Patrice Gain – Terres fauves ***

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Le Livre de Poche – janvier 2020 – 248 pages

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L’écrivain new-yorkais David McCae est en train d’écrire les Mémoires du gouverneur de l’État de New York. Le ghost-writer n’a pas vraiment la tête à ça, d’autant que son mariage avec Louise est en train de battre de l’aile. Son éditeur ne cesse de lui mettre la pression tandis que le gouverneur désire ajouter un nouveau chapitre à ses Mémoires… David doit s’envoler pour l’Alaska afin de rencontrer Dick Carlson, un personnage énigmatique, alpiniste de haute renommée, très populaire auprès du peuple américain et ami proche du gouverneur.

Il a pour mission de recueillir ses confidences, sauf que le personnage est porté sur le wiskey, mégalomane et aussi aimable qu’un mur« ses airs de vieux mercenaire suffisant et versatile ». Mais quand il boit, il se révèle étonnamment bavard. Trop bavard

David tire la gueule, loin de New York, perdu en plein Alaska, il doit faire face à un vieux grincheux et à l’hostilité des éléments naturels, lui qui ne jure que par la ville.

Cerise sur le gâteau, Dick Carlson lui demande de l’accompagner dans son lodge perdu en pleine nature, à Ravencroft… Après les confidences alcoolisées de l’alpiniste, David s’y retrouver abandonné. Il va devoir apprendre à survivre ; survivre au froid, à la solitude, aux ours qui rôdent dans la forêt…

Le roman de Patrice Gain est machiavélique. On tourne les pages de ce thriller avec frénésie, suspendus à l’écriture. C’est captivant, mais aussi terrifiant de comprendre l’engrenage dans lequel le personnage se retrouve. De ce voyage en terres fauves, David n’en sortira pas indemne. Une lecture authentique et sauvage, à la plume efficace, dont je me suis délectée.

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« De grands corbeaux. Pas de ces corvidés des plaines de l’est deux fois moins épais. Le soir, quand la lumière se faisait plus rare, ils s’aventuraient sur le rebord de la fenêtre et frappaient les carreaux de leur bec puissant jusqu’à se blesser. C’était terrible de voir le reflet de leurs yeux fous dans la vitre ébranlée par les coups. »

Patrick Poivre d’Arvor – La Vengeance du loup ***

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Grasset – 9 janvier 2019 – 320 pages

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Charles n’a que douze ans lorsque sa mère meurt d’un cancer. Elle était tout pour lui, mère, confidente, femme de sa vie, idole. Avant de mourir, elle lui confie l’identité de son vrai père : c’est un acteur connu. La monde de Charles vacille. Pour survivre à la perte de sa mère, il s’accroche férocement à son ambition et ses études. Après l’obtention du bac, le fils abandonne le père adoptif taiseux et misanthrope qui n’a jamais su faire preuve d’affection, pour monter à Paris faire ses études de droit.

Il entre à Sciences Po avec en tête son rêve d’enfant : devenir président de la République. Lorsqu’il rencontre enfin son père, à l’âge de dix-huit ans, il lui confie cette folie. Ce dernier lui confie à son tour l’histoire de son propre père – le grand père de Charles. Nous sommes propulsé en pleine Algérie coloniale des années 1940. Le grand-père Guillaume fait ses études de droit à Alger ; en 1940 il a dix-huit ans. Son histoire est celle d’un amour interdit et clandestin ; celle aussi d’une famille déshonorée et brisée…

En entamant la lecture de ce roman, je n’avais aucune attente particulière.

Charles est un curieux personnage. Ni attachant ni antipathique. Mais j’aime cet enfant qui vit encore en lui, alors même qu’il est ce jeune loup ambitieux qui tentent de se faire une place dans ce monde sans pitié et qui accepte de venger son grand-père Guillaume, avec la complicité de son père, Jean-Baptiste d’Orgel.

La Vengeance du loup est une lecture addictive, portée par une très belle écriture ; j’ai littéralement été happée par cette histoire de vengeance qui se transmet comme un héritage et cette plongée dans le pouvoir politique, sa quête et ses échelons. Un roman initiatique passionnant, dévoré avec délectation ; romanesque et entêtant. J’ai même souri en reconnaissant une ou deux figures politiques sous les traits de certains personnages. Mais qui me laisse sur ma faim ! On attend la suite…

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« Ne regrette jamais rien dans la vie. Tente, ose, casse-toi la figure, mais essaie au moins d’aller jusqu’au bout de tes rêves. Il n’y a rien de plus détestable que la rancœur et la frustration. »

Benny Barbash – Little Big Bang ****

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Éditeur : Zulma – Date de parution : janvier 2011 – 176 pages

4ème de couverture : « Un peu d’obésité chez un honnête homme israélien est loin d’être une disgrâce. Sauf s’il décide de maigrir à tout prix. Malgré les moqueries affectueuses de son épouse et des grands-parents, notre homme multiplie en vain les régimes : tout fruit, tout viande, ou tout carotte. Une diététicienne de renom lui recommande le tout olive. Il finit par avaler un noyau qui se fiche dans l’épigastre. Et voilà qu’un beau jour quelque chose bourgeonne de son oreille gauche, une pousse d’olivier dirait-on, phénomène qui sera à l’origine d’un véritable big-bang local…
A partir d’un événement pour le moins insolite, traité à la manière positive du conteur, Benny Barbash nous offre une fable à mourir de rire, d’une pertinence abrasive. Dans le contexte épineux du drame palestinien et de l’occupation des territoires… »

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J’ai adoré cette fable moderne à l’humour vif et acéré! Ce roman savoureux se lit d’une traite. On se régale tout simplement d’une telle lecture. C’est l’histoire d’un père de famille qui décide de perdre du poids et teste à cet effet différents régimes plutôt curieux. Il en fait notamment un à base d’olives et un noyau se coince dans sa gorge. Le lendemain, il se rend compte qu’un olivier est en train de pousser dans son oreille gauche… Le ton est décalé, l’histoire insolite, je n’ai pas cessé de rire. C’est une lecture qui change de ce que j’ai pu lire auparavant et qui ne ressemble vraiment à aucune autre.

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« Abu Rudjum fixa la ligne d’horizon et répondit avec tristesse que les gens se coltinaient des choses bien pires, des cancers de l’intestin, un cœur empli de méchanceté, des cauchemars, des espoirs jamais réalisés… »