Romain Puértolas – La Police des fleurs, des arbres et des forêts ****

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Le Livre de Poche – juin 2020 – 320 pages

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Été 1961. Il fait une chaleur à crever dans le petit village perdu de P.. On a retrouvé le corps du jeune Joël, seize ans, égorgé et découpé en petits morceaux à l’aide d’une scie à métaux. Les morceaux ont été placés dans huit grands sacs des Galeries Lafayette et remisés dans une des cuves de l’usine de confiture. Dans ce village de rase campagne où il ne se passe jamais rien, c’est le branle-bas de combat ! Un des flics les plus brillants de la grande ville est dépêché rapidement sur place pour résoudre l’affaire.

Le jeune inspecteur citadin rencontre le garde champêtre, un drôle de personnage aux allures de gendarme de Guignol… Et il découvre un maire qui ne parle que de ses pots de confiture et des villageois apathiques et étrangement peu affectés par ce drame sanglant. Tous s’accordent pour dire que Joël était un brave gars très gentil. Très vite, les complications pleuvent : un orage a coupé toute liaison téléphonique, l’autopsie a été réalisée par le vétérinaire du coin et le cadavre est déjà enterré.

Dès les premières pages, le ton est donné. C’est cocasse et absurde. Le mystère imbibe les pages. Comme je me suis régalée de bout en bout à la lecture de ce drôle de polar sous forme de missives envoyées par l’officier de police à la Procureur de la République. S’y ajoute la retranscription de ses enregistrements audio ainsi que ses notes personnelles prises sur n’importe quel bout de papier.

Ça se déguste avec un plaisir incontestable. Humour exquis et intrigue bluffante. Je n’ai absolument pas vu venir la fin ! Je me suis faite complètement berner par l’auteur. La police des fleurs, des arbres et des forêts est un polar épistolaire original et truculent que j’ai lu d’une traite.

Fabrice Caro – Le discours **

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Folio – février 2020 – 224 pages

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Lors d’un dîner en famille, Adrien apprend qu’il doit faire un discours pour le mariage de sa sœur Sophie, alors qu’il a encore du mal à se remettre de sa rupture avec Sonia, qui date du mois dernier. « C’est le plus beau cadeau que tu puisses faire à ta sœur » lui dit son beau-frère… 

Le problème d’Adrien, c’est qu’il n’ose pas dire non. Il n’ose pas, tout court. On peut très bien l’appeler Aurélien pendant deux ans sans qu’il nous corrige. 

Et puis, il faut dire qu’il n’arrive pas à se sortir de la tête son ex, à qui il a envoyé un sms à 17h24, et auquel elle n’a jamais répondu.

Adrien se retrouve pris au piège ; entre le gratin dauphinois et le gâteau au yaourt, il va tenter de sauver sa peau tout en essayant de renouer avec son ex. 

Le temps d’un dîner en famille, nous nous retrouvons plongés dans les pensées de ce quarantenaire à la personnalité un peu farfelue ; Adrien est un anti-héros lâche, peureux, hypocondriaque et superstitieux. 

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé le style complètement absurde et cocasse qui m’avait pliée en deux dans Zaï Zaï Zaï Zaï. Certaines scènes m’ont vraiment fait exploser de rire, je me suis surprise à ricaner toute seule, mon livre à la main. Si j’ai passé un savoureux moment de lecture, je ne suis pas certaine que ce roman me reste autant en mémoire que la BD…

Florent Oiseau – Les Magnolias ***

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Allary Éditions – 2 janvier 2020 – 224 pages

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Alain a la quarantaine et sa carrière d’acteur est au point mort. Il n’a pas joué un seul rôle depuis celui d’un cadavre il y a dix ans, dans une série de l’été regardée par 6 millions de téléspectateurs. Pour tuer le temps, il adore lister tous les noms ridicules qui peuvent être donnés aux poneys. Quand il a un petit coup de mou, il éprouve le besoin de se cacher dans son panier à linge de la taille d’un bunker.

Ses semaines sont rythmées par ses visites à Rosie dans sa camionnette ; il aime parcourir son corps potelé avec un masque de plongée. Chaque dimanche, Alain saute dans sa Renault Fuego couleur Gerbe et rend visite à sa grand-mère aux Magnolias, sa maison de retraite. Il lui parle dans le creux de l’oreille, nourrit les canards et puis un après-midi, sans crier gare, elle lui demande de l’aider à mourir.

Si l’instant d’après, elle a tout oublié, ce n’est pas le cas d’Alain qui va enquêter sur les vies secrètes de cette grand-mère qu’il croyait connaître…

Pour couronner le tout, son meilleur ami Rico – qui est aussi son agent – le genre d’homme à devenir homosexuel pour s’offrir un meilleur avenir, emménage chez lui, avec ses sandwichs aux flageolets.

Le roman de Florent Oiseau est délicieusement insolite ; un style cocasse et absurde, des métaphores savamment désopilantes. Un anti-héros tellement paumé qu’il en devient touchant et attendrissant. Bref, je ne peux que vous souhaiter la découverte de cette prose intelligente et drôle qui ne se lit pas mais se déguste, tiraillé par une troublante hilarité.

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« Derrière chaque vieille dame sommeille une danseuse de cabaret. »