Trondheim & Chevillard – Je vais rester ***

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Éditeur : Rue de Sèvres – Date de parution : mai 2018 – 120 pages

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Fabienne et Roland débarquent à Pavalas ; ils ont prévu d’y passer une semaine de vacances. Leur logement est réservé, les places pour les spectacles achetées. Roland est une homme prévoyant et organisé. Cette station balnéaire est pleine de souvenirs d’enfance pour lui, c’est pourquoi il voulait la faire découvrir à Fabienne.

Ils sont en avance alors ils décident de marcher sur la plage, en amoureux, insouciants. Autour d’eux, le vent se fait violent, il ébouriffe les cheveux des vacanciers et fait s’envoler grains de sable, parasols et serviettes de plage. De façon si abrupte et soudaine, Fabienne se rend compte que son homme vient de se faire décapiter.

La jeune femme ne semble pas réaliser ce qu’il vient de se passer. Se réfugiant dans une sorte de déni, Fabienne décide de rester, malgré tout. Elle s’installe dans leur location et suit le programme que son homme leur avait concocté.

Elle fait la rencontre de Paco, un homme étrange qui collectionne les morts absurdes ; celle de Roland vient naturellement s’ajouter à sa collection.

De façon surprenante, il se dégage beaucoup de douceur de ce roman graphique – dans le déroulement de l’intrigue et dans le trait de crayon. Alors que le drame a eu lieu, cette femme a l’air si sereine. Pas de déchirement, ni de larmes, aucun éclat. Le chagrin de Fabienne est silencieux, muet.

Cette femme et ses réactions m’ont beaucoup questionnée, interrogée. J’avoue avoir été étonnée – voire perplexe – face à son comportement car elle n’agit pas du tout comme on s’y attendrait. Et finalement c’est ce qui m’a plu en elle. Jour après, Fabienne se rend aux divers manifestations et spectacles prévus, mais n’est pas vraiment là ; elle est comme absente aux autres et au monde. Spectatrice de la vie qui se déroule devant ses yeux. Personne ne fait attention à ce joli fantôme en robe verte à part Paco.

Une très jolie BD sur le deuil, qui m’a profondément déroutée et charmée.

Les billets d’Antigone et de Mo’

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Maïté Verjux – Petite balade et Grande Muraille ***

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Éditeur : Fei – Date de parution : janvier 2018 – 180 pages

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À travers ses dessins, Maïté nous raconte son voyage en Chine ; à l’âge de vingt-trois ans, la jeune femme décide de partir à 8000 kilomètres de chez elle pour trois mois afin de changer d’air et de décor et d’expérimenter la communication par le dessin, sans avoir rien lu sur le pays, sa culture et ses mœurs et sans parler un mot de chinois – juste quelques bases en anglais. Maïté loge à Pékin dans une drôle de collocation où tout le monde s’entasse dans une minuscule chambre ; elle ne sera rejointe qu’un mois plus tard par une amie. Avec humour, l’auteure croque chaque visage et chaque personnalité qu’elle croise dans cet appartement et dans cette ville qui ne cesse de la déconcerter.

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La barrière de la langue lui fait ressentir une grande solitude ; une solitude paradoxale car en Chine, la foule semble vouloir nous engloutir à chaque coin de rue, au même titre que la pollution.

Une très chouette BD, bourrée d’humour, qui se déguste rapidement. Les dessins de Maïté Verjux fourmillent de détails souvent drôles sur ce périple de trois mois pendant lesquel le second degré et le dessin seront ses alliés les plus précieux pour survivre au mal du pays.

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BD lue dans le cadre d’une Masse critique Babelio !

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Jim & Mig – Un petit livre oublié sur un banc ****

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Éditeur : Grand Angle – Date de parution : mars 2014

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Camélia trouve un livre sur un banc. Intriguée, la jeune femme lit les premières lignes puis le rapporte chez elle. Si elle le trouve ennuyeux au début, elle finit par le dévorer. Elle le lit, puis le relit. Remarque des mots qui sont entourés en rouge et découvre que, mis bout à bout, ils forment une phrase… Commence alors une drôle de quête – enquête – pour la jeune femme, qui se saisit de ce prétexte pour s’extraire d’une vie de couple peu épanouissante et d’un quotidien qui ne l’excite plus, dans lequel elle a l’impression de s’enliser – en couple depuis douze ans, son mec passe sa vie sur les écrans – que ce soit la télévision, ou son téléphone dernier cri.

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Les deux tomes de ce roman graphique très addictif se dévorent à toute allure ! Le scénario nous tient en haleine, à la façon d’un savoureux polar. On découvre une histoire pétillante et intelligente, au suspense savamment travaillé et au charme fou.

Un vrai plaisir de lecture qui nous offre une réflexion sur le couple et l’amour mais aussi sur la lecture et la littérature et leur nécessité à l’ère du numérique et des écrans.

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Bastien Vivès – Une soeur ****

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Editeur : Casterman – Date de parution : mai 2017 – 216 pages

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Antoine et Titi sont en vacances à la mer avec leurs parents. Antoine est timide et réservé, il aime passer son temps à dessiner et à jouer avec son petit frère. Hélène et sa mère, qui vient de faire une fausse couche, les rejoignent inopinément. Antoine a treize ans et Hélène en a seize – cet âge charnière où l’on goûte au désir, à l’alcool, aux joints ; où l’on aime jouer avec les interdits… La relation entre les deux adolescents devient vite ambiguë, trouble.

Bastien Vivès dépeint à merveille l’adolescence. Une BD dévorée en moins d’une heure… Quelle intelligence, quelle justesse de ton !

Des dessins mouvants qui m’ont touchée, interpellée. Des personnages dont les visages sont parfois à peine esquissés ; un trait de crayon terriblement vrai et parlant. L’émotion transparaît bulle après bulle.

Un beau coup de ❤

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Jurô Taniguchi – La Forêt millénaire ***

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Éditeur : Rue de Sèvre – Date de parution : septembre 2017 – 72 pages

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À la suite d’un violent séisme dans la région de San’in, une faille s’ouvre dans la terre, d’où se met à jaillir une forêt jusqu’alors demeurée cachée…

Après le divorce de ses parents, Wataru Yamanobé arrive dans le petit village de Kaminobe où il est recueilli par ses grands-parents maternels. Sa mère tombe malade de chagrin après le départ du père et n’est plus en mesure de s’occuper de Wataru. L’enfant doit prendre ses marques : une nouvelle école, de nouveaux amis à se faire. Pendant les cours, Wataru ne parvient pas à se concentrer : il entend comme des murmures, en provenance de la forêt, des arbres… C’est comme s’il entendait la voix de la nature, des animaux.

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Ce roman graphique en couleurs, à mi-chemin entre la bande dessinée et le manga – demeure inachevé… Jurô Taniguchi nous a quitté en février dernier et cette oeuvre était un des derniers projets qui lui tenait à coeur ; rongé par la maladie, il gardait l’espoir de la terminer à temps.

En tenant entre les mains cet album posthume, on mesure l’ampleur de la perte d’un tel créateur. L’histoire possède tellement de force dès les premières images. Taniguchi développe les thèmes qui lui ont toujours été chers : l’importance des relations harmonieuses entre l’homme et la nature, le respect de l’environnement. Un récit empreint de nostalgie et de poésie, qui captive dès les premières images ; l’utilisation de la couleur est saisissante.

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Une édition sublime, qui comporte également un dossier analytique et des dessins en rapport avec le récit. J’ai désormais envie de relire Quartier lointain et L’Homme qui marche… et de découvrir ses autres récits.

Aimée de Jongh – Le Retour de la bondrée ***

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Éditeur : Dargaud – Date de parution : janvier 2016 – 160 pages

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Simon Antonisse est libraire. Mais en ces temps de crise, la librairie qu’il tient avec sa femme, et qu’il a hérité de son père, prend l’eau ; il est poussé à mettre la clé sous la porte et à fermer boutique, mais il ne parvient pas à s’y résoudre. Au cours d’un trajet en voiture, il est témoin d’un suicide sur la voie ferrée… Ce suicide le traumatise et fait resurgir des souvenirs de son passé, et notamment de son adolescence, marquée par une tragédie. En vidant peu à peu la réserve de livres située dans la cabane de son père, il tombe sur Le Guide des oiseau, un livre qu’il lisait à l’époque, quand il désirait devenir ornithologue.

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Les bulles alternent le temps présent et la résurgence du passé. Assailli par ces images du passé, Simon fait la rencontre d’une jeune femme qui va l’aider peu à peu à sortir la tête de l’eau et devenir pour lui un échappatoire au quotidien.

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La bondrée, c’est cet oiseau qui survit en repartant de zéro, métaphore du renouveau.

Un roman graphique néerlandais d’une profonde justesse et d’une grande sensibilité, dont les dessins m’ont tout de suite touchée. Épurés, ciselés, en noir et blanc. Il s’en dégage une émotion brute. Un petit bijou, où l’espoir, malgré la noirceur, est toujours présent, que je vous invite à découvrir de toute urgence.

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Nicolas Antona & Nina Jacqmin – La Tristesse de l’éléphant ***

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Éditeur : Les Enfants rouges – Date de parution : janvier 2016 – 76 pages

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A l’orphelinat dans lequel il passe son enfance et son adolescence, Louis est sans cesse l’objet des moqueries de la part des autres… à cause de ses rondeurs, on l’appelle l’éléphant. Il rêve d’une famille aimante. Son seul réconfort il le puise en s’enfuyant tous les soirs à 19h pour aller voir le spectacle du cirque Marcos et savourer sa magie. Et spécialement le numéro de dresseuse d’éléphant avec la belle Clara, dont il tombe très vite amoureux… Aidé et couvert par le surveillant de l’orphelinat, Louis la rejoint tous les soirs. Lorsque le cirque part en tournée, Louis survit grâce à leur correspondance et aux romans que le surveillant lui recommande : Cyrano, Don Quichotte… Les années passent et leur amour perdure.

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La Tristesse de l’éléphant est un roman graphique sublime, qui m’a profondément touchée. Je ne m’attendais pas à ressentir une telle émotion à sa lecture. De la douceur des dessins il se dégage une force – je suis littéralement tombée amoureuse du trait de crayon. L’histoire de cet amour, de cette blessure, nous est contée dans un murmure – un vrai brise-cœur. Une lecture que je ne suis pas prête d’oublier et que je me laisse à portée de main, pour de certaines relectures.

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