Giosuè Calaciura – Borgo Vecchio ***

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Folio – janvier 2021 – 160 pages

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L’intrigue se déroule dans un quartier pauvre de Palerme, le Borgo Vecchio. Mimmo et Cristofaro sont amis à la vie à la mort. Ils passent leur temps ensemble ; ils s’échappent et traversent la ville pour aller se baigner. Ils volent. Le soir, chacun rentre chez soi. Cristofaro retrouve son alcoolique de père qui le bat jusqu’au sang après avoir écumé son pack de bières quand Mimmo est occupé à guetter l’énigmatique Celeste recluse sur son balcon pendant que sa mère Carmela fait défiler les hommes dans son lit, sous les yeux de la Vierge au Manteau. Carmela qui fait tomber les hommes comme des mouches et provoque le fruit des commérages féminins incessants. Mais il n’y a que Totò le voleur, dont elle est amoureuse et que tous les gamins du Quartier rêvent d’avoir comme père.

Un court roman au charme fou ; en ouvrant ses pages, on se retrouve dans une ambiance qui nous rappelle le quartier pauvre de Naples d’Elena Ferrante ; il y a le parfum du pain, à l’aube et au crépuscule, tout comme celui des embruns. La folie des hommes et la misère des femmes.

La tension monte lentement au fil des pages, à mesure que le drame se profile et on se laisse porter par la beauté de la langue. Giosuè Calaciura nous raconte une histoire d’amitié tragique tout en nous livrant une fresque poétique et sensuelle du quotidien de ce quartier en proie à la folie, à la misère et à la délinquance.

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« En regardant les arbres, ils furent pris d’une mélancolie qu’ils ne pouvaient s’expliquer. Peut-être était-ce tout ce vert qui n’avait pas de saisons et ne vieillissait jamais, peut-être étaient-ce ces femmes noires qui se vendaient le long des avenues et, pour s’amuser, faisaient des clins d’œil à Mimmo qui répondait d’un geste de la main. Peut-être était-ce seulement la fin de l’été et sentaient-ils que le temps passait comme si on guérissait d’une maladie. »

Jón Kalman Stefánsson – D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds ***

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Folio – 2017 – 480 pages

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Ari est un éditeur exilé au Danemark depuis deux ans, sans que l’on sache vraiment ce qui l’a fait fuir. Etouffant au coeur des montagnes islandaises, il abandonne du jour au lendemain sa femme et ses enfants. Un matin, il reçoit un message de son père mourant et se trouve contraint de revenir à Keflavík, cette terre où « nulle part ailleurs en Islande, les gens ne vivent aussi près de la mort. »

Les souvenirs d’Ari resurgissent en même temps qu’il entame son retour sur son île natale. Son enfance dans les années 70, le spectre de sa mère, dont on ne sait pas grand chose si ce n’est qu’Ari n’a jamais guéri de son absence.

Le récit de Jón Kalman Stefánsson, entre réalité brute et onirisme, nous transporte dans le passé de cet homme un peu torturé mais aussi dans celui de son grand-père Oddur, un marin intrépide, qui tomba fou amoureux de Margrét, à la beauté renversante.

Poésie et mélancolie entament leur lent ballet. Les lieux sont gorgés de souvenirs et d’insolite – à l’image de ce bar appelé Janvier 1976 – et les personnages lisent trop de poésie et veulent habiter sur la lune.

Aucune linéarité, passé et présent s’entremêlent, se superposent. On saute d’un personnage à l’autre – les digressions sont trop nombreuses, au point que parfois je dois relire certaines pages et me retrouve noyée par tant d’histoires superposéesLe narrateur s’éparpille trop ; d’ailleurs qui est-il ? est-ce un fantôme, un souvenir, une âme du passé ? Ou un double d’Ari, son ombre plutôt ?

J’ai eu beau être agacée par ces digressions incroyables, ce roman demeure magnifique avec de nombreux passages que j’ai eu envie de recopier… Stefánsson a une façon tellement unique de parler de l’amour, de la beauté et de la folie humaine… Sous sa plume, l’Islande et ses fjords, ses montagnes et ses glaciers se déploient, prennent vie. On a l’impression d’y être.

« Ce qui nous empêche de nous désagréger, de tomber en morceaux, de nous transformer en malheur, en plaie suintante ou en pure cruauté, c’est la poésie, la musique : l’art. À la fois excuse et justification de notre existence, à la fois provocation, accusation et cri, en dépit des paradoxes irréconciliables qui habitent chaque être humain, l’art est ce qui nous permet de vivre sans sombrer dans la folie, sans exploser, sans nous transformer en blessure, en malheur, en fusil. Il est ce qui permet malgré tout à l’homme de se pardonner les imperfections de sa condition humaine. »

Franck Bouysse – Né d’aucune femme ****

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Le Livre de Poche – août 2020 – 336 pages

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Le père Gabriel a l’habitude des confessions. Dans le petit village où il vit, il connaît la voix de tous ses habitants ; quotidiennement, ils viennent absoudre leur péchés. Mais un jour, la voix d’une femme qu’il ne reconnaît pas se fait entendre derrière la cloison du confessionnal. « Mon père, on va vous demander de bénir le corps d’une femme à l’asile. » Une voix qui hésite à parler. Et qui finit par lui confier le secret des carnets de Rose ; ces carnets cachés sous la robe de ce corps sans vie. Ces carnets qui vont hanter le père jusqu’à sa mort.

Les carnets de Rose s’ouvrent à nos yeux et commence alors un roman à l’atmosphère lourde de mystère, épaisse comme la pois. Qui est Rose, cette femme dont on dit qu’elle a tué son enfant ? D’abord hésitante, la voix entame son récit et imprime immédiatement les esprits. Rose, c’est cette adolescente de quatorze ans, que son père, en proie aux démons de la pauvreté, vend à une famille aussi mauvaise qu’impénétrable.

Né d’aucune femme est un roman qui nous immerge dès les premières pages dans une spirale de noirceur. Au fil des mots de Rose, on s’enlise dans la douleur et l’obscurité, saisis d’effroi par la confession de la jeune fille. C’est noir de chez noir, aucune chance ne semble laissée à l’espoir…

Beauté fulgurante de ce roman – qui nous serre le coeur comme un étau, qui nous le serre jusqu’à le briser. Qui nous maintient en alerte jusqu’au dernier mot. Quelle puissance ! Les mots me manquent pour parler de cette lecture dont on ne sort pas indemne.

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« La seule chose qui me rattache à la vie, c’est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient. Au mois, les mots, eux, ils me laissent pas tomber. Je les respire, les mots-monstres et tous les autres. Ils décident pour moi. Je désire pourtant pas être sauvée. »

Sandrine Collette – Des noeuds d’acier **

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Le Livre de Poche – 2014 – 264 pages

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L’Affaire Théo Béranger a défrayé la chronique au cours de l’été 2002. Théo n’avait rien d’un ange. Un homme qui avait la violence chevillée au corps. Qui juste avant les faits, venait de sortir de prison pour avoir massacré son frère.

La narratrice, dont on ne connaît pas l’identité nous livre le journal de Théo, qu’elle a eu entre les mains. L’homme y raconte sa fuite dans un petit village de campagne, ses longues balades dans la nature, conseillée par sa logeuse Mme Mignon. L’éclat dans ses yeux ce matin là quand elle lui recommande d’emprunter ce petit sentier pour accéder à une vue incroyable… Et puis la façon dont il tombe sur une vieille bâtisse éloignée de tout et sur deux vieillards. La façon dont il se retrouve assommé et enchaîné dans leur cave.

Un roman glauque qui me pétrifie de plus en plus au fur et à mesure que j’avance dans ma lecture. Arrivé au milieu, j’hésite même à abandonner. C’est lent et sordide à souhait et le sentiment de malaise qui s’installe en moi s’épaissit. Je n’ai qu’une envie, finir cette lecture au plus vite. La tension grimpe dans les dernières pages. L’angoisse aussi. Un captivity thriller très bien ficelé et efficace, à lire quand on a le moral !

Elena Ferrante – Les jours de mon abandon **

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Folio – 2016 – 288 pages

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Olga a trente-huit ans et après quinze ans de vie commune et deux enfants, son mari vient de la quitter pour une autre femme, beaucoup plus jeune. Tout juste sortie de l’adolescence. Olga ne s’y attendait pas, la trahison est épidermique ; insupportable.

Les jours de mon abandon raconte la brusque métamorphose d’une femme trahie, abandonnée. Olga devient amère, vulgaire et sarcastique. Elle ne prend plus soin d’elle. Elle devient tête en l’air, oublie de fermer le gaz, ne parvient plus à ouvrir sa porte. Néglige ses enfants. Les amis prennent le large et Olga se retrouve vite seule. Elle passe ses nuits à écrire de longues lettres pétries de douleur à son mari perdu ; quant aux journées, elle les passe en tentant d’oublier. De l’abandon à la folie, il n’y a qu’un pas.

Le moment choisi pour entamer ce livre n’était pas forcément judicieux ; Elena Ferrante nous plonge dans une atmosphère âpre. Le langage grossier d’Olga m’agace. Je me perds quelques temps dans les méandres de sa folie qui s’épanouit. C’est tellement bien écrit que la violence de l’histoire m’étreint, le malaise m’envahit, m’obligeant à lire un temps en diagonale – à l’image de la jeune femme sur la couverture, je me retrouve submergée et écœurée par cette folie.

Les jours de mon abandon raconte la dérive d’une femme au cœur brisé ; sa lente descente aux enfers. Un roman dérangeant qui possède une écriture qui nous secoue ; qui nous tord soigneusement les boyaux, nous les essorent. C’est sincère, tortueux, cruel et beau.

Guillaume Siaudeau – Lundi mon amour ***

Alma éditeur – octobre 2019 – 144 pages

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Le héros de ce roman est tendrement attachant. Il s’appelle Harry, et un matin, il se rend, tout excité, dans une agence de voyage pour acheter un billet pour la lune. En deux temps trois mouvements, il est embarqué par les flics puis des hommes en blancs.

Cela fait désormais un mois que Harry se trouve dans cette chambre où les horloges font trop de bruit. Chaque matin, il a deux pilules à avaler, de différentes couleurs. Chaque lundi, sa mère lui rend visite. Et en cachette, il travaille à la confection de sa fusée… en rouleaux de papier toilette. Toby – son chat – voyagera bien sûr avec lui.

Une lecture qui m’a fait sourire, puis rire. Qui m’a dérouté par sa folie douce. Harry est un peu simplet, candide. Drôle malgré lui. Mais si sûr de lui qu’on aurait presque du mal à savoir de quel côté se trouve la folie : du sien ou des hommes en blanc ?

Une lecture insolite sur les rêveurs et autres fous épris d’imaginaire. Une ode à la rêverie et à l’imagination que j’ai dégusté à petites gorgées.

Prêté par ma fidèle copinaute LilyLit. Sa chronique à lire, juste ici.

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« D’ailleurs ce soir il est 21 heures, et je souris toujours. J’espère que je n’ai rien attrapé de grave. Ça n’arrive pas tous les jours de sourire aussi longtemps. Je verrai bien demain matin si les choses sont rentrées dans l’ordre. »

Francesco Pittau – Petit Garçon **

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Editions MeMo – Septembre 2019 – 72 pages

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Le héros de ce court roman est un petit garçon. Très petit. Trop pour son âge. Si petit que sa maman ne peut s’empêcher de l’appeler de façon horripilante « mon tout petit garçon ». Il a de drôles d’amis ; ce sont ses jouets. Quand le soleil pointe le bout de son nez, il aime être dehors, à regarder l’herbe pousser et discuter avec les fourmis.

Parfois, il lui arrive de drôles d’aventures… Comme ce matin où son reflet dans le miroir a changé. Ne se reconnaissant plus, il se met en quête de son reflet dans toute la maison et dans la ville. Et puis, un autre matin, il se réveille dans la peau d’une mouche

Un roman adorable aux allures de conte moderne, où l’imagination et la folie douce sont reines. Un petit garçon qui évolue dans un monde façonné par son imagination débridée ; un monde aux couleurs de l’enfance. On ne peut que s’attacher à cet enfant que nous avons tous été, qui fait des voyages incroyables sans jamais quitter sa chambre – à bord de son avion à piles ou de son bateau à voile, où même à l’intérieur de son propre dessin.

Une lecture faite le sourire aux lèvres, ravie par tant de folie, tant d’enfance. Seul petit bémol : j’ai eu du mal à accrocher aux dessins… Ils n’ont pas réussi pour moi à refléter la saveur des mots de Francesco Pittau.

Frédéric Boudet – Surf ***

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Editions MeMo – Grande Polynie – Août 2019 – 224 pages

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Adam, étudiant parisien, revient plus tôt que prévu à Brest, chez sa mère, ce petit bout du monde qu’il atteint après un long voyage en stop. Quelques jours auparavant, il a reçu une lettre d’une femme lui apprenant la mort de son père d’un cancer, il y a deux mois. La lettre provenait de Flagstaff en Arizona. Ce père qui est parti étudier les Navajos et qu’il n’a pas revu depuis ses huit ans. La lettre n’est pas arrivée seule : avec elle, un petit paquet de lettres enveloppées dans un plastique épais et poussiéreux… des lettres que son père lui écrivait sans jamais les envoyer.

À Brest, Adam retrouve son ami d’enfance Jack, ce géant de deux mètres avec ses éternelles Ray-Ban, ce fou émotif fan de surf et de bruits avec qui, adolescent, il communiquait par télépathie et qui l’accompagnait dans ses flâneries dans les rues en disséminant des autocollants aux slogans philosophiques et nébuleux, propageant ses petits manifestes littéraires hallucinés. Aux cotés de Jack, il y a désormais l’étrange Aeka, une jeune japonaise qui enregistre le moindre son, le moindre bruit pour nourrir ses compositions acoustiques spéciales, à la recherche du son de l’angoisse sacrée.

Depuis qu’Adam a reçu la lettre, les souvenirs de son père affluent ; leurs baignades, leurs balades dans les champs et les forêts de la lande bretonne, les histoires à dormir debout qu’il inventait… De chacune des lettres, la voix du père résonne. Adam se questionne : pourquoi l’a-t-il abandonné ? Pourquoi n’a-t-il jamais donné de signe de vie ?

Quand il n’est pas occupé à questionner le souvenir de son père, Adam se retrouve avec Katel, qu’il a rencontré sur la route. Katel et son grain de beauté sur la lèvre. Katel et ses mots comme des pansements.

« Chaque jour le présent dévaste ce qui fut. » Cette phrase, Adam l’a collée dans toute la ville. Il est hanté par le temps qui file sans prévenir ; le temps qui nous dévore peu à peu. Il conserve la moindre chose, vivant dans la peur que tout disparaisse un jour, parce qu’il sait que la mémoire n’enregistre pas tout – « ça ne t’a jamais paru insensé que la plupart des gens soient incapables de se débarrasser des objets qui composent leur passé ? »

Surf est un portrait de jeune homme saisissant et émouvant, à la recherche de ce père qu’il n’a jamais revu. Hanté par ses souvenirs d’enfant et les images qu’il conserve de lui dans sa mémoire. Un roman poignant et juste, parsemé de poésie« écouter le sang de l’être rouler dans les veines de la voie lactée » -, qui nous fait réfléchir sur la mémoire, la perte, le temps, la folie des uns et des autres… A lire et relire. ❤

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« Adam murmure, il murmure et le vent , l’air sont une compresse douce contre ses lèvres, un pansement de silence. Il ouvre la bouche, ses yeux, sa poitrine, et il est presque aussi grand que le terrain dénudé autour de lui, presque aussi grand que le quartier, la ville, la rade, il devient la rade, l’océan et la houle – il y a quelque chose qui se tient là, quelque chose ou quelqu’un. »

 

 

Loulou Robert – Je l’aime **

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Julliard – 22 août 2019 – 260 pages

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« Donc je suis orpheline, en fac d’histoire et je tue des fourmis. » Et puis, elle le rencontre. M. Ils ont les mêmes initiales.

Elle l’aime. A dix-huit ans, elle en est certaine, c’est lui et pas un autre. Elle est folle de lui, elle a envie de le crier sur les toits, de danser, de faire toutes les folies possibles pour le lui prouver et le prouver au monde entier. Il est à lui, elle ne partage pas. Avant lui, elle n’était rien, elle n’avait aucune passion, aucune vie en elle. Elle est prête à tout pour lui ; elle le suit à Paris, le soutient lorsqu’il devient journaliste. Plus rien ne compte que lui.

Je l’aime c’est l’histoire d’une jeune femme qui aime jusqu’à en perdre la tête, qui se dévoue corps et âme à l’homme aimé. C’est l’histoire d’un amour sacrificiel. Ce n’est pas seulement ça. C’est aussi le passage du temps, la vieillesse qui prend ses quartiers, les rides qui s’invitent au creux de l’amour. La solitude, l’usure. La maternité. La maladie.

J’ai découvert la singulière plume de Loulou Robert grâce à Sujet inconnu, qui m’avait soufflée. J’étais captivée par ses phrases courtes, son style incisif. Je l’aime nous livre un portrait de femme sans fard ; c’est cash, sans concession. Parfois excessif et vulgaire. Rarement tendre. Complètement fou. Hélas, le style de l’autrice a eu raison de moi : je n’avais pas dépassé la moitié du roman que j’étais déjà lassée.

Robert M. Pirsig – Traité du zen et de l’entretien des motocyclettes **

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Editions Points – 2013 – 448 pages

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Le narrateur sillonne les Etats-Unis en route vers la Californie en moto, avec son fils Chris. Ils n’ont pas de destination, seulement le plaisir de voyager, d’avaler des kilomètres d’asphalte. La route se déroule sous les roues de leur moto, ils fuient les autoroutes au profit des petites routes sinueuses qui les surprennent toujours. Ils aiment se perdre.

Durant tout leur périple, nous n’aurons que le point de vue du père ; à l’image des rouleaux d’asphalte qui défilent sous eux, les pensées défilent dans la tête du père. Elles nourrissent ce qu’il nomme le Chautauqua. Il s’agit d’une réflexion voire même d’une méditation sur un sujet donné – un petit exposé intime. Son sujet de prédilection : la mécanique des motocyclettes. Il peux en parler pendant des heures, faire de nombreux parallèles avec l’humain et son être au monde… Il philosophe ainsi énormément à partir de l’entretien de sa moto.

Et il y a ce fantôme qui porte le nom de Phèdre qui va n’avoir de cesse de le poursuivre pendant le voyage… Mais est-ce lui qui est poursuivit ou qui le poursuit ? Et, pourquoi font-ils ce voyage ? Pourquoi roulent-ils ? Le père semble avoir quelque chose à avouer au fils. Qui des deux est finalement le plus tourmenté ?

Un road trip philosophique et culturel où Einstein, Newton, Bouddha et Aristote font partie du voyage. Sans oublier cet étrange Phèdre, sorti des limbes du passé. Jusqu’à la fin du roman, on ne sait pas vraiment qui il est, même si on s’en doute un peu.

Le livre de Robert M. Pirsig m’a donné l’impression de lire un cours de philosophie plutôt que de vivre un vrai road trip. Plongée dans les délires philosophiques et les souvenirs du père, j’ai perdu le fil trop souvent, me suis mise à lire en diagonale… Je suis restée extérieure à cette lecture, je n’ai pas été émue. Père et fils traversent des paysages sans doute sublimes, mais nous n’avons le droit à quasiment aucune description des paysages. Un bouquin qui, une fois terminé, me laisse une curieuse impression. Je n’ai pas le sentiment d’avoir totalement saisi ce texte.