Jeannette Walls – Des chevaux sauvages, ou presque ***

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Pocket – 2015 – 384 pages

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High Lonesome, à l’ouest du Texas. Des terres inhospitalières à perte de vue. Lily Casey naît au début du XXème siècle sur les rives de la Salt Draw ; elle apprend très tôt à se débrouiller seule au sein du ranch familial, à s’occuper de ses frères et sœurs, Buster et Helen.

À 5 ans elle sait déjà dresser des chevaux. Elle aimerait poursuivre ses études mais c’est sans compter le caractère fantaisiste et dépensier de son père. Et puis à 15 ans elle devient institutrice et se retrouve envoyée en Arizona. L’adolescente doit quitter son foyer et parcourir 800 kilomètres à cheval, seule.

Lily a un caractère bien trempé, elle ne tient pas en place et l’ambition fourmille en elle. Elle découvrira Chicago, apprendra à conduire une auto, puis un aéroplane…

Jeannette Walls nous livre le destin d’une femme hors norme pour son époque, qui a vraiment existé – puisqu’il s’agit de sa grand-mère. On découvre le portrait d’une femme puissante, décidée à réaliser ses rêves, envers et contre tous. Un tempérament de feu, une femme prête à en découdre avec la vie.

Un roman biographique que j’ai dégusté avec plaisir, qui m’a plongée dans les paysages de l’Arizona ; Peach Springs, Phoenix, Horse Mesa – autant de noms qui invitent au voyage. Lily n’aura jamais une vie facile, mais palpitante et enivrante.

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« D’où nous étions, on pouvait contempler l’éternité. Pas d’autre maison, pas un être humain ni le moindre signe de civilisation. Uniquement le ciel immense, l’interminable plaine herbeuse et les montagnes au loin. »

Colson Whitehead – Nickel Boys ***

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Albin Michel – 19 août 2020 – 272 pages

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Dans les années 2000, un cimetière clandestin et des ossements non identifiés sont découverts aux abords de la Nickel Academy, une ancienne maison de correction pour mineurs délinquants, qu’ils soient noirs ou blancs.

La Nickel Academy… Un nom qui fait froid dans le dos. Un nom dont se souviennent tous ceux qui y ont un jour mis les pieds… Un nom qui revient hanter les nuits des anciens pensionnaires.

A l’époque, Nickel promet de remettre les adolescents sur le droit chemin, d’en faire des hommes honnêtes et honorables. Mais derrière ces murs immaculés, se cachent les pires sévices… Les garçons qui s’en sortent ne sont plus jamais les mêmes. Et encore, s’ils ont de la chance de s’en sortir vivant.

Elwood Curtis se souvient…

Dans les années 60, en plein coeur d’une Floride ségrégationniste, le jeune adolescent noir adule Martin Luther King et se passionne pour l’école ; abandonné par ses parents très tôt, il est élevé par sa grand-mère Harriet. Intelligent et très travailleur, il rêve de poursuivre ses études à l’université. A la suite d’une mauvaise rencontre, il est envoyé à Nickel.

Elwood va devoir affronter le pire visage de l’âme humaine. Dans cet environnement hostile, il se lie d’amitié avec Turner, qui devient très vite un allié précieux pour survivre.

Si la Nickel Academy n’a jamais existé, Colson Whitehead s’inspire cependant de faits réels, et d’un établissement qui a vraiment existé.

Un roman sur le racisme qui démarre fort et qui m’a immédiatement prise aux tripes – l’horreur nous saisi, le sentiment de révolte gronde en nous face à la cruauté, aux injustices et à la sourde violence qui imprègne les pages. Nickel Boys fait partie de ces romans qui m’ont touché et dont j’ai du mal à parler… Je l’ai trouvé captivant mais il m’a quand même manqué quelque chose pour que je m’attache vraiment aux personnages, et je l’ai trouvé bien trop court pour saisir vraiment l’ampleur du thème abordé.

Matthew Neill Null – Allegheny River **

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Albin Michel – Terres d’Amérique – janvier 2020 – 288 pages

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Matthew Neill Null nous livre un recueil de nouvelles sur le monde rural et sauvage. Si les époques diffèrent en fonction des textes, tous se déroulent dans le sillage de l’Allegheny River, en plein coeur de la Pennsylvanie.

On y fait la rencontre de singuliers personnages ; comme ce commis voyageur qui tente de refourguer sa marchandise à toute une liste de pigeons, à ses risques et périls ; cet homme qui chasse sans vergogne ni scrupule ; ces villageois qui réintroduisent les ours bruns pour finalement les exterminer ; ces hommes qui s’embarquent dans des parties de rafting sur les flots dangereux.

Je crois que « Télémétrie » est la nouvelle qui m’a le plus marquée. Les membres d’une équipe de chercheurs qui campe au bord de la rivière et qui étudie les truites mouchetées – pour connaître les causes de leur migration et le sens de leurs trajectoires – vont faire connaissance avec un père et sa fillette, qui rôdent près de leur campement ; ils ont l’air étrange. Une des chercheuses se prend d’affection pour la gamine. Mais jour après jour, leurs provisions disparaissent, comme si quelqu’un les volait.

L’auteur nous dépeint des personnages toujours en conflit avec le monde animal et sauvage ; les relations humain/animal s’établissent sur le fil du rasoir, elles demeurent empreintes de violence et de cruauté… Chez Matthew Neill Null, animalité et humanité cohabitent dangereusement. Et la rivière, toujours au centre de chaque nouvelle, apparaît comme le personnage principal de toute intrigue. 

Une très belle écriture, teintée d’ironie, un style évocateur : ces nouvelles m’ont inégalement touchée ; certaines m’ont laissée complètement indifférente quand d’autres m’ont marquée par leur cruauté et m’ont vivement interpellée – laissant une indéfinissable empreinte. Si je n’ai pas été entièrement convaincue par ce recueil, l’écriture de Matthew Neill Null m’a fascinée et conquise.

Il ne me reste plus qu’à découvrir Le miel du lion.

Dan O’Brien – Bisons des Grandes Plaines ***

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Au Diable Vauvert – juin 2019 – 233 pages

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Dans cet opus, Dan O’Brien nous raconte le Bison des Grandes Plaines, cet animal majestueux à l’histoire tragique. Cet animal qui connaît mieux que quiconque l’histoire des Grandes Plaines. L’auteur expert de la faune et de la flore américaines, voix par excellence du nature writing, nous livre son histoire et son symbolisme.

« Quiconque est venu dans les Grandes Plaines, a passé des heures seul avec un troupeau de bisons et a regardé dans leurs yeux sombres, témoins d’un autre monde, en a été changé à jamais. Oublier ces yeux est impossible. Nul autre puits de sagesse n’est aussi profond. »

Dan vit avec son épouse au bord de la rivière Cheyenne. Leurs terres sont entourées par les prairies nationales de Buffalo Gap, et situées en bordure du parc national des Badlands et de la réserve indienne de Pine Ridge. Il s’occupe de la Wild Idea Buffalo Compagny, l’élevage extensif de bisons qu’il a créé en 1997.

Un récit passionnant sur les bisons, les Grandes Plaines et les Amérindiens – les trois sont liés. Quand progrès rime avec destruction des écosystèmes. Un livre militant, écologiquement engagé, à découvrir absolument.

« C’est l’un des paysages les plus exploités et les moins protégés du monde. Les historiens détiennent une partie de son histoire, les scientifiques, les colons et les Indiens en détiennent eux aussi une partie, mais seuls les bisons connaissent toute l’histoire. »

Gaëlle Nohant – La femme révélée ***

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Grasset – 2 janvier 2020 – 384 pages

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États-Unis, années 50. Eliza Bergman se retrouve en cavale. Derrière elle, la jeune femme de trente ans laisse un enfant mais prend soin d’emporter son appareil photo. Elle change de nom, endosse l’identité d’une autre femme, Violet Lee. Elle quitte Chicago pour la France, Paris. Elle traverse l’Atlantique en bateau puis saute dans un train.

Mais pourquoi fuit-elle ainsi ?

Eliza quitte une vie fastueuse pour la misère de la fuite, la discrétion, la peur. À Paris, les souvenirs du Midwest l’étreignent et elle ne peut s’empêcher de capturer la fugacité de la vie et du présent avec son appareil photo accroché à son cou en permanence.

Elle photographie cette vie parisienne des années 50, une nouvelle vie, entre son quotidien de nurse et les sorties nocturnes avec ses nouveaux amis à Saint-Germain-des-Prés. Un fossé immense la sépare désormais de son ancienne existence.

J’ai aimé l’atmosphère de ce roman et cette femme énigmatique ; une américaine à Paris dans les années 50 qui échappe à ses poursuivants ; la solitude incommunicable et lancinante qu’elle éprouve. L’écriture évocatrice et romanesque de Gaëlle Nohant nous dévoile au fil des pages le passé d’Eliza.

La femme révélée nous fait voyager du Chicago des années 50 au Paris de l’après-guerre ; il aborde tout un pan historique passionnant : la lutte pour les droits des noirs aux USA, la ségrégation… La mort de Martin Luther King, les USA après la guerre du Vietnam, les prémices du mouvement hippie

Gaëlle Nohant nous délivre un roman puissant qui évoque aussi bien la question raciale aux Etats-Unis que le féminisme. Un très beau portrait de femme que je n’oublierai pas de sitôt.

Claire Messud – La fille qui brûle ***

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Folio – 2019 – 294 pages

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Julia et Cassie sont amies depuis toujours. Meilleures amies, quoi qu’il arrive. Puis se profile l’adolescence. L’été de leurs douze ans, elles travaillent ensemble dans un chenil, puis découvrent, enfoui au coeur de la forêt, un ancien asile psychiatrique. Il n’y a rien à faire l’été dans ce petit bled de Royston, elles s’ennuient. Alors elles s’inventent des vies dans les bâtiments lugubres et fascinants de l’asile – ce lieu abandonné, rien qu’à elles. Le temps passant, l’asile symbolisera l’enfance perdue, les derniers temps de l’insouciance – le théâtre de leurs derniers jeux d’enfants, le temps d’un été.

C’est le dernier été – avant l’éloignement, la trahison. A la rentrée suivante, elles entrent au collège ; Cassie laisse tomber Julia pour une fille insupportable – Le Poison. Et puis, des rumeurs commencent à courir sur Cassie. Jusqu’à sa disparition.

Cette histoire d’amitié a provoqué en moi de nombreux échos littéraires – elle m’a rappelé l’amitié si complexe qui uni Lila et Elena dans la saga de L’Amie prodigieuse de Elena Ferrante. J’ai aussi pensé à Joyce Carol Oates ; cette façon de décrire l’adolescence – une insidieuse métamorphose – et ses dérives, l’atmosphère du roman, l’analyse de l’amitié qui se retrouve étouffée par l’adolescence.

Un roman sombre et puissant porté par une écriture flamboyante et magnétique, qui m’a happée et fascinée.

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« Vous entrez au collège, et vous réfléchissez à toutes ces choses. Le monde s’ouvre sous vos yeux ; l’histoire se déploie derrière vous et l’avenir devant vous, et vous prenez soudain conscience de la vie intérieure, sauvage et inconnaissable, de chaque personne autour de vous, conscience que chacun vit dans un monde muet aussi riche et étrange que le vôtre, et que vous n’avez aucun espoir de connaître quoi que ce soit à fond, pas même vous. »

« Comment aurais-je pu expliquer que, pour moi, tout est jeu, tout est théâtre ? Chacun de nous revêt son costume de scène, son masque, et fait semblant. Nous prenons le vaste tourbillon insaisissable et infini d’événements et d’émotions qui nous entoure, dans lequel nous sommes immergés, et nous en faisons un récit simplifié, une histoire simple que nous présentons comme une vérité. »

Bren McClain – Mama Red ***

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Le Nouveau Pont – 8 octobre 2019 – 330 pages

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Avec son premier roman Mama Red, Bren McClain nous offre une plongée dans l’Amérique profonde des années 50 ; nous atterrissons dans une petite ferme de Caroline du Sud. On y rencontre des personnages en proie aux mêmes démons : le passé, la famille, l’éducation violente, la pauvreté…

Sarah se retrouve désemparée après la mort de Harold, son alcoolique de mari, et toute seule pour élever un enfant de six ans, qui n’est pas vraiment le sien… Emerson Bridge est en effet le fils que son mari a eu avec la voisine, Mattie, la meilleure amie de Sarah…

Bren McClain nous peint le portrait d’une mère qui peine à joindre les deux bouts – certains matins, Sarah n’a même pas de quoi préparer un petit déjeuner à Emerson. C’est aussi une femme qui demeure hantée par son passé et notamment l’éducation plutôt violente que sa mère lui a donné. Les derniers mots, empreints de haine, que cette dernière lui a adressés : « Tu ne feras jamais une bonne mère. » restent gravés dans son cœur. Jour après jour, Sarah compte ses dettes, coud des robes, et son passé la rattrape.

Quand elle apprend qu’un enfant a remporté près de 680 dollars à la foire au bétail grâce à un bœuf, Sarah en veut absolument un pour son fils… Il comblerait le vide laissé par son père et permettrait de gagner l’argent qui leur manque.

Ce veau, ils vont pouvoir l’acheter grâce à Ike Trasher, un propriétaire terrien à la générosité providentielle qui débarque un matin dans leur vie. Un curieux personnage, qui fait tout pour devenir un homme, un vrai, selon le vœu de son père.

Et Mama Red ? C’est une vieille vache à qui Sarah va beaucoup se confier. Une vache qui est avant tout une mère ; qui va briser sa clôture à s’en blesser le cou, parcourir plusieurs kilomètres en pleine nuit, afin de rejoindre son veau. Grâce à Mama Red, la jeune femme va enfin comprendre ce qu’est l’essence d’une mère.

Ce roman, c’est aussi le destin de LC Dobbins, inscrit au concours de bétail par son père, un éleveur de renom prêt à tout pour gagner et qui ne cesse de vouloir faire de son fils un homme, un vrai. Qui lui farci la tête avec les valeurs viriles et la chasse… LC est élevé à la dure, les claques sont quotidiennes et la douceur, la tendresse n’ont pas lieu d’être.

Le premier roman de Bren McClain est écrit avec simplicité et justesse ; il aurait pu verser dans le mélo ou la miévrerie, mais non. Il à réussi à me prendre aux tripes, véritablement. Un roman étonnant qui m’a tour à tour émue et révoltée. Mama Red ne nous épargne pas et nous délivre de belles réflexions sur la bienveillance, l’attachement maternel, la maternité – mais aussi la paternité, la violence faite aux êtres humains mais aussi aux animaux. Enfin, c’est surtout un roman sur la résilience.

Lecture dévorée dans le cadre du #PicaboRiverBookClub ❤

Laura Kasischke – Eden Springs ***

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Page à Page – août 2018

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Au printemps 1903 à Benton Harbor dans le Michigan, la secte de la Maison de David éveille la curiosité par ses maisons victoriennes, son zoo exotique, sa volière, son verger luxuriant et son parc d’attraction ouvert à tous. Benjamin Purnell, son charismatique gourou, toujours en costume blanc, barbe et cheveux long, la mine avenante, promet la vie éternelle à ses adorateurs, et particulièrement aux belles et innocentes jeunes filles.

A ces jeunes filles, il exige chasteté, robes blanches immaculées et rituels de purification… qui à l’abri des regards se transforment en rituels charnels. Ils vivent tous ensemble, comme une grande famille, toujours souriante et avenante. Ils respirent la joie de vivre. Les fidèles ne cessent d’arriver en masse, d’Europe, d’Australie…

Vingt ans plus tard, la rumeur propage une sordide histoire… En enterrant le cercueil d’une femme la communauté, qui est censée être morte à 68 ans d’une crise d’apoplexie, un fossoyeur découvre en fait qu’il s’agit d’une jeune fille d’à peine seize ans.

Pour ce nouveau roman, Laura Kasischke s’inspire d’une histoire vraie. Chaque chapitre s’ouvre sur une citation issue des archives – coupures de presse du New York Times et autres témoignages, dépositions. Un roman qui reprend les thèmes de prédilection de l’autrice : la sexualité venimeuse, la mort, l’étrangeté, l’adolescence. Une fiction historique qui certes n’égale pas la grandeur de certaines de ses autres romans – Un oiseau blanc dans le blizzard, A Suspicious River pour ne citer qu’eux – mais demeure fascinante et hypnotique, qui fait frissonner lorsque l’on songe qu’il s’agit d’une histoire vraie.

David Grann – La Note américaine ***

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Pocket – avril 2019 – 432 pages

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Au XVIIème siècle, les Indiens Osages ont dû quitter leurs terres du Kansas pour être parqués dans une réserve de l’Oklahoma. A la fin du XIXème siècle, on découvre qu’un océan de pétrole coule sous leur réserve… l’or noir. Une véritable hystérie contamine les foules ; les vautours blancs et les colons les plus avides se mettent à affluer dans la région, attirés comme des mouches.

« Les Blancs nous ont regroupés ici dans ce coin perdu, l’endroit le plus aride des Etats-Unis, en pensant : ‘On va envoyer ces Indiens dans la rocaille et on les laissera là.’ Maintenant que ces cailloux valent des millions, tout le monde veut venir ici et repartir les poches pleines. »

Années 1920. Un matin, Anna, la sœur de Mollie, ne rentre pas à la maison. Une semaine après, son corps est découvert. Une balle dans la tête. Au même moment, le corps de Charles Withehorn est retrouvé. Anna et Charles, deux riches Osages trentenaires. L’un après l’autre, les plus riches Osages sont assassinés. Les morts suspectes se succèdent dans l’entourage de Mollie et au sein de la tribu osage, peu à peu rongée par la terreur : attentats, empoisonnements, balles dans la tête, incendies…

L’époque est tellement sanglante qu’elle sera appelée Le Règne de la terreur. Tous ceux qui enquêtent et s’approchent trop près de la vérité finissent par trouver la mort… Une seule question se retrouve sur toutes les lèvres : « Qui sera le prochain? »

C’est finalement le tout jeune FBI, qui à l’époque s’appelle encore le BOI – Bureau Of Investigation -, dirigé par Egdar Hoover, qui se charge de l’enquête. Tom White va diriger une équipe spéciale… Un ancien shérif qui se glisse dans la peau d’un vieux gardien de troupeau du Texas, un Ranger qui apparaît sous les traits d’un éleveur de bétail, un vendeur d’assurances, un Indien qui se fait passer pour un chaman à la recherche de membres de sa famille.

La Note américaine est un documentaire sur une page de l’histoire américaine souvent occultée. Un récit absolument fascinant, remarquablement écrit et mené tambour battant que j’ai dévoré à toute allure, éprouvant effroi et terreur, comme si j’étais plongée dans un thriller.

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« L’Histoire est un juge impitoyable. Elle expose au grand jour nos erreurs les plus tragiques, nos imprudences et nos secrets les plus intimes ; elle jouit de son recul sur les événements avec l’arrogance d’un détective qui détiendrait la clé du mystère depuis le début. »

Sebastian Barry – Des jours sans fin ***

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Folio – avril 2019 – 304 pages

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Nous sommes dans les années 1850, Thomas McNulty n’a même pas quinze ans et il débarque d’Irlande, fuyant la Grande Famine, pour tenter sa chance en Amérique. Au détour de ses errances, il rencontre John Cole, qui devient son seul ami et l’amour de sa vie. John et ses « yeux profonds comme une rivière ». Ensemble, ils cherchent à survivre, ils cherchent du travail : le « pain céleste ». C’est Thomas qui prend la parole et raconte leurs aventures, parfois tendres, souvent cruelles : « On était comme deux copeaux de bois dans la rudesse du monde. »

Jeunes adolescents, ils commencent par se travestir en jeunes filles et dansent dans un saloon pour divertir des mineurs. Ils s’enrôlent ensuite dans l’armée, se mettent en route vers la Californie et combattent sauvagement les Indiens des Plaines de l’Ouest, les colons souhaitant qu’on les en débarrassent… C’est au cœur des ces scènes d’une sauvagerie innommable qu’ils se prennent d’affection pour une enfant sioux, Winona. Leur service accompli, ils se travestissent à nouveau en femmes et montent des spectacles. Et puis, la guerre de Sécession s’invite dans la danse.

Sebastian Barry s’intéresse ici à une période de l’histoire américaine qui m’intéresse particulièrement ; une période âpre et noire. Brutale aussi, où la sauvagerie n’épargne ni les femmes ni les enfants. On suit cette famille insolite, composée d’un couple homosexuel et de leur fille adoptive sioux, Winona.

Un roman magnifique, porté par la voix émouvante de Thomas – ou Thomasina. Avec ses propres mots, sa façon de parler, cet homme déraciné tiraillé entre deux pays et deux identités nous livre son témoignage. Mêlant la grande Histoire à la petite, son regard se pose sur son époque avec acuité et lucidité.

Des jours sans fin est un roman qui m’a pris aux tripes et m’a fait battre le cœur.

« Pourquoi Dieu veut qu’on se batte comme des maudits héros, tout ça pour nous réduire à des morceaux de chaire calcinée dont même les loups voudraient pas ? »

« On est bizarres, nous autres soldats engoncés dans la guerre. On est pas en train de discuter des lois à Washington. On foule pas leur grandes pelouses. On meurt dans des tempêtes ou des batailles, puis la terre se referme sur nous sans qu’il y ait besoin de dire un mot, et je crois pas que ça nous dérange. On est heureux de respirer encore quand on a vu la terreur et l’horreur qui, juste après, se font oublier. »

« Parfois, on sait qu’on est pas très intelligent. Pourtant, parfois le brouillard de vos pensées se lève, et on comprend tout, comme si le paysage venait de se dégager. On se trompe en appelant ça sagesse, c’en est pas. Il paraît qu’on est des chrétiens, des choses comme ça, mais c’est pas vrai. On nous raconte qu’on est des créatures de Dieu supérieures aux animaux, mais tout homme qui a vécu sait que c’est des conneries. »