Dan O’Brien – Bisons des Grandes Plaines ***

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Au Diable Vauvert – juin 2019 – 233 pages

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Dans cet opus, Dan O’Brien nous raconte le Bison des Grandes Plaines, cet animal majestueux à l’histoire tragique. Cet animal qui connaît mieux que quiconque l’histoire des Grandes Plaines. L’auteur expert de la faune et de la flore américaines, voix par excellence du nature writing, nous livre son histoire et son symbolisme.

« Quiconque est venu dans les Grandes Plaines, a passé des heures seul avec un troupeau de bisons et a regardé dans leurs yeux sombres, témoins d’un autre monde, en a été changé à jamais. Oublier ces yeux est impossible. Nul autre puits de sagesse n’est aussi profond. »

Dan vit avec son épouse au bord de la rivière Cheyenne. Leurs terres sont entourées par les prairies nationales de Buffalo Gap, et situées en bordure du parc national des Badlands et de la réserve indienne de Pine Ridge. Il s’occupe de la Wild Idea Buffalo Compagny, l’élevage extensif de bisons qu’il a créé en 1997.

Un récit passionnant sur les bisons, les Grandes Plaines et les Amérindiens – les trois sont liés. Quand progrès rime avec destruction des écosystèmes. Un livre militant, écologiquement engagé, à découvrir absolument.

« C’est l’un des paysages les plus exploités et les moins protégés du monde. Les historiens détiennent une partie de son histoire, les scientifiques, les colons et les Indiens en détiennent eux aussi une partie, mais seuls les bisons connaissent toute l’histoire. »

Richard Wagamese – Starlight ***

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Editions ZOE – août 2019 – 272 pages

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Dans l’ultime roman de Richard Wagamese, nous retrouvons Franklin Starlight, le jeune héros adolescent dans Les étoiles s’éteignent à l’aube. Franck est devenu adulte, le vieil homme est mort et il s’occupe de sa ferme. Quand il ne travaille pas la terre, il parcourt les forêts alentours afin de photographier la vie sauvage, au plus près. Depuis qu’il est enfant, il se promène seul dans la nature, il s’y ressource, il apprivoise les sons, les animaux. Il s’y sent chez lui.

« Un ciel nocturne rempli d’étoiles, le craquement et le crépitement d’un feu derrière lui dans l’obscurité, le hurlement des loups au loin dans les montagnes étaient toute la spiritualité dont il avait jamais eu besoin. »

Frank est un homme taiseux. Les mots sont un peu traîtres pour lui, il a du mal à les manier, à les apprivoiser. Il a conscience du poids des mots.

« Starlight avait toujours eu l’impression que les mots possédaient leurs propres limites. Pas tant comme des dénouements ou des finalités, mais davantage comme le lieu où ils s’arrêtent. Il y avait une lisière semblable au bord d’une falaise où les mots venaient vaciller, l’interruption de leur flux, soudaine, grisante sous l’impact de leur chute à la verticale, de sorte que, pendant un instant, tout était déséquilibré. »

L’existence rude et solitaire qu’il mène avec son ami Roth va être bouleversée le jour où débarquent dans son existence Emmy et sa fille de neuf ans, Winnie, qui fuient Cadotte, un homme alcoolique et violent. Elles sont prêtes à tout pour oublier ce passé tortueux. Prises en flagrant délit de vol, Frank propose de les héberger en échange de travail à la ferme. Emmy fera les repas, le ménage. Il fournira un toit et de la nourriture.

Ce que tous les quatre ignorent, c’est que Cadotte s’est lancé à leurs trousses, bien décidé à se venger de leur brusque fuite.

Pour Starlight, Emmy et sa fillette sont comme deux créatures un peu sauvages, craintives. Au contact de la nature, mère et fille vont panser leurs blessures. Il va leur apprendre à y vivre, à la sentir, la ressentir… Ensemble, ils s’aventurent dans les profondeurs de la forêt ; dorment sous la tente. Ils apprennent à sentir le pouls de la nature, à percevoir les choses.

Richard Wagamese nous embarque dans l’immense et sauvage Colombie-Britannique à travers ce magnifique roman qui hélas demeure inachevé… Page après page, j’ai été saisie par la fulgurance des mots et leur poésie et les virées en pleine nature m’ont happée par leur réalisme et leur beauté.

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« Quand elle tint enfin dans ses mains les mocassins achevés, l’idée de marcher était devenue, au fil de leur réalisation, équivalente à entrer dans une contrée étrangère, les seules cartes nécessaires étant les plantes de ses pieds. »

Pete Fromm – La Vie en chantier ****

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Gallmeister – Septembre 2019 – 487 pages

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Taz et Marnie sont un couple épanoui, heureux. Depuis trois ans qu’ils ont acheté leur petite maison à Missoula dans le Montana pour une bouchée de pain, ils n’ont pas beaucoup avancé les travaux… Le salon est encore en chantier lorsque Marnie annonce qu’elle est enceinte à Taz. Bouleversés, ils vont tenter de faire progresser les travaux avant l’arrivée du bébé… Tout en continuant leurs balades au cœur des forêts de pins ponderosa, sur leur petit bout de plage au bord de la Clearwater, méconnu de tous. Mais lorsque Marnie meurt d’une embolie pulmonaire juste après avoir accouché, Taz se retrouve anéanti comme jamais, avec sa fille Midge, dont il va devoir apprendre à s’occuper…

La vie en chantier, c’est celle de Taz, après la mort de l’amour de sa vie. Jour après jour, Pete Fromm nous raconte cet homme, ébéniste de métier, sa lente reconstruction malgré le chagrin qui s’agrippe à lui ; son quotidien se déroule sous nos yeux, avec sa fille qui grandit, qu’il apprend à connaître. La paternité, qu’il apprivoise. La tête, qu’il sort peu à peu de l’eau. La voix de Marnie qui résonne dans sa tête, son corps qui le hante. L’entrée d’Elmo dans leurs vies. Comment apprend-t-on à vivre sans l’autre ?

J’avais à peine lu 50 pages que je pleurais déjà… Et par moment, je me surprenais à sourire, malgré tout. Un roman profondément humain, où les épreuves de la vie tout comme la banalité du quotidien sont décrits avec beaucoup de justesse et où la question du deuil est sublimée par l’écriture, dénuée de tout pathos, de toute mièvrerie. Je l’ai dévoré à toute allure, retardant cependant le moment de me séparer de ces personnages qui au fond nous ressemblent… ❤

Henry D. Thoreau – La Succession des arbres en forêt ***

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Le mot et le reste – juin 2019 – 80 pages

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Henry David Thoreau, ce nom me fascine depuis longtemps. J’ai son journal dans ma pal. Et j’ai très envie de découvrir son fameux Walden, rédigé à partir de sa retraite dans une cabane qu’il a construite près du lac Walden. Henry David Thoreau, c’est cet homme amoureux de la nature, qui rejette le conformisme de la civilisation ; à la fois homme de science et littéraire, il est considéré comme étant à l’origine du nature writing.

Ce petit ouvrage est constitué autour du texte d’une conférence que Thoreau a tenue devant la société d’agriculture du Middlesex à Concord, en 1860 – deux ans avant sa mort, à quarante cinq ans. Il s’adresse donc à des fermiers, des agriculteurs. Il y démontre le lien entre le déplacement des graines par divers agents de la Nature – écureuils, oiseaux et autres petites bestioles – et le renouvellement des arbres en forêts. Il prouve ainsi qu’il s’agit d’un phénomène naturel alors que certains abusent encore des théories créationnistes. Un texte fort et engagé qui résonne encore aujourd’hui et demeure actuel ; Thoreau apparaît comme un précurseur en matière d’écologie. L’introduction et la postface permettent d’éclairer la pensée du naturaliste et apportent des éléments de réflexion supplémentaires.

Lu dans le cadre d’une masse critique Babelio

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Rick Bass – Le ciel, les étoiles, le monde sauvage **

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Éditeur : 10-18 – Date de parution : 2002 – 284 pages

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Je découvre Rick Bass avec ce recueil de trois nouvelles. Trois textes plus ou moins longs dont les intrigues se déroulent au sein du monde sauvage et naturel. On découvre des personnages en proie à la solitude, et confrontés à la fuite et la rupture. Si les nouvelles sont assez inégales, je garde en mémoire deux figures de femmes, assez marquantes.

* Dans la première nouvelleJudith quitte brusquement la tanière de Trappeur, avant qu’il ne soit trop tard ; avant de s’enliser dans sa folie et sa maladie. Après une crise de trop, la jeune femme s’échappe dans la nuit en brisant une vitre. Elle fuit à cause « des bandes rouges et vertes qui striaient le ciel » – les hypnotiques aurores boréales. Trappeur à ses trousses, le cœur brisé. La chasse commence.

* Et cette femme-enfantdans la dernière nouvelle – qui se souvient de son enfance au contact de la nature, des bois et des animaux. Du jour où elle trouve le corps sans vie d’un aigle si grand qu’elle le prend au début pour un humain recouvert de plumes. Au sommet d’une falaise, la fillette l’accroche à un chêne immense afin de déployer ses ailes, et de lui relever la tête. Espérant que, dans une autre vie, il prenne son envol…

Rick Bass nous offre une palette d’émotions à travers ses descriptions de la nature ; le monde sauvage et animal nous apparaît dans toute sa pureté, sa sauvagerie poétique.
Le monde sauvage demeure « cette chose qui vous rappelle vers l’intérieur, vers les ombres et la sécurité d’un lieu qui en a toujours le respect. Dans chacun de ses atomes. »

Danielle Younge-Ullman – Toute la beauté du monde n’a pas disparu ****

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Éditeur : Gallimard jeunesse – Date de parution : 2017 – 369 pages

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Ingrid est envoyée par sa mère à Peak Wilderness, un camp de survie en pleine nature, avec huit autres adolescents au passé trouble et à l’âme plus ou moins torturée.

L’adolescente ne comprend pas comment sa mère a pu l’envoyer dans un tel camp. Elle tente de faire face aux conditions extrêmes, aux adolescents perturbés… et à son propre passé qui la rattrape.

Les chapitres alternent passé et présent de l’aventure, afin de nous faire comprendre petit à petit le pourquoi de l’histoire et la relation complexe qui unit mère et fille. Comment vivre avec une mère chanteuse d’opéra qui un jour perd sa voix et se retrouve à passer des journées entière au lit. Comment passer d’une vie nomade faite de voyages à travers l’Europe au gré des tournées, à une vie sédentaire au Canada, dans une nouvelle ville. Comment devenir brusquement adulte à l’âge de onze ans ?

Je me suis tout de suite attachée au personnage d’Ingrid, cette adolescente au caractère bien trempé, qui se retrouve au bord du gouffre et qui finalement se rend compte de son désir de vivre. J’ai aimé le ton mordant et ironique dont elle ne se départi jamais.

Mortifiée, éreintée, ne parvenant même pas à savourer la beauté des paysages qui l’entourent, Ingrid se retrouve à manger des insectes en guise de dîner, apprendre à monter une tente, construire un abri, porter un kayak, marcher dans la nature sauvage en évitant les obstacles… Elle se heurte à ses propres démons, lutte, pleure, mais se relève.

Je ne m’attendais pas à aimer autant ce roman. Entre rire et larmes, j’ai littéralement dévoré ce roman d’apprentissage. Si je me suis doutée de la fin, cela ça n’a rien changé à la magie de ce roman. Un coup de coeur inattendu  ❤

L’avis tout aussi enthousiaste de Mes échappées livresques !

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« J’ai l’impression que je pourrais passer cent ans à dormir, j’ai envie de pleurer, de chanter, de poser mes lèvres sur les siennes, de me glisser dans un terrier et d’y passer le reste de ma vie. J’ai envie de m’allonger sur le dos pour contempler le ciel et de laisser les étoiles me tomber dans les yeux. »

Glendon Swarthout – Bénis soient les enfants et les bêtes ***

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Éditeur : Gallmeister – Date de parution : février 2017 – 176 pages

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Le Box Canyon Boys Camps. Situé en plein coeur de l’Arizona, ce camp de vacances pour garçons se targue de transformer les gosses de riches en vrais petits cow-boys. C’est dans ce camp que se rencontrent les six adolescents de ce roman.

Cotton. Les frères Lally. Goodenow. Teft. Schecker.

On les surnommes les Inaptes, les Tarés. Délaissés par leurs parents, ils ne peuvent dormir qu’avec leur poste radio allumés au fond de leurs sacs de couchage ; ils grincent des dents la nuit, pissent encore au lit… Cumulant les phobies, ils ne sont bons qu’à remporter le traditionnel pot de chambre lors des épreuves organisées par les moniteurs du camp.

Une nuit, les adolescents décident de s’enfuir du camp, de tenter l’aventure… mais laquelle ? Ils s’échappent à la suite d’un événement dont ils ont été témoins et qui les hante. Ils volent un pick-up et se retrouvent en pleine nuit à sillonner la montagne et le désert pour accomplir la mission qu’ils se sont assignée. Quel qu’en soit le prix à payer, ils iront jusqu’au bout…

Le récit alterne le présent de la fuite et le passé de chacun des adolescents. Une très belle plume, des personnages attachants… Un roman initiatique aux allures de western, court et incisif, qui manie avec talent l’humour, l’émotion et le suspense.

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« Nous naissons les mains souillées du sanf des bisons. Dans notre préhistoire à tous apparait la presence atavique de la bete. Elle broute les plaines de notre inconscient, elle pietine notre repos, et dans nos reves nous crions notre damnation. Nous savons ce sue nous avons fait, nous qui sommes un peuple violent. »