Bilan littéraire – Année 2016

Ça y est, l’année 2016 touche à sa fin, c’est l’heure des bilans… Notant mes lectures depuis des années dans un carnet, je me rends compte que j’ai lu un peu plus que l’année passée. 132 livres et 6 BD ! Une année riche en belles lectures, venues de tous horizons. J’ai lu davantage de BD que les années passées, et surtout la littérature jeunesse s’est invitée dans ma bibliothèque et ma PAL, pour mon plus grand plaisir.

 Si je ne devais retenir que 10 lectures qui m’ont profondément marquée cette année…

 

j-ai-toujours-ton-cur-avec-moi-672x1024    couverture-roman-celeste-ng-tout-jamais-dit   Les-Oreilles-de-Buster   téhéran   la voleuse de livres   dorian gray   img_8203   la-terre-qui-penche   9782709649834-X_0   9782021313659_1_75   Idée-ridicule-de-ne-plus-jamais-te-revoir-HD

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Pour les BD, je retiendrais ces 3 pépites :

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C’est l’heure également de faire le bilan d’un challenge commencé il y a tout juste un an : Les 100 livres à avoir lu une fois dans sa vie ! Sur les 100 livres de la liste, j’en avais 71 à lire dans l’année, le challenge était costaud… Finalement, je n’en ai lu que 10, ce qui revient à même pas une lecture par mois, pas très sérieux, mais ce challenge a quand même eu le mérite de me faire découvrir de belles œuvres et des classiques trop longtemps laissés de côté : L’insoutenable légèreté de l’être, Le Portrait de Dorian Gray ou encore Des Fleurs pour Algernon… ❤

Les 100 livres

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Sur ce, je vous souhaite à tous un beau réveillon et une très belle année, riche de littérature du monde entier, de découvertes, qu’elles soient livresques, musicales, cinéphiles, artistiques… Je vous souhaite le réconfort des livres, et la douceur de vivre, surtout.

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John Updike – Brésil ***

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Éditeur : Points – Date de parution : 1997 – 327 pages

4ème de couverture : « A la fin des années soixante, Tristão, jeune noir des favelas de Rio, rencontre Isabel, jeune blanche de la riche bourgeoisie, sur la plage de Copacabana. leurs amours contrariées par la malédiction d’une mère et l’acharnement implacable d’un père puissant les entraînent toujours plus loin, jusqu’aux confins inexplorés du Mato Grosso. Ils connaîtront la pauvreté, la faim, la violence, la captivité, et de leurs épreuves ils sortiront changés. Pourtant, malgré le doute et les infidélités, ils garderont intacte leur foi en l’amour, la certitude que chacun est, pour l’autre, son destin. »

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En commençant ce roman, j’ai pensé à La Salamandre, de Jean-Christophe Rufin… Seulement parce qu’il se passe aussi au Brésil, mais c’est en fait leur seul point commun. A la fin des années 60, Tristão, rencontre Isabel, sur la plage de Copacabana. Il en tombe tout de suite amoureux et l’aborde en lui offrant une bague volée.

Tout les sépare : Isabel, petite bourgeoise blonde à la peau claire et aux yeux bleus, est issue d’une famille richissime et Tristão est un jeune Noir des favelas ; l’endroit où il vit se résume à un réduit de quelques mètres carrés que se partagent les huit membres de sa famille. Malgré les innombrables obstacles, les deux jeunes amants feront tout pour rester ensemble, puis se retrouver après l’éloignement imposé par leurs familles respectives.

On se retrouve plongé au cœur du Brésil, admirablement bien décrit et raconté par John Updike. Sur la plage de Copacabana, dans les favelas de Rio, au cœur de la fourmilière de São Paulo ou de Brasilia… Les deux amants vivent un temps à Serra do Buraco, ville minière agitée par la fièvre de l’or ; plus tard, ils se retrouvent en fuite dans les entrailles du Mato Grosso là où « l’homme retrouvait son humble place dans le bouillonnement de la lutte pour la vie, cet océan de protéines affamées, cet écumant délire prédateur… »

C’est un roman dense, sans concession, qui explore tour à tour les thèmes du couple, de l’amour, des Noirs issus des favelas, de l’esclavagisme, des Indiens du Mato Grosso, leur condition, sans oublier la vague communiste qui déferle sur le pays… Dans une langue tout à la fois poétique et brutale, incisive, l’auteur nous conte l’histoire – sur une vingtaine d’années – d’un amour peu commun, sauvage, qui décide de vivre envers et contre tout, et à travers lui, l’histoire d’un pays aux multiples facettes.

Au début un peu distante, je me suis vite attachée aux deux personnages : on les suit dans leur évolution, leur fuite, leurs nombreuses remises en questions, et dans leur lutte incessante pour vivre… « La vie nous vole de nous-mêmes, morceau par morceau. Et ce qu’il en reste est quelqu’un d’autre. » C’est pour moi une très belle lecture qui m’a transportée ailleurs et a fait germé en moi une multitude d’émotions et de réflexions.

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« En pleine nuit, vues du ciel, les lumières de Brasilia dessinent sur la vaste ardoise du Brésil intérieur un avion aux grandes ailes courbes. La ville semble flotter dans le vide, telle une constellation, avant de s’incliner pour prendre son envol alors que vous gardez la même position dans l’espace. »

« L’enfance est triste, tenta-t-elle, quand on veut nous rendre impatients d’être adultes. »

« Nous changeons de peau, dans la vie, pour continuer à vivre. »

« Pourquoi le monde serait-il aussi complexe si c’était en vain ? Pense au soin que suppose l’organisation du plus petit insecte, de la moindre graine ! Tu dis que tu m’aimes, alors tu dois aimer la vie. La vie est un don pour lequel nous devons donner quelque chose en échange. Tu es mon destin et je suis le tien. Si nous nous laissons mourir sans lutter, nous n’accomplirons jamais notre destinée. »

« Comme ils avaient peu de nourriture, l’amour devint leur nourriture. Comme ils étaient perdus, leur corps devint leur destination mutuelle, leur unique refuge. »

Juan Rulfo – Pedro Paramo *

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Éditeur : Folio – Date de parution : 2009 – 192 pages

4ème de couverture : « Pedro Paramo est l’une des plus grandes œuvres du XX’ siècle, un classique contemporain. Tout comme Kafka et Faulkner, Rulfo a su mettre en scène une histoire fascinante, sans âge et d’une beauté rare : la quête du père qui mène Juan Preciado à Comala et à la rencontre de son destin, un voyage vertigineux raconté par un chœur de personnages insolites qui nous donnent à entendre la voix profonde du Mexique, au-delà des frontières entre la mémoire et l’oubli, le passé et le présent, les morts et les vivants… »

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Pour répondre à la dernière faveur de sa mère qui vient de mourir, Juan Preciado se met à la recherche de son père, Pedro Paramo, et se retrouve dans le village de Comala où ce dernier vit. Sa mère souhaitait qu’il retrouve son père afin de lui faire payer ce qu’il leur doit. Mais en arrivant dans ce village étrange où les étoiles tombent du ciel chaque nuit, on lui annonce que son père est mort. Sur sa route, il croise des personnages étranges ; il ne saurait dire s’ils sont vivants ou morts, réels ou non… Il entend des voix de femmes… Des murmures, des cris… Les lieux sont comme hantés par le passé.

Le récit alterne entre passé et présent. J’avoue avoir été un peu (trop) perdue et ne pas avoir vraiment su où le récit voulait en venir. Le narrateur est également perdu et perturbé. Juan Preciado, cet homme en quête du père qu’il n’a jamais connu, se retrouve dans un village fantôme, hanté par les âmes du passé et traversé par des voix, des ombres. En fait, on a bien du mal à savoir si le héros est en pleine fièvre délirante ou si le village est réellement hanté. On perd pied avec la réalité.

Il en ressort de cette lecture une forte impression d’étrangeté… Qui m’a franchement laissée perplexe à de nombreuses reprises et je suis restée à la porte de l’intrigue, je n’ai pas été convaincue, même si l’écriture reste poétique. Dommage…

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« Il sortit et regarda le ciel. Il pleuvait des étoiles. Il le déplora car il aurait aimé voir un ciel calme. Il entendit les coqs chanter. La nuit envahissante enveloppait la terre. La terre, cette « vallée de larmes » 

Russell Banks – De beaux lendemains ***

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Éditeur : Babel Actes Sud – Date de parution : 1997 – 327 pages

4ème de couverture : « L’existence d’une bourgade au nord de l’état de New York a été bouleversée par l’accident d’un bus de ramassage scolaire, dans lequel ont péri de nombreux enfants du lieu.
Les réactions de la petite communauté sont rapportées par les récits de quatre acteurs principaux. Il y a d’abord Dolorès Driscoll, la conductrice du bus scolaire accidenté, femme solide et généreuse, sûre de ses compétences et de sa prudence, choquée par cette catastrophe qui ne pouvait pas lui arriver, à elle. Vient Billy Ansel, le père inconsolable de deux des enfants morts. Ensuite, Mitchell Stephens, un avocat new-yorkais qui se venge des douleurs de la vie en poursuivant avec une hargne passionnée les éventuels responsables de l’accident. Et enfin Nicole Burnell, la plus jolie (et la plus gentille) fille de la bourgade, adolescente promise à tous les succès, qui a perdu l’usage de ses jambes et découvre ses parents grâce à une lucidité chèrement payée.
Ces quatre voix font connaître les habitants du village, leur douleur, et ressassent la question lancinante — qui est responsable ? — avec cette étonnante capacité qu’a Russell Banks de se mettre intimement dans la peau de ses personnages. »

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Sam Dent, petit patelin au nord de l’Etat de New York, traversé par les vents. La vie y est rude. Comme le dit l’avocat Mitchell Stephens, fraîchement débarqué de Manhattan, on se croirait presque en Alaska, en terre désolée, dépeuplée, montagneuse. Un terrible accident de bus scolaire survient par une matinée enneigée et coûte la vie à quatorze enfants. C’est la stupeur parmi les habitants. Ce récit fait entendre quatre voix : Dolorès Driscoll, la conductrice du bus ; Billy Ansel, le père de deux enfants morts dans l’accident ; Mitchell Stephens, l’avocat qui décide de prendre à bras le corps cette affaire en misant sur la colère des parents ; et Nicole Burnell, l’adolescente survivante, qui a perdu l’usage de ses jambes… Quatre points de vue sur cet accident : on y décèle les effets du drame, la conscience d’un avant, d’un après. Une rupture dans le quotidien… Et transparaît cette question lancinante : comment vivre après ça ?

C’est un très beau roman, le premier que je lis de Russell Banks. J’ai découvert une écriture ciselée, forte et vraiment très belle, qui donne corps aux mots et forme aux émotions. L’auteur parvient à nous faire plonger dans la conscience de ces quatre personnages différents, différemment touchés par ce drame, mais qui tous n’en ressortent pas indemnes. Même le personnage de l’avocat, a priori extérieur à l’accident, est touchant. Tous sont heurtés d’une façon ou d’une autre par l’accident, ils doivent faire face à la mort, la perte, le deuil, la solitude. Qui est responsable ? Le roman semble aussi hanté par cette question et par le désir de trouver un responsable à cet accident. Comme pour lui donner un sens.

L’écriture est telle qu’on se projette complètement dans l’histoire, et on se glisse dans la peau de chaque protagoniste qui prend la parole ; pour chacun d’eux j’ai ressenti une véritable empathie. Le récit est sombre, mais l’espoir ne semble pas en être absent de façon absolue.

Cela m’a donné envie de lire d’autres livres de l’auteur sous peu !!

Stefano Benni – Margherita Dolcevita ****

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Éditeur : Babel Actes Sud – Date de parution : mars 2011 – 256 pages

4ème de couverture : « Quinze ans, quelques kilos en trop et un (grand) cœur qui bat sur un rythme atypique, voici Margherita Dolcevita. Elle écrit des poèmes et dialogue avec la Petite Fille de poussière, qui hante une maison jadis frappée par un bombardement. Un père bricoleur acharné, une mère qui fume des cigarettes virtuelles, deux frères, l’un fana de foot, l’autre de mathématiques, un grand-père qui avale des yaourts périmés pour se mithridatiser et un chien de race indéfinissable : c’est la famille de Margherita, qui habite un reste de campagne aux abords d’une petite ville. Quand apparaît un jour juste en face un énorme cube noir et menaçant, la maison des nouveaux voisins, les Del Bene, l’adolescente est la seule à mesurer les risques qu’encourt leur vie paisible. Mais elle est décidée à se battre jusqu’au bout contre la modernité maléfique que les Del Bene incarnent, avec son humour, son intelligence et son refus des stéréotypes, qui font d’elle une sorte de Zazie italienne… »

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J’ai lu ce roman en novembre 2011, il y a donc déjà presque quatre ans (oui je garde trace de mes lectures depuis un moment, elles sont toutes sagement consignées dans un carnet avec le mois et l’année…), mais j’avais envie de faire un petit billet dessus, comme un coup de projecteur sur un de mes livres coup de cœur!

Il est de ces romans dont on garde une trace et un souvenir malgré les années qui passent… C’est le cas pour Margherita Dolcevita. C’est une lecture tout simplement désopilante et très jouissive ; j’étais pliée en deux pendant les trois quarts du bouquin. Cela tient à la façon dont parle Margherita, le regard intelligent et tellement facétieux qu’elle porte sur le monde qui l’entoure et sur elle-même. L’adolescente décrit sa famille – plutôt farfelue – et sa vie qui se retrouve tout à coup chamboulée par la construction du « Cube » juste en face de leur maison, qui était jusqu’alors assez isolée dans la campagne. Le récit mêle de façon ingénieuse l’humour, le fantastique et les codes du roman policier, avec un soupçon de poésie… On referme ce roman avec regrets, mais un immense sourire sur les lèvres.

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« S’il y avait un tournevis pour déloger les idées fausses et un marteau pour fixer les bonnes intentions, une clef anglaise pour serrer définitivement l’amour et une scie pour couper les ponts avec le passé! »

« Grand-père Socrate est un grand personnage. Il mange des yaourts périmés, des fromages moisis, de l’eau javellisée, tous les types de colles, et s’asperge d’insecticides. Après il a de grosses coliques et on entend la chasse d’eau de sa salle de bains, qui rappelle les chutes du Zambèze. »

« Le monde se divise entre : ceux qui mangent le chocolat sans pain ; ceux qui n’arrivent pas à manger le chocolat s’ils ne mangent pas de pain avec ; ceux qui n’ont pas de chocolat ; ceux qui n’ont pas de pain. »

Donald Ray Pollock – Le diable, tout le temps ***

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Éditeur : Le Livre de Poche – Date de parution : mai 2014 – 403 pages

4ème de couverture : « De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de 1945 à 1965, des destins se mêlent et s’entrechoquent : un rescapé de l’enfer du Pacifique, traumatisé et prêt à tout pour sauver sa femme malade ; un couple qui joue à piéger les auto-stoppeurs ; un prédicateur et un musicien en fauteuil roulant qui vont de ville en ville, fuyant la loi… La prose somptueuse de ce premier roman de D.R. Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages. Un univers qui rappelle ceux de Flannery O’Connor, Jim Thompson ou Cormac McCarthy. »

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Entre 1945 et 1965 et de l’Ohio à la Virginie-Occidentale, ce roman met en scène plusieurs personnages dont les destins vont se croiser petit à petit. Ces personnages ne sont pas des saints, loin de là : un père, rescapé de guerre, qui emmène son fils prier dans les bois et sacrifier des animaux pour sauver sa femme mourante, un couple qui s’amuse à piéger les auto-stoppeurs de façon particulièrement répugnante, un tandem en cavale composé d’un musicien en fauteuil roulant et d’un prédicateur coupable d’avoir assassiné sa femme à l’aide d’un tournevis, un pasteur qui prend plaisir à pervertir les jeunes filles pieuses… A travers les sept parties qui composent ce roman effrayant, nous suivons le parcours de ces individus sur une vingtaine d’années, leurs destins se croisent, s’entremêlent, jusqu’au moment où ils se rejoignent et les pièces du puzzle s’imbriquent les unes dans les autres à la toute fin.

C’est un roman extrêmement noir, où l’auteur nous donne à voir des personnages abjects, meurtriers, diaboliques, hantés par leur passé et leurs démons intérieurs. Un roman sans concession, à l’écriture âpre, où l’espoir s’étouffe à chaque page ; l’intrigue est captivante, rien n’est laissé au hasard et on ne peut lâcher le livre avant de l’avoir terminé.

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« En un triste matin de la fin d’un mois d’octobre pluvieux, Arvin Eugene Russell se hâtait derrière son père, Willard, le long d’une pâture dominant un long val rocailleux du nom de Knockemstiff, dans le sud de l’Ohio. Willard était grand et décharné, et Arvin avait du mal à le suivre. Le champ était envahi de plaques de bruyère et de touffes fanées de mouron et de chardon, et la brume sur le sol, aussi épaisse que les nuages gris, montait aux genoux du garçon de neuf ans. Au bout de quelques minutes, ils tournèrent dans les bois et suivirent une étroite coulée de cerf qui descendait la colline, jusqu’au moment où ils parvinrent à un tronc couché dans une petite clairière, vestige d’un grand chêne rouge qui était tombé bien des années auparavant. Une croix usée par les intempéries, faites de planches prises à la grange en ruines derrière leur ferme, penchait un peu vers l’est dans la terre meuble à quelques mètres en dessous d’eux. »