Sandrine Collette – Des noeuds d’acier **

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Le Livre de Poche – 2014 – 264 pages

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L’Affaire Théo Béranger a défrayé la chronique au cours de l’été 2002. Théo n’avait rien d’un ange. Un homme qui avait la violence chevillée au corps. Qui juste avant les faits, venait de sortir de prison pour avoir massacré son frère.

La narratrice, dont on ne connaît pas l’identité nous livre le journal de Théo, qu’elle a eu entre les mains. L’homme y raconte sa fuite dans un petit village de campagne, ses longues balades dans la nature, conseillée par sa logeuse Mme Mignon. L’éclat dans ses yeux ce matin là quand elle lui recommande d’emprunter ce petit sentier pour accéder à une vue incroyable… Et puis la façon dont il tombe sur une vieille bâtisse éloignée de tout et sur deux vieillards. La façon dont il se retrouve assommé et enchaîné dans leur cave.

Un roman glauque qui me pétrifie de plus en plus au fur et à mesure que j’avance dans ma lecture. Arrivé au milieu, j’hésite même à abandonner. C’est lent et sordide à souhait et le sentiment de malaise qui s’installe en moi s’épaissit. Je n’ai qu’une envie, finir cette lecture au plus vite. La tension grimpe dans les dernières pages. L’angoisse aussi. Un captivity thriller très bien ficelé et efficace, à lire quand on a le moral !

Jeanne Benameur – Otages intimes **

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Éditeur : Actes Sud – Date de parution : août 2015 – 191 pages

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Etienne, photographe de guerre, revient vivre chez sa mère, dans son village natal, après plusieurs mois de captivité… Il retrouve Enzo, le fils de l’Italien et Jofranka, « la petite qui vient de loin » ; ils ont passé leur enfance ensemble, ils étaient inséparables. Jofranka est partie à La Haye, où elle a choisi de consacrer sa vie aux femmes détruites par les violences des guerres, de les défendre. L’enfant abandonnée qu’elle est a trouvé en Etienne et Enzo ses frères de cœur. Tous trois avaient prêté serment de ne jamais se quitter…

Au contact de la nature et de ses amis d’enfance, Etienne va chercher à se retrouver, à se libérer de ce sentiment de captivité qui lui colle à l’âme. Comment revenir au présent ? Quelle liberté possible ? Avec talent, l’auteure nous offre l’intériorité de cet homme en perte de repères, qui semble avoir à tout réapprendre.

Jeanne Benameur questionne de façon terriblement juste la part d’otage en chacun de ses personnages, en chacun de nous. C’est avec délice que j’ai retrouvé son écriture soyeuse et poétique. Une écriture qui dit toute la puissance des mots, leur façon de blesser, de libérer.

Si au début je suis restée un peu extérieure à l’histoire, peu a peu je me suis imprégnée de ce récit et les mots m’ont touchée. Néanmoins, ce n’est pas mon roman préféré de l’auteure – Profane reste celui qui m’a le plus percutée.

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« Cela la rassérène de savoir que les livres l’attendent, qu’elle ne sera pas seule pour affronter sa propre pensée. »

« Cette nuit il fait à nouveau partie du monde, de ce monde puant la charogne où l’amour souffle quand même, ténu, tenace, dans les poitrines ignorées. »

« Faut-il qu’il y retourne ? Est-ce que sa vie, c’est cela ? Continuer à être celui qui porte témoignage, encore et encore, même si ses images sont pour le désert et qu’il crève un jour, comme un chien, seul au milieu de gens parlant une langue qu’il ne comprendra pas. »

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13ème roman lu pour le challenge 1% de la Rentrée Littéraire…

challenge rl jeunesse