Rita Falk – Très vite ou jamais ***

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Éditeur : Magnard Jeunesse – avril 2016 – 224 pages

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Lorsque l’on tombe dans le coma, soit l’on en sort très vite, soit jamais… Ce sont les mots que Jan entend, lorsque Nils, son ami d’enfance, se retrouve dans le coma à la suite d’un accident de moto à l’âge de vingt-et-un ans – à cet âge-là, on est censé avoir la vie devant soi… Alors, chaque jour, Jan se rend au chevet de son ami et lui parle. Il va également se mettre à lui écrire des lettres, qu’il projette de lui faire lire à son réveil.

Dans ses lettres, Jan raconte son quotidien au Nid de coucous, l’hôpital psychiatre dans lequel il travaille, sa petite routine, la vie qui continue. Les mots de Jan sont teintés d’une bonne dose d’auto-dérision et d’humour, sans pour autant nuire à l’émotion du lecteur. On se prend peu à peu d’affection pour ce personnage qui garde espoir malgré tout et qui reste fidèle à son ami, alors même que ses proches semblent se déchirer et venir de moins en moins. Un roman jeunesse écrit avec simplicité dont la fin est prévisible, mais qui m’a faire sourire et m’a touché. *Mention spéciale pour le personnage de Sœur Barbara, extra !

Merci à Claire, du blog La tête en Claire, pour m’avoir fait découvrir ce roman !

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Martin Page – Manuel d’écriture et de survie ****

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Editeur : Seuil – Date de parution : 2014 – 171 pages

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Dans ce Manuel d’écriture et de survieMartin Page répond aux lettres d’une jeune écrivaine du nom de Daria. À travers cette correspondance, l’auteur nous livre des réflexions sur l’écriture, l’art, l’écrivain et la condition d’écrivain.

Ces lettres sont aussi l’occasion pour Martin Page de se livrer ; au fil des échanges, on en apprend davantage sur lui, son quotidien, ses habitudes littéraires. Ces lettres sont comme une fenêtre ouverte sur une part de son intériorité. On découvre un regard sur le monde, une pensée ; ses influences artistiques et humanistes. Martin Page convoque des auteurs, peintres, artistes, scientifiques pour étayer ses propos. Un petit bouquin truffé de références littéraires, de conseils, de culture ; riche d’enseignements sur l’écriture, mais aussi la vie, tout simplement.

Un petit bijou qui nous offre de belles réflexions sur la fiction, l’imaginaire et qui regorge de conseils de lecture. Un texte essentiel pour tout amoureux de l’art et des livres, dont la lecture nous enrichit.

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« L’art est un crime contre la réalité. Par ses incessantes transformations, il remet en cause l’intégrité du monde et de la société, comme le meurtre remet en cause l’intégrité du corps d’une personne. Un œuvre d’art coupe le souffle, accélère notre cœur, nous transforme, enrichit notre rapport aux formes, aux couleurs et aux sons. Nous ne sommes pas changés au point d’en mourir, mais la réalité jusque-là connue meurt pour être remplacée par une autre, plus complexe, plus étrange. »

« Nous naissons avec mille bras et mille cœurs, et nous n’arrêtons pas d’en perdre tout au long de notre vie. On nous déforeste sans cesse, c’est douloureux, mais nous sommes vastes, personne n’arrivera à bout de nous. »

« Un écrivain ne braque pas de banques, il braque le réel. L’art m’a permis de vivre, dans tous les sens du terme.

 

Anne-Laure Bondoux & Jean-Claude Mourlevat – Et je danse aussi ****

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Éditeur : Pocket – Date de parution : février 2016 – 310 pages

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Tout commence par une mystérieuse et épaisse enveloppe envoyée par une lectrice, Adeline Parmelan, à l’écrivain Pierre-Marie Sotto, prix Goncourt et auteur qui se retrouve en mal d’inspiration. Une drôle de correspondance par mails se met en place entre ces deux personnages que tout, a priori, sépare.

Très vite, les deux correspondants se livrent l’un à l’autre, se dévoilent, par les détails du quotidien et les confidences à demi-mots. Sans s’en rendre compte, ils s’attachent l’un à l’autre. Pierre-Marie se confie sur sa dernière femme, qui a disparu brusquement deux ans auparavant, et qu’il ne parvient pas à oublier. Quant à Adeline, elle confie ses propres blessures…

L’écriture est fluide, légère et gorgée d’humour. J’ai pris beaucoup de plaisir à suivre cet échange de mails, qui ne va pas se faire qu’entre les deux protagonistes. Si au début je prends cette lecture pour un simple divertissement, sans beaucoup d’attente vis à vis de l’intrigue, je prends peu à peu un plaisir dévorant à lire ce roman épistolaire moderne ! Et au bout de 80 pages, un certain mystère s’invite dans l’écriture et me surprend… je suis alors ferrée complètement. La grosse enveloppe n’a toujours pas été ouverte, que cache-t-elle donc ?

J’ai aimé le lien entre fiction et réalité, quand les deux personnages jouent avec leur réalité. Les lettres contiennent beaucoup de réflexions sur la fiction, les personnages, le roman et cet aspect m’a beaucoup plu. Les personnages sont tous hauts en couleurs et attachants, à leur façon. Et je danse aussi semble un roman léger, mais il cache en fait une histoire bien plus profonde, qui se révèle par couches successives. Il est question de trahison, de mensonge et de vérité. Une vérité qui se cache au détour des mots.

C’est un roman tout simplement délicieux, bien écrit et qui m’a fait rire autant qu’il m’a émue. Une fois commencé, je n’ai pu que le dévorer jusqu’à la dernière page. C’est un joli coup de cœur et une lecture parfaite pour l’été. ❤

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« Connais-tu la différence entre l’amour et le meurtre ? Il n’y en a pas. Dans les deux cas, la même question se pose : que faire du corps après ? »

« Mais qu’importe, j’aime qu’on me raconte des histoires, et si elles sont bonnes, alors elles deviennent plus vraies que les vraies, elles résistent mieux à l’oubli, en tous cas. C’est ainsi qu’on réinvente son passé, je crois. »

Martin Page & Coline Pierré – La folle rencontre de Flora et Max ***

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Éditeur : L’Ecole des Loisirs – Date de parution : septembre 2015 – 199 pages

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Flora est dans une prison pour mineurs, après avoir violemment frappé une élève de sa classe. Un jour, elle reçoit une lettre de Max, un drôle de garçon qui est persuadé qu’ils ont des points communs. C’est ainsi que débute la correspondance entre ces deux adolescents.

Max est enfermé à sa façon : il ne sort plus de chez lui car le monde extérieur l’angoisse. « J’ai l’impression que la vie quotidienne passe son temps à me tabasser ». Il passe ses journées enfermé dans sa chambre, entouré de son monde familier : ses livres, ses films, son ukulélé. D’une certaine manière, il se sent proche de Flora.

A travers les lettres qu’ils s’échangent, les deux adolescents partagent par petits bouts leur vie, leurs espoirs et leurs angoisses. Leurs mots sont plein d’humour, de fantaisie et par moment ils sont d’une grande sagesse. Ces lettres aident Flora à tenir le coup en prison, et elles aident Max à tordre les barreaux de sa propre prison.

J’ai été charmée par ce curieux roman épistolaire où deux adolescents des temps modernes échangent des lettres, cette pratique qui semble maintenant hors du temps. On retrouve au détour de ces lettres, des références à Sylvia Plath, à Fernando Pessoa et son Livre de l’intranquilité, qui trône depuis quelques mois sur ma table de chevet…

C’est une lecture à quatre mains vraiment réjouissante et qui met du baume au cœur.

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« Je pensais à notre correspondance l’autre jour et je me disais que c’était incroyable qu’il ait fallu que je sois emprisonnée et que tu quittes le lycée pour qu’on se parle. Nous vivons tout de même dans une société étrange : comment est-il possible que nous ne nous soyons pas trouvés alors que nous étions chaque jour à quelques mètres l’un de l’autre ? On dirait que les vraies rencontres ne sont possibles que par accident. »