Martin Page – Manuel d’écriture et de survie ****

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Editeur : Seuil – Date de parution : 2014 – 171 pages

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Dans ce Manuel d’écriture et de survieMartin Page répond aux lettres d’une jeune écrivaine du nom de Daria. À travers cette correspondance, l’auteur nous livre des réflexions sur l’écriture, l’art, l’écrivain et la condition d’écrivain.

Ces lettres sont aussi l’occasion pour Martin Page de se livrer ; au fil des échanges, on en apprend davantage sur lui, son quotidien, ses habitudes littéraires. Ces lettres sont comme une fenêtre ouverte sur une part de son intériorité. On découvre un regard sur le monde, une pensée ; ses influences artistiques et humanistes. Martin Page convoque des auteurs, peintres, artistes, scientifiques pour étayer ses propos. Un petit bouquin truffé de références littéraires, de conseils, de culture ; riche d’enseignements sur l’écriture, mais aussi la vie, tout simplement.

Un petit bijou qui nous offre de belles réflexions sur la fiction, l’imaginaire et qui regorge de conseils de lecture. Un texte essentiel pour tout amoureux de l’art et des livres, dont la lecture nous enrichit.

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« L’art est un crime contre la réalité. Par ses incessantes transformations, il remet en cause l’intégrité du monde et de la société, comme le meurtre remet en cause l’intégrité du corps d’une personne. Un œuvre d’art coupe le souffle, accélère notre cœur, nous transforme, enrichit notre rapport aux formes, aux couleurs et aux sons. Nous ne sommes pas changés au point d’en mourir, mais la réalité jusque-là connue meurt pour être remplacée par une autre, plus complexe, plus étrange. »

« Nous naissons avec mille bras et mille cœurs, et nous n’arrêtons pas d’en perdre tout au long de notre vie. On nous déforeste sans cesse, c’est douloureux, mais nous sommes vastes, personne n’arrivera à bout de nous. »

« Un écrivain ne braque pas de banques, il braque le réel. L’art m’a permis de vivre, dans tous les sens du terme.

 

Martin Page – Plus tard je serai moi ***

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Éditeur : Le Rouergue – Date de parution : 2013 – 72 pages

Je vous présente ce soir un petit roman jeunesse de Martin Page, dans lequel j’ai immédiatement retrouvé l’écriture drôle et douce que j’affectionne tant ! Dans ce court récit, on fait la connaissance de Séléna, dont les parents sont un peu farfelus. Un soir, ils lui font comprendre qu’ils aimeraient qu’elle soit artiste. Pas médecin, avocate ou professeur, non. Artiste ! Séléna tombe des nues. Ses parents sont prêts à tout pour réveiller sa fibre artistique, même aux trucs les plus fous… 

Un roman complètement décalé, à la Martin Page, qui inverse les choses et se moque de la réalité, mais toujours avec inventivité et poésie.

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« Les cerfs-volants représentaient, entre autres, une chouette, une fraise, une abeille, un dragon, un fer à repasser… C’était un moment doux. Les créatures légères et fragiles apportaient un peu de beauté à un monde qui en manquait. Les deux amies emmagasinaient des réserves de poésie : ça les aiderait à affronter l’école, les parents, et toutes les petites humiliations du quotidien. »

« Elle était à une époque de sa vie où elle ne décidait pas de grand-chose mais où la possibilité du choix se dessinait doucement. Elle rêvait du jour où elle pourrait habiter seule. Mais elle avait aussi peur de grandir, car cela voulait dire être maîtresse de son destin, et c’était une responsabilité immense dont parfois elle aimerait être déchargée. »

Martin Page & Coline Pierré – La folle rencontre de Flora et Max ***

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Éditeur : L’Ecole des Loisirs – Date de parution : septembre 2015 – 199 pages

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Flora est dans une prison pour mineurs, après avoir violemment frappé une élève de sa classe. Un jour, elle reçoit une lettre de Max, un drôle de garçon qui est persuadé qu’ils ont des points communs. C’est ainsi que débute la correspondance entre ces deux adolescents.

Max est enfermé à sa façon : il ne sort plus de chez lui car le monde extérieur l’angoisse. « J’ai l’impression que la vie quotidienne passe son temps à me tabasser ». Il passe ses journées enfermé dans sa chambre, entouré de son monde familier : ses livres, ses films, son ukulélé. D’une certaine manière, il se sent proche de Flora.

A travers les lettres qu’ils s’échangent, les deux adolescents partagent par petits bouts leur vie, leurs espoirs et leurs angoisses. Leurs mots sont plein d’humour, de fantaisie et par moment ils sont d’une grande sagesse. Ces lettres aident Flora à tenir le coup en prison, et elles aident Max à tordre les barreaux de sa propre prison.

J’ai été charmée par ce curieux roman épistolaire où deux adolescents des temps modernes échangent des lettres, cette pratique qui semble maintenant hors du temps. On retrouve au détour de ces lettres, des références à Sylvia Plath, à Fernando Pessoa et son Livre de l’intranquilité, qui trône depuis quelques mois sur ma table de chevet…

C’est une lecture à quatre mains vraiment réjouissante et qui met du baume au cœur.

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« Je pensais à notre correspondance l’autre jour et je me disais que c’était incroyable qu’il ait fallu que je sois emprisonnée et que tu quittes le lycée pour qu’on se parle. Nous vivons tout de même dans une société étrange : comment est-il possible que nous ne nous soyons pas trouvés alors que nous étions chaque jour à quelques mètres l’un de l’autre ? On dirait que les vraies rencontres ne sont possibles que par accident. »

Martin Page – Je suis un dragon ***

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Éditeur : Robert Laffont – Date de parution : janvier 2015 – 283 pages

4ème de couverture : « Margot est une jeune orpheline timide et solitaire. Un jour, elle découvre sa véritable nature : elle est douée de capacités extraordinaires. Ces pouvoirs la terrifient, elle les dissimule jusqu’à ce qu’un événement tragique la contraigne à se dévoiler. On lui demande alors de mettre ses dons au service de l’humanité. Sa vie se partage désormais entre son quotidien de jeune fille espiègle et des missions d’une grande violence. Adulée et crainte, elle devient une icône. mais peut-on sauver le monde si l’on s’y sent étranger ? »

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J’adore l’univers de Martin Page. Les pieds sur terre mais la tête dans les étoiles, il a une imagination folle et irrésistible! J’ai dévoré tous ses romans… Je ne pouvais donc pas passer à côté de celui-ci, écrit sous le pseudonyme-anagramme de « Pit Agarmen ».

Dans ce roman, l’auteur s’inspire de l’univers des super héros, en se réappropriant les codes du genre.
On fait la connaissance de Margot, jeune adolescente orpheline, qui se découvre invincible : personne ne peut la blesser, elle ne saigne jamais, n’est jamais malade, elle a une force surhumaine et elle vole.

Victime de harcèlement au collège, Margot tue par accident trois élèves dont elle était le souffre-douleur. Elle se retrouve placée sous la tutelle des services secrets français et américains qui décident de l’utiliser pour régler de nombreux problèmes humanitaires et politiques dans le monde. L’ONU ne tarde pas à vouloir également profiter de ses pouvoirs, elle devient en quelque sorte une arme de destruction massive nouvelle génération !

Aux yeux du monde entier, elle est Dragongirl et, vêtue de son costume et de son masque, elle sauve l’humanité. L’adolescente tente de se construire et de grandir avec le poids de son passé, ses pouvoirs extraordinaires, et la lourde tâche de sauver l’humanité… Ce qui n’est pas forcément évident lorsque l’on a quinze ans….

C’est avec énormément de plaisir que j’ai retrouvé l’écriture délicieuse de Martin Page, dans ce récit fantastique.

On découvre page après page un roman surprenant, savoureux et intelligent, parsemé de discrètes références littéraires, philosophiques, et poétiques, de Montaigne à Nietszche, en passant par Bashō… Un vrai régal. Et on découvre en Margot un personnage de super héros résolument féministe et terriblement attachant, qui trouve un exutoire dans la création.

« Comment une fille si normale pouvait être si anormale? »
« Quand elle s’élança dans les airs, il lui sembla non pas quitter la terre mais faire corps avec le monde. Difficile d’obéir aux lois humaines quand on a des capacités extraordinaires. »

« Elle allait ou elle désirait aller. Elle se promena en haut de l’Everest, elle s’assit sur les bords de l’Amazone à Belém, elle marcha parmi les troupeaux d’éléphants dans la savane, elle se promena à San Francisco. Le monde s’offrait à elle et elle avait faim. »

« – Tu ne vois pas que la magie est partout? Le simple fait que l’être humain existe est un miracle.
Pour qui la regarde avec précision, la nature est une magie perpétuelle. Xanadu regardait un oiseau voler, le soleil se lever, ses propres yeux dans un miroir, et ça l’émerveillait. La plupart des gens ne comprennent pas que le monde, les hommes, les animaux, les plantes, tout est surnaturel. On s’est habitué, on ne remarque plus le caractère insensé de la vie. »