Annelise Heurtier – La fille d’avril ***

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Casterman – 2018 – 300 pages

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En montant au grenier avec Izia sa petite-fille – à la recherche de cette incroyable mini-robe argentée qu’elle portait sur une photo de sa jeunesse – Catherine tombe sur une boîte autrefois blanche. Une boîte portant l’inscription « La fille d’avril » et qui fait resurgir le passé, loin du grenier et de son odeur de fleur d’oranger et de poussière. Cette fille d’avril, c’est Catherine, à la fin des années 60. Grand-mère et petite-fille s’apprêtent à voyager dans le temps, et plus précisément en septembre 1966.

En 1966, Johnny Hallyday a fait une tentative de suicide et Polnareff fait polémique avec son tube L’amour avec toi. Les jeunes filles lisent en cachette des bonnes sœurs Mademoiselle Âge Tendre et Salut les copains. En 1966, les filles convenables ne courent pas à travers champs pour rentrer chez elles. Elles surveillent leur tenue vestimentaire – une jupe à bonne hauteur de genoux et des bas immaculés.

En 1966, Catherine a 15 ans, elle grandit dans une famille nombreuse, catholique et ouvrière ; elle a été admise dans un collège de jeunes filles bourgeoises et catholiques grâce à une bourse. Un soir, en rentrant chez elle, Catherine se met à courir. Et y découvre un plaisir fou et une sensation de liberté incroyable. Elle a enfin l’impression de décider de quelque chose. « Je me sentais habiter mon corps. Je me sentais vivante. Puissante. »

Catherine se pose beaucoup de questions et elle va ouvrir petit à petit les yeux sur cette société patriarcale dans laquelle les femmes sont reléguées au rang de ménagères, épouses, mères. Courir est dangereux pour une femme. Porter des pantalons : impensable! Il se dit même que courir pourrait être fatal pour leur utérus, qui risquerait de se décrocher ; comble de l’horreur, une barbe se mettrait à surgir ainsi qu’une abondante pilosité.

Avec Catherine, la révolte gronde en nous, on ressent son choc face à la découverte d’une telle société et son envie d’en découdre. Catherine se sent de plus en plus enfermée, prisonnière d’un rôle à tenir, qui n’est pas le sien. Un roman jeunesse intelligent et marquant – une lecture nécessaire pour tous, filles comme garçons.

***

« J’avais l’impression d’être un chat caché dans une petite souris : c’était très inconfortable, un peu étouffant et il fallait rentrer ses griffes. Mais cela me permettait de ne pas me faire remarquer et de rester dans l’illusion que le présent durerait pour l’éternité. »

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