Sandrine Collette – Des noeuds d’acier **

9782253176015-001-T

Le Livre de Poche – 2014 – 264 pages

*

L’Affaire Théo Béranger a défrayé la chronique au cours de l’été 2002. Théo n’avait rien d’un ange. Un homme qui avait la violence chevillée au corps. Qui juste avant les faits, venait de sortir de prison pour avoir massacré son frère.

La narratrice, dont on ne connaît pas l’identité nous livre le journal de Théo, qu’elle a eu entre les mains. L’homme y raconte sa fuite dans un petit village de campagne, ses longues balades dans la nature, conseillée par sa logeuse Mme Mignon. L’éclat dans ses yeux ce matin là quand elle lui recommande d’emprunter ce petit sentier pour accéder à une vue incroyable… Et puis la façon dont il tombe sur une vieille bâtisse éloignée de tout et sur deux vieillards. La façon dont il se retrouve assommé et enchaîné dans leur cave.

Un roman glauque qui me pétrifie de plus en plus au fur et à mesure que j’avance dans ma lecture. Arrivé au milieu, j’hésite même à abandonner. C’est lent et sordide à souhait et le sentiment de malaise qui s’installe en moi s’épaissit. Je n’ai qu’une envie, finir cette lecture au plus vite. La tension grimpe dans les dernières pages. L’angoisse aussi. Un captivity thriller très bien ficelé et efficace, à lire quand on a le moral !

Camilla Grebe – Un cri sous la glace **

2449129-gf

Le Livre de Poche – 2018 – 502 pages

*

Jespere Orre, PDG controversé et mal-aimé d’une célèbre chaîne de prêt-à-porter scandinave, demande en mariage Emma, l’employée d’une de ses boutiques. La jeune femme est obligée de garder ses fiançailles secrètes jusqu’au jour J…

Deux mois plus tard, le corps atrocement mutilé d’une femme est découvert dans la maison de Jesper Orre. En découvrant la scène de crime, Peter et son collègue enquêteur ne peuvent s’empêcher de penser à un crime similaire qui a eu lieu il y a dix ans et qui ne fut jamais élucidé. Ils reprennent contact avec Hanne, une profileuse avec qui Peter a rompu il y a dix ans et qu’il n’a plus jamais revue… Hanne qui tient à tout prix à dissimuler sa maladie.

Au fil des chapitres, les voix de Peter et d’Hanne retentissent, ainsi que celle d’Emma, deux mois plus tôt…

Un thriller qui se révèle vite addictif, que je dévore au début sans trop savoir où je vais. L’écriture de Camilla Grebe est efficace ; l’alternance des points de vue et des temporalités est cohérente.

Hélas, dès la page 389 je devine sans difficultés le dénouement final. Je termine donc ce thriller sans surprise et déçue, avec une fin bien trop convenue et prévisible. Dommage !

Nathalie Bernard – Sept jours pour survivre ***

Sept-jours-pour-survivre

Thierry Magnier – 2017 – 272 pages

*

A Montréal, Nita Rivière se fait enlever le jour de son 13ème anniversaire, alors qu’elle chemine vers son collège. La jeune amérindienne se réveille quelques heures plus tard dans une cabane perdue au coeur de la forêt canadienne enneigée… Seule face à son agresseur au regard empreint de folie.

Nous suivons en alternance l’enquête qui s’ouvre sur l’enlèvement de l’adolescente, menée par les agents Gautier Saint-James et Valérie Lavigne. Au début, les enquêteurs pensent à une fugue ; Nita en a tout à fait le profil : son père est en prison, elle s’habille de façon gothique, est accro à une célèbre série de zombies et adore photographier les édifices et lieux désaffectés, les plaques d’égouts.

7 chapitres comme 7 leçons de survie – leçons qui vont aider l’adolescente à garder espoir et à se battre au sein de cette nature dépeuplée et hostile pendant 7 jours. Forcément je pense à mes précédentes lectures, Manuel de survie à l’usage des jeunes filles, Terres fauvesLe thème de la nature et de la survie ne cesse de m’attirer dans ses filets ces derniers temps.

Très vite l’intrigue m’a captivée. Sept jours pour survivre est un thriller jeunesse d’une qualité rare, impossible à lâcher, dont le rythme est soutenu – on tourne les pages en frissonnant, la boule au ventre. C’est angoissant, haletant et très bien écrit. Sur fond de thriller, Nathalie Bernard évoque la problématique des disparitions de jeunes filles amérindiennes qui demeurent inexpliquées au Canada et dont les enquêtes sont trop souvent négligées et demeurent sans suite.

Olivier Norek – Surface ****

9782266287999_1_75

Pocket – mars 2020 – 394 pages

*

La capitaine de police Noémie Chastain reçoit une décharge de fusil de chasse en plein visage pendant une descente dans l’appartement d’un narco-trafiquant. Nous la retrouvons quelques heures plus tard sur son lit d’hôpital, à sa sortie du bloc opératoire. Une quinzaine de plomb ont atteint la partie droite de son visage comme autant d’étoiles inscrites dans sa chair ; une cicatrice en forme de croissant de lune est désormais gravée sur sa joue droite.

Dans le miroir, Noémie ne se reconnaît pas ; cette femme défigurée ne peut pas être elle. Et puis son homme prend la fuite… Alors désormais, elle sera No, tout court.

No n’a qu’une hâte, réintégrer son poste à la brigade des Stups pour se jeter à corps perdu dans le travail. Mais le prestigieux 36 Quai des Orfèvres ne veut plus de cette capitaine de police hier encore héroïne nationale… On prépare sa mise au placard en l’envoyant un mois dans l’Aveyron, à Decazeville, un petit village bien trop paisible.

Surface est un polar qui se révèle fascinant dès les premières pages. L’écriture me captive dès les premiers mots. Noémie Chastain est un personnage très singulier, blessée et attachante. On se prend d’affection pour elle immédiatement ; sa vulgarité, son franc parler, sa vulnérabilité qu’elle masque avec une ironie et une répartie sans pareilles. Un portrait de femme unique ! Olivier Norek nous livre un thriller efficace et percutant, à l’intrigue bien ficelée et aux nombreux rebondissements jusqu’à la dernière page…! Une vraie réussite

Salvatore Minni – Anamnèse *

51kS+zByydL._SX195_

Slatkine & Cie – octobre 2019 – 288 pages

*

Chaque nuit, Marie rêve d’une femme en sang, poignardée, qui la supplie. Chaque matin, elle se lève, en état de choc, pour aller travailler. Elle est psychanalyste, elle reçoit ses patients et analyse leurs rêves – des cas souvent complexes et délicats. Parmi eux, Jack Lee, un homme profondément torturé et versatile, traumatisé par la mort de sa femme et de sa fille. Quand Marie ne cauchemarde pas, elle reçoit des appels d’un homme qu’elle ne connaît pas et qui l’appelle Vanessa et réclame vengeance…

Un thriller étrange et tortueux qui distille l’angoisse petit à petit. Des personnages énigmatiques mais avec finalement assez peu de profondeur et une intrigue sombre et surprenante, qui nous égare beaucoup trop. Ajoutez à cela des dialogues un peu guindés… Quelle déception ! J’ai fini par trouver ce thriller complètement tiré par les cheveux avec un retournement de situation incompréhensible et une fin alambiquée. Bref, j’ai cru tout comprendre au bout de 100 pages pour finir par ne plus rien comprendre du tout.

Eric Tourville – Chimaeris ***

Chimaeris

Editeur : Slatkine & Cie – Date de parution : février 2018 – 480 pages

*

« Les gènes sont notre part d’éternité. »

Nous sommes dans le Vermont, pas loin de Salem. A la suite de l’appel d’un chasseur, Alex Fremont se rend dans une vieille ferme délabrée où il découvre quatre corps de gamines carbonisés. Sur la porte, un pentagramme peint en rouge. Une cinquième fillette semble s’être enfuie.

Quelques jours après cette macabre découverte, les fermiers qui vivent aux alentours de la ferme Higgins retrouvent leurs chiens éviscérés. On ne trouve plus d’oiseaux ni de gibier dans un rayon de vingt kilomètres autour de la ferme et les récoltes pourrissent sur pieds. Il faut dire que la vieille bâtisse a très mauvaise réputation – elle a été notamment le lieu d’un massacre en 1968.

La découverte de ces quatre cadavres et la façon dont les gamines ont trouvé la mort fait renaître les superstitions de chacun et semble mettre à mal les croyances des uns et des autres. Fremont se lance dans cette enquête, aidé de son vieil ami Edward Todd, médecin légiste très réputé.

Fremont est un flic attachant, qui tente avec les mots de maintenir le réel à distance, afin de survivre à l’insoutenable horreur de son métier. Son quotidien lui a apprend tous les jours que, bien souvent, les criminels n’ont pas besoin de prétexte pour faire le mal. J’ai aimé ce personnage de flic un peu torturé par son histoire personnelle – une histoire somme toute banale : une rencontre un enfant un divorce, l’usure du temps.

Un bouquin qui commence à la façon de n’importe quel thriller et qui peu à peu gagne en épaisseur et en intérêt. C’est bien simple, une fois commencé je n’ai pu le lâcher ! Eric Tourville manie habilement les codes du roman noir et la lecture se révèle haletante et fascinante. Un thriller qui aborde des questions de sciences et d’exobiologie, déploie des réflexions sur la destinée génétique, le déterminisme biologique – est-on programmé par son ADN pour ressembler à ses parents ? Peut-on changer ? Le comportement humain est-il essentiellement gouverné par le patrimoine génétique ? C’est également la criminalité et l’origine de la violence qui sont questionnées au travers de cette lecture.

Une enquête qui mêle peu à peu les « terreurs archaïques face au Démon et aux sorcières et des peurs plus modernes touchant à la radioactivité et aux extraterrestres ». Ajoutez à cela un suspense savamment étudié – arrivée à la page 300 le mystère reste entier, et ce jusqu’aux dernières pages… Chimaeris est un thriller intelligent et addictif qui m’a fait aller de surprise en surprise.

 

Gillian Flynn – Nous allons mourir ce soir ***

Couverture-Nouvelle-Flynn-mourir-ce-soir

Éditeur : Sonatines – Date de parution : 2016 – 60 pages

*

La narratrice – dont on ne connaîtra pas le nom – travaille dans une drôle d’entreprise : elle est à la fois vendeuse de branlettes à des hommes mariés et diseuse de bonne aventure pour des femmes riches et désœuvrées. Arnaqueuse en herbe à l’enfance difficile, son savoir-faire lui a été transmis par sa mère. Elle a développé au fil des années un véritable don pour décrypter la psychologie de ses interlocuteurs.

Un jour, Susan, jeune mère de famille riche et désespérée, vient la consulter. La narratrice la trouve tout de suite différente des autres femmes. Attiré par l’appât du gain, elle lui propose son aide et se rend chez elle, au Carterhook Manor, une vieille demeure inquiétante qui dégage une aura particulière, comme si elle était vivante… La narratrice y rencontre le beau-fils de Susan, Miles, un adolescent sombre et effrayant, qui ne semble pas faire une simple crise d’adolescence…

Gillian Flynn excelle dans l’art de planter le décor et de distiller une atmosphère macabre en quelques pages seulement… Cette lecture m’a tout de suite glacée. Un roman sur la manipulation et le mensonge absolument génial, dont la chute est inattendue. J’ai adoré me sentir moi-même manipulée… Une lecture courte et intense, qui se dévore et qui nous laisse avec un sentiment très étrange mêlé d’angoisse et de questions avortées.

Sonja Delzongle – Quand la neige danse ***

product_9782072708237_195x320

Éditeur : Folio – Date de parution : avril 2017 – 487 pages

*

2014. A Crystal Lake, petite ville en Illinois qui connaît un hiver particulièrement rude, quatre fillettes, âgées de quatre à onze ans, disparaissent. Un mois plus tard, les parents reçoivent une boîte à chaussures contenant une poupée qui se trouve être le sosie de leur enfant, habillée comme le jour de sa disparition.

1991. Un jardinier aide Pupa à s’échapper de l’hôpital psychiatrique où elle est internée pour troubles schizophréniques. En effet, la jeune femme entend sa poupée lui parler…

Joe Lasko fait parti de ces parents endeuillés. Sa fille Lieserl avait quatre ans lorsqu’elle a disparu alors qu’elle faisait du patin à glace sur le lac gelé avec sa baby-sitter. Il est contacté par son amour de jeunesse, Eva, devenue détective privée. Ensemble ils décident de mener leur propre enquête en parallèle de la police, aidés par Hannah Baxter, une profileuse assez spéciale et hantée par un sombre passé.

J’ai été particulièrement surprise par le personnage original d’Al Stevens, ce policier épris de littérature et de philosophie, qui dévore du Nietzsche en rentrant chez lui pour se consoler et tenter de comprendre le monde dans lequel il vit.

L’ambiance de ce thriller est saisissante, et l’intrigue m’a immédiatement happée ; au fil des pages, le mystère s’épaissit pour laisser peu à peu la place au dénouement final. Un thriller haletant et passionnant, qui tient toutes ses promesses, malgré certains passages que j’ai trouvé un peu clichés et surfaits. En bref, un excellent moment de lecture, que je vous recommande.

Merci aux éditions Folio pour m’avoir fait parvenir cette lecture en avant-première !

***

« Dans cette neige qui danse, elle voit une métaphore de la vie. Une formation – la naissance -, un parcours – la trajectoire et la façon dont elle tombe -, puis la dissolution ou la fonte – la mort. La libération. Elle n’y échappera pas non plus. Elle aimerait être un de ces cristaux à la structure parfaite avant de mourir. »

« Comme le scientifique, le policier est un enquêteur, un chercheur de vérité. Et son pire ennemi est son humanité. Débarrasser le monde du germe du Mal, comme traquer et éliminer les virus et les bactéries, telle était sa tâche, dans laquelle l’empathie n’avait pas sa place. »

Kate O’Riordan – La fin d’une imposture ***

004566579

Éditeur : Folio – Date de parution : janvier 2017 – 437 pages

*

La veille de Noël, deux policiers frappent à la porte d’une jolie maison d’une banlieue chic de Londres. La nouvelle qu’ils ont à annoncer va bouleverser irrémédiablement la famille de Rosalie et Luke ; leur fils, Rob, s’est noyé en Thaïlande. Cette annonce est le début d’une lente désagrégation familiale. Des mois de descente aux enfers vont suivre au sein de cette famille, dont le couple est déjà fragilisé par l’infidélité du mari. Leur fille Maddie, rongée par le chagrin, est persuadée d’être responsable de la mort de son frère ; quelques mois plus tard, elle se retrouve internée en hôpital psychiatrique, à la suite d’une violente agression dont elle ne veut rien dire.

Alors que mère et fille participent à une thérapie de groupe, elles font la connaissance de Jed Cousins, un jeune homme terriblement charismatique. La descente aux enfers semblent cesser depuis son arrivée dans leur vie : Maddie retrouve le sourire, Rosalie et Luke semblent soulagés. La présence de Jed produit un effet miraculeux sur leur vie de famille. Mais d’ou vient-il ? Qui est-il vraiment ?

Le mystère s’installe, dans une atmosphère très dérangeante. Le thriller psychologique se tisse au fil des pages, et remplace peut à peu la tragédie familiale. Le diable semble se tapir dans le moindre détail de ce huis clos familial au sein duquel un jeune homme venu d’on ne sait où s’est fait une place.

Un thriller machiavélique, où la question du divin et du diable n’est jamais loin, qui nous donne des nœuds au ventre et quelques bonnes sueurs froides. J’avais hâte de terminer ce bouquin, à la fois pour connaître le fin mot de l’histoire, mais aussi pour sortir de cette atmosphère vraiment oppressante…

***

« Rosalie eut-elle un pressentiment entre la cuisine et l’entrée ? Elle se poserait par la suite des centaines de fois la question. Peut-être était-ce la tentative vaine de revivre un dernier instant ordinaire avant que sa main ne se tende vers la porte. N’importe quel dernier instant normal avant que le battant s’ouvre, et que leur famille soit à jamais bouleversée. »

Wendy Walker – Tout n’est pas perdu ***

couverture-roman-walker-tout-pas-perdu

Éditeur : Sonatine – Date de parution : mai 2016 – 320 pages

*

Jenny est une adolescente de seize ans. Un soir d’été, alors que se déroule une grosse soirée, elle se fait violer en lisière de la forêt de Fairview, petite bourgade de province. En état de choc physique et psychologique, on lui administre un traitement pour lui faire oublier cet événement traumatique ; s’efface de sa mémoire la longue heure pendant laquelle elle se fait violer. Sauf que le corps se souvient ; il n’oublie jamais. Son psychiatre va alors chercher à lever le voile sur la vérité et faire émerger des souvenirs de l’agresseur, en interrogeant Jenny et ses parents ; son père, détruit par ce viol et rongé par le fait qu’il n’a pas su protéger son enfant ; sa mère, plus énigmatique, plus distante.

La vérité est-elle toujours bonne à dire ? C’est dans cette plaie que le couteau s’enfonce et c’est sur cette question que ce thriller insiste. C’est le psychiatre qui mène la danse de la narration, on plonge dans les méandres de ses pensées et de sa vie. Selon lui,  « aucune relation ne peut survivre à la vérité pure, la vérité absolue. » Dans cette quête de l’agresseur, les tensions familiales et les secrets seront mis à nu…

L’originalité de ce thriller tient donc à ce point de vue interne du psychiatre. Un personnage pour lequel on éprouve des sentiments très mêlés… J’avoue avoir eu beaucoup de mal à éprouver de l’empathie pour lui, et à savoir vraiment à quoi m’en tenir vis-à-vis de sa personnalité, de son éthique. On découvre le pouvoir machiavélique de la psychiatrie, la manipulation des souvenirs à portée de mains…

Au final, ce thriller m’a laissée perplexe ; le dénouement m’a quelque peu déçue, mais en même temps, j’ai trouvé le déroulement de l’intrigue très ingénieux et intelligent. Ça reste une lecture originale, avec beaucoup de potentiel, qui se lit d’une traite.