Gillian Flynn – Nous allons mourir ce soir ***

Couverture-Nouvelle-Flynn-mourir-ce-soir

Éditeur : Sonatines – Date de parution : 2016 – 60 pages

*

La narratrice – dont on ne connaîtra pas le nom – travaille dans une drôle d’entreprise : elle est à la fois vendeuse de branlettes à des hommes mariés et diseuse de bonne aventure pour des femmes riches et désœuvrées. Arnaqueuse en herbe à l’enfance difficile, son savoir-faire lui a été transmis par sa mère. Elle a développé au fil des années un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs.

Un jour, Susan, jeune mère de famille riche et désespérée, vient la consulter. La narratrice la trouve tout de suite différente des autres femmes. Attiré par l’appât du gain, elle lui propose son aide et se rend chez elle, au Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante qui dégage une aura particulière, comme si elle était vivante… La narratrice y rencontre le beau-fils de Susan, Miles, un adolescent sombre et effrayant, qui ne semble pas faire une simple crise d’adolescence…

Gillian Flynn excelle dans l’art de planter le décor et de distiller une atmosphère macabre en quelques pages seulement… Cette lecture m’a tout de suite glacée. Un roman sur la manipulation et le mensonge absolument génial, dont la chute est inattendue. J’ai adoré me sentir moi-même manipulée… Une lecture courte et intense, qui se dévore et qui nous laisse avec un sentiment très étrange mêlé d’angoisse et de questions avortées.

Sonja Delzongle – Quand la neige danse ***

product_9782072708237_195x320

Éditeur : Folio – Date de parution : avril 2017 – 487 pages

*

2014. A Crystal Lake, petite ville en Illinois qui connaît un hiver particulièrement rude, quatre fillettes, âgées de quatre à onze ans, disparaissent. Un mois plus tard, les parents reçoivent une boîte à chaussures contenant une poupée qui se trouve être le sosie de leur enfant, habillée comme le jour de sa disparition.

1991. Un jardinier aide Pupa à s’échapper de l’hôpital psychiatrique où elle est internée pour troubles schizophréniques. En effet, la jeune femme entend sa poupée lui parler…

Joe Lasko fait parti de ces parents endeuillés. Sa fille Lieserl avait quatre ans lorsqu’elle a disparu alors qu’elle faisait du patin à glace sur le lac gelé avec sa baby-sitter. Il est contacté par son amour de jeunesse, Eva, devenue détective privée. Ensemble ils décident de mener leur propre enquête en parallèle de la police, aidés par Hannah Baxter, une profileuse assez spéciale et hantée par un sombre passé.

J’ai été particulièrement surprise par le personnage original d’Al Stevens, ce policier épris de littérature et de philosophie, qui dévore du Nietzsche en rentrant chez lui pour se consoler et tenter de comprendre le monde dans lequel il vit.

L’ambiance de ce thriller est saisissante, et l’intrigue m’a immédiatement happée ; au fil des pages, le mystère s’épaissit pour laisser peu à peu la place au dénouement final. Un thriller haletant et passionnant, qui tient toutes ses promesses, malgré certains passages que j’ai trouvé un peu clichés et surfaits. En bref, un excellent moment de lecture, que je vous recommande.

Merci aux éditions Folio pour m’avoir fait parvenir cette lecture en avant-première !

***

« Dans cette neige qui danse, elle voit une métaphore de la vie. Une formation – la naissance -, un parcours – la trajectoire et la façon dont elle tombe -, puis la dissolution ou la fonte – la mort. La libération. Elle n’y échappera pas non plus. Elle aimerait être un de ces cristaux à la structure parfaite avant de mourir. »

« Comme le scientifique, le policier est un enquêteur, un chercheur de vérité. Et son pire ennemi est son humanité. Débarrasser le monde du germe du Mal, comme traquer et éliminer les virus et les bactéries, telle était sa tâche, dans laquelle l’empathie n’avait pas sa place. »

Kate O’Riordan – La fin d’une imposture ***

004566579

Éditeur : Folio – Date de parution : janvier 2017 – 437 pages

*

La veille de Noël, deux policiers frappent à la porte d’une jolie maison d’une banlieue chic de Londres. La nouvelle qu’ils ont à annoncer va bouleverser irrémédiablement la famille de Rosalie et Luke ; leur fils, Rob, s’est noyé en Thaïlande. Cette annonce est le début d’une lente désagrégation familiale. Des mois de descente aux enfers vont suivre au sein de cette famille, dont le couple est déjà fragilisé par l’infidélité du mari. Leur fille Maddie, rongée par le chagrin, est persuadée d’être responsable de la mort de son frère ; quelques mois plus tard, elle se retrouve internée en hôpital psychiatrique, à la suite d’une violente agression dont elle ne veut rien dire.

Alors que mère et fille participent à une thérapie de groupe, elles font la connaissance de Jed Cousins, un jeune homme terriblement charismatique. La descente aux enfers semblent cesser depuis son arrivée dans leur vie : Maddie retrouve le sourire, Rosalie et Luke semblent soulagés. La présence de Jed produit un effet miraculeux sur leur vie de famille. Mais d’ou vient-il ? Qui est-il vraiment ?

Le mystère s’installe, dans une atmosphère très dérangeante. Le thriller psychologique se tisse au fil des pages, et remplace peut à peu la tragédie familiale. Le diable semble se tapir dans le moindre détail de ce huis clos familial au sein duquel un jeune homme venu d’on ne sait où s’est fait une place.

Un thriller machiavélique, où la question du divin et du diable n’est jamais loin, qui nous donne des nœuds au ventre et quelques bonnes sueurs froides. J’avais hâte de terminer ce bouquin, à la fois pour connaître le fin mot de l’histoire, mais aussi pour sortir de cette atmosphère vraiment oppressante…

***

« Rosalie eut-elle un pressentiment entre la cuisine et l’entrée ? Elle se poserait par la suite des centaines de fois la question. Peut-être était-ce la tentative vaine de revivre un dernier instant ordinaire avant que sa main ne se tende vers la porte. N’importe quel dernier instant normal avant que le battant s’ouvre, et que leur famille soit à jamais bouleversée. »

Wendy Walker – Tout n’est pas perdu ***

couverture-roman-walker-tout-pas-perdu

Éditeur : Sonatine – Date de parution : mai 2016 – 320 pages

*

Jenny est une adolescente de seize ans. Un soir d’été, alors que se déroule une grosse soirée, elle se fait violer en lisière de la forêt de Fairview, petite bourgade de province. En état de choc physique et psychologique, on lui administre un traitement pour lui faire oublier cet événement traumatique ; s’efface de sa mémoire la longue heure pendant laquelle elle se fait violer. Sauf que le corps se souvient ; il n’oublie jamais. Son psychiatre va alors chercher à lever le voile sur la vérité et faire émerger des souvenirs de l’agresseur, en interrogeant Jenny et ses parents ; son père, détruit par ce viol et rongé par le fait qu’il n’a pas su protéger son enfant ; sa mère, plus énigmatique, plus distante.

La vérité est-elle toujours bonne à dire ? C’est dans cette plaie que le couteau s’enfonce et c’est sur cette question que ce thriller insiste. C’est le psychiatre qui mène la danse de la narration, on plonge dans les méandres de ses pensées et de sa vie. Selon lui,  « aucune relation ne peut survivre à la vérité pure, la vérité absolue. » Dans cette quête de l’agresseur, les tensions familiales et les secrets seront mis à nu…

L’originalité de ce thriller tient donc à ce point de vue interne du psychiatre. Un personnage pour lequel on éprouve des sentiments très mêlés… J’avoue avoir eu beaucoup de mal à éprouver de l’empathie pour lui, et à savoir vraiment à quoi m’en tenir vis-à-vis de sa personnalité, de son éthique. On découvre le pouvoir machiavélique de la psychiatrie, la manipulation des souvenirs à portée de mains…

Au final, ce thriller m’a laissée perplexe ; le dénouement m’a quelque peu déçue, mais en même temps, j’ai trouvé le déroulement de l’intrigue très ingénieux et intelligent. Ça reste une lecture originale, avec beaucoup de potentiel, qui se lit d’une traite.

Celeste Ng – Tout ce qu’on ne s’est jamais dit ****

couverture-roman-celeste-ng-tout-jamais-dit

Éditeur : Sonatine – Date de parution : mars 2016 – 320 pages

*

Lorsqu’on commence la lecture de ce singulier polar, Lydia Lee a déjà disparu, elle n’est pas rentrée de toute la nuit. Elle est morte, mais ses parents ne le savent pas encore. Nous sommes à la fin des années 70, aux États-Unis. Sa mère Marilyn est femme au foyer, elle a fait des études de médecines qui demeurent inachevées et a décidé que sa fille serait le médecin qu’elle n’a pu être. Son père James, d’origine chinoise, est professeur d’Histoire à l’université, il a beaucoup souffert de sa différence et du regard des autres. Son frère Nath semble très proche de Lydia, observateur, il est celui qui la comprend le mieux. Quant à Hannah, c’est la petite dernière, celle qui traîne toujours dans les pattes, qu’on ne voit pas forcément mais qui entend tout.

Les parents appellent la police, commencent à contacter les amies que Lydia fréquentaient… mais ils s’aperçoivent rapidement que personne ne sait où elle est, que personne ne la connaissait vraiment, ni ne la fréquentait réellement. Seul son frère Nath sait que Lydia traînait souvent avec le fils des voisins, Jack…

Chaque membre de la famille se dévoile avec ses pensées, ses complexités. Nous découvrons peu à peu le passé de chacun des parents, leur différence, le milieu d’où ils viennent, les événements qui l’ont conduit au drame. Car comme le narrateur le souligne justement : « Comment est-ce que ça a commencé ? Comme toujours : avec les mères et les pères. » Alors, nous remontons aux racines du mal, aux racines familiales, ces héritages qui pèsent sur les épaules des enfants. Ces héritages dont ils se seraient bien passé.

Dès les premières pages, j’ai senti que ce roman policier ne serait pas comme les autres, qu’il serait différent, qu’il ferait partie de ces livres qui ne vous quittent plus et auxquels on pense longtemps après…

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, c’est tout ce que chacun a gardé au fond de soi, tous les mots – et les maux du passé – qui n’ont jamais fait surface. Avec talent, l’auteure fait émerger ces non-dits, ces regrets qui pèsent sur les épaules des enfants, de génération en génération, le poids des désirs parentaux. Un roman qui met l’accent également sur le statut de la femme dans les années 70, leur problématique émancipation.

C’est en fait un très beau roman psychologique, sur la différence, l’héritage des rêves parentaux, qui déroule sa vérité tout en pudeur. Un roman noir qui se raconte comme un chuchotement, de façon terriblement juste, diffusant à la fois une telle force et une telle douceur que j’en ai été émue aux larmes.

Un coup de   ❤

 ***

« Ce mot essentiel : demain. Chaque jour, Lydia le chérissait. Demain je t’emmènerai au musée voir les os de dinosaures. Demain on apprendra des choses sur les arbres. Demain on étudiera la Lune. Chaque soir une petite promesse arrachée à sa mère : qu’elle serait là le lendemain matin. »

« Qu’est-ce qui rendait une chose précieuse ? La perdre et la retrouver. Toutes ces fois où il avait fait semblant de la perdre. Il se laisse tomber sur la moquette, étourdi de chagrin. »

Barbara Garlaschelli – Alice dans l’ombre ***

alice-dans-l-ombre-livre-occasion-45126

Éditeur : Rivages / Noir – Date de parution : 2004 – 176 pages

*

Dans ce court polar, le texte alterne un présent angoissant – où une jeune femme, Alice, se trouve plongée dans le noir d’une pièce, d’une immense villa italienne, dans laquelle elle a vécu avec « lui ». Une hache à la main, elle déambule dans le labyrinthe des couloirs sans fin, « le » guettant derrière chaque porte… – et un passé où Alice est encore une enfant de neuf ans, abandonnée par un père qu’elle adorait et dont la mère ne cesse de le critiquer. Elle découvre pour la première fois cette villa dont les persiennes ne laissent filtrer qu’un soupçon de soleil, quelque soit le moment de l’année, et fait la connaissance de Sofia, la curieuse amie de sa mère, et de son fils Maxi.

Un thriller terrifiant qui se dévore d’une traite… L’angoisse et la tension montent crescendo, à travers de courts chapitres, qui tiennent parfois en quelques mots, quelques phrases ciselées. Page après page, nous cheminons à toute allure dans ce chassé-croisé entre passé et présent, dans cette chasse en huis clos, jusqu’à la révélation finale, saisissante.

***

« Il y a des pensées qui ont des dents. Qui, lorsque tu les as, te font mal. Il y a des pensées que tu t’efforces de ne jamais avoir parce qu’une fois que tu les as eues, rien n’est plus jamais comme avant. Être libre. Être vivante. Pouvoir choisir. Mieux aurait valu que je n’y aie jamais pensé. Il y a des pensées qui ont des dents. Et lorsque tu les as, elles commencent à te manger. »