Catherine Mavrikakis – Les derniers jours de Smokey Nelson ***

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Éditeur : 10-18 – Date de parution :  2014 – 330 pages

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Dans ce roman choral, trois voix retentissent à tour de rôle et tournent autour de l’annonce de l’exécution de Smokey Nelson au pénitencier de Charlestown – cet homme a commis le meurtre d’une famille dans un motel, en 1989 à Atlanta. Près de vingt ans plus tard, à quelques mois de l’élection de Barack Obama, chacun fait ses comptes et le passé émerge avec violence dans les esprits.

Nous entendons la voix singulière de Sydney Blanchard, l’homme qui a d’abord été accusé à sa place. Obsédé par Jimi Hendrix, il n’a que sa chienne Betsy à qui parler et confier tout ce qu’il a sur le cœur ; ayant le même âge que Nelson, sa mise à mort le décide à prendre un nouveau départ, à faire enfin quelque chose de sa vie.

La voix d’une femme de chambre, Pearl Watanabe, originaire de Honolulu et qui a parlé à Smokey Nelson quelques minutes après les meurtres et qui découvre la scène de crime. Ils ont fumé ensemble une cigarette sur le parking du motel ; l’air de rien, elle est tombée sous son charme…

Et la voix divine qu’entend le père de la jeune femme assassinée, Ray Ryan. On découvre un fervent catholique, extrémiste dans sa croyance et épris de vengeance.

Le spectre de l’ouragan Katrina plane encore sur la Nouvelle-Orléans et dans les esprits de chacun. Ce sont les voix des pauvres que nous entendons, des laissés pour compte. Tous sont traumatisés par les meurtres de 1989.

A travers ce roman choral intense, Catherine Mavrikakis brosse le portrait sans concessions d’une Amérique en prise avec ses démons les plus sombres… Extrémisme religieux et haine raciale entament une sombre valse. La maîtrise de la narration m’a fascinée ; avec virtuosité, la romancière nous fait pénétrer dans la peau et les pensées de ces trois personnages, terriblement bien incarnés.

Un roman tragique, à l’écriture tantôt amère, tantôt ironique, qui m’a parfois fait penser à l’univers de Joyce Maynard. Ce qui m’a frappée c’est cette absence de sens. Aucune raison n’est donnée aux meurtres, pas la moindre explication… Glaçant.

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« Pearl n’était jamais revenue de ce matin magnifique de l’automne 1989. Elle n’était jamais sortie de la chambre 55 du motel Fairbanks dans laquelle elle avait découvert les corps morts, mutilés. »

« J’aurais pu être Smokey Nelson ou Mark Essex, mais je suis que Sydney Blanchard et, ce soir, je rentre chez moi alors qu’un gars de mon âge se fait exécuter à Atlanta… C’est tout… Fin de l’histoire… »

« La vie n’avait décidément pas grand sens. On peut tenter de la baliser par des mots qui donnent une certaine prise, mais quand ceux-ci nous découvrent leur face bien ridicule, tout fout le camp, s’effiloche et il ne reste du tragique de l’existence qu’un immense éclat de rire. »

Elise Fontenaille – Chasseur d’orages ***

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Editeur : Le Rouergue – Date de parution : mars 2009 – 91 pages

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Herb ne se plaît pas dans ce quartier de riches à Vancouver. Depuis la mort de John, son grand-père, il est obligé de vivre chez son père et sa belle-mère, aussi froids et peu accueillants l’un que l’autre. Avec son grand-père, Herb aimait se balader en forêt, pêcher, et tous deux avaient prévu d’aller voir les Lightning Fiels, à Santa Fe. Une gigantesque installation permettant aux passionnés d’observer les éclairs illuminer le ciel pendant un orage.

Au cœur de la nuit des Illuminares, le 28 juin, il enfourche son vélo, emportant avec lui les cendres de son grand-père. Il a décidé de se rendre aux Lightning Fiels pour les répandre. Sur sa route, il fait la connaissance de Mina, Moon et Blondie, et d’une baleine blanche illuminée. Ensemble ils montent dans un van et s’embarquent pour 2500 kms jusqu’à Santa Fe. Filant sur les routes, ils traversent la frontière, font une escale à San Francisco, plongée dans la brume, découvrent l’immensité de l’Ouest américain… Moon raconte les souvenirs et légendes de ses ancêtres indiens, les Haïdas.

Une jolie pépite jeunesse poétique et un road-trip adolescent qui donne des ailes, qui remue, qui déploie une palette d’émotions en quelques pages et nous fait rêver avec son défilé de paysages de l’Ouest américain. Si l’écriture n’a rien d’extraordinaire, et si le roman est un peu trop court à mon goût, tout se joue avec l’atmosphère que parvient à mettre en oeuvre l’auteure.

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« Le soleil vient juste de se coucher : bientôt, ce sera la nuit des Illuminares tant attendue. Pour tous les mômes, mais aussi leurs parents : « C’est la nuit où on retrouve son âme d’enfant », disait John. »

« Là, assis dans l’eau claire avec Mina, j’oubliais tout… Mon passé était loin derrière, j’avais laissé mes idées noires à la frontière. »

Meg Wolitzer – Les Intéressants ***

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Editeur : Le Livre de Poche – Date de parution : mai 2016 – 739 pages

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Été 1974, Julie est une adolescente de quinze ans, dont le père vient de mourir d’un cancer foudroyant. Sa mère l’encourage à partir à Spirit-in-the-Woods, un camp de vacances en pleine nature, qui met à l’honneur les arts, le théâtre, la danse, la musique… Elle y rencontrera un groupe de cinq adolescents, qui se sont baptisés Les Intéressants. Ils se retrouvent chaque soir sous un tipi et discutent, fument de l’herbe, jouent de la guitare. Il y a Ethan, petit génie des films d’animation, Goodman et sa sœur Ash, charismatiques New-yorkais, Jonah, le fils de la célèbre chanteuse de folk, Susanna Bay, et Cathy, qui rêve de devenir danseuse mais n’a pas le corps pour. Sur une quarantaine d’année, nous suivons le destin de ces adolescents découvrant le monde adulte.

Au fil des pages, les chapitres alternent passé et présent, sans linéarité temporelle. On saute d’une décennie et d’un souvenir à l’autre, pour revenir à cet été 1974 que Julie, rebaptisée Jules par la bande, n’oubliera jamais. Les adolescents se retrouveront deux étés encore, puis continueront à se voir, malgré les ruptures, les déboires avec la justice, malgré les années et les trajectoires différentes.

Les personnages sont attachants, j’ai aimé les suivre avec pour toile de fond le New-York des années 80. Chaque ami va se retrouver projeté dans le monde adulte, Spirit-in-the-Woods résonnant longtemps en eux.

C’est un roman foisonnant sur l’adolescence, l’amitié, l’art et la direction que l’on choisit ou non de donner à sa vie, dont l’écriture est un savant mélange d’ironie et de nostalgie. Chaque personnage a une épaisseur psychologique finement décrite. Une vraie lecture plaisir.

Merci aux éditions Le Livre de Poche pour cette belle lecture !

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« Sur ce cliché, les pieds d’Ethan reposaient sur la tête de Jules et les pieds de Jules reposaient sur la tête de Goodman, et ainsi de suite. N’était-ce pas toujours ainsi ? Des parties de corps pas tout à fait alignées comme on l’aurait souhaité, un ensemble un peu de travers, comme si le monde lui-même était une séquence animée de désir et de jalousie, de haine de soi et de grandiloquence, d’échec et de succès, une boucle étrange et infinie, que vous ne pouviez pas vous empêcher de regarder car, malgré tout ce que vous saviez maintenant, c’était toujours très intéressant. »

Herman Raucher – Un été 42 ***

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Éditeur : Folio – Date de parution : avril 2016 – 346 pages

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Eté 1942. Ils sont trois amis, inséparables : Hermie, Oscy et Benjie, baptisés le Trio infernal, ils ont une quinzaine d’années et passent leur été ensemble sur une île, au large du continent américain. « Ils étaient là, couchés sur la dune que surplombait la vieille maison, Beau, John et Digby Geste, les Diables du Désert avec de l’acier dans le cœur et du sable dans le short. » Il y a Hermie, le rêveur de la bande, les hormones en folie et qui tombe amoureux d’une femme plus âgée ; Oscy a toujours un sourire plaqué sur le visage, en toute circonstance ; quant à Benjie, il a des restes d’enfance. Les adolescents s’ennuient sur cette île, pendant que leurs grands frères sont envoyés sur le front, de l’autre côté de l’océan. Ils découvrent ensemble un livre sur la sexualité qui va les fasciner…

J’ai tout de suite aimé l’écriture, qui regorge d’humour et le texte a un petit côté rétro qui fait tout son charme… Avec talent, l’auteur met en relief le combat intérieur qui se joue à cet âge là, dans la tête d’un adolescent qui découvre la sexualité, l’amour.

C’est un roman très drôle, d’une finesse incroyable et dont les derniers mots, terriblement justes, m’ont beaucoup émue… Une lecture sur l’adolescence, aux accents nostalgiques, parfaite pour l’été !

Un grand merci aux éditions Folio pour m’avoir permis de découvrir cette jolie pépite !

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« Pensant qu’Aggie cherchait à lui faire savoir que cela suffisait pour ce soir, il retira rapidement sa main de sa manche ; l’élastique qui se trouvait à cet endroit claqua si fort que le baiser que Bette Davis était en train de donner à l’écran sonna comme une gifle. »

« Il médita sur cette unique petite vérité qu’il avait fallu tant d’années à Hermie pour comprendre : la vie est faite de choses qui vont et qui viennent, et chaque fois qu’un homme en emporte une avec lui, il doit en abandonner une autre. »

Joyce Carol Oates – Le Mystérieux Mr Kidder ***

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Éditeur : Philippe Rey – Date de parution : mars 2013 – 235 pages

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Ce roman de Joyce Carol Oates rappelle un peu le Lolita de Nabokov – que je n’ai jamais lu ; il m’avait un peu dérangée dès les premiers mots, je l’avais donc reposé.

Bayhead Harbor, dans le New Jersey. Katya Spivak a seize ans, elle est fille au pair chez les Engelhardt. En se promenant avec les enfants, elle est abordée par Marcus Kidder, un homme aux cheveux blanc, la soixantaine bien tassée. Il semble tomber sous le charme de la jeune fille et souhaite la revoir. Hésitante, elle finira par le retrouver chez lui, avec les enfants, puis sans eux.

Katya est torturée par son histoire familiale, un peu déséquilibrée ; une mère toujours absente, qui boit, se drogue et passe sa vie à Atlantic City à traîner avec des hommes peu recommandables, et un père qui les a quittées quand elle était enfant… En mal d’affection, naïve et habitée par besoin de plaire, Katya se sent enfin visible et désirable dans le regard de Mr Kidder.

Marcus Kidder peint, joue du piano et compose de la musique, dessine… C’est un artiste, issu d’une famille très richeA la fois intriguée et révulsée par ce vieil homme distingué et généreux qui l’aime, Katya va le revoir à plusieurs reprises… Mais que lui veut-il réellement ?

J’ai retrouvé avec plaisir la plume aiguisée de l’auteure, qui décrit si habilement la psychologie de ses personnages. Encore une fois, je suis restée éblouie et impressionnée par la maîtrise de son écriture, qui diffuse un certain mystère… Si le sujet ne m’a pas emballée au début, j’ai été littéralement happée et captivée par cet art de la narration, propre à Oates.

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« Katya et Mr Kidder étaient assis côte à côte à la table de fer forgé blanc, face à l’océan, qui s’étendait derrière le renflement des dunes et des joncs ondoyants. Katya regardait de tous ses yeux les vagues houleuses de l’Atlantique, les jets d’écume, les mouettes dansant comme des bouchons blancs à la crêtes de vagues. »

« Car il n’y a aucune peur aussi primitive que celle de n’être pas aimée, de ne pas être protégée. »

Marisha Pessl – La Physique des catastrophes ****

 

 

Éditeur : Folio – Date de parution : 2008 – 822 pages

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** Je vous présente La Physique des catastrophe, de Marisha Pessl, qui est une lecture commune réalisée avec Claire de La Tête en Claire 🙂 Je la remercie énormément pour avoir accepté de lire ce gros bouquin avec moi ! C’était notre première lecture commune à toutes les deux. Et je dois avouer que sans elle, je ne l’aurai jamais lu aussi vite. De plus, pour la petite anecdote, ce livre traînait dans ma PAL depuis au moins … huit ans. Je l’avais commencé et m’étais arrêtée à la page 100… 😀 Cette lecture commune m’a permis de découvrir qu’un coup de cœur se cachait sur mes étagères… **

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Bleue Van Meer est une adolescente précoce au caractère solitaire, une grande lectrice, qui mène un train de vie bien peu ordinaire. Depuis la mort accidentelle de sa mère, elle vit avec son père, professeur de sciences politiques à l’université ; ensemble ils parcourent les routes américaines, passant d’une ville universitaire à une autre, au gré des changements de postes du père. Leur relation est très fusionnelle, elle est faite d’échanges de répliques, de citations littéraires, cinéphiles, scientifiques, politiques… Ils peuvent passer des heures à disserter sur des problèmes de physique quantique ou sur des théories psychanalytiques.

Pour sa dernière année de lycée, le père de Bleue décide de passer toute l’année dans la même ville, à Stockton. Au lycée, elle rencontre « Le Sang Bleu », un groupe d’adolescents réunis autour de la charismatique et mystérieuse Hannah Schneider, leur professeur de cinéma.

Mais quand celle-ci est retrouvée morte, Bleue, hantée par cette vision, mène l’enquête, sans se douter que ses investigations vont la conduire à remettre en question toute sa vie. Cet événement, s’il apparaît de façon très  explicite au début du roman est, je trouve, mentionné abusivement par la quatrième de couverture, alors qu’il n’apparaît que très tard dans l’intrigue…

Le récit nous est donc rapporté de façon rétrospective. Bleue nous raconte la genèse de cette macabre découverte. On sent au début du roman que ce récit lui est nécessaire et vital.

A la fois roman policier, roman d’apprentissage, le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’agit d’un texte bien costaud… Il est littéralement truffé de références d’ouvrages érudits, littéraires, encyclopédiques, scientifiques… C’est comme si les yeux de Bleue analysaient chaque élément du monde en fonction de tout le savoir qu’elle a lu et emmagasiné. Chaque chapitre porte le nom d’un grand classique de la littérature. Je pense n’avoir pas décelé toutes les références implicites et explicites à des œuvres, tellement il y en a.

Ce roman marginal aborde de nombreux thèmes, parmi lesquels l’émancipation, les faux-semblants et le mensonge, la solitude que l’on peut ressentir et cela, même au sein d’un groupe. Malgré le sujet difficile, il y a pas mal d’humour ; en effet, certaines phrases m’ont beaucoup fait rire. Bleue a un sens de l’ironie et de la répartie très mordant et une vision incroyablement lucide des rapports humains. C’est une héroïne particulièrement attachante.

Alors oui, il y a certaines longueurs, surtout au début… Et je n’ai commencé à être captivée qu’à la page 174 (c’est précis, n’est-ce pas). De plus, les multiples références peuvent alourdir le style… et pourtant la lecture est très fluide, les mots ont quelque chose d’addictif, l’écriture est superbe et on ressent un véritable plaisir à lire dévorer ce roman. J’ai été littéralement captivée par l’intrigue et captive des mots.

En refermant ce livre particulièrement dense et intense, je me suis dit : mais quel coup de génie ! Quel livre incroyable. Le coup de génie, c’est qu’au final on ne saura jamais vraiment si ce ne sont que les élucubrations d’une adolescente qui a trop d’imagination, qui a lu trop de livres… Tout ce que je peux vous dire, c’est que la fin est inattendue, et qu’elle est liée à celle d’un film italien.

C’est pour moi un roman virtuose, un coup de cœur.  ❤

Et surtout, n’ayez pas peur de ce pavé de 820 pages (en version poche), une fois qu’on tombe dedans on ne peut plus en sortir !!

*Pour lire le billet de lecture de Claire, c’est par ici : La Tête en Claire.

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Il me regardait avec son air de « Prends-moi en stop, par pitié », qui devint bientôt « Déclenche l’ouverture du parachute », puis « Si tu veux bien lui faire le coup du lapin ».

« Le bonheur est un chien qui se dore au soleil. Nous ne sommes pas sur terre pour être heureux, mais pour vivre des événements incroyables. »

« Peu de gens comprennent qu’il est inutile de courir après les réponses aux questions majeures de la vie, déclara papa un jour où il était d’humeur bourbon. Elles ont l’esprit volage et elles sont terriblement fantasques. Mais si tu fais preuve de patience, si tu ne les presses pas, le jour où elles seront prêtes, elles te sauteront à la figure. »

 

 

Matthew Quick – Pardonne-moi Leonard Peacock ***

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Éditeur : Robert Laffont – Date de parution : avril 2015 – 315 pages

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Le jour de ses dix-huit ans, Leonard décide de tuer son ex meilleur ami et de se suicider juste après. Il emporte dans son sac à dos le flingue nazi de son grand-père, un P-38, et des cadeaux emballés dans du papier rose, qu’il va distribuer au cours de cette sombre journée.

La narration est tout à fait originale, entrecoupée de notes de bas de page d’une longueur pas possible, des apartés pour nous expliquer certains points. Leonard nous raconte ainsi sa rencontre assez cocasse avec son vieux voisin Walt, début d’une drôle et touchante amitié cinéphile, faite d’échanges de répliques de Bogart.

Leonard ne veut pas grandir, car devenir adulte est synonyme de malheur. Sa théorie est que nous perdons la capacité d’être heureux en vieillissant. Il lit en boucle Hamlet et connaît des passages entiers par cœur. Certains matins, pour jouer, il sèche les cours et se glisse dans le costard d’enterrement de son grand-père et prend le métro comme tous les autres « travailleurs ». Une fois dans le wagon, il choisi la personne la plus triste possible et la suit jusqu’à son lieu de travail. Il cherche à savoir s’il est possible d’être heureux malgré tout.

Peu à peu, le passé de Leonard se dévoile, on en sait plus sur les raisons que le pousse à vouloir la mort de son ancien meilleur ami, entre autres.

On s’attache beaucoup à ce personnage très perturbé, mais terriblement mature, qui au fond, cherche à donner un sens à ce qu’il vit. La voix de Leonard n’est pas dénuée d’humour, un humour parfois noir, et une lucidité sur la vie qui fait frémir.

C’est un roman nécessaire. Il ne s’agit absolument pas d’un énième roman banal sur l’adolescence et ses maux, non. Les mots de Matthew Quick sont criants de justesse et de vérité. On se sent réellement proche de Leonard, on éprouve une profonde empathie pour lui et les mêmes émotions nous traversent : on est heurtés, révoltés, on sourit, on a le cœur qui bat.

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« Ne le fais pas. Ne va pas à ce boulot que tu détestes. Fais quelque chose que tu aimes aujourd’hui. Un tour de montagnes russes. Nage dans l’océan à poil. Va à l’aéroport et prends le premier vol en partance, juste pour le plaisir. Pointe un endroit au hasard sur un globe terrestre et prépare ton voyage ; si c’est au milieu de l’océan, tu iras en bateau. Goûte un plat exotique dont tu n’as jamais entendu parler. Arrête une inconnue dans la rue et demande-lui de te raconter en détail ses plus grandes peurs, ses espoirs secrets et ses aspirations, puis dis-lui qu’elle compte pour toi parce que c’est un être humain. (…) Prouve-moi qu’on peut être à la fois adulte et heureux. S’il te plaît. »