Brad Watson – Miss Jane **

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Éditeur : Grasset – Date de parution : septembre 2018 – 384 pages

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(Je n’ai pas pu m’empêcher d’afficher la couverture de la version originale du roman, tellement je la trouve sublime…)

Jane Chisolm vient au monde en 1915, dans une petite ferme du Mississippi. Le docteur Thompson, qui assiste à sa naissance, se rend compte qu’elle a une malformation. Malgré tout, cette belle enfant blonde aux yeux bleus, d’un caractère enjoué et insouciant, va survivre et grandir, toujours dans les jupes de sa sœur Grace, sa mère ayant besoin de temps pour souffler.

C’est vers l’âge de six ans que Jane se rend compte qu’elle est différente des autres. Elle a besoin de couches, et ne peut se retenir quand une envie pressante survient. L’enfant vagabonde et crapahute dans les bois et les pâturages alentours, suit les cours d’eau, aux côtés de son chien Manitou. Elle s’évade ainsi et semble oublier sa différence, pour un temps. Envers et contre tous, elle désire aller à l’école.

Un roman étrange et beau. Profondément triste aussi. Je ne saurais en fait pas comment le définir… J’ai aimé cette lecture, même si au fond, il ne s’y passe pas grand chose. Jane est cet oiseau, inaccessible, insaisissable, pour qui l’amour n’est pas possible et qui se résigne à la solitude.

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« À la fin du printemps, l’année de ses six ans, une conscience plus complexe d’être différente des autres avait commencé à se former dans son esprit, telle la racine d’une plante étrange au plus profond des bois. À certains moments, elle avait l’impression d’être une créature étrange et silencieuse m, un être invisible, davantage un fantôme qu’une personne, un enfant, une petite fille. »

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Rick Bass – Le ciel, les étoiles, le monde sauvage **

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2002 – 284 pages

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Je découvre Rick Bass avec ce recueil de trois nouvelles. Trois textes plus ou moins longs dont les intrigues se déroulent au sein du monde sauvage et naturel. On découvre des personnages en proie à la solitude, et confrontés à la fuite et la rupture. Si les nouvelles sont assez inégales, je garde en mémoire deux figures de femmes, assez marquantes.

* Dans la première nouvelleJudith quitte brusquement la tanière de Trappeur, avant qu’il ne soit trop tard ; avant de s’enliser dans sa folie et sa maladie. Après une crise de trop, la jeune femme s’échappe dans la nuit en brisant une vitre. Elle fuit à cause « des bandes rouges et vertes qui striaient le ciel » – les hypnotiques aurores boréales. Trappeur à ses trousses, le cœur brisé. La chasse commence.

* Et cette femme-enfantdans la dernière nouvelle – qui se souvient de son enfance au contact de la nature, des bois et des animaux. Du jour où elle trouve le corps sans vie d’un aigle si grand qu’elle le prend au début pour un humain recouvert de plumes. Au sommet d’une falaise, la fillette l’accroche à un chêne immense afin de déployer ses ailes, et de lui relever la tête. Espérant que, dans une autre vie, il prenne son envol…

Rick Bass nous offre une palette d’émotions à travers ses descriptions de la nature ; le monde sauvage et animal nous apparaît dans toute sa pureté, sa sauvagerie poétique.
Le monde sauvage demeure « cette chose qui vous rappelle vers l’intérieur, vers les ombres et la sécurité d’un lieu qui en a toujours le respect. Dans chacun de ses atomes. »

Ta-Nehisi Coates – Le Grand combat **

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Éditeur : J’ai Lu – Date de parution : mai 2018 – 252 pages

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Nous sommes dans les années 80 à West Baltimore, la ville des gangs, du crime et du crack. Ta-Nehisi grandit dans cet univers impitoyable où l’activité la plus banale – rentrer de l’école à pieds, faire ses courses – peut dégénérer. Un de ses amis se fait massacrer un soir en rentrant chez lui.

Ta-Nehisi pourrait plonger, mais son père, ancien Black Panther passionné de littérature  l’abreuve de ses lectures sur la culture noire et de son expérience passée. Dès l’âge de treize ans, l’adolescent se met à dévorer les ouvrages qui composent la bibliothèque paternelle.

Le Grand combat est un récit autobiographique poignant aux accents hip-hop, qui nous livre le parcours initiatique d’un enfant, puis d’un adolescent, avec en fond sonore le son d’un djembé ; instrument dont il apprend à jouer et qui donne un sens à sa vie.

Lauren Wolk – La Combe aux Loups ***

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Éditeur : l’école des loisirs – Date de parution : mars 2018 – 300 pages

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« L’année de mes douze ans, j’ai appris à mentir. Je ne parle pas ici de ces petites histoires que les enfants inventent. Je parle de vrais mensonges, nourris par de vraies peurs, je parle de choses que j’ai dites et faites et qui m’ont arrachée à la vie que j’avais toujours connue pour me précipiter dans une nouvelle vie. »

Nous sommes en 1943. En Europe, la Seconde Guerre mondiale fait des ravages. De l’autre côté de l’Atlantique, les Américains d’origines allemandes sont vite montrés du doigts, candidats désignés de la haine populaire.

La Combe aux Loups, c’est l’endroit que traverse Annabelle pour aller à l’école avec ses deux petits frères. C’est aussi l’endroit où l’attend Betty, une fille cruelle plus âgée qui l’a prise comme souffre-douleur. Une gamine aux airs angéliques mais au cœur noir et aux yeux diaboliques. La combe aux Loups est également fréquentée par Toby, un homme traumatisé par la Première Guerre mondiale, solitaire et taiseux ; errant dans les collines alentours en photographiant la nature, il ne se sépare jamais de son long manteau et de son chapeau qui laisse son visage dans l’ombre.

Annabelle s’attache à cet homme hanté par la guerre et ses démons, dont tout le monde se méfie ; une amitié naît. Pour les autres, Toby est un être marginal ; trop marginal à leurs yeux pour être honnête…

Annabelle n’a que onze ans presque douze, elle n’est pas préparée au drame qui va survenir. Et pourtant, elle fait preuve d’une maturité étonnante pour son âge, et d’une grande lucidité quant au monde qui l’entoure et face aux adultes et à leur comportement. Elle réfléchit sur ces choses qu’elle ne comprendra sans doute jamais, sur la place infime que tout être occupe sur terre.

Je n’étais pas préparée à l’atmosphère sombre dans laquelle nous plonge ce roman jeunesse. L’oeuvre de Lauren Wolk se révèle en effet bien plus complexe que je ne m’y attendais. La Combe aux Loups se dévore le cœur battant et se termine avec les yeux un peu humides…

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« Si ma vie ne devait être qu’une seule note dans une symphonie sans fin, pourquoi ne la ferais-tu pas résonner aussi fort et aussi longtemps que possible? »

Danielle Younge-Ullman – Toute la beauté du monde n’a pas disparu ****

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Éditeur : Gallimard jeunesse – Date de parution : 2017 – 369 pages

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Ingrid est envoyée par sa mère à Peak Wilderness, un camp de survie en pleine nature, avec huit autres adolescents au passé trouble et à l’âme plus ou moins torturée.

L’adolescente ne comprend pas comment sa mère a pu l’envoyer dans un tel camp. Elle tente de faire face aux conditions extrêmes, aux adolescents perturbés… et à son propre passé qui la rattrape.

Les chapitres alternent passé et présent de l’aventure, afin de nous faire comprendre petit à petit le pourquoi de l’histoire et la relation complexe qui unit mère et fille. Comment vivre avec une mère chanteuse d’opéra qui un jour perd sa voix et se retrouve à passer des journées entière au lit. Comment passer d’une vie nomade faite de voyages à travers l’Europe au gré des tournées, à une vie sédentaire au Canada, dans une nouvelle ville. Comment devenir brusquement adulte à l’âge de onze ans ?

Je me suis tout de suite attachée au personnage d’Ingrid, cette adolescente au caractère bien trempé, qui se retrouve au bord du gouffre et qui finalement se rend compte de son désir de vivre. J’ai aimé le ton mordant et ironique dont elle ne se départi jamais.

Mortifiée, éreintée, ne parvenant même pas à savourer la beauté des paysages qui l’entourent, Ingrid se retrouve à manger des insectes en guise de dîner, apprendre à monter une tente, construire un abri, porter un kayak, marcher dans la nature sauvage en évitant les obstacles… Elle se heurte à ses propres démons, lutte, pleure, mais se relève.

Je ne m’attendais pas à aimer autant ce roman. Entre rire et larmes, j’ai littéralement dévoré ce roman d’apprentissage. Si je me suis doutée de la fin, cela ça n’a rien changé à la magie de ce roman. Un coup de coeur inattendu  ❤

L’avis tout aussi enthousiaste de Mes échappées livresques !

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« J’ai l’impression que je pourrais passer cent ans à dormir, j’ai envie de pleurer, de chanter, de poser mes lèvres sur les siennes, de me glisser dans un terrier et d’y passer le reste de ma vie. J’ai envie de m’allonger sur le dos pour contempler le ciel et de laisser les étoiles me tomber dans les yeux. »

Catherine Mavrikakis – Les derniers jours de Smokey Nelson ***

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Éditeur : 10-18 – Date de parution :  2014 – 330 pages

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Dans ce roman choral, trois voix retentissent à tour de rôle et tournent autour de l’annonce de l’exécution de Smokey Nelson au pénitencier de Charlestown – cet homme a commis le meurtre d’une famille dans un motel, en 1989 à Atlanta. Près de vingt ans plus tard, à quelques mois de l’élection de Barack Obama, chacun fait ses comptes et le passé émerge avec violence dans les esprits.

Nous entendons la voix singulière de Sydney Blanchard, l’homme qui a d’abord été accusé à sa place. Obsédé par Jimi Hendrix, il n’a que sa chienne Betsy à qui parler et confier tout ce qu’il a sur le cœur ; ayant le même âge que Nelson, sa mise à mort le décide à prendre un nouveau départ, à faire enfin quelque chose de sa vie.

La voix d’une femme de chambre, Pearl Watanabe, originaire de Honolulu et qui a parlé à Smokey Nelson quelques minutes après les meurtres et qui découvre la scène de crime. Ils ont fumé ensemble une cigarette sur le parking du motel ; l’air de rien, elle est tombée sous son charme…

Et la voix divine qu’entend le père de la jeune femme assassinée, Ray Ryan. On découvre un fervent catholique, extrémiste dans sa croyance et épris de vengeance.

Le spectre de l’ouragan Katrina plane encore sur la Nouvelle-Orléans et dans les esprits de chacun. Ce sont les voix des pauvres que nous entendons, des laissés pour compte. Tous sont traumatisés par les meurtres de 1989.

A travers ce roman choral intense, Catherine Mavrikakis brosse le portrait sans concessions d’une Amérique en prise avec ses démons les plus sombres… Extrémisme religieux et haine raciale entament une sombre valse. La maîtrise de la narration m’a fascinée ; avec virtuosité, la romancière nous fait pénétrer dans la peau et les pensées de ces trois personnages, terriblement bien incarnés.

Un roman tragique, à l’écriture tantôt amère, tantôt ironique, qui m’a parfois fait penser à l’univers de Joyce Maynard. Ce qui m’a frappée c’est cette absence de sens. Aucune raison n’est donnée aux meurtres, pas la moindre explication… Glaçant.

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« Pearl n’était jamais revenue de ce matin magnifique de l’automne 1989. Elle n’était jamais sortie de la chambre 55 du motel Fairbanks dans laquelle elle avait découvert les corps morts, mutilés. »

« J’aurais pu être Smokey Nelson ou Mark Essex, mais je suis que Sydney Blanchard et, ce soir, je rentre chez moi alors qu’un gars de mon âge se fait exécuter à Atlanta… C’est tout… Fin de l’histoire… »

« La vie n’avait décidément pas grand sens. On peut tenter de la baliser par des mots qui donnent une certaine prise, mais quand ceux-ci nous découvrent leur face bien ridicule, tout fout le camp, s’effiloche et il ne reste du tragique de l’existence qu’un immense éclat de rire. »

Elise Fontenaille – Chasseur d’orages ***

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Editeur : Le Rouergue – Date de parution : mars 2009 – 91 pages

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Herb ne se plaît pas dans ce quartier de riches à Vancouver. Depuis la mort de John, son grand-père, il est obligé de vivre chez son père et sa belle-mère, aussi froids et peu accueillants l’un que l’autre. Avec son grand-père, Herb aimait se balader en forêt, pêcher, et tous deux avaient prévu d’aller voir les Lightning Fiels, à Santa Fe. Une gigantesque installation permettant aux passionnés d’observer les éclairs illuminer le ciel pendant un orage.

Au cœur de la nuit des Illuminares, le 28 juin, il enfourche son vélo, emportant avec lui les cendres de son grand-père. Il a décidé de se rendre aux Lightning Fiels pour les répandre. Sur sa route, il fait la connaissance de Mina, Moon et Blondie, et d’une baleine blanche illuminée. Ensemble ils montent dans un van et s’embarquent pour 2500 kms jusqu’à Santa Fe. Filant sur les routes, ils traversent la frontière, font une escale à San Francisco, plongée dans la brume, découvrent l’immensité de l’Ouest américain… Moon raconte les souvenirs et légendes de ses ancêtres indiens, les Haïdas.

Une jolie pépite jeunesse poétique et un road-trip adolescent qui donne des ailes, qui remue, qui déploie une palette d’émotions en quelques pages et nous fait rêver avec son défilé de paysages de l’Ouest américain. Si l’écriture n’a rien d’extraordinaire, et si le roman est un peu trop court à mon goût, tout se joue avec l’atmosphère que parvient à mettre en oeuvre l’auteure.

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« Le soleil vient juste de se coucher : bientôt, ce sera la nuit des Illuminares tant attendue. Pour tous les mômes, mais aussi leurs parents : « C’est la nuit où on retrouve son âme d’enfant », disait John. »

« Là, assis dans l’eau claire avec Mina, j’oubliais tout… Mon passé était loin derrière, j’avais laissé mes idées noires à la frontière. »