, mais cela n’a pas gêné ma lecture. Poésie et charme étaient au rendez-vous

Emily St. John Mandel – Station Eleven ****

station-eleven

Éditeur : Rivages – Date de parution : août 2016 – 480 pages

*

J’ai lu ce roman dans le cadre d’une lecture commune avec Fanny, du blog Pages versicolores, et ce fut un plaisir d’échanger et de partager cette lecture avec elle ! Pour retrouver son propre billet et découvrir son avis, c’est par ici !

*

Un soir d’hiver à l’Elgin Theatre de Toronto, le célèbre acteur Arthur Leander s’écroule sur scène. Son cœur cesse de battre en pleine représentation du Roi Lear. Un des spectateurs, Jeevan, se précipite sur scène pour tenter de secourir l’acteur, mais il est trop tard. Dans l’ombre de la scène, une petite fille sanglote. En sortant du théâtre, Jeevan n’a pas le cœur à rentrer chez lui. Il erre dans les rues, sous les flocons de neige, lorsque l’appel d’un ami urgentiste lui apprend qu’une terrible pandémie de grippe, en provenance de Géorgie, se répand sur la ville de façon alarmante. Il le supplie de quitter immédiatement Toronto avec sa femme et son frère.

Vingt ans après le cataclysme, nous suivons La Symphonie Itinérante, une troupe d’acteurs et de musiciens qui déambule et voyage à travers la région du lac Michigan, dans des voitures transformées en caravanes. Envers et contre tout, ils jouent du Shakespeare et des morceaux de musique classique. Parmi cette troupe itinérante, cette seconde famille, se trouve Kirsten, l’enfant qui a assisté à la mort d’Arthur Leander. Elle a désormais vingt-huit ans et ne garde aucun souvenir de la première année qui a suivi la fin du monde. Construit sur ces échos d’un monde à l’autre, le roman alterne ainsi deux temporalités : ce qui s’est passé avant le cataclysme, et les années qui ont suivi dans ce monde post-apocalyptique.

Station Eleven est un roman difficile à classer et dont j’ai beaucoup de mal à parler tant il m’a remuée. C’est à la fois un roman de science-fiction, un roman d’aventures, nous faisant réfléchir sur l’homme et son devenir, l’art… Si au cours de ma lecture, j’ai pensé à Walking dead, la comparaison ne tient pas longtemps la route ; l’univers que nous dépeint Emily St John Mandel est particulièrement bien campé, et très réaliste : aucun détail n’est laissé au hasard.

L’intrigue dans laquelle on s’immerge complètement est tissée de multiples connexions entre l’avant et l’après cataclysme, elle met en scène des chassés-croisés entre les personnages, grâce à une plume sensible et incisive. Ce roman m’a littéralement enthousiasmée, émue, me transportant dans un Ailleurs qui nous questionne sur la fin possible d’un monde, le rôle de l’art et l’importance des souvenirs dans une vie, leur profonde subjectivité.

Un roman que je ne voulais pas refermer, que j’aimerais relire. ❤

***

« L’enfer, c’est l’absence de ceux qu’on voudrait tant avoir auprès de soi. »

« Mes souvenirs d’avant le cataclysme ressemblent aujourd’hui à des rêves. Je me souviens d’avoir regardé par le hublot d’un avion, ce devait être dans le courant de la dernière année, et d’avoir vu du ciel la ville de New York. »

« Il est surprenant de voir la rapidité avec laquelle on en vient à trouver normal de vivre sur un banc, avec une simple valise, près d’une porte d’embarquement. »

Wajdi Mouawad – Un obus dans le cœur ***

un-obus-dans-le-coeur

Editeur : Actes Sud Leméac – Date de parution : – 72 pages

*

Wahab est appelé d’urgence au chevet de sa mère mourante à l’hôpital. Dans le bus qui l’y conduit, le jeune homme sent monter en lui une colère irrépressible et des sentiments confus, contradictoires. Sa pensée se déroule ainsi, ballottée par les émotions qui l’animent et les souvenirs de son pays natal qui resurgissent. « Dans mon cœur, je pense qu’il y a un bordel monumental, un désaccord entier entre la réalité et mes sentiments… »

Wajdi Mouawad nous offre une écriture comme un coup de poing, une plume sublimée par la révolte qui anime Wahab. Il y a beaucoup de rage contenue dans ce court texte qui se déroule comme un monologue, et en même temps une telle poésie. Et ça fait mouche, en plein cœur.

***

« On ne sait jamais comment une histoire commence. Je veux dire que lorsqu’une histoire commence et que cette histoire vous arrive à vous, vous ne savez pas, au moment où elle commence, qu’elle commence.

« Une vague immense me prend de l’intérieur et me fracasse contre les récifs de ma douleur. Elle jette mon cœur sur le plancher noir de l’autobus. »

Joseph Boyden – Les Saison de la solitude ***

9782226193995

 

Éditeur : Albin Michel – Date de parution : 2009 – 509 pages

*

Je vous présente ma nouvelle LC avec Claire du blog La tête en claire – hé oui, on les enchaîne les lectures en commun, on y a pris goût 😉 Pour découvrir sa propre chronique c’est par ici !

J’ai lu il y a quelques années Le chemin des âmes, du même auteur. J’avais trouvé ce roman sublime, et cette lecture avait été un véritable coup de cœur. Depuis, Les Saisons de la solitude m’attendait sagement dans la bibliothèque familiale… Dans ce nouvel opus, Joseph Boyden utilise la même construction du texte : deux personnages prennent la parole à tour de rôle. Il y a l’oncle Will, pilote forestier, plongé dans un profond coma à la suite d’une agression. A travers sa voix qui s’élève de l’autre côté, resurgissent ses souvenirs et se déroule le fil des événements qui ont conduit à cette agression. Son récit est adressé à ses nièces. A son chevet se trouve justement l’une de ses nièces, Annie. Elle-même prend la parole, veille sur lui et lui raconte des bribes d’histoires, des bribes de sa vie à Moosonee, dans l’espoir qu’il s’éveille un jour. Peu à peu, en remontant le temps, le passé s’éclaircit.

Si au début le texte m’apparaît un peu complexe et difficile d’accès, sans doute dû à l’écriture un peu hachée et aux phrases courtes, je finis par plonger complètement dans ce beau roman, où les voix des deux personnages semblent parfois faire écho l’une à l’autre et sonnent de façon terriblement juste. Je suis à nouveau tombée sous le charme de l’écriture de Joseph Boyden, qui nous offre le tableau d’une nature fascinante. Par moment, je m’y suis vraiment cru : en pleine forêt, à chasser l’orignal et à suivre le vol des oies sauvages, ou encore à traverser la Moose River, à l’approche de l’hiver.

Je me suis immergée dans l’immensité sauvage des forêts canadiennes, avec cette fresque familiale amérindienne et ces tensions entre clans, qui dégage beaucoup de force et d’émotions. L’auteur questionne les liens familiaux et l’identité des Indiens d’Amérique de façon toujours aussi juste. Il opère un savant mélange de mystère et de nature writing. Même si je n’ai pas ressenti le même coup de cœur que pour Le Chemin des âmes, je ne suis pas déçue par ce deuxième roman, qui m’a offert de beaux moments de dépaysement.

***

« Parfois, quand on est seul dans les bois, au cœur de l’hiver, et que l’aurore boréale apparaît, on l’entend. Un bruit de friture. Comme une radio réglée tout bas, qui gémit et soupire. C’est ce que j’avais l’impression d’entendre, et j’ai tendu l’oreille pour écouter ce que la voix essayait de me dire. »

« En revanche, le bourdonnement, le bourdonnement du monde, je pense qu’il continue après que le corps a cessé de vibrer. Quand meurt le bourdonnement du corps vivant, que ce soit celui du brochet ou de l’esturgeon, celui de la gélinotte huppée, de l’orignal ou de l’homme, le battement du cœur continue, peut-être plus lent, mais qui se mêle aux battements de cœur du jour et de la nuit. De notre monde. Dans ma jeunesse, je croyais que l’aurore boréale, l’électricité qui me parcourait la peau sous ma parka, le léger crépitement que j’entendais, c’était Gitchi Manitou qui recueillait les vibrations des vies passées afin de ravitailler le monde avec le pouvoir de tous ces animaux. »

Emma Hooper – Etta et Otto (et Russell et James) **

etta et otto

Éditeur : Les Escales – Date de parution : septembre 2015 – 327 pages

*

Etta a quatre-vingt-trois ans. Un matin, elle quitte sa ferme du Saskatchewan et s’en va voir la mer. Elle emporte avec elle quelques culottes, un vieux fusil, du chocolat, une miche de pain… Et entame les trois mille deux cent trente-deux kilomètres qui la séparent de la mer. Etta perd un peu la mémoire alors elle garde sur elle un morceau de papier avec son nom et les personnes de sa famille.

En se levant, son mari Otto découvre le mot qu’elle lui a laissé. Il ne partira pas à sa recherche. Mais il a beaucoup de mal à vivre sans elle. Il se met à cuisiner ses recettes. Une nouvelle chaque jour. Et puis il se met à créer. A fabriquer des animaux par dizaine en papier mâché, qu’il expose dans son champ.

En revanche, Russell, voisin et ami, n’accepte pas le départ d’Etta, qu’il a toujours aimé. Il décide de partir la retrouver.

Etta marche, marche, marche, un coyote nommé James à ses côtés, avec qui elle parle.

Et pendant que leurs petites vies se déroulent, éloignés les uns des autres, le passé resurgit par bribes ; le récit est curieusement construit, il est fait d’aller-retour dans le passé, les souvenirs resurgissent, sans transition, mais de façon très fluide. Ils font comme écho à la perte de mémoire d’Etta. On découvre l’enfance d’Etta, Otto et Russell.

Les paysages du Canada défilent, l’Ontario, les lacs, Le Saint-Laurent… En cela, ce livre est une vraie bouffée d’air pur. Cette petite mamie, un peu folle, qui arpente les champs en direction de la mer qu’elle n’a jamais vue, est d’une certaine façon touchante.

Mais l’histoire ne m’a pas transcendée. J’ai parfois été émue, mais je ne suis pas parvenue à réellement m’attacher aux personnages, il m’a manqué quelque chose.  Peut-être est-ce dû à l’écriture, car l’histoire en soi était très prometteuse. C’est un roman très lent, qui donne une impression de latence et de légèreté tout à la fois.

Par ailleurs, certains passages vers la fin apportent un peu de confusion… Je n’en dirai pas plus pour vous laisser découvrir cette lecture. Je serai curieuse d’avoir votre avis.

***

Otto,

Débutait la lettre, encre bleue.

Je suis partie. Je n’ai jamais vu l’eau, alors je suis partie là-bas. Rassure-toi, je t’ai laissé le pick-up. Je peux marcher. J’essaierai de ne pas oublier de rentrer.

A toi (toujours),

Etta.